La Chanson des gueux/Soleil couchant

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IX

SOLEIL COUCHANT


Dans les forêts dépouillées
Déjà les feuilles rouillées
Font un tapis de velours,
Et l’on entend de l’automne
Gémir le chant monotone
Coupé par des sanglots lourds.

Les frileuses hirondelles,
Rasant le sol de coups d’ailes,
Se rassemblent à grands cris,
Et tous les oiseaux sauvages
S’appellent sur les rivages
Près des étangs défleuris.

C’est la saison triste et douce
Où l’on rêve, où sur la mousse
En pleurant on vient s’asseoir,

Pour voir le soleil oblique
Dans le ciel mélancolique
Verser les joyaux du soir.

Ici, pas de forêt rousse,
Pas d’étangs et pas de mousse,
Pas de cadre au beau tableau !
Il n’y a que Notre-Dame
Qui dans le couchant s’enflamme,
Empourprée au bord de l’eau.

Mais ailleurs, le long des rues
Où vont les foules bourrues,
Où tout brise l’horizon,
Qui donc dans la nue ouverte
Voit ta robe rose et verte,
Ô douloureuse saison ?

C’est en vain que tu te pares
De tes couleurs les plus rares !
Pour le gouapeur parisien
Le ciel d’automne ressemble,
Étant rouge et vert ensemble,
Aux bocaux d’un pharmacien.