La Douceur de vivre/20

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Calmann-Lévy, éditeur (p. 309-310).


XX


André Laubespin à Marie Laubespin.
4 juin 19…

Marie, on vous a dit que j’étais malade… Moi je sais que je vais mourir, et c’est pourquoi j’ose vous écrire…

J’ai été bien coupable envers vous, mais j’ai eu, loin de vous, de grandes tristesses. Je ne suis plus l’homme joyeux que vous avez connu. Une femme m’a puni du mal que je vous ai fait… Mais cette histoire ne vous intéresse pas. Sachez seulement que je suis seul, que ma maison est vide, que mon pauvre enfant est livré à des étrangers.

On m’apprend que vous reviendrez bientôt en France… Si je vis encore, à ce moment-là, ne me permettrez-vous pas de revoir une fois, une seule fois, le visage que j’ai aimé ?

Je baise vos mains humblement

ANDRÉ.


Claude à Marie.
4 juin 19…

Votre mère m’a tout dit… Vous ne devez pas revoir un homme qui vous a trompée et abandonnée et qui feint d’agoniser pour vous attendrir !…

Je ne doute pas de votre cœur, ma bien-aimée, et j’attends avec confiance votre décision… Il faut choisir, Marie !

Dites un mot et je pars !… Je n’ai pas su vous conquérir toute, mais ce que vous m’avez donné est à moi. Je le garde et je le défendrai…

CLAUDE.