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La Dame aux camélias (théâtre)/Acte I

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Théâtre completCalmann-LévyTome I (p. 53-88).
Acte II  ►


ACTE I

Boudoir de Marguerite. Paris.



Scène première


NANINE, travaillant, VARVILLE, assis à la cheminée.
On entend un coup de sonnette.



Varville.

On a sonné Nanine.


Nanine.

Valentin ira ouvrir.


Varville.

C’est Marguerite sans doute.


Nanine.

Pas encore ; elle ne doit rentrer qu’à dix heures et demie, et il est à peine dix heures… (Nichette entre.) Tiens, c’est mademoiselle Nichette.



Scène II

Les Mêmes, NICHETTE.

Nichette.

Marguerite n’est pas là ?


Nanine.

Non, mademoiselle. Vous auriez voulu la voir ?


Nichette.

Je passais devant sa porte, et je montais pour l’embrasser, mais puisqu’elle n’y est pas, je m’en vais.


Nanine.

Attendez-la un peu, elle va rentrer.


Nichette.

Je n’ai pas le temps, Gustave est en bas. Elle va bien ?


Nanine.

Toujours de même.


Nichette.

Vous lui direz que je viendrai la voir ces jours-ci. Adieu, Nanine. — Adieu, monsieur.

Elle salue et sort.



Scène III

NANINE, VARVILLE.

Varville.

Qu’est-ce que c’est que cette jeune fille ?


Nanine.

C’est mademoiselle Nichette.


Varville.

Nichette ! C’est un nom de chatte, ce n’est pas un nom de femme.


Nanine.

Aussi est-ce un surnom, et l’appelle-t-on ainsi parce qu’avec ses cheveux frisés elle a une petite tête de chatte. Elle a été camarade de madame, dans le magasin où madame était autrefois.


Varville.

Marguerite a donc été dans un magasin ?


Nanine.

Elle a été lingère.


Varville.

Bah !


Nanine.

Vous l’ignoriez ? Ce n’est pourtant pas un secret.


Varville.

Elle est jolie, cette petite Nichette.


Nanine.

Et sage !


Varville.

Mais ce M. Gustave ?


Nanine.

Quel M. Gustave ?


Varville.

Dont elle parlait et qui l’attendait en bas.


Nanine.

C’est son mari.


Varville.

C’est M. Nichette ?


Nanine.

Il n’est pas encore son mari, mais il le sera.


Varville.

En un mot, c’est son amant. Bien, bien ! Elle est sage, mais elle a un amant.


Nanine.

Qui n’aime qu’elle, comme elle n’aime et n’a jamais aimé que lui, et qui l’épousera, c’est moi qui vous le dis. Mademoiselle Nichette est une très honnête fille.


Varville, se levant et venant à Nanine.

Après tout, peu m’importe… Décidément, mes affaires n’avancent pas ici.


Nanine.

Pas le moins du monde.


Varville.

Il faut avouer que Marguerite…


Nanine.

Quoi ?


Varville.

A une drôle d’idée de sacrifier tout le monde à M. de Mauriac, qui ne doit pas être amusant.


Nanine.

Pauvre homme ! C’est son seul bonheur… Il est son père, ou à peu près.


Varville.

Ah ! oui. Il y a une histoire très pathétique là-dessus ; malheureusement…


Nanine.

Malheureusement ?


Varville.

Je n’y crois pas.


Nanine, se levant.

Écoutez, monsieur de Varville, il y a bien des choses vraies à dire sur le compte de madame ; c’est une raison de plus pour ne pas dire celles qui ne le sont pas. Or, voici ce que je puis vous affirmer, car je l’ai vu, de mes propres yeux vu, et Dieu sait que madame ne m’a pas donné le mot, puisqu’elle n’a aucune raison de vous tromper, et ne tient ni à être bien, ni à être mal avec vous. Je puis donc affirmer qu’il y a deux ans madame, après une longue maladie, est allée aux eaux pour achever de se rétablir. Je l’accompagnais. Parmi les malades de la maison des bains se trouvait une jeune fille à peu près de son âge, atteinte de la même maladie qu’elle, seulement atteinte au troisième degré, et lui ressemblant comme une sœur jumelle. Cette jeune fille, c’était mademoiselle de Mauriac, la fille du duc.


Varville.

Mademoiselle de Mauriac mourut.


Nanine.

Oui.


Varville.

Et le duc, désespéré, retrouvant dans les traits, dans l’âge, et jusque dans la maladie de Marguerite, l’image de sa fille, la supplia de le recevoir et de lui permettre de l’aimer comme son enfant. Alors Marguerite lui avoua sa position.


Nanine.

Car madame ne ment jamais.


Varville.

Naturellement. Et comme Marguerite ne ressemblait pas à mademoiselle de Mauriac autant au moral qu’au physique, le duc lui promit tout ce qu’elle voudrait, si elle consentait à changer d’existence, ce à quoi s’engagea Marguerite, qui, naturellement encore, de retour à Paris, se garda de tenir parole ; et le duc, comme elle ne lui rendait que la moitié de son bonheur, a retranché la moitié du revenu ; si bien qu’aujourd’hui elle a cinquante mille francs de dettes.


Nanine.

Que vous offrez de payer ; mais on aime mieux devoir de l’argent à d’autres que de vous devoir de la reconnaissance à vous.


Varville.

D’autant plus que M. le comte de Giray est là.


Nanine.

Vous êtes insupportable ! Tout ce que je puis vous dire c’est que l’histoire du duc est vraie, je vous en donne ma parole. Quant au comte, c’est un ami.


Varville.

Prononcez donc mieux.


Nanine.

Oui, un ami ! Quelle mauvaise langue vous êtes ! — Mais on sonne. C’est madame. Faut-il lui répéter tout ce que vous avez dit ?


Varville.

Gardez-vous en bien !



Scène IV

Les Mêmes, MARGUERITE.

Marguerite, à Nanine.

Va dire qu’on nous prépare à souper ; Olympe et Saint-Gaudens vont venir ; je les ai rencontrés à l’Opéra. À Varville. Vous voilà, vous !

Elle va s’asseoir à la cheminée.

Varville.

Est-ce que ma destinée n’est pas de vous attendre ?


Marguerite.

Est-ce que ma destinée à moi est de vous voir ?


Varville.

Jusqu’à ce que vous me défendiez votre porte, je viendrai.


Marguerite.

En effet, je ne peux pas rentrer une fois sans vous trouver là. Qu’est-ce que vous avez encore à me dire ?


Varville.

Vous le savez bien.


Marguerite.

Toujours la même chose ! Vous êtes monotone, Varville.


Varville.

Est-ce ma faute si je vous aime ?


Marguerite.

La bonne raison ! Mon cher, s’il me fallait écouter tous ceux qui m’aiment, je n’aurais seulement pas le temps de dîner. Pour la centième fois, je vous le répète, vous perdez votre temps. Je vous laisse venir ici à toute heure, entrer quand je suis là, m’attendre quand je suis sortie, je ne sais pas trop pourquoi ; mais, si vous devez me parler sans cesse de votre amour, je vous consigne.


Varville.

Cependant, Marguerite, l’année passée, à Bagnères, vous m’aviez donné quelque espoir.


Marguerite.

Ah ! mon cher, c’était à Bagnères, j’étais malade, je m’ennuyais. Ici, ce n’est pas la même chose ; je me porte mieux, et je ne m’ennuie plus.


Varville.

Je conçois que, lorsqu’on est aimée du duc de Mauriac…


Marguerite.

Imbécile !


Varville.

Et qu’on aime M. de Giray…


Marguerite.

Je suis libre d’aimer qui je veux, cela ne regarde personne, vous moins que tout autre ; et si vous n’avez pas autre chose à dire, je vous le répète, allez-vous-en. (Varville se promène.) Vous ne voulez pas vous en aller ?


Varville.

Non !


Marguerite.

Alors, mettez-vous au piano ; le piano, c’est votre seule qualité.


Varville.

Que faut-il jouer ?

Nanine rentre pendant qu’il prélude.

Marguerite.

Ce que vous voudrez.



Scène V

Les Mêmes, NANINE.

Marguerite.

Tu as commandé le souper ?


Nanine.

Oui, madame.


Marguerite, s’approchant de Varville.

Qu’est-ce que vous jouez là, Varville ?


Varville.

Une rêverie de Rosellen.


Marguerite.

C’est très joli !…


Varville.

Écoutez, Marguerite, j’ai quatre-vingt mille francs de rentes.


Marguerite.

Et moi, j’en ai cent. (À Nanine.) As-tu vu Prudence ?


Nanine.

Oui, madame.


Marguerite.

Elle viendra ce soir ?


Nanine.

Oui, madame, en rentrant. Mademoiselle Nichette est venue aussi.


Marguerite.

Pourquoi n’est-elle pas restée ?


Nanine.

M. Gustave l’attendait en bas.


Marguerite.

Chère petite !


Nanine.

Le docteur est venu.


Marguerite.

Qu’a-t-il dit ?


Nanine.

Il a recommandé que madame se reposât.


Marguerite.

Ce bon docteur ! Est-ce tout ?


Nanine.

Non, madame ; on a apporté un bouquet.


Varville.

De ma part.


Marguerite, prenant le bouquet.

Roses et lilas blanc. Mets ce bouquet dans ta chambre, Nanine.

Nanine sort.

Varville, cessant de jouer du piano.

Vous n’en voulez pas ?


Marguerite.

Comment m’appelle-t-on ?


Varville.

Marguerite Gautier.


Marguerite.

Et quel surnom m’a-t-on donné ?


Varville.

Celui de la Dame aux camélias.


Marguerite.

Pourquoi ?


Varville.

Parce que vous ne portez jamais que ces fleurs.


Marguerite.

Ce qui veut dire que je n’aime que celles-là, et qu’il est inutile de m’en envoyer d’autres. Si vous croyez que je ferai une exception pour vous, vous avez tort. Les parfums me rendent malade.


Varville.

Je n’ai pas de bonheur. Adieu, Marguerite.


Marguerite.

Adieu !



Scène VI

Les Mêmes, OLYMPE, SAINT-GAUDENS, NANINE.

Nanine, rentrant.

Madame, voici mademoiselle Olympe et M. Saint-Gaudens.


Marguerite.

Arrive donc, Olympe ! j’ai cru que tu ne viendrais plus.


Olympe.

C’est la faute de Saint-Gaudens.


Saint-Gaudens.

C’est toujours ma faute. — Bonjour, Varville.


Varville.

Bonjour, cher ami.


Saint-Gaudens.

Vous soupez avec nous ?


Marguerite.

Non, non.


Saint-Gaudens, à Marguerite

Et vous, chère enfant, comment allez-vous ?


Marguerite.

Très bien.


Saint-Gaudens.

Allons, tant mieux ! va-t-on s’amuser ici ?


Olympe.

On s’amuse toujours où vous êtes.


Saint-Gaudens.

Méchante ! — Ah ! ce cher Varville, qui ne soupe pas avec nous, cela me fait une peine affreuse. (À Marguerite.) En passant devant la Maison d’Or, j’ai dit qu’on apporte des huîtres et un certain Champagne qu’on ne donne qu’à moi. Il est parfait ! il est parfait !


Olympe, bas à Marguerite.

Pourquoi n’as-tu pas invité Edmond ?


Marguerite.

Pourquoi ne l’as-tu pas amené ?


Olympe.

Et Saint-Gaudens ?


Marguerite.

Est-ce qu’il n’y est pas habitué ?


Olympe.

Pas encore, ma chère ; à son âge on prend si difficilement une habitude, et surtout une bonne.


Marguerite, appelant Nanine.

Le souper doit être prêt.


Nanine.

Dans cinq minutes, madame. Où faudra-t-il servir ? Dans la salle à manger ?


Marguerite.

Non, ici ; nous serons mieux. — Eh bien, Varville, vous n’êtes pas encore parti ?


Varville.

Je pars.


Marguerite, à la fenêtre, appelant.

Prudence !


Olympe.

Prudence demeure donc en face ?


Marguerite.

Elle demeure même dans la maison, tu le sais bien, presque toutes nos fenêtres correspondent. Nous ne sommes séparées que par une petite cour ; c’est très commode, quand j’ai besoin d’elle.


Saint-Gaudens.

Ah çà ! quelle est sa position, à Prudence ?


Olympe.

Elle est modiste.


Marguerite.

Et il n’y a que moi qui lui achète des chapeaux.


Olympe.

Que tu ne mets jamais.


Marguerite.

Ils sont affreux ! mais ce n’est pas une mauvaise femme, et elle a besoin d’argent. (Appelant.) Prudence !


prudence, du dehors.

Voilà !


Marguerite.

Pourquoi ne venez-vous pas, puisque vous êtes rentrée ?


Prudence.

Je ne puis pas.


Marguerite.

Qui vous en empêche ?


Prudence.

J’ai deux jeunes gens chez moi ; ils m’ont invitée à souper.


Marguerite.

Eh bien, amenez-les souper ici, cela reviendra au même. Comment les nomme-t-on ?


Prudence.

Il y en a un que vous connaissez, Gaston Rieux.


Marguerite.

Si je le connais ! — Et l’autre ?


Prudence.

L’autre est son ami.


Marguerite.

Cela suffit ; alors, arrivez vite… Il fait froid ce soir… (Elle tousse un peu.) Varville, mettez donc du bois dans le feu, on gèle ici ; rendez-vous utile, au moins, puisque vous ne pouvez pas être agréable,

Varville obéit.



Scène VII

Les Mêmes, GASTON, ARMAND, PRUDENCE, un Domestique.

Le domestique, annonçant.

M. Gaston Rieux, M. Armand Duval, madame Duvernoy.


Olympe.

Quel genre ! Voilà comme on annonce ici ?


Prudence.

Je croyais qu’il y avait du monde.


Saint-Gaudens.

Madame Duvernoy qui commence ses politesses.


Gaston, cérémonieusement à Marguerite.

Comment allez-vous, madame ?


Marguerite, même jeu.

Bien ; et vous, monsieur ?


Prudence.

Comme on se parle ici !


Marguerite.

Gaston est devenu un homme du monde ; et d’ailleurs, Eugénie m’arracherait les yeux, si nous nous parlions autrement.


Gaston.

Les mains d’Eugénie sont trop petites, et vos yeux sont trop grands.


Prudence.

Assez de marivaudage. — Ma chère Marguerite, permettez-moi de vous présenter M. Armand Duval (Armand et Marguerite se saluent.), l’homme de Paris qui est le plus amoureux de vous.


Marguerite, à Prudence.

Dites qu’on mette deux couverts de plus, alors ; car je crois que cet amour-là n’empêchera pas monsieur de souper.

Elle tend sa main à Armand, la lui qui baise.


Saint-Gaudens, à Gaston, qui est venu au-devant de lui.

Ah ! ce cher Gaston ! que je suis aise de le voir !


Gaston.

Toujours jeune, mon vieux Saint-Gaudens.


Saint-Gaudens.

Mais oui.


Gaston.

Et les amours ?


Saint-Gaudens, montrant Olympe.

Vous voyez.


Gaston.

Je vous fais mon compliment.


Saint-Gaudens.

J’avais une peur affreuse de trouver Amanda ici.


Gaston.

Cette pauvre Amanda ! Elle vous aimait bien.


Saint-Gaudens.

Elle m’aimait trop. Et puis il y avait un jeune homme qu’elle ne pouvait cesser de voir : c’était le banquier. (Il rit.) Je risquais de lui faire perdre sa position ! J’étais l’amant de cœur. Charmant ! Mais il fallait se cacher dans les armoires, rôder dans les escaliers, attendre dans la rue…


Gaston.

Ce qui vous donnait des rhumatismes.


Saint-Gaudens.

Non, mais le temps change. Il faut que jeunesse se passe. Ce pauvre Varville qui ne soupe pas avec nous, cela me fait une peine affreuse.


Gaston, se rapprochant de Marguerite.

Il est superbe !


Marguerite.

Il n’y a que les vieux qui ne vieillissent plus.


Saint-Gaudens, à Armand, qu’Olympe lui présente.

Est-ce que vous êtes parent, monsieur, de M. Duval, receveur général ?


Armand.

Oui, monsieur, c’est mon père. Le connaîtriez-vous ?


Saint-Gaudens.

Je l’ai connu autrefois, chez la baronne de Nersay, ainsi que madame Duval, votre mère, qui était une bien belle et bien aimable personne.


Armand.

Elle est morte, il y a trois ans.


Saint-Gaudens.

Pardonnez-moi, monsieur, de vous avoir rappelé ce chagrin.


Armand.

On peut toujours me rappeler ma mère. Les grandes et pures affections ont cela de beau, qu’après le bonheur de les avoir éprouvées, il reste le bonheur de s’en souvenir.


Saint-Gaudens.

Vous êtes fils unique ?


Armand.

J’ai une sœur…

Ils s’en vont causer en se promenant dans le fond du théâtre.

Marguerite, bas, à Gaston.

Il est charmant, votre ami.


Gaston.

Je le crois bien ! Et, de plus, il a pour vous un amour extravagant ; n’est-ce pas, Prudence ?


Prudence.

Quoi ?


Gaston.

Je disais à Marguerite qu’Armand est fou d’elle.


Prudence.

Il ne ment pas ; vous ne pouvez pas vous douter de ce que c’est.


Gaston.

Il vous aime, ma chère, à ne pas oser vous le dire.


Marguerite, à Varville, qui joue toujours du piano.

Taisez-vous donc, Varville !


Varville.

Vous me dites toujours de jouer du piano.


Marguerite.

Quand je suis seule avec vous ; mais, quand il y a du monde, non !


Olympe.

Qu’est-ce qu’on dit là, tout bas ?


Marguerite.

Écoute, et tu le sauras.


prudence, bas

Et cet amour dure depuis deux ans.


Marguerite.

C’est déjà un vieillard que cet amour-là.


Prudence.

Armand passe sa vie chez Gustave et chez Nichette pour entendre parler de vous.


Gaston.

Quand vous avez été malade, il y a un an, avant de partir pour Bagnères, pendant les trois mois que vous êtes restée au lit, on vous a dit, que tous les jours, un jeune homme venait savoir de vos nouvelles, sans dire son nom.


Marguerite.

Je me rappelle…


Gaston.

C’était lui.


Marguerite.

C’est très gentil, cela. (Appelant.) Monsieur Duval !


Armand.

Madame ?…


Marguerite.

Savez-vous ce qu’on me dit ? On me dit que, pendant que j’étais malade, vous êtes venu tous les jours savoir de mes nouvelles.


Armand.

C’est la vérité, madame.


Marguerite.

C’est bien le moins que je vous remercie. Entendez-vous, Varville ? Vous n’en avez pas fait autant, vous !


Varville.

Il n’y a pas un an que je vous connais…


Marguerite.

Et monsieur qui ne me connaît que depuis cinq minutes… Vous dites toujours des bêtises.

Nanine entre précédant les domestiques qui portent la table.

Prudence.

À table ! Je meurs de faim.


Varville.

Au revoir, Marguerite.


Marguerite.

Quand vous verra-t-on ?


Varville.

Quand vous voudrez !


Marguerite.

Adieu, alors.


Varville, saluant et sortant.

Messieurs…


Olympe.

Adieu, Varville ! adieu, mon bon !

Pendant ce temps, deux domestiques ont mis la table toute servie, autour de laquelle les convives s’asseyent.



Scène VIII

Les Mêmes, hors VARVILLE.

Prudence.

Ma chère enfant, vous êtes vraiment trop dure avec le baron.


Marguerite.

Il est assommant ! Il vient toujours me proposer de me faire des rentes.


Olympe.

Tu t’en plains ? Je voudrais bien qu’il m’en proposât, à moi.


Saint-Gaudens, à Olympe.

C’est agréable pour moi, ce que tu dis là.


Olympe.

D’abord, mon cher, je vous prie de ne pas me tutoyer ; je ne vous connais pas.


Marguerite.

Mes enfants, servez-vous, buvez, mangez, mais ne vous disputez que juste ce qu’il faut pour se raccommoder tout de suite.


Olympe, à Marguerite.

Sais-tu ce qu’il m’a donné pour ma fête ?


Marguerite.

Qui ?


Olympe.

Saint-Gaudens.


Marguerite.

Non.


Olympe.

Il m’a donné un coupé !


Saint-Gaudens.

De chez Binder.


Olympe.

Oui ; mais je n’ai pas pu parvenir à lui faire donner les chevaux.


Prudence.

C’est toujours un coupé.


Saint-Gaudens.

Je suis ruiné, aimez-moi pour moi-même.


Olympe.

La belle occupation !


Prudence, montrant un plat.

Quelles sont ces petites bêtes ?


Gaston.

Des perdreaux.


Prudence.

Donne-m’en un.


Gaston.

Il ne lui faut qu’un perdreau à la fois. Quelle belle fourchette ! C’est peut-être elle qui a ruiné Saint-Gaudens ?


Prudence.

Elle ! Elle ! Est-ce ainsi qu’on parle à une femme ? De mon temps…


Gaston.

Ah ! il va être question de Louis XV. — Marguerite, versez du vin à Armand ; il est triste comme une chanson à boire.


Marguerite.

Allons, monsieur Armand, à ma santé.


Tous.

À la santé de Marguerite !


Prudence.

À propos de chanson à boire, si l’on en chantait une en buvant ?


Gaston.

Toujours les vieilles traditions. Je suis sûr que Prudence a eu une passion dans le Caveau.


Prudence.

C’est bon ! c’est bon !


Gaston.

Toujours chanter en soupant, c’est absurde.


Prudence.

Moi, j’aime ça ; ça égaye. Allons, Marguerite, chantez-nous la chanson de Philogène ; un poète qui fait des vers.


Gaston.

Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse ?


Prudence.

Mais qui fait des vers à Marguerite ; c’est sa spécialité. Allons, la chanson !


Gaston.

Je proteste au nom de toute notre génération.


Prudence.

Qu’on vote ! (Tous lèvent la main, excepté Gaston.) La chanson est votée. Gaston, donne le bon exemple aux minorités.


Gaston.

Soit. Mais je n’aime pas les vers de Philogène, je les connais. J’aime mieux chanter, puisqu’il le faut.

Il chante.


I
Il est un ciel que Mahomet
Offre par ses apôtres,
Mais les plaisirs qu’il nous promet
Ne valent pas les nôtres.
Ne croyons à rien
Qu’à ce qu’on tient bien,
Et pour moi je préfère
À ce ciel douteux
L’éclair de deux yeux
Reflété dans mon verre.

II
Dieu fit l’amour et le vin bons,
Car il aimait la terre,
On dit parfois que nous vivons
D’une façon légère.
On dit ce qu’on veut,
On fait ce qu’on peut,
Fi du censeur sévère
Pour qui tout serait
Charmant, s’il voyait
À travers notre verre !


Gaston, se rasseyant.

C’est pourtant vrai, que la vie est gaie et que Prudence est grasse.


Olympe.

Il y a trente ans que c’est comme ça.


Prudence.

Il faut en finir avec cette plaisanterie. Quel âge crois-tu que j’ai ?


Olympe.

Je crois que tu as quarante ans bien sonnés.


Prudence.

Elle est bonne encore avec ses quarante ans ! j’ai eu trente-cinq ans l’année dernière.


Gaston.

Ce qui t’en fait déjà trente-six. Eh bien, tu n’en parais pas plus de quarante, parole d’honneur !


Marguerite.

Dites donc, Saint-Gaudens, à propos d’âge, on m’a raconté une histoire sur votre compte.


Olympe.

Et à moi aussi.


Saint-Gaudens.

Quelle histoire ?


Marguerite.

Il est question d’un fiacre jaune.


Olympe.

Elle est vraie, ma chère.


Prudence.

Voyons l’histoire du fiacre jaune !


Gaston.

Oui, mais laissez-moi aller me mettre à côté de Marguerite ; je m’ennuie à côté de Prudence.


Prudence.

Quel gaillard bien élevé !


Marguerite.

Gaston, tâchez de rester tranquille.


Saint-Gaudens.

Oh ! l’excellent souper !


Olympe.

Je le vois venir, il veut esquiver l’histoire du fiacre…


Saint-Gaudens.

Oh ! cela m’est bien égal.


Olympe.

Eh bien ! figurez-vous que Saint-Gaudens était amoureux d’Amanda.


Gaston.

Je suis trop ému, il faut que j’embrasse Marguerite.


Olympe.

Mon cher, vous êtes insupportable !


Gaston.

Olympe est furieuse, parce que je lui ai fait manquer son effet.


Marguerite.

Olympe a raison. Gaston est aussi ennuyeux que Varville, on va le mettre à la petite table, comme les enfants qui ne sont pas sages.


Olympe.

Oui, allez vous mettre là-bas.


Gaston.

À la condition qu’à la fin les dames m’embrasseront.


Marguerite.

Prudence fera la quête et vous embrassera pour nous toutes.


Gaston.

Non pas, non pas, je veux que vous m’embrassiez vous-mêmes.


Olympe.

C’est bon, on vous embrassera ; allez vous asseoir et ne dites rien. — Un jour, ou plutôt un soir…


Gaston, jouant Malbrouck sur le piano.

Il est faux, le piano.


Marguerite.

Ne lui répondons plus.


Gaston.

Elle m’ennuie, cette histoire-là.


Saint-Gaudens.

Gaston a raison.


Gaston.

Et puis, qu’est-ce que ça prouve, votre histoire, que je connais et qui est vieille comme Prudence ? Elle prouve que Saint-Gaudens a suivi à pied un fiacre jaune dont il a vu descendre Agénor à la porte d’Amanda ; elle prouve qu’Amanda trompait Saint-Gaudens. Comme c’est neuf ! Qui est-ce qui n’a pas été trompé ? On sait bien qu’on est toujours trompé par ses amis et ses maîtresses ; et ça finit sur l’air du Carillon de Dunkerque.

Il joue le carillon sur le piano.

Saint-Gaudens.

Et je savais aussi bien qu’Amanda me trompait avec Agénor que je sais qu’Olympe me trompe avec Edmond.


Marguerite.

Bravo, Saint-Gaudens ! Mais Saint-Gaudens est un héros ! Nous allons être toutes folles de Saint-Gaudens ! Que celles qui sont folles de Saint-Gaudens lèvent la main. (Tout le monde lève la main.) Quelle unanimité ! Vive Saint-Gaudens ! Gaston, jouez-nous de quoi faire danser Saint-Gaudens.


Gaston.

Je ne sais qu’une polka.


Marguerite.

Eh bien, va pour une polka ! Allons, Saint-Gaudens et Armand, rangez la table.


Prudence.

Je n’ai pas fini, moi.


Olympe.

Messieurs, Marguerite a dit Armand tout court.


Gaston, jouant.

Dépêchez-vous, voilà le passage où je m’embrouille.


Olympe.

Est-ce que je vais danser avec Saint-Gaudens, moi ?


Marguerite.

Non ; moi je danserai avec lui. — Venez, mon petit Saint-Gaudens, venez !


Olympe.

Allons, Armand, allons !

Marguerite polke un moment et s’arrête tout à coup.

Saint-Gaudens.

Qu’est-ce que vous avez ?


Marguerite.

Rien. J’étouffe un peu.


Armand, s’approchant d’elle.

Vous souffrez, madame ?


Marguerite.

Oh ! ce n’est rien ; continuons.

Gaston joue de toutes ses forces, Marguerite essaye de nouveau et s’arrête encore.

Armand.

Tais-toi donc, Gaston.


Prudence.

Marguerite est malade.


Marguerite, suffoquée.

Donnez-moi un verre d’eau.


Prudence.

Qu’avez-vous ?


Marguerite.

Toujours la même chose. Mais ce n’est rien, je vous le répète. Passez de l’autre côté, allumez un cigare ; dans un instant, je suis à vous.


Prudence.

Laissons-la un peu ; elle aime mieux être seule quand ça lui arrive.


Marguerite.

Allez, je vous rejoins.


Prudence.

Venez ! (À part.) Il n’y a pas moyen de s’amuser une minute ici.


Armand.

Pauvre fille !

Il sort avec les autres.



Scène IX

MARGUERITE, seule, essayant de reprendre sa respiration.

Ah !… (Elle se regarde dans la glace.) Comme je suis pâle !… Ah !…

Elle met sa tête dans ses mains et appuie ses coudes sur la cheminée.



Scène X

MARGUERITE, ARMAND.

Armand, rentrant.

Eh bienn comment allez-vous, madame ?


Marguerite.

Vous, monsieur Armand ! Merci, je vais mieux… D’ailleurs, je suis accoutumée…


Armand.

Vous vous tuez ! Je voudrais être votre ami, votre parent, pour vous empêcher de vous faire mal ainsi.


Marguerite.

Vous n’y arriveriez pas. Voyons, venez ! Mais qu’avez-vous ?


Armand.

Ce que je vois…


Marguerite.

Ah ! vous êtes bien bon ! Regardez les autres, s’ils s’occupent de moi.


Armand.

Les autres ne vous aiment pas comme je vous aime.


Marguerite.

C’est juste ; j’avais oublié ce grand amour.


Armand.

Vous en riez !


Marguerite.

Dieu m’en garde ! j’entends tous les jours la même chose ; je n’en ris plus.


Armand.

Soit ; mais cet amour vaut bien une promesse de votre part.


Marguerite.

Laquelle ?


Armand.

Celle de vous soigner.


Marguerite.

Me soigner ! Est-ce que c’est possible ?


Armand.

Pourquoi pas ?


Marguerite.

Mais, si je me soignais, je mourrais, mon cher. Ce qui me soutient, c’est la vie fiévreuse que je mène. Puis, se soigner, c’est bon pour les femmes du monde qui ont une famille et des amis ; mais nous, dès que nous ne pouvons plus servir au plaisir ou à la vanité de personne, on nous abandonne, et les longues soirées succèdent aux longs jours ; je le sais bien, allez ; j’ai été deux mois dans mon lit : au bout de trois semaines, personne ne venait plus me voir.


Armand.

Il est vrai que je ne vous suis rien, mais, si vous le vouliez, Marguerite, je vous soignerais comme un frère, je ne vous quitterais pas et je vous guérirais. Alors, quand vous en auriez la force, vous reprendriez la vie que vous menez, si bon vous semble ; mais, j’en suis sûr, vous aimeriez mieux alors une existence tranquille.


Marguerite.

Vous avez le vin triste.


Armand.

Vous n’avez donc pas de cœur, Marguerite ?


Marguerite.

Le cœur ! C’est la seule chose qui fasse faire naufrage dans la traversée que je fais. (Un temps.) C’est donc sérieux ?


Armand.

Très sérieux.


Marguerite.

Prudence ne m’a pas trompée alors, quand elle m’a dit que vous étiez sentimental. Ainsi, vous me soigneriez ?


Armand.

Oui !


Marguerite.

Vous resteriez tous les jours auprès de moi ?


Armand.

Tout le temps que je ne vous ennuierais pas.


Marguerite.

Et vous appelez cela ?


Armand.

Du dévouement.


Marguerite.

Et d’où vient ce dévouement ?


Armand.

D’une sympathie irrésistible que j’ai pour vous.


Marguerite.

Depuis ?


Armand.

Depuis deux ans, depuis un jour où je vous ai vue passer devant moi, belle, fière, souriante. Depuis ce jour, j’ai suivi de loin et silencieusement votre existence.


Marguerite.

Comment se fait-il que vous ne me disiez cela qu’aujourd’hui ?


Armand.

Je ne vous connaissais pas, Marguerite.


Marguerite.

Il fallait faire ma connaissance. Pourquoi, lorsque j’ai été j’ai été malade il y a un an, et que vous êtes si assidûment venu savoir de mes nouvelles, pourquoi n’êtes-vous pas monté ici ?


Armand.

De quel droit aurais-je monté chez vous ?


Marguerite.

Est-ce qu’on se gêne avec une femme comme moi ?


Armand.

On se gêne toujours avec une femme… et puis…


Marguerite.

Et puis ?…


Armand.

J’avais peur de l’influence que vous pouviez prendre sur ma vie.


Marguerite.

Ainsi vous êtes amoureux de moi !


Armand, la regardant et la voyant rire.

Si je dois vous le dire, ce n’est pas aujourd’hui.


Marguerite.

Ne me le dites jamais.


Armand.

Pourquoi ?


Marguerite.

Parce qu’il ne peut résulter que deux choses de cet aveu : ou que je n’y croie pas, alors vous m’en voudrez ; ou que j’y croie, alors vous aurez une triste société, celle d’une femme nerveuse, malade, triste, ou gaie d’une gaieté plus triste que le chagrin. Une femme qui dépense cent mille francs par an, c’est bon pour un vieux richard comme le duc, mais c’est bien ennuyeux pour un jeune homme comme vous. Allons, nous disons là des enfantillages ! Donnez-moi la main et rentrons dans la salle à manger ; on ne doit pas savoir ce que notre absence veut dire.


Armand.

Rentrez si bon vous semble ; moi, je vous demande la permission de rester ici.


Marguerite.

Parce que ?


Armand.

Parce que votre gaieté me fait mal.


Marguerite.

Voulez-vous que je vous donne un conseil ?


Armand.

Donnez.


Marguerite.

Prenez la porte et sauvez-vous, si ce que vous me dites est vrai ; ou bien aimez-moi comme un bon ami, mais pas autrement. Venez me voir, nous rirons, nous causerons ; mais ne vous exagérez pas ce que je vaux, car je ne vaux pas grand’chose. Vous avez un bon cœur, vous avez besoin d’être aimé ; vous êtes trop jeune et trop sensible pour vivre dans notre monde ; aimez une autre femme, ou mariez-vous. Vous voyez que je suis bonne fille, et que je vous parle franchement.



Scène XI

Les Mêmes, PRUDENCE.

prudence, entr’ouvrant la porte.

Ah çà ! que diable faites-vous là ?


Marguerite.

Nous parlons raison ; laissez-nous un peu, nous vous rejoindrons tout à l’heure.


Prudence.

Bien, bien ; causez, mes enfants.



Scène XII

MARGUERITE, ARMAND.

Marguerite.

Ainsi, c’est convenu, vous ne m’aimez plus ?


Armand.

Je suivrai votre conseil, je partirai.


Marguerite.

C’est à ce point-là ?


Armand.

Oui.


Marguerite.

Que de gens m’en ont dit autant, qui ne sont pas partis.


Armand.

C’est que vous les avez retenus.


Marguerite.

Ma foi, non !


Armand.

Vous n’avez donc jamais aimé personne ?


Marguerite.

Jamais, grâce à Dieu !


Armand.

Oh ! je vous remercie !


Marguerite.

De quoi ?


Armand.

De ce que vous venez de me dire ; rien ne pouvait me rendre plus heureux.


Marguerite.

Quel original !


Armand.

Si je vous disais, Marguerite, que j’ai passé des nuits entières sous vos fenêtres, que je garde depuis six mois un bouton tombé de votre gant.


Marguerite.

Je ne vous croirais pas.


Armand.

Vous avez raison, je suis un fou ; riez de moi, c’est ce qu’il y a de mieux à faire… Adieu.


Marguerite.

Armand !


Armand.

Vous me rappelez ?


Marguerite.

Je ne veux pas vous voir partir fâché.


Armand.

Fâché contre vous, est-ce possible ?


Marguerite.

Voyons, dans tout ce que vous me dites, y a-t-il un peu de vrai ?


Armand.

Vous me le demandez !


Marguerite.

Eh bien, donnez-moi une poignée de main, venez me voir quelquefois, souvent ; nous en reparlerons.


Armand.

C’est trop, et ce n’est pas assez.


Marguerite.

Alors, faites votre carte vous-même, demandez ce que vous voudrez, puisque, à ce qu’il paraît, je vous dois quelque chose.


Armand.

Ne parlez pas ainsi. Je ne veux plus vous voir rire avec les choses sérieuses.


Marguerite.

Je ne ris plus.


Armand.

Répondez-moi.


Marguerite.

Voyons.


Armand.

Voulez-vous être aimée ?


Marguerite.

C’est selon. Par qui ?


Armand.

Par moi.


Marguerite.

Après ?


Armand.

Être aimée d’un amour profond, éternel ?


Marguerite.

Éternel ?…


Armand.

Oui.


Marguerite.

Et si je vous crois tout de suite, que direz-vous de moi ?


Armand, avec passion.

Je dirai…


Marguerite.

Vous direz de moi ce que tout le monde en dit. Qu’importe ! puisque j’ai à vivre moins longtemps que les autres, il faut bien que je vive plus vite. Mais tranquillisez-vous, si éternel que soit votre amour et si peu de temps que j’aie à vivre, je vivrai encore plus longtemps que vous ne m’aimerez.


Armand.

Marguerite !…



Marguerite.

En attendant, vous êtes ému, votre voix est sincère, vous êtes convaincu de ce que vous dites ; tout cela mérite quelque chose… Prenez cette fleur…

Elle lui donne un camélia.

Armand.

Qu’en ferai-je ?


Marguerite.

Vous me la rapporterez.


Armand.

Quand ?


Marguerite.

Quand elle sera fanée.


Armand.

Et combien de temps lui faudra-t-il pour cela ?


Marguerite.

Mais ce qu’il faut à toute fleur pour se faner, l’espace d’un soir ou d’un matin.


Armand.

Ah ! Marguerite, que je suis heureux !


Marguerite.

Eh bien ! dites-moi encore que vous m’aimez.


Armand.

Oui, je vous aime !


Marguerite.

Et maintenant, partez.


Armand, s’éloignant à reculons

Je pars.

Il revient sur ses pas, lui baise une dernière fois la main et sort.
Rires et chants dans la coulisse.



Scène XIII

MARGUERITE, puis GASTON, SAINT-GAUDENS, OLYMPE, PRUDENCE.

Marguerite, seule et regardant la porte refermée.

Pourquoi pas ? — À quoi bon ? — Ma vie va et s’use sans cesse de l’un à l’autre de ces deux mots.


Gaston, entr’ouvrant la porte.

Chœur des villageois !

Il chante.

C’est une heureuse journée !
Unissons, dans ce beau jour,
Les flambeaux de l’hyménée
Avec les fleurs…


Saint-Gaudens.

Vivent M. et madame Duval !


Olympe.

En avant le bal de noce !


Marguerite.

C’est moi qui vais vous faire danser.


Saint-Gaudens.

Mais comme je prends du plaisir !

Prudence se coiffe d’un chapeau d’homme ; Gaston d’un chapeau de femme, etc., etc. — Danse.