La Fable et la Vérité

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Fables de FlorianLouis Fauche-BorelVolume 9 (p. 35-36).

LIVRE PREMIER

FABLE PREMIÈRE.

La Fable & la Vérité.


La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étoient un peu détruits ;
Jeune & vieux fuyoient à sa vue.
La pauvre vérité restoit là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
A ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes & diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gèle ;

Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n’obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, &, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, & grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie.


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