La Deffence, et illvstration de la langue francoyse

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❧ LA DEF-


FENCE, ET IL-


LVSTRATION DE LA


Langue Francoyſe.



Par I.D.B.A.




Imprimé à Paris pour Arnoul l’Angelier,

tenãt ſa Bouticque au ſecond pillier

de la grand’ſale du Palays.

1549.

AVEC PRIVILEGE.

Extraict du priuilege.


IL eſt permis par lettre patente du Roy noſtre ſire, à Arnoul l’Angelier de faire imprimer & mettre en vente deux petitz liures intitulez La deffence & Illuſtration de la langue Francoyſe, & l’autre Cinquante Sonnetz à la louange de l’Oliue, l’Anterotique de la vieille & de la ieune amye, & vers Lyriques nouuellement compoſez. Et deffence faicte à tous libraires & imprimeurs d’imprimer ou mettre en vente leſdictz liures, fors de ceulx que ledict l’Angelier aura faict imprimer, durant le temps et terme de trois ans prochains, ſur peine de confiſcation deſdictz liures & amende arbitraire.

Par le conſeil.
N. Buyer.
Et ſcellé de cyre iaune.

A MONSEI-

GNEVR LE REVE-

rendiſſime Cardinal
du Bellay.

S.



VEV le Perſonnaige, que tu ioues au Spectacle de toute l’Europe uoyre de tout le Monde en ce grand Theatre Romain, ueu tant d’affaires, & telz, que ſeul quaſi tu ſoutiens : ô l’Hõneur du ſacré Collège! pecheroy’-ie pas (comme dit le Pindare Latin) contre le bien publicq’, ſi par longues paroles i’empeſchoy le tens, que tu donnes au ſeruice de ton Prince, au profit de la Patrie, & à l’accroiſſement de ton immortelle renommée ? Epiant donques quelque heure de ce peu de relaiz, que tu prens pour reſpirer ſoubz le peſant faiz des affaires Francoyſes (charge urayement digne de ſi robuſtes epaules, non moins que le Ciel de celles du grand Hercule) ma Muſe a pris la hardieſſe d’ẽtrer au ſacré Cabinet de tes ſainctes, & ſtudieuſes occupations : & la entre tant de riches, & excellens uœuz de iour en iour dediez à l’image de ta grandeur, pendre le ſien humble, & petit : mais toutesfois bien heureux ſ’il rencontre quelque faueur deuant les yeux de ta bonté, ſemblable à celle des Dieux immortelz, qui n’ont moins agreables les pauures preſentz d’un bien riche uouloir, que ces ſuperbes & ambicieuſes offrandes. C’eſt en effect la Deffence et Illuſtration de noſtre Langue Francoyſe. A l’entrepriſe de laquele rien ne m’a induyt, que l’affection naturelle enuers ma Patrie, et à te la dedier, que la grandeur de ton nom. Afin qu’elle ſe cache (comme ſoubz le Bouclier d’Aiax) contre les traictz enuenimez de ceſte antique Ennemye de uertu, ſoubz l’umbre de tes esles. De toy dy-ie, dont l’incomparable Scauoir, Vertu, & conduyte toutes les plus grandes choſes, de ſi long tens de tout le Monde ſont experimentées, que ie ne les ſcauroy’ plus au uif exprimer, que les couurant (ſuyuant la ruſe de ce noble peintre Tymante) ſoubz le uoyle de ſilence. Pour ce, que d’une ſi grande choſe il uault trop myeux (comme de Carthage diſoit T. Liue) ſe taire du tout, que d’en dire peu. Recoy donques auecques ceſte accoutumée Bonté, qui ne te rend moins aymable entre les plus petiz, que ta Vertu, & Auctorité uenerable entre les plus grãds, les premiers fruictz, ou pour myeulx dire les premieres fleurs du Printens de celuy, qui en toute Reuerence, & Humilité bayſe les mains de ta R. S. Priant le Ciel te departir autant de heurenſe, & lõgue uie, et à tes haultes entrepriſes eſtre autãt fauorable, comme enuers toy il a eté liberal, uoyre prodigue de ſes Graces.

À Dieu, De Paris ce. 15. de
Feurier. 1549.


L’autheur prye les Lecteurs differer leur iugemẽt iuſques à la fin du Liure, & ne le cõdamner ſans auoir premierement bien veu, & examiné ſes raiſons.

Ἰωάννης Αὐρατὸς εἰς ϰελτιϰῆς
γλώσσης Ἀπολογίαν.

Εἷς οἰωνὸς ἄριστος ἀμύνεσϑαι περὶ πάτρης,
Εἴπεν ὁμηρείων εὐεπίη χαρίτων.
Ἓν δὲ ϰλέος μέγ' ἄριστον ἀμὺνεσθαι περὶ γλώττης
Τῆς πατρίης, ϰᾀγὼ φημὶ παρῳδιάων.
Βελλάϊ', ὡς γοῦν σεῦ πρόγονοι φιλοπάτρδες ἄνδρες
Ἤϰουσαν πατρίης γῆς πέρι μαρνάμενοι,
Οὕτως ϰαὶ πατρίης σὺ συνηγορέων περὶ γλὼττης,
ϰλῃδόν' ἀεὶ σχήσεις ὡς φιλόπατρις ἀνήρ.

❧ LA DEF-

FENCE, ET ILLVSTRA-

TION DE LA LANGVE

FRANCOISE.

Liure premier.


l’Origine des Langues.
Chap. i.



SI LA NATVRE (dõt quelque Perſonnaige de grand’ renõmée non ſans rayſon a douté, ſi on la deuoit appeler Mere ou Maratre) euſt donné aux Hommes vn cõmun vouloir, & conſentement, outre les innumerables commoditez qui en fuſſent procedées, l’Inconſtãce humaine n’euſt eu beſoing de ſe forger tant de manieres de parler. Laquéle diuerſité, et confuſion, ſe peut à bõ droict appeler la Tour de Babel. Donques les Langues ne ſont nées d’elles-mêmes en façon d’Herbes, Racines, & Arbres : les vnes infirmes, & debiles en leurs eſpéces : les autres ſaines et robuſtes, & plus aptes à porter le faiz des cõceptions humaines : mais toute leur vertu eſt née au monde du vouloir, & arbitre des mortelz. Cela (ce me ſemble) eſt vne grande rayſon, pourquoy on ne doit ainſi louer vne Langue, & blamer l’autre : veu qu’elles viennent toutes d’vne meſme ſource, & origine : c’eſt la fantaſie des hommes : & ont eté formees d’vn meſme iugement, à vne meſme fin : c’eſt pour ſignifier entre nous les conceptions, & intelligences de l’eſprit. Il eſt vray q̃ par ſucceſsion de tens les vnes pour auoir eté plus curieuſement reiglées ſont deuenues plus riches, que les autres : mais cela ne ſe doit attribuer à la felicité deſdites Langues, ains au ſeul artifice, & induſtrie des hommes. Ainſi donques toutes les choſes, que la Nature a crées, tous les Ars, & Sciences en toutes les quatre parties du monde, ſont chacune endroict ſoy vne meſne choſe : mais pour ce que les hommes ſont de diuers vouloir, ilz en parlent, & ecriuent diuersement. A ce propos, ie ne puis aſſez blamer la ſotte arrogance, & temerité d’aucuns de notre nation, qui n’etans riens moins que Grecz, ou Latins, depriſent, & reietẽt d’vn ſourcil plus que Stoïque, toutes choſes ecrites en Francois : & ne me puys aſſez emerueiller de l’etrange opinion d’aucuns ſcauãs, qui penſent que noſtre vulgaire ſoit incapable de toutes bonnes lettres, & erudition : comme ſi vne inuention pour le Languaige ſeulement deuoit eſtre iugée bonne, ou mauuaiſe. A ceux la ie n’ay entrepris de ſatisfaire. A ceux cy ie veux bien (ſ’il m’eſt poſsible) faire changer d’opinion par quelques raiſons, que brefuemẽt i’eſpere deduyre : non que ie me ſente plus cler voyant en cela, ou autres choſes, qu’ilz ne ſont, mais pour ce q̃ l’affection qu’ilz portent aux lãgues eſtrãgieres, ne permet qu’ilz veillẽt faire ſain, & entier iugement de leur vulgaire.


Que la Langue Francoyſe ne doit eſtre nommée barbare.
Chap. i i.



POur commencer donques à entrer en matiere, quand à la ſignificatiõ de ce mot Barbare : Barbares anciẽnement etoint nõmez ceux, ꝗ ĩeptemẽt ꝑloint Grec. Car cõme les etrãgers venans à Athenes ſ’efforcoint de parler Grec, ilz tũboint ſouuẽt en ceſte voix abſurde βάρϐαρας. Depuis les Grecz trãſportarent ce nõ aux meurs brutaux, & cruelz, appellant toutes nations hors la Grece, Barbares. Ce qui ne doit en riẽ diminuer l’excellẽce de notre Langue : veu q̃ ceſte arrogãce Greque, admiratrice ſeulemẽt de ſes inuentiõs, n’auoit loy ny priuilege de legitimer ainſi ſa Nation, & abatardir les autres : comme Anacharſis diſoit, que les Scythes etoint Barbares entre les Atheniens, mais les Atheniens auſſi entre les Scythes. Et quand la barbarie des meurs de notz Ancéſtres euſt deu les mouuoir à nous apeller Barbares, ſi eſt ce, que ie ne voy point, pourquoy on nous doiue maintenant eſtimer telz : veu qu’en eiuilité de meurs, equité de loix, magnanimité de couraiges, bref en toutes formes, & manieres de viure non moins louables, que ꝓfitables, nous ne ſommes rien moins qu’eux : mais bien plus, veu qu’ilz ſont telz maintenant, que nous les pouuons iuſtement apeller par le nom, qu’ilz ont donné aux autres. Encores moins doit auoir lieu, de ce que les Romains nous ont appellez Barbares, veu leur ambition,& inſatiable faim de gloyre : qui tachoint non ſeulement à ſubiuguer, mais à rendre toutes autres nations viles, & abiectes aupres d’eux : principalement les Gauloys, dont ilz ont receu plus de honte, & dommaige, que des autres. A ce propos, ſongeant beaucoup de foys, d’ou viẽt que les geſtes du peuple Romain ſont tãt celebrés de tout le Mõde, voyre de ſi long interuale ꝓferés à ceux de toutes les autres Natiõs enſemble, ie ne treuue point pl grande raifon que celte cy : c’eſt que les Romains ont eu ſi grande multitude d’Ecriuains, que la plus part de leur geſtes (pour ne dire pis) par l’Eſpace de tant d’années, ardeur de bataille, vaſtité d’Italie, incurſiõs d’eſtrãgers, ſ’eſt cõſeruée entiere iuſques à noſtre tens. Au contraire les faiz des autres nations ſingulierement des Gauloys, auant qu’ilz tumbaſſent en la puyſſance des Francoys, & les faiz des Francoys meſmes depuis qu’ilz ont dõné leur nom aux Gaules, ont eté ſi mal recueilliz, que nous en auons quaſi perdu non ſeulement la gloyre, mais la memoyre. A quoy à bien aydé l’enuie des Romains, qui comme par vne certaine coniuration conſpirant contre nous, ont extenué en tout ce qu’ilz ont peu, notz louanges belliques, dont ilz ne pouuoint endurer la clarté : & non ſeulement nous ont fait tort en cela, mais pour nous rẽdre encor’ plus odieux, & contemptibles, nous ont apellez brutaux, cruelz, & Barbares. Quelqu’vn dira, pourquoy ont ilz exempté les Grecz de ce nom ? pource qu’ilz ſe feuſſent fait plus grand tort, qu’aux Grecz meſmes, dont ilz auoint emprunté tout ce, qu’ilz auoint de bon, au moins quãd aux Sciẽces, & illuſtration de leur Langue. Ces rayſons me ſemblẽt ſuffiſantes de faire entendre à tout equitable Eſtimateur des choſes, que noſtre Langue (pour auoir eté nõmes Barbares ou de noz ennemys, ou de ceux, qui n’auoint Loy de nous bailler ce Nom) ne doit pourtant eſtre depriſée meſmes de ceux, aux quelz elle eſt ꝓpre, & naturelle : & qui en riẽ ne ſont moindres, q̃ les Grecz, ou Romains.
Pourquoy la Langue Francoyſe n’eſt ſi riche que la Greque, & Latine.
Chap. i i i.



ET ſi noſtre Lãgue n’eſt si copieuſe, & riche q̃ la Greque, ou Latine, cela ne doit eſtre imputé au default d’icelle, comme ſi d’elle meſme elle ne pouuoit iamais eſtre ſi non pauure, & ſterile : mais bien on le doit attribuer à l’ignorance de notz maieurs, qui ayans (comme dict quelqu’vn, parlant des anciens Romains) en plus grande recommendation le bien faire, que le bien dire, & mieux aymans laiſſer à leur poſterité les exemples de vertu, q̃ les preceptes : ſe ſont priuez de la gloyre de leurs bien faitz, & nous du fruict de l’immitatiom d’iceux : & ꝑ meſme moyen nous ont laiſſé noſtre Langue ſi pauure, & nue, qu’elle a beſoing des ornemẽtz, & (ſ’il fault ainſi parler) des plumes d’autruy. Mais ꝗ voudrait dire q̃ la Grecque, & Romaine euſſent touſiours eté en l’excellẽce qu’on les à vues du tens d’Homere, & de Demoſthene, de Virgile, & de Ciceron? Et ſi ces aucteurs euſſent iugé, q̃ iamais pour quelque diligẽce, & culture, qu’on y euſt
Que la Langue francoyſe n’eſt ſi pauvre que beaucoup l’eſtiment
Chap. i i i i .



IE n’eſtime pourtant noſtre vulgaire, tel qu’il eſt maintenant, eſtre ſi vil, & abiect, cõme le font ces ambicieux admirateurs des Langues Grecque, & Latine, qui ne penseroint & feuſſent ilz la meſme Pithô, Déeſſe de perſuaſion, pouuoir rien dire de bon, ſi n’étoit en Langaige etranger, & non entendu du vulgaire. Et qui voudra de bien pres y regarder, trouuera que noſtre Langue Francoyſe n’eſt si pauure, qu’elle ne puyſſe rendre fidelement ce qu’elle emprunte des autres, ſi infertile, qu’elle ne puyſſe produire de ſoy quelque fruict de bonne inuention, au moyen de l’induſtrie, & diligence des cultiueurs d’icelle, ſi quelques vns ſe treuuent tant amys de leur paĩz, & d’eux meſmes qu’ilz l’y veillent employer. Mais à qui apres Dieu rendrons nous graces d’vn tel benefice, ſi nõ à noſtre feu bon Roy, & Pere Francoys premier de ce nom, & de toutes vertuz ? ie dis premier, d’autant qu’il a en ſon noble Royaume premierement reſtitué tous les bons Ars, & Sciẽces en leur ancienne dignité : & ſi à noſtre Langaige, au parauant ſcabreux, & mal poly, rendu elegant, & ſi non tant copieux, qu’il pourra bien eſtre, pour le moins fidele Interprete de tous les autres. Et qu’ainſi ſoit, Philoſophes, Historiẽs, Medecins, Poëtes, Orateurs Grecz, & Latins, ont appris à parler Francois. Que diray-ie des Hebreux ? Les Saintes lettres donnent ample temoignaige de ce que ie dy. Ie laisserai en ceſt endroict les ſuperſtitieuſes raiſons de ceux, qui ſoutiennent que les myſteres de la Theologie ne doiuent eſtre decouuerts, & quaſi comme prophanez en langaige vulgaire, & ce que vont allegãt ceux qui ſont d’opinion contraire. Car ceſte Diſputation n’eſt propre à ce, que i’ay entrepris, qui eſt ſeulement de montrer que noſtre Langue n’ha point eu à ſa naiſſance les Dieux, & les Aſtres ſi ennemis, qu’elle ne puiſſe vn iour paruenir au point d’excellence, & de perfection auſsi bien que les autres, entendu que toutes Sciẽces ſe peuuent fidelement, & copieuſement traiter en icelle, comme on peut voir en ſi grand nombre de Liures Grecz, & Latins, voyre bien Italiens, Eſpaignolz, & autres traduictz en Francoys, par maintes excellentes plumes de noſtre tens.

Que peu faire, elles n’euſſent ſceu produyre plus grand fruict, ſe feuſſent ilz tant eforcez de les mettre au point, ou nous les voyons maintenant ? Ainſi puys-ie dire de noſtre Langue, qui commence encores à fleurir, ſans fructifier : ou plutoſt comme vne Plante, & Vergette, n’a point encores fleury, tant ſe fault qu’elle ait apporté tout le fruict qu’elle pourroit bien produyre. Cela certainement non pour le default de la Nature d’elle ausſi apte à engendrer que les autres, mais pour la coulpe de ceux, qui l’õt euë en garde, & ne l’ont cultiuée à ſuffiſance : ains comme vne plante ſauuaige, en celui meſmes Deſert, ou elle auoit commencé a naitre, ſans iamais l’arrouſer, la tailler, ny défendre des Ronces, & Epines qui luy faiſoint vmbre, l’ont laiſſée enuieillir, & quaſi mourir. Que ſi les anciens Romains euſſent eté auſsi negligés à la culture de leur Langue, quand premierement elle commẽca à pululer, pour certain en ſi peu de tens elle ne feuſt deuenue ſi grande. Mais eux en guiſe de bons Agriculteurs, l’ont premierement tranſmuée d’vn lieu ſauuaige en vn domeſtique : puis affin que plus toſt, & mieux elle peuſt fructifier, coupant à l’entour les inutiles rameaux, l’ont pour échange d’iceux restaurée de Rameaux francz, & domeſtiques, magiſtralement tirez de la Langue Grecque, les quelz ſoudainement ſe ſont ſi bien entez, & faiz ſemblables à leur tronc, que deſormais n’apparoiſſent plus adoptifz, mais naturelz. De la ſont nées en la Langue Latine ces fleurs, & ces fruicts colorez de cete grande eloquence, auecques ces nombres, & cete lyaiſon ſi artificielle, toutes les quelles choſes non tant de ſa propre nature, que par artifice toute Langue a coutume de produyre. Doncques ſi les Grecs, & Romains, plus diligens à la culture de leurs Langues que nous à celle de la noſtre, n’ont peu trouuer en icelles ſi non auecques grand labeur, & industrie ny grace, ny Nombre, ny finablement aucune eloquence, nous deuons nous emerueiller ſi noſtre vulgaire n’eſt ſi riche comme il pourra bien eſtre, & de la prendre occaſion de le mepriſer cõme choſe vile, & de petit prix ? Le tens viendra (peut-eſtre) & ie l’eſpere moyẽnant la bõne deſtinée Frãcoyſe, que ce noble, & puyſſant Royaume obtiẽdra à ſon tour les reſnes de la monarchie, & que noſtre Langue, (ſi auecques Francois n’eſt du tout enſeuelie la Langue Francoyse) qui commence encor’à ieter ſes racines, ſortira de terre, & ſ’eleuera en telle hauteur, & groſſeur, qu’elle ſe pourra egaler aux meſmes Grecz, & Romains, produyſant comme eux des Homeres, Demoſthenes, Virgiles, & Cicérõs, auſſi bien que la France a quelquesfois produit des Pericles, Nicies, Alcibiades, Themiſtocles, Ceſars, & Scipions.
Que les Traductions ne ſont ſuffiſantes pour donner perfection à la Langue Francoyſe.
Chap. V.



TOutesfois ce tant louable labeur de traduyre ne me ſẽble moyen vnique, & ſuffiſant pour eleuer noſtre vulgaire à l’egal, & Parãgon des autres plus fameuſes Langues. Ce que ie pretens prouuer ſi clerement, que nul n’y vouldra (ce croy ie) contredire, ſ’il n’eſt manifeſte calumniateur de la verité. Et premier, c’eſt vne choſe accordée entre tous les meilleurs Aucteurs de Rethorique, qu’il y a cinq parties de bien dire, l’Inuẽtion, l’Eloquution, la Diſpoſitiõ, la Memoire, & la Pronũtiation. Or pour autant que ces deux dernieres ne ſe aprennent tant par le benefice des Langues, cõme elles ſont données à chacun ſelon la felicité de ſa Nature, augmentées, & entretenues par ſtudieux exercice, & continuelle diligence, pour autant auſsi que la Diſpoſition giſt plus en la diſcretion, & bon iugement de l’Orateur qu’en certaines reigles, & preceptes : veu que les euenements du Tens, la circunſtance des Lieux, la condition des perſonnes, & la diuerſité des·Occaſions ſont innumerables. Ie me contenteray de parler des deux premieres ſcauoir de l’Inuention, & de l’Eloquution. l’Office donques de l’Orateur eſt de chacune ch0se propoſée elegamment, & copieuſement parler. Or ceſte faculté de parler ainſi de toutes choſes, ne le peut acquerir que par l’Intelligence parfaite des Sciences, les queles ont eté premieremẽt traitées par les Grecz, & puis par les Romains Imitateurs d’iceux. Il fault donques neceſſairement q̃ ces deux Langues ſoint entendues de celuy, qui veut acquerir cete copie, & richeſſe d’Inuention, premiere, & principale Piece du Harnoys de l’Orateur. Et quand à ce poinct, les fideles Traducteurs peuuent grandement ſeruir, & ſoulaiger ceux qui n’ont le moyen Vnique de vacquer aux Langues eſtrangeres. Mais quand à l’Eloquution, partie certes la plus difficile, & ſans la quelle toutes autres choſes reſtent comme Inutiles, & ſemblables à vn Glayue encores couuert de ſa Gayne : Eloquution (dy ie) par la quelle Principalement vn Orateur eſt iuge plus excellent, & vn Genre de dire meilleur, que l’autre : comme celle, dont eſt apellée la meſme Eloquence : & dont la vertu giſt aux motz propres, vſitez, & non aliénes du commun vſaige de parler : aux Methaphores, Alegories, Cõparaiſons, Similitudes, Energies, & tant d’autre figures, & ornemẽs, ſans les quelz tout oraiſon, & Poëme ſont nudz, mãques, & debiles. Ie ne croyray iamais qu’on puiſſe bien apprendre tout cela des Traducteurs, pour ce qu’il eſt impoſſible de le rendre auecques la meſme grace, dont l’Autheur en à vſé : d’autãt que chacune Langue à ie ne ſcay quoy propre ſeulement à elle, dont ſi vous efforcez exprimer le Naif en vn autre Langue obſeruant la Loy de traduyre, qui eſt n’eſpacier point hors des Limites de l'Au&eur , voſtre Diction ſera contrainte , froide, eſt de mauuaiſe grace, Et qu’ainſi ſoit, qu’on me lyſe vn Dem0!ihcne,& , Homer: Latinszvn Ciceron, 8: Vergile Frmg c0ys,pour voir Pilz vouxengendreront telles Afîeâions , voyre ainfi qu’vn Prothëe vous trànsfcrmeronr en diuerfes (0rtes,comme v0°, ième: lyfant ces Auëteurs en leurs Langues. Il vous ûmbler; pailey de Pardente Montaià gue d'Aetl1ne (ur le froid Sômet de Caucafë Et cef; ie dy des Ligues Lati¤e,& Greque,cc doit reciproquemët dire de tous les vulgaires, dont fallcgueray fëulemëc vn Perrarquqdu QI i'o(i~: bien dire,que fi H0mere,& Virgile remi? fans auoint entrepris de le traduyre , ilz ne le pouroint rendre auccques la mcfme grace , Sc myF¤eré,qu‘il cli en Fon vulgaire Tofeâ. Tou tesfois quelques vns de notre Tens ont entre- pris de le faire parler Fram:oys.V0yl:« en bref les Raifons, qui m—0nt Fm peufer, que l’«»fl‘ice & diligence des Trzdu6l::urs,au:rcmen: fbru r b ii Vtîle pouf iniliu§re les ingnorîs des Laigués etrarêgeres en la eôgnoîlünee des chutes, u’e(i (alii ante pour donner à la mûre celle perfe- &i0n,& comme Fun: les Peintres à leurs Tan bleaux ceûe derniere main , que nous deiîrôs. E: li les rai(ons,que ïay alleguées, ne lïemblëe allez forees,ie Jpduiray pour mes gar5',s\& def feniëurs les anciens Auâeurs R0mains,Poë· tes prineipzlementuîe Ol’2È€\l1'S,l¢$ quelz (cô- bien que Ciceron ait traduyt quelques `Liures de Xen0ph0n,& cl'Arzte,& qu`Hotaee baille les preeepres de bien triduyre) ont vacque 3. eelie partie plus pour leur etude,& profit pan tieulier, que pour le publier à Yamplifîeation de leur Langue , âleut gloire , dc commodité s d’autruy.Si aucuns ont veu quelques Oeuures de ce eens la foubz tiltre de traduâiun, ïentës de Cieeron, de Vit ile , 8c de ce bienheureux Siecle d’Auguûe, me poutmint dementig

deoe que ie dy. ` ` " `””"`~" u` '``' ww
Des mauuais Traducteurs, & de ne traduyre les Poëtes.
Chap. V I.



MAis que diray-ie d’aucuns, vraymẽt mieux dignes d’eſtre appellés Traditeurs, que Traducteurs? Veu qu’ils trahiſſent ceux, qu’ilz entreprennent expoſer, les frustrãt de leur gloire, & par meſme moyẽ ſeduyſent les Lecteurs ignorans, leur montrãt le blanc pour le noyr: qui pour acuerir le Nõ de Scauans, traduyſent ) credict les Langues, dont iamais ilz ont enẽdu les premiers Elementz, comme l’Hebraique, & la Grecque: & encor’ pour myeux ſe faire valoir, ſe prennent aux Poëtes, gẽre d’aucteurs certes, auquel ſi ie ſcauoy’, ou vouloy’ traduyre, ie m’addroiſſeroy auſsi peu à cauſe de ceſte Diuinité d’Inuention, qu’ilz ont plus que les autres, de ceſte grandeur de ſtyle, magnificence de motz, grauité de ſentences, audace, & varieté de figures, & mil’ autres lumieres de Poëſie: bref ceſte Energie, & ne ſcay quel Espriſt, qui eſt en leur Ecriz, que les Latins appelleroient Genius. Toutes les quelles choſes ſe peuuvent autant exprimer en traduiſant, comme vn Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/22
Comment les Romains ont enrichy leur Langue.
Chap. VII.



SI les Romains (dira quelqu’vn) n’ont vaqué à ce Labeur de Traduction, par quelz moyens donques ont ilz peu ainſi enrichir leur Lãgue, boyre iuſques à l’egaller quaſi à la Greque ? Immitãt les meilleurs Aucteurs Grecz, ſe trãſformat en eux, les deuorant, & apres les auoir bien digerez, les conuertiſſant en ſang, & nouriture ſe propoſant chacun ſelon ſon Naturel, & l’Argument, qu’il vouloit elire, le meilleur Aucteur, dont ilz obſeruoient diligemment toutes les plus rares, & exquiſes vertuz, & icelles cõme Grephes, ainſi q̃ i’ay dict deuãt, entoit, et apliquoint à leur Lãgne. Cela faiſant (fy-ie) les Romains ont baty tous ces beaux Ecriz, que nous louons, & admirons ſi fort : egalant ores quelqu’vn d’iceux, ores le preferant aux Grecz. Et de ce, que ie dy, font bonne peuue Ciceron, & Virgile, que volũtiers, & par Honneur ie nomme touſiours en la Lãgue Latine, des quelz comme l’vn ſe feut entierement adonné à l’Immitation des Grecz, contrefiſt & exprima ſi au vif la copie de Platon, la Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/24
D’amplifier la Langue Francoyſe par l’immitation des anciens Aucteurs Grecz, & Romains.
Chap. v i i i.



SE compoſe donq’ celuy, qui voudra enrichir la Langue, à l’immitation des meilleurs Aucteurs Grecz, & Latins : & à toutes leurs plus grandes vertuz, cõme à vn certain but, dirrige la pointe de ſon Style. Car il n’y a point de doute, ... Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/26
Reſponſe à quelques obiections.
Chap. i x.



APres auoir le plus ſuccintemẽt qu’il m’a eté poſsible ouuert le chemin à ceux, qui defirẽt l’Amplification de notre Languen il me ſemble bõ, & neceſſaire de repondre à ceux, q̰ l’eſtimẽt barbare, & irreguliere, incapable de cete elegance, & copie, q̰ eſt en la Greque, & Romaine : d’autant (diſent ilz) qu’elle n’a ſes Declinaisons, ſes piez & ſes Nombres, cõme ces deux autres Lãgues. Ie ne veux alleguer en cet endroict (biẽ q̃ ie le peuſſe faire ſans hõte) la Simpilicité de notz Maieurs, qui ſe ſont contentez d’exprimer leurs Cõceptions auecques paroles nues, ſans Art, & Ornement : non Immitans la Curieuſe diligence des Grecz, aux quelz la Muſe auoit donné la Bouche ronde (cõme dict quelqu’vn) c’eſt à dire, p̰faitè en toute elegãce, & Venuſté de paroles : cõme depuis aux Romains Immitateurs des Grecz. Mais ie diray biẽ, q̃ noſtre Lãgue n’eſt tãt irregulire, qu’õ voudroit biẽ dire : veu q̃lle ſe decline ſi nõ p̰ les Nõs, Pronõs, & Participes pour le moins p̰les Verbes, en tous leurs Tẽs, Modes, & Perſõnes. Ei ſi elle n’eſt ſi curieusement, reiglée, ou pl9 toſt liée, eſt gehinnée en ſes Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/28 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/29 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/30 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/31 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/32 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/33 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/34 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/35 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/36 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/37 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/38 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/39 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/40 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/41 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/42 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/43 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/44 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/45 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/46 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/47 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/48 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/49 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/50 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/51 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/52 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/53 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/54 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/55 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/56 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/57 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/58 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/59 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/60 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/61 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/62 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/63 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/64 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/65 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/66 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/67 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/68 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/69 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/70 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/71 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/72 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/73 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/74 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/75 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/76 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/77 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/78 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/79 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/80 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/81 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/82 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/83 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/84 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/85 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/86 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/87 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/88 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/89 Page:Du Bellay - La Deffence, et illustration de la langue francoyse.djvu/90
A l’Ambicieux, et avare ennemy des bonnes lettres.


Sonnet.


Serf de Faueur, Eſclaue d’Auarice,
Tu n’heus iamais ſur toymeſmes pouuoir,
Et ie me veux d’vn tel Maitre pouruoir,
Que l’Eſprit libre plaiſir ſe nouriſſe.

L’Air, la Fortune, & l’humaine Police
Ont en leurs Mains ton malheureux Auoir.
Le Iuge auare icy n’a rien à voir.
Ny les troys Seurs, ny du Tens la malice,

Regarde donc qui est plus ſouhaitable
L’ayſe, ou l’ennuy le certain, ou l’instable.
Quand à l’honneur, i’eſpere estre immortel:

Car vn cler Nom ſoubz Mort iamais ne tumbe.
Le tien obſcru ne te promet rien tel.
Ainſi, tous deux ſerez ſoubz meſme Tumbe.


CAELO MVSA BEAT.

AMY Lecteur, tu trouuerras etrange (peut eſtre) de ce, que i’ay ſi breuement traité vn ſi fertil, & copieux Argument, comme eſt l’Illuſtration de noſtre Poëſie Francoyſe: capable certes de plus grãd ornement, que beaucoup n’eſtiment. Touteſfois tu doibz penſer, que les Arz, & Sciẽces n’õt receu leur perfection tout à vn coup, & d’vne meſme Main : aincoys par ſucceſsion de longues Années, chacun y

conferant quelque portion de ſon Induſtrie, ſont paruenues au point de leur excellẽce. Recoy donques ce petit Ouuraige, comme vn Deſſeing, & Protraict de quelque grand & laborieux Edifice, que i’entreprẽdray (poſsible) de conduyre, croiſſant mon Loyſir, & mon Scauoir: & ſi ie cõgnoy’ q̃ la Nation Frãcoyſe ait agreable ce miẽ bõ vouloir (vouloir dy-ie) qui aux plus grandes choſes a touſiours merité quelque louange. Quant à l’Orthographe, i’ay plus ſuyuy le commun, & antiq’ vſaige, que la Raiſon: d’autãt que cete nouuelle (mais legitime à mon iugement) facon d’ecrire eſt ſi mal receue en beaucoup de lieux, que la nouueauté d’icelle euſt peu rendre l’Oeuure non gueres de ſoy recommendable, mal plaiſant, voyre contemptible aux Lecteurs. Quand aux fautes, qui ſe pouroint trouuer en l’impreſsiõ, comme de lettres trãſpoſées, omiſes, ou ſuperflues, la premiere Edition les excuſera, & la Diſcretion du Lecteur Scauant, qui ne ſ’arreſtera à ſi petites choſes.

A Dieu, Amy Lecteur.