La Formation des États-Unis/V

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La Nouvelle RevueTome 106 (p. 459-481).

LA

FORMATION DES ÉTATS-UNIS[1]




L’EFFERVESCENCE RELIGIEUSE


Deux grands événements marquent l’histoire religieuse des États-Unis : la fondation puritaine de 1620 et l’Assemblée de Chicago en 1893. Mais en dehors de ces deux circonstances, on s’accorde généralement pour n’attribuer à la religion qu’un rôle secondaire et effacé dans la formation de la République américaine. Celle-ci a, dit-on, résolu le problème ardu des rapports entre l’Église et l’État en établissant le principe de la séparation absolue ; sa constitution ne comporte point de culte officiel ; l’esprit de tolérance dicte à chaque citoyen sa conduite ; ainsi sont évitées les agitations, les rivalités passionnées, les tyranies qu’ont eu à subir d’autres temps et d’autres pays.

Tout cela n’est pas rigoureusement vrai. Nous avons vu comment les premières communautés puritaines engendrèrent le fanatisme et combien furent lentes à s’éliminer les haines du début. Le présent siècle était commencé lorsque les mesures persécutrices disparurent des textes législatifs dans plus d’un État de l’Est et ces mesures ne survécurent pas beaucoup à l’esprit qui les avait dictées[1]. D’autre part, l’étranger qui visite les États-Unis et veut pénétrer dans le détail de leur organisation est surpris de constater que la réalité ne répond guère à son attente. Seulement, à l’inverse de ce qui s’est souvent produit ailleurs, c’est ici l’indifférence qui est proclamée et la foi qui est le fait. En ce pays où l’élément civil et l’élément religieux sont indépendants l’un de l’autre, où le gouvernement fait profession d’ignorer le culte de chacun, où même le nom de Dieu est absent de la loi suprême, la prière précède ou accompagne toutes les manifestations de la vie nationale. On ne pose pas une première pierre, on n’inaugure pas un édifice — fût-ce un gymnase — on ne réunit pas un important meeting sans appeler la bénédiction divine au secours de l’activité humaine. Le Congrès a son chapelain ; les Assemblées des États font appel aux ministres des différentes confessions pour présider à l’ouverture de leurs séances ; chaque année, à l’issue des moissons, le chef de l’État rédige un message par lequel il convie ses administrés à s’unir dans une commune action de grâces envers le souverain dispensateur des biens de ce monde : on l’a vu, en des circonstances solennelles, désigner un jour spécial pour le jeûne et le recueillement. Dans les écoles publiques, la Bible est lue aux enfants et commentée ; les règlements de l’armée et de la marine comportent la célébration régulière des services religieux, et ce qui est plus significatif encore dans la plupart des États, les propriétés affectées à la fondation ou à l’entretien d’une institution ecclésiastique, les biens d’église comme on les appelait en France au siècle dernier, bénéficient de certaines exemptions d’impôts. Ce ne sont pas là de vieilles coutumes, comme il en existe tant en Angleterre, de ces coutumes que l’esprit conservateur maintient alors même qu’elles ont cessé de correspondre à l’état de l’opinion. Ce conservatisme-là n’est pas fréquent en Amérique, où ce qui n’a plus de raison d’être tombe vite en désuétude. Il est visible, au contraire, que l’opinion approuve l’hommage extralégal rendu à Dieu, la déférence pour l’idée religieuse, les marques de sympathie données au clergé. Les pouvoirs publics ne manifestent de semblables sentiments que parce que la vie privée en est tout imprégnée. La question change donc absolument d’aspect selon qu’on l’examine dans les lois ou dans les faits. L’indépendance de la religion vis-à-vis de l’État n’a pas pour corollaire une égale indépendance de l’État vis-à-vis de la religion ; si donc la paix religieuse, qui n’a pas toujours existé aux États-Unis, y est aujourd’hui établie, cela tient à ce que la grande majorité des citoyens est d’accord pour mettre en pratique un article sous-entendu de la Constitution qui ne figure pas dans les textes, mais figure dans la réalité et qui est fidèlement appliqué sans avoir jamais été voté : « La religion chrétienne est la religion de l’État. »

Quel est ce christianisme ? Présente-t-il des caractères nouveaux ? En tous les cas, son évolution a été gigantesque entre 1620 et 1893. Les deux scènes ont leur grandeur ; mais combien fortement elles s’opposent l’une à l’autre ! Voici, par une nuit de décembre, sur le pont d’un petit navire, une poignée d’êtres humains qui contemplent les rivages du continent inconnu vers lequel une foi robuste, mais étroite, les a poussés. Ce sont, par essence, des intolérants. Ils sont généreux, puisqu’ils veulent régénérer le monde, ardents et énergiques, puisqu’ils souffrent sans murmures et se sentent prêts à tous les sacrifices. Mais ils ont conçu une forme de salut — une seule — et veulent l’imposer. La civilisation asiatique et européenne leur est odieuse ; ils ne font aucun cas de ses acquisitions et de ses progrès : tout s’efface pour eux devant la pensée de la régénération morale par l’austérité et la contrainte intérieure. Leur désespoir serait grand s’ils pouvaient deviner qu’ils sont précisément les messagers de cette civilisation contre laquelle ils veulent réagir, ses instruments, ses serviteurs. Voici maintenant (deux siècles et demi ont passé) un « parlement » qui s’ouvre aux regards étonnés de la foule. Un cardinal de l’église romaine préside ; autour de lui sont groupés des représentants des différentes sectes protestantes, des prêtres de Bouddha, des dignitaires de l’Islam, des envoyés des monastères et des temples les plus lointains et les plus anciens de l’univers. On dirait, à entendre leurs discours, que le dogme a sensiblement perdu de son importance en même temps que le sentiment a gagné en force et en intensité. C’est la conciliation qu’ils veulent, l’entente qu’ils cherchent à réaliser ; ils sont d’accord pour écarter tout ce qui divise. Les discussions se poursuivent, à Chicago, dans une paix et dans une harmonie que les conciles n’avaient point connue. Et c’est presque un concile qui se tient ainsi sur les rives du Michigan ; mais, cette fois, sans anathème ni excommunication. Jamais encore on n’avait osé pareille tentative et chacun a conscience qu’en un autre lieu et à une autre époque l’échec eût été complet.

Le parlement de Chicago fut l’œuvre de quelques protestants chaleureusement soutenus par quelques prélats catholiques. Or les ancêtres des premiers avaient, dans la Nouvelle Angleterre, coupé les oreilles et brûlé la langue des quakers et ceux des seconds avaient allumé sur les places de Mexico les premiers bûchers de l’Inquisition. Que les temps sont changés ! Mais si la question religieuse s’est complètement transformée, l’intérêt qu’elle excite ne s’est pas amoindri. Ce n’est pas tout que la tolérance domine, il faut encore que la foi ne soit pas atteinte. Dans un pays, dans un temps où régnerait l’indifférence, de semblables manifestations ne seraient pas possibles. Nous sommes ainsi amenés à cette conclusion qu’un lent travail s’est accompli au sein de la société américaine, travail d’érosion semblable à celui qui a creusé le grand canon du Colorado, travail silencieux, souterrain, incessant dont il faut chercher les traces dans les chroniques locales, dans les œuvres de détail… Depuis qu’il est fondé, le gouvernement fédéral n’a pris parti dans aucune querelle théologique, dans aucune contestation confessionnelle. Il a ignoré officiellement le saint-siège et les consistoires. On pourrait donc lire d’un bout à l’autre l’histoire des États-Unis sans y noter l’action des forces religieuses. Nous venons de voir que, contrairement aux lois, un hommage presque quotidien leur était rendu ; donc elles existent et il importe de déterminer avec soin la nature et l’intensité de leur action, sans quoi tout un côté de l’âme américaine — et non le moindre — risquerait d’échapper à nos investigations.

Les puritains n’étaient pas les seuls à favoriser l’existence d’un lien entre l’Église et l’État, pourvu qu’il fût question de leur église et de leur État, imitant en cela certains radicaux qui apprécient fort le despotisme lorsqu’ils peuvent s’en servir. Les planteurs virginiens étaient imbus des mêmes idées, mais pour d’autres causes. L’Église établie leur plaisait, parce qu’elle était Anglaise, parce qu’elle rattachait leur dominion au vieux pays contre les exigences duquel ils se révoltaient à l’occasion, dont ils étaient fiers néanmoins de pouvoir se dire les fils. Ces mêmes motifs la rendirent odieuse aux révolutionnaires. Sa décadence fut rapide ; ses fidèles la réorganisèrent sur une base identique, mais le principe fondamental fit défaut, le caractère officiel ayant disparu. Ce résultat était dû en partie à l’influence presbytérienne, en partie à celle des philosophes européens. Les presbytériens, à l’inverse des puritains, s’étaient énergiquement prononcés en faveur du régime de la séparation auquel ils avaient tout à gagner. D’autre part, le souffle d’incrédulité du vieux monde avait atteint les rivages américains, et, bien que très affaibli par la distance, inspirait à certains constituants une méfiance générale à l’égard des cultes et du clergé. La séparation prévalut et toute profession de foi, si vague qu’elle fût, se trouva bannie du texte même de la Constitution. Il advint alors que les bienfaits de la concurrence favorisèrent l’essor des diverses confessions bien au delà de ce qu’eût fait l’appui gouvernemental. Les Églises rivalisèrent de zèle pour recruter les fidèles, et comme le peuple américain se composait d’éléments empruntés aux pays d’Europe les plus directement influencés par le sentiment religieux, elles n’eurent pas grand’peine à y parvenir. Les Irlandais, les Bavarois allèrent tout naturellement grossir les rangs du catholicisme, les Anglo-Saxons, les Scandinaves firent progresser le protestantisme. Mais ce n’est pas autour de ces autels et de ces chaires consacrés par les siècles que la véritable effervescence se produisit. Les croyances que les prêtres catholiques ou les pasteurs anglicans, devenus des épiscopaliens, proposaient à la foule, étaient précises ou du moins limitées ; il s’agissait d’entrer dans un temple déjà bâti, de réciter un Credo déjà rédigé, d’adopter une liturgie déjà fixée. L’âme américaine cherchait autre chose.

C’était l’époque où les revivals, interrompus par la guerre de l’indépendance, reprenaient de plus belle. On appelait ainsi une sorte de cyclone mystique, déchaîné souvent par un apôtre de médiocre talent et d’éloquence vulgaire, qui passait sur toute une région et exerçait des ravages multiples. Dixon en a donné une description fameuse[2] dont les détails sont éminemment suggestifs. C’est, dans les solitudes de l’Ohio ou de l’Indiana, une très vaste clairière au milieu des bois. Les approches du campement rappellent les hauteurs d’Epsom, le jour du Derby : des cabriolets, des chars à bancs, des carrioles de toutes les formes sont là dételés, les brancards en l’air ; les animaux, entravés, dévorent l’herbe rare et piétinée. Sous de grandes baraques, hâtivement édifiées, on mange, on boit, on fume ou l’on prie. Tout au centre, debout sur une souche d’arbre qui lui sert de tribune, un homme vêtu de noir, le visage pâle, les yeux enflammés, gesticule et pérore ; une foule avide se presse autour de lui ; tous les fermiers du voisinage, avec leurs femmes, sont venus là chercher des émotions et quelque révélation consolante ; il y a des nègres aussi et même des Peaux-Rouges. La bizarre assemblée subit une sorte d’hypnotisme inexplicable pour nous autres, car ces hommes ne sont point des déséquilibrés, encore moins des désœuvrés. La plupart ont abandonne, pour venir, leurs affaires ou leurs cultures ; ils se remettront demain à gagner de l’argent et reprendront le cours de leur vie normale. Qui le dirait à les voir blêmes, les lèvres serrées, tandis que leurs femmes, toutes pantelantes, clament avec l’orateur, imitent inconsciemment ses gestes et, s’il se tait un instant, tombent à demi pâmées sur le sol.

Des scènes d’hystérie, des coups de couteau, des adultères et de l’ivrognerie, aucun revival ne va sans cela. Ceux qui les organisent le savent bien. « La passion religieuse, dit tranquillement un prédicateur méthodiste, comporte toutes les autres passions ; vous pouvez difficilement soulever l’une sans exciter les autres en même temps. » Et néanmoins, il s’imagine — et ses pareils s’imaginent comme lui — faire « l’œuvre de Dieu » en causant tout ce désordre.

Comment est-il en leur pouvoir de le causer ? Quand bien même leur éloquence serait irrésistible, profonde, variée, séduisante, quel est le talent qui ne s’épuise en quelques heures ? Or le revival dure huit jours, quelquefois quinze ; les plus riches parmi les auditeurs se lassent les premiers : ils songent à leur blé qui pousse, à leurs défrichements qui pressent ; c’est le signal de la défection ; pourtant le camp se dépeuple lentement. Quelquefois, au bout de trois semaines, les tentes sont encore dressées et l’éternel sermon se prolonge. Que si vous prêtez l’oreille à votre tour, vous, étranger venu de loin en curieux et non en élu, vous ne saisirez que des arguments sans force et sans portée, empreints d’une désolante banalité ; quant aux phrases, elles se déroulent avec une abondance qui déconcerte : mots sonores, pléonasmes sans fin, images assombries. Ce qui frappe le plus, c’est la violence : violence dans les attaques contre le siècle, dans les accusations contre l’humanité ; excès dans le mal dénoncé comme dans le remède proposé. Tout est absolu, véhément, exagéré. Le langage est une amplification de la Bible ; la pensée, une déformation de l’Évangile. En Europe, on mettrait la main au collet de l’énergumène susceptible de parler aux foules en termes aussi subversifs ; mais les foules, à supposer qu’elles s’assemblent pour l’entendre, se disperseraient d’elles mêmes en haussant les épaules. Or ces choses se passent dans un pays infiniment plus éclairé, plus instruit que l’Europe, dans un pays qui donne chaque jour les preuves de son magnifique bon sens. Il y a donc dans l’âme américaine un élément inconnu, un vide qui veut être comblé, une aspiration qui veut être satisfaite. Pendant toute la période s’étendant de la présidence d’Andrew Jackson à la guerre de sécession, les revivals se multiplient et une infinité de sectes se fondent ; ce ne sont point, comme en Angleterre, des églises, des chapelles, des lieux pour prier : ce sont des communautés, des villages, des endroits pour vivre. Il ne s’agit pas, en effet, d’améliorer, de sanctifier les vivants, mais de transformer la vie elle-même. Pendant longtemps, les États-Unis n’ont pas deviné leur extension possible à travers tout le continent ; ils sont restés modestement sur le rivage, les yeux tournés vers l’ancien monde ; puis peu à peu ils ont pris conscience de leur avenir, et alors cet avenir s’est dessiné gigantesque, les progrès ont été rapides, mais pas aussi rapides que les ambitions. L’Américain a pensé que non seulement il était appelé à pousser la civilisation jusqu’aux rives du Pacifique, mais encore qu’il allait donner au monde une nouvelle formule sociale et gouvernementale ; de là à chercher une rénovation religieuse, il n’y avait qu’un pas. Au moment où la démocratie avancée arrivait au pouvoir dans la personne de Jackson, Joe Smith publiait solennellement le livre de Mormon, le « livre métallique », où étaient gravées en caractères inconnus des mortels les véritables annales d’Israël. Dieu lui était apparu, disait-il, et lui avait fait connaître le lieu où ce livre se trouvait enfoui. La farce était grossière. Smith était le fils d’un pâtissier de Palmyra ; sa famille jouissait d’une médiocre réputation ; on les disait tous ignorants, paresseux et adonnés à la boisson. Il était d’un caractère sombre et taciturne, et, à plusieurs reprises, avait tenté de faire des dupes autour de lui. Cependant, très vite, il groupa des disciples et ce fut un fermier, nommé Martin Harris, qui fournit les fonds nécessaires à l’impression du Livre de Mormon. Le mormonisme était fondé. On ne doit pas oublier qu’entre les mains de Brigham Young il a complètement dévié. Non seulement Smith ne pratiqua pas la polygamie, mais jamais il ne songea à la recommander ; la chose est prouvée aujourd’hui : sa femme et ses enfants d’ailleurs ne cessèrent de protester contre l’injure faite de ce chef à sa mémoire par son successeur. Brigham Young, à la différence de Smith, était un homme génial, peu soucieux de l’éternité, très soucieux des biens de ce monde, apte à gouverner les hommes et en ayant l’ambition. Son énergie, sa volonté de se tailler un royaume indépendant, bien plus que la nécessité d’échapper à la persécution, le poussèrent jusque dans l’Utah. Ce fut en 1852, par conséquent après l’établissement sur les bords du grand Lac Salé, qu’ayant longuement préparé l’opinion par des écrits et des discours, il se décida à proclamer la polygamie comme une loi donnée par Dieu à l’homme. En ce faisant Young avait un double but : attirer les colons et en obtenir beaucoup d’enfants[3]. Il savait parfaitement que le paysan gallois, le tisserand du Lancashire, le petit commerçant londonien, vers lesquels il envoyait ses missionnaires, étaient doués de mauvais instincts en même temps que d’une certaine retenue et que leur présenter la débauche sous les couleurs de l’obéissance à la loi de Dieu était un sûr moyen de les attirer. Tout fut mis en œuvre, poésie, image, statistique, pour donner à l’Utah une physionomie paradisiaque. Les colons affluaient et se trouvaient naturellement déçus. Ils s’apercevaient (on s’était bien gardé de le leur dire) que la polygamie était la récompense de la richesse, qu’avant d’avoir plusieurs femmes, il fallait posséder de quoi les entretenir. Ils se mettaient alors à travailler en vue d’acquérir les moyens de contracter les noces multiples auxquelles on les avait conviés. Cela répondait aux vues du prophète qui, en en homme pratique, jetait par-dessus bord les doctrines compliquées de Smith et cyniquement disait : « Le premier devoir d’un vrai mormon, c’est de savoir comment on fait pousser un légume et comment on nourrit un porc. » Young s’était réservé le droit d’autoriser le mariage ; il avait inventé une autre institution si l’on peut ainsi dire : c’était le mariage avec les morts. Une femme pouvait, par son ministère, être unie à un mort et s’assurer par là, pour l’éternité, une place glorieuse aux côtés de l’élu dont elle prenait le nom. Mais comme il fallait que l’union charnelle fût consommée, Young se chargeait de désigner l’heureux mortel qui devait en la circonstance remplacer l’époux défunt. Cette digression était nécessaire pour faire comprendre ce que devint le mormonisme entre les mains de son deuxième grand prêtre : un simple haras humain. Ce n’était pas ce qu’avait voulu Smith et une église mormone subsista longtemps en dehors de l’Utah, église qui n’admettait ni la polygamie, ni « l’obligation de savoir nourrir un porc », mais dont les fidèles se berçaient de rêveries mystiques et se transmettaient des secrets consolants. Il y eut beaucoup de Smiths, beaucoup de Mormonismes. Les religions les plus étranges, les plus maladives, les plus embrouillées, se fondèrent, laissant percer parfois dans leurs commandements une réforme sensée, une pensée juste perdue dans le dédale de folies sans nom. Elles n’ont pas toutes disparu. En cherchant bien, vous en trouveriez les traces. Dans les vallées lointaines, aux confins des prairies immenses, les communautés auxquelles elles ont donné le jour achèvent de mourir, très doucement, dans l’abondance matérielle et la pauvreté spirituelle, semblables à ces veilleuses qui s’éteignent malgré l’huile qui les porte parce que la mèche est de mauvaise qualité ou montée de travers.

Ces communautés eurent quelques traits communs qu’il importe de relever. Elles prétendirent toutes à une origine divine ou au moins surnaturelle ; toutes eurent pour résultat de rapprocher l’homme du sol, de lui faire mener une existence plus primitive, plus simple, plus sédentaire, de tourner son activité vers les travaux des champs ; toutes visèrent à réformer ses rapports avec la femme, à émanciper celle-ci, à modifier complètement la famille et l’économie domestique.

Il est toujours avantageux pour un fondateur de religion de pouvoir se réclamer de Dieu. En se plaçant sous le patronage d’en haut, il donne à sa fondation des assises immuables, se met au-dessus des critiques et rehausse singulièrement son prestige aux yeux de ses disciples. Mais s’il est un pays où ces avantages eusssent dû logiquement être négligés, c’est assurément l’Amérique, pays d’affaires et d’esprit pratique. On conçoit bien qu’il ait vu surgir des réformateurs ; on conçoit mal que ces réformateurs aient été forcés, pour réussir, de faire appel non pas à la raison et au bon sens, mais à la superstition et à la sentimentalité. D’autant qu’ils n’étaient pas tous des ignorants, des vulgaires ou des dévoyés ; il y eut parmi eux des hommes instruits, intelligents, distingués, et ceux-là comme les autres se crurent ou se dirent les messagers du ciel. D’où cela vient-il ? La genèse de cette tendance est facile à suivre. Nous venons de dire qu’en prenant conscience de leur avenir, les Américains s’étaient habitués à l’idée d’une rénovation générale dont ils se jugeaient destinés à être les agents. Cette idée fit chez eux des progrès si rapides qu’en peu de temps elle cessa d’être discutée. On y crut inconsciemment. Cela devint un dogme. Révolutionner le monde économique, troubler la politique traditionnelle des anciennes monarchies, donner une formule nouvelle de gouvernement, innover en matière administrative et sociale, tout cela ne parut point suffisant. Il fallait encore qu’un autre Évangile vint remplacer l’ancien. Mais l’Évangile est considéré comme révélé ! Quelle retouche humaine ne l’amoindrirait ? Qu’à cela ne tienne ! Une seconde révélation interviendra. Dieu parlera une seconde fois à l’homme. Il y aura un second avènement du Christ[4] et de nouveau un peuple sera choisi pour guider le monde. Jamais encore on n’avait vu des chrétiens professer ainsi que l’Écriture sainte n’est pas définitive, que ses préceptes sont marqués au coin du provisoire, qu’il est possible d’aller plus loin et plus haut. On alla plus loin, certes, mais pas plus haut. L’Évangile précisément contient un passage qui s’applique d’une manière frappante à cette période de l’histoire américaine. Le Christ met en garde ses disciples contre les faux prophètes, contre ceux qui, dans la suite des temps, annonceront sans cesse sa venue : « Si l’on vous dit : le voici devant la maison, ne sortez point pour le voir. » Les Américains, avec cette simplicité naïve des peuples jeunes, sortirent pour le voir, et, prenant leur désir pour la réalité, crurent à chaque fois l’avoir trouvé. Le patriotisme entrait pour beaucoup dans cette naïveté. Attribuer à sa patrie et à sa race un rôle semblable, n’est-ce pas s’en faire l’idée la plus haute, les aimer d’un amour aveugle comme le sont tous les amours violents ? L’hérédité y avait aussi une grande part. De l’époque puritaine, l’usage avait survécu des discussions théologiques, des long entretiens sur l’origine et les fins dernières de l’homme, la prédestination, la vie future. Ce sont là des sujets habituels de conversation dans les fermes de l’Ouest ; les esprits s’y tournaient et s’y attardaient volontiers. On discutait sur les pratiques d’Abraham ou la loi de Moïse, et surtout sur les commencements du christianisme, sur les Esséniens, le Pharisianisme, les doctrines de saint Pierre et de saint Paul. Les fondateurs d’églises ne s’étonnèrent pas de la rareté de leurs adhérents : le Christ en avait-il davantage ? Ils se réjouissaient, au contraire, du petit nombre des élus comme d’un gage de la protection céleste. La vérité, pensaient-ils, ne coule jamais à pleins bords ; elle ressemble plutôt à un ruisseau modeste qui lentement trace son cours à travers les prés. Le régime qu’ils établirent fut le plus souvent celui de l’autocratie. Sur le sol libre de cette République, les libertés les plus élémentaires se trouvèrent répudiées, non seulement par les « prophètes », mais par leurs disciples. Ceux-ci abdiquaient tous leurs droits, n’avaient plus de volonté et s’efforçaient de n’avoir plus de désirs.

Néanmoins, ils méditèrent peu. La méditation n’eut jamais grand charme pour eux ; la culture au contraire et les travaux des champs les captivèrent. La plupart du temps ils y réussirent. Quelquefois ils amassèrent des fortunes. Le professeur Ely qui, tout dernièrement, visita les communautés encore existantes, estime leur nombre à 80, le chiffre de leurs membres à 6,000 ou 7,000, et la valeur de leurs biens à 30 millions de dollars (150 millions de francs). Là encore, il y avait de l’hérédité[5]. Remuer la terre avait été la première occupation et le premier souci des colons de la Nouvelle Angleterre, et c’est, en somme, l’agriculture qui a fait l’Amérique. Peut-être y avait-il aussi un vague panthéisme poussant les hommes à rechercher le rapprochement avec la divinité dans le contact avec la nature. Une telle tendance s’expliquerait doublement ; d’abord par l’étendue démesurée des plaines, l’ampleur des rivières, l’immensité de la forêt en face desquelles l’être humain devait se sentir faible, isolé, porté par conséquent à recourir à une puissance supérieure ; ensuite, par l’influence des Indiens sur qui, précisément, le spectacle des herbes, des eaux et des bois avait opéré dans le même sens. De ce que la race rouge ait été vaincue, presque anéantie par l’invasion blanche, il ne s’ensuit pas que son action sur la race victorieuse en ait été annulée. À y regarder de près, on s’aperçoit au contraire que cette action s’est exercée de plus d’une manière, en politique notamment et en religion. La fédération, formée par plusieurs États souverains, s’unissant volontairement pour la défense de leurs intérêts communs, ne fut pas l’œuvre exclusive des blancs. Avant eux, les Indiens avaient créé un rouage analogue, et pour n’avoir pas été écrite, la Constitution fameuse des Six Nations n’en doit pas moins être considérée comme ayant inspiré ceux qui rédigèrent ensuite la Constitution des États-Unis. De même, les innombrables Esprits dont l’imagination indienne peuplait les solitudes du nouveau monde ne s’évanouirent pas au contact de la civilisation européenne. Les Esprits jouèrent un rôle important dans les conceptions des Mahomets américains, et plus tard, le spiritisme se répandit dans tous les rangs de la société.

Mais ce qu’il y a de plus caractéristique dans toutes ces sectes, dont nous étudions la fécondité d’éclosion, ce fut, à coup sûr, leur unanimité à régler, d’une façon nouvelle, la question du mariage. Les unes le prohibèrent, les autres le restreignirent ; les moins hardies le déconseillèrent. Les « Perfectionnistes », pour mieux marquer le mépris en lequel ils le tenaient, proclamèrent l’amour libre ; mais, en général, le célibat fut considéré comme le régime le plus parlait. Et on le pratiqua sans trop de difficulté. Tous ceux qui, de nos jours, visitent celles des Universités des États-Unis où existe la coéducation, notent, avec un étonnement dont les Américains se divertissent beaucoup, la nature paisible et amicale des liens formés entre étudiants et étudiantes. Cette simple camaraderie les déconcerte. Plus déconcertant encore eût été, à leurs yeux, le spectacle de ces communautés agricoles où jeunes gens et jeunes filles vivaient côte à côte, donnant tous les signes d’une parfaite santé physique, se traitant de frères et de sœurs, et paraissant avoir perdu jusqu’à la notion de l’amour et de la passion. On comprendrait mieux les subtilités et les étrangetés de la femme américaine, si l’on se donnait la peine d’étudier les circonstances à travers lesquelles elle s’est formée. Parmi ces circonstances, il en est une qu’il ne faut jamais perdre de vue ; c’est la disproportion qui subsista longtemps, aux États-Unis, entre l’élément masculin et l’élément féminin. Dans les colonies en voie de formation, cette disproportion est toute naturelle et pour ainsi dire inévitable ; les pionniers du début sont généralement des aventuriers sans famille, qui ne se fixent pas dans le pays, dont ils ouvrent l’accès et se retirent devant ceux qui les suivent. La question des femmes a toujours préoccupé les colonisateurs. Elle se posait déjà en Virginie, vers 1621, et sir Edwins Sandys la résolut d’une façon originale. Il adressa un appel engageant « aux jeunes filles de bonne famille » désireuses de se marier au loin : un grand nombre se présentèrent ; il choisit les plus jolies, celles qui jouissaient de la meilleure réputation et les expédia en Amérique. Une fois débarquées, elles devaient être entretenues aux frais de la Compagnie jusqu’à ce qu’elles eussent rencontré le mari de leur rêve. Celui-ci avait alors l’obligation de rembourser à la Compagnie les frais de voyage de sa future épouse. Il parait que le procédé fit merveille. Par malheur, on ne le renouvela pas, si bien que vers 1860, s’il faut en croire le recensement de cette année-là, l’élément mâle, dans la population blanche des États-Unis, présentait un excédent de 730.000. L’équilibre, rétabli à la fin de la période coloniale, s’était de nouveau rompu dès que l’Ouest avait ouvert aux émigrants ses espaces indéfinis. En Californie, il y avait trois hommes pour une femme ; dans le Nevada, huit ; dans le Colorado, vingt. L’émigration n’était pas seule responsable de ce fâcheux état de choses ; la natalité semblait plus forte pour les mâles, et l’observation s’appliquait également à la race blanche et à la race rouge ; seuls les nègres échappaient à cette particularité. Exception faite pour les districts de l’Atlantique, où la population était plus dense, on peut donc dire qu’à cette époque la société américaine apparaissait sous un jour inquiétant, puisque sa stabilité se trouvait gravement compromise. Le danger est devenu bien moindre ; néanmoins, s’il est presque conjuré, il a laissé des traces qui seront lentes à s’effacer. Ce n’est pas impunément que, dans un grand pays qui entretient une très petite armée, toute une portion de la jeunesse se trouve, par la force des choses, vouée au célibat obligatoire. Il en résulte forcément des désordres graves. Ce qu’étaient Denver et les autres villes de l’Ouest, il y a quarante ans, on le devinerait aisément, si des peintures n’en avaient été faites, qui ne laissent pas place à l’imagination. Le jeu, l’ivrognerie et la débauche constituaient les habituelles distractions des jeunes hommes. Si, du moins, ceux qui trouvaient à se marier avaient pu réaliser dans le mariage la sécurité d’une vie ordonnée et normale, mais, pour beaucoup, cela n’était pas le cas. Le beau sexe n’avait point échappé aux inconvénients d’une situation par trop privilégiée. Les femmes, trop courtisées, trop recherchées, avaient négligé leurs devoirs réels pour se créer des obligations et des intérêts factices ; elles se mettaient à la poursuite de leurs droits électoraux, s’insurgeaient contre une prétendue tyranie, dont elles n’avaient guère à souffrir et adhéraient bruyamment aux doctrines d’Eliza Farnham, qui proclamait le dogme de la supériorité absolue de la femme et de l’asservissement nécessaire de l’homme à ses volontés.

Le désordre intellectuel et moral aux États-Unis atteignit son apogée à la veille de la guerre de sécession. Il fallait à ce moment une robuste confiance pour ne pas désespérer de l’avenir de la grande République. L’édifice politique, si ébranlé qu’il fût par les dissensions résultant des institutions esclavagistes du Sud, semblait moins irréparablement atteint que l’édifice social. La désorganisation de la famille s’aggravait chaque jour ; les divorces et les infanticides se multipliaient. On s’adonnait, avec passion, à l’art de faire tourner les tables, d’évoquer les morts, de guérir les maladies par l’imposition des mains. Jamais on entendit autant parler de visions, de sommeils magnétiques, de phénomènes spirites. Les visages se faisaient pâles, les yeux s’enfiévraient, les estomacs se délabraient ; les maladies nerveuses étaient à la mode et dans le demi-jour de leurs salons où l’air et le soleil ne pénétraient pas, les femmes divaguaient entre elles sur des sujets mystérieux et bizarres. Une partie de la jeunesse universitaire subissait leur influence maladive ; le reste se livrait sans frein à des instincts brutaux. La découverte de l’or en Californie, la réalisation de fortunes immenses hâtivement acquises par les moyens les plus divers, achevaient de démoraliser les nouveaux venus. Il restait sans doute un noyau d’Américains attachés aux saines traditions de l’époque coloniale, mais leur bon sens et leur énergie menaçaient à chaque instant de sombrer sur l’océan des folies déchaînées. La guerre fut une terrible, mais heureuse diversion. Cette longue épreuve, le sang répandu à flots, le deuil s’asseyant à tous les foyers et surtout cette simple et noble figure d’Abraham Lincoln, montant au-dessus des partis, tout cela arracha la nation à ses rêveries et à ses utopies. Elle vit, à la lueur des feux de bivouac, des incendies et des explosions, le sinistre abîme où s’enfonçaient ses destins. Un vigoureux effort la remit debout, frêle encore comme une convalescente, mais éveillée et consciente.

Et ce fut fini ; les tables, peu à peu, cessèrent de tourner, le mystérieux perdit de son charme, les nerfs se détendirent ; chacun fut moins anxieux de se découvrir du génie et plus pressé d’accomplir son devoir. Néanmoins, une double trace subsista de l’état de choses antérieur. L’effervescence religieuse et l’effervescence féminine ne disparurent pas : elles changèrent seulement de nature et de but. Les églises régulières bénéficièrent de toute l’agitation entretenue par les revivals et propagée par les fondateurs de sectes. Les guerres sont généralement suivies d’un accroissement de zèle et de dévotion chez les uns, d’un retour aux pratiques religieuses chez les autres. Aux États-Unis, l’intérêt n’avait pas besoin d’être réveillé, mais d’être réglé et contenu. Quant aux femmes, les œuvres charitables ouvrirent à leur activité un champ presque indéfini d’expériences et de labeurs. Puis, peu à peu, le sentiment religieux et le sentiment charitable s’imprégnèrent l’un l’autre et se confondirent. Ce fut la charité qui servit de terrain d’entente aux représentants de tous les cultes réunis dans le « parlement » de Chicago. C’est la charité qui chaque jour rapproche les ministres des diverses dénominations et les fait coopérer à une œuvre commune.

La charité américaine présente certains caractères de raffinement et de délicatesse dont on peut dire que rien, dans le passé, ne faisait prévoir l’éclosion. Les puritains admiraient et s’efforçaient de pratiquer cette vertu, mais ils le faisaient avec une rigidité et une froideur qui la rendaient souvent inefficace : les Virginiens, eux, l’ignoraient le plus ordinairement. On sait ce qu’en pensaient les Indiens ; hospitaliers envers l’étranger, ils bornaient là leur amour du prochain et professaient d’ailleurs un incroyable mépris de la vie humaine. Les blancs qui, dans les postes avancés, vivaient en contact plus intime avec eux n’étaient que trop portés, de par leur nature et le genre d’existence qu’ils menaient, à en faire autant. La facilité avec laquelle l’Américain de 1850 se servait de son revolver restera sûrement légendaire et l’exclamation de désespoir échappée à un cow boy qui venait d’envoyer une balle dans le cerveau de son meilleur ami deviendra un mot historique. « Sapristi ! s’écria, dit-on, cet excellent garçon, il est écrit que je ne pourrai pas passer une semaine sans tuer quelqu’un. » La civilisation, quoi qu’en disent certains écrivains qui arrêtent la pendule pour se donner le temps d’écouler le stock des aventures pittoresques dont ils ont recueilli les échos déjà lointains, la civilisation est aujourd’hui victorieuse. On ne tue plus. Mais la vie compte-t-elle pour beaucoup aux yeux des Américains ? La vie collective, oui ; la vie individuelle, non. On dit parfois : les morts vont vite. En Amérique, ils courent, se précipitent ; le vide qu’ils laissent après eux n’a pas le temps de se dessiner que déjà il est comblé. Les hommes n’eurent jamais le loisir de songer beaucoup à leurs frères disparus ; les femmes, dégagées des utopies maladives, en lesquelles elles se complurent, ont assez à faire maintenant de songer aux vivants. Et la lutte est si âpre que la dure loi d’élimination est subie sans trop de révolte ; certains osent même la proclamer bienfaisante : tant pis pour les faibles. D’autre part, l’égalité est absolue, en théorie du moins ; chacun suit sa chance ; on a vu tomber au plus bas celui qui, hier, touchait au plus haut ; s’il sait s’y prendre, il remontera demain. Aucune barrière ne lui est opposée ; on ne lui demande pas d’avoir des quartiers de noblesse ; à peine s’enquiert-on de son passé. L’initiative et l’énergie personnelles ont libre jeu. Il semblait que la charité ne dût pas pousser dans un tel sol. Le mépris habituel de la vie et l’égalité absolue ne lui sont guère favorables. Or la plante est vivace et prompte dans sa croissance, son feuillage est d’une finesse exquise et ses fleurs d’une variété charmante. On l’a constaté en des pages que les lecteurs de la Revue des Deux-Mondes n’oublieront pas : Mme Bentzon, dans ses Études sur la condition de la femme aux États-Unis, a passé en revue toutes les pensées humanitaires et fraternelles qu’elle trouvait sur sa route traduites en édifices, en fondations, en œuvres de tout genre ; elle les a appréciées avec une impartialité sympathique ; si elle s’est préoccupée de mettre de la clarté dans son récit, elle n’a pas eu la peine d’y mettre de la variété. Ce qui frappe de prime abord, c’est précisément la diversité de conception et d’exécution dont toutes ces entreprises portent la marque ; elles s’adaptent toutes aux maux qu’elles veulent guérir ; elles sont faites sur mesure, avec originalité et spontanéité, sans idées préconçues, sans théories et sans systèmes ; leur grande efficacité provient, en outre, de l’absence de bureaucratie, de centralisation administrative. Chaque établissement est autonome ; le contact entre ceux pour qui on l’a créé et ceux qui l’ont créé est incessant et incessamment aussi se manifeste l’intérêt tendre et ému qui descend des uns vers les autres. On réalise, en voyant cela, ce qu’il y a d’étroit, d’impuissant, de desséché dans nos bureaux européens où siège ce personnage néfaste : l’employé d’assistance publique. Tout pays qui borne son programme d’assistance à la distribution du pain et des remèdes ne fait qu’entretenir les malades ; pour les guérir, il faudrait en même temps sécher leurs larmes, celles qui coulent, et celles, plus dangereuses, qui ne coulent pas.

C’est la rudesse, précisément, de la vie américaine qui a fait naître cette belle industrie de la charité privée ; le contraste n’eût pas suffi à remuer la collectivité, mais il a mis l’individu en mouvement. C’est maintenant un devoir pour l’homme arrivé d’aider les anonymes qui viennent derrière lui ; ce devoir, il l’accepte et le remplit sans ostentation, souvent sans mot dire ; il découpe une large tranche de sa fortune et s’en remet aux délicates organisatrices, toujours prêtes à le seconder du soin d’utiliser cette dîme volontaire. En général, plus il est monté haut, plus il donne, mais à condition qu’il soit parti de très bas ; alors, la montagne lui est connue ; il l’a gravie tout entière ; il sait ce qu’il en coûte. Ne lui parlez pas d’égalité, il hausserait les épaules ; il connaît ce terme de prospectus. L’égalité des intelligences et l’égalité des santés existeraient-elles qu’il faudrait encore réaliser l’égalité des chances. J’ai souvent noté, avec confusion et regret, que l’Européen enrichi par son labeur aimait plus son argent et moins son prochain que l’Américain. Celui-ci conserve, parfois, une apparente froideur. Mais son cœur est chaud et l’amour du prochain est sa manière habituelle de servir Dieu.

Ainsi pénétré par la pratique de la charité, le sentiment religieux, aux États-Unis, s’est adouci en même temps que fortifié ; il se traduit en efforts précis et en aspirations réalisables. On n’attend plus un second Messie, une révélation nouvelle ; on admet que l’Évangile est un édifice achevé et non une charpente ; on s’occupe moins de ce qui se passe au ciel et davantage de ce qui se passe sur la terre. Et l’effet de ceci est de rapprocher les prêtres des laïques. Chose curieuse, tandis que les laïques se livraient à des études passablement déplacées sur la nature et les attributs de Dieu, les prêtres avaient une tendance à appeler l’attention des fidèles sur la vie présente. Tocqueville notait déjà cette tendance. « Les prêtres américains, disait-il, n’essayent point de fixer tous les regards de l’homme vers la vie future ; ils abandonnent volontiers une partie de son cœur aux soins du présent : ils semblent considérer les biens du monde comme des objets importants, quoique secondaires ; s’ils ne s’associent pas eux-mêmes à l’industrie, ils s’intéressent du moins à ses progrès et y applaudissent ». Ainsi, aux États-Unis, le clergé vit de la vie générale et par cela même qu’il dépend de la société laïque, il voit son influence sur elle s’accroître et se consolider. On ne le tient pas en suspicion. On n’a pas l’impression que ses intérêts sont opposés, ses sentiments différents de ceux des autres citoyens ; par contre, on ne lui laisse pas le gouvernement exclusif de la religion ; les catholiques eux-mêmes en sont revenus à ces libres pratiques de la primitive église dans laquelle l’assemblée des fidèles mêlait sans cesse sa voix à celle de ses pasteurs.

C’est là un élément de paix ; en voici un autre. Toutes les églises professent cet attachement enthousiaste aux principes républicains et à la civilisation américaine qui distinguent les citoyens des États-Unis et forment la base des associations qu’ils fondent. Il y a, chaque année, cinq ou six anniversaires qu’aucune dénomination n’ignore et qui amènent une prière identique sur les lèvres dissidentes. C’est une intéressante nouveauté. Ailleurs, pareille unanimité est bien rare ; l’intérêt remplace souvent l’élan du cœur ou bien l’autorité civile intervient pour commander la manifestation ; ici elle est spontanée. Se retrouver d’accord — pleinement d’accord — à intervalles réguliers, voilà qui annihile bien des oppositions, apaise bien des querelles et donne en quelque sorte l’habitude de la paix.

On comprend que, dans ces conditions, le parlement de Chicago ait pu se réunir et délibérer. Les quinze dernières années avaient édifié le temple où pouvaient s’abriter ses délibérations, mais immédiatement une question se pose : le temple est-il provisoire ? Va-t-on l’agrandir encore, ou bien est-il destiné à s’effondrer bientôt ? Le zèle religieux s’était uni à l’esprit de tolérance pour le bâtir ; leur union est nécessaire pour le soutenir. Or ni le zèle religieux, ni l’esprit de tolérance ne sont en voie d’affaiblissement ; loin de là. Mais un autre sentiment vient à la traverse dont les racines sont profondes et les progrès notoires. Si les Américains ont renoncé à donner au monde une nouvelle formule religieuse, ils n’ont pas abandonné l’idée d’une église nationale ; cette idée les travaille avec une force dont le plus souvent ils ne sont pas eux-mêmes conscients. Or elle aboutit à des conséquences que la plupart des catholiques n’accepteront pas, à moins de renier leur foi. L’église catholique aux États-Unis est entourée de mirages trompeurs. On s’illusionne sur sa force numérique, sur ses tendances et sur son unité. Ayant moi-même commis l’erreur d’envisager son avenir sous un jour trop optimiste[6], je me sens plus à l’aise pour signaler cette erreur commune à beaucoup de ceux qui ont étudié l’Amérique. Le recensement de 1890 releva 6,250,045 catholiques, 4,589,284 méthodistes, 3,712,468 baptistes, 1,278,332 presbytériens, 4,231,072 luthériens, puis 641,051 disciples du Christ, 540,509 épiscopaliens (anglicans), 512,771 congrégationalistes ; venaient ensuite les juifs, les quakers, les spiritualistes, etc. Or les catholiques avaient inscrit comme membres de leur église les enfants âgés de plus de neuf ans, tandis que dans d’autres dénominations les adultes seuls faisaient nombre. D’autre part, le total des inscriptions sous la rubrique : églises ou confessions, n’était que de 20,612,806 sur un total de population adulte s’élevant à environ 31 millions. Faut-il compter les 10 autres millions comme des incroyants ou au moins des indifférents ? Rien ne serait plus contraire à la vraisemblance. Le pays, nous l’avons dit, est profondément religieux. Mais ces 10 millions sont en majorité des citoyens — il y en a beaucoup comme cela aujourd’hui — qui redoutent la contrainte des dogmes trop définis et des pratiques trop détaillées ; ils n’iront pas au catholicisme ; ils iront plutôt à l’église nationale formée par la réunion des différents protestantismes, parce que celle-là sera nécessairement tolérante et un peu vague. Actuellement leurs sympathies sont protestantes. Beaucoup d’entre eux comptent certainement dans les rangs de cette Américain Protective Association, l’A. P. A., comme on la nomme familièrement, qui est une sorte de ligue anti-catholique. Ses adhérents signent une formule de serment par laquelle ils s’engagent à ne jamais aider à la nomination d’un catholique à aucune fonction, à aucun emploi, et à ne jamais employer eux-mêmes un catholique chaque fois qu’un protestant se trouve à portée. L’A. P. A. n’est pas la seule association qui répande ces doctrines en négation directe avec l’esprit de la constitution des États-Unis. Beaucoup de sociétés secrètes ont été constituées dans le même but. Elles sont très puissantes dans l’Ohio, le Michigan et les États de l’extrême ouest. Il y a peu d’années, un certain nombre de municipalités dans l’est du Michigan étaient en leurs mains et elles dirigeaient les élections à leur gré dans plusieurs parties de l’Ohio[7]. Leur propagande est, en général, condamnée par les ministres et les membres des différentes églises ; ils sentent que la liberté d’autrui est la meilleure sauvegarde de leur propre indépendance. Les associations anti-catholiques sont composées surtout d’individualités n’appartenant pas d’une façon régulière à une des principales églises. Quel est, dès lors, le mobile qui pousse ces individualités dans une voie si violente, si contraire aux tendances du siècle et au génie de la nation ? Ce n’est pas contre les croyances des catholiques que leur ardeur se manifeste, c’est contre le pape, envisagé non plus comme le représentant d’idées perverses, mais comme étranger. Le catholicisme a son centre à Rome ; les catholiques sont tenus d’obéir à une direction venue de Rome. C’en est assez pour que beaucoup d’Américains le jugent intolérable.

Jadis les catholiques soulevaient les passions religieuses ; c’est la passion nationale qui maintenant se dresse contre eux. Le patriotisme américain devient chaque jour plus exclusif et plus jaloux : le fossé, loin de se combler, ira donc s’élargissant. Pour lutter, les catholiques, qui n’ont pas la majorité et bien évidemment ne l’atteindront jamais, ont-ils du moins l’unité ? Forment-ils une masse bien compacte, bien unie ? Et par ailleurs, ne présentent-ils pas certains caractères d’indépendance, d’autonomie qui réduisent à n’être qu’un lien purement nominal leurs attaches avec le saint-siège ? On l’a cru longtemps. Mais là encore il y a mirage. Tous les catholiques américains sont loin de partager le libéralisme de ceux de leurs pasteurs dont la renommée a passé l’Océan. Le modernisme si serein et si large du cardinal Gibbons, l’éloquence enflammée et le zèle apostolique de l’archevêque de Saint-Paul, Mgr Ireland, l’activité féconde et le jugement si droit et si sûr de l’ex-recteur de l’Université de Washington, Mgr Keane, égarent les Européens qui débarquent, tout remplis des souvenirs de leurs mesquines querelles, sur la terre d’Amérique. Il leur semble qu’ils respirent un air pur qui dilate leurs pensées et rend un libre jeu à leurs sentiments intimes. Comment n’être pas avec ces hommes au langage de feu tout pénétrés des grands sentiments égalitaires et démocratiques du christianisme primitif ? Aucun progrès ne les désoriente, nulle hardiesse ne les effraye, nul effort ne les décourage. L’avenir parait déjà leur appartenir ; ils en disposent. D’autre part, on ne peut mettre en doute leur orthodoxie. Ils sont les fils soumis du saint-siège, et Léon xiii ne perd pas une occasion de marquer sa sympathie pour leurs entreprises et son estime pour leur caractère. Mais le souverain pontife et les évêques peuvent pratiquer la tolérance à l’égard des autres cultes, sans rien abandonner de ce qui fait la force de leur foi et la puissance de leur action. On ne peut en dire autant des simples fidèles. C’est pourquoi dans l’Église catholique il est assez difficile que la tolérance soit à la fois en haut et en bas. Avant d’augurer de son avenir aux États-Unis, il faut donc connaître le sentiment de la masse des fidèles ; humbles travailleurs allemands, émigrés italiens et irlandais, nègres convertis. Que parmi ceux-là, le cardinal Gibbons et Mgr Ireland soient populaires, on ne saurait s’en étonner, car l’éclat de leurs vertus rejaillit sur la communauté entière ; mais que les grands sentiments de ces hommes d’élite soient compris et partagés, c’est ce qu’il serait puéril de croire. La preuve qu’il n’en est rien, c’est qu’un parti puissant s’est formé auquel Allemands et Irlandais prêtent plus ou moins inconsciemment l’appui de leur étroitesse d’esprit ; les jésuites et l’archevêque de New-York dirigent ce parti qui a naturellement les sympathies du clergé canadien et qui combat très habilement les tendances libérales de l’archevêque de Baltimore et de ses disciples. Le parti allemand — on lui donne souvent ce nom à cause de la prédominance dans les rangs de l’élément germanique — n’a garde de s’attaquer ouvertement à plus fort que lui ; mais il se fortifie numériquement et attend avec confiance le résultat du prochain conclave. Il agit de préférence à Rome sur l’entourage du pape : c’est ce qui fait qu’aux États-Unis son action passe tout d’abord inaperçue. Depuis la fameuse défaite que lui infligea le cardinal Gibbons dans l’affaire des chevaliers du travail, il n’affronte plus les batailles rangées ; il n’a pas protesté publiquement lorsque le cardinal s’est rendu au parlement de Chicago et en a présidé les débats, mais on peut croire qu’il a fait parvenir au vicaire de Jésus-Christ l’expression de son horreur et de son indignation pour un pareil forfait. On lui fait de temps à autre des concessions ; la destitution récente de Mgr Keane en est une, et on ne pouvait guère en consentir de plus fâcheuse et de plus maladroite. La situation est entièrement modifiée aujourd’hui que le souverain pontife a un représentant aux États-Unis. Ce n’est pas un nonce, c’est un « ablégat ». Le gouvernement l’ignore et sans doute l’ignorera toujours ; il n’en a pas moins des attributions considérables, — d’autant plus considérables même que sa position est plus indépendante et n’a rien d’officiel. Mgr Satolli a rempli avec beaucoup de tact sa délicate mission ; son successeur en déploiera peut-être davantage… — Peu importe ; il n’en résulte pas moins ceci : le pape pouvait favoriser l’un des partis et paraître ignorer l’autre ; son délégué, sur place, ne le pourra pas ; il devra maintenir l’équilibre, donner des gages aux uns et des gages aux autres, décider entre eux, leur servir d’arbitre ; la division des catholiques en deux camps deviendra béante si l’on peut ainsi dire, de souterraine qu’elle était jusqu’alors. Et quand à son tour le cardinal Gibbons aura disparu, les libéraux auront perdu la moitié de leur puissance, quel que soit le prélat qui ait succédé à Léon xiii. La présence du délégué pontifical a un autre inconvénient plus grave encore. Elle rappelle sans cesse aux Américains (ils l’avaient un peu oublié) que le centre du monde catholique est en Europe, qu’il y a chez eux toute une catégorie de citoyens auxquels commande une voix italienne, et que les catholiques seront nécessairement des dissidents le jour où se formera cette « Église nationale » dont l’espérance git au fond de leur cœur.

Et précisément à l’heure où la division s’accentue parmi les catholiques, l’union progresse chez les protestants ; ce sont d’abord les ministres du culte qui entretiennent des relations plus fréquentes les uns avec les autres et montent plus volontiers dans les chaires les uns des autres. On appelle cela exchanging pulpits. L’expression est pittoresque ; la chose ne l’est pas moins. Elle influe singulièrement sur les sermons. Si un ministre baptiste parle devant un auditoire presbytérien ou si un congrégationaliste parle à des luthériens, ce n’est pas apparemment avec l’intention de leur être désagréable, de blesser leurs convictions ; ils chercheront — comme à Chicago — ce qui rapproche, non ce qui divise. Ces « échanges » sont très goûtés, en général. Les épiscopaliens s’y prêtent moins volontiers que les autres, parce qu’ils ont une liturgie plus formaliste ; cependant leurs pasteurs acceptent les invitations qui leur sont adressées par les représentants des autres cultes. Le sermon dès lors change de nature ; les textes sur lesquels on n’est pas d’accord sont rélégués à l’arrière plan ; les croyances s’élargissent ; le talent personnel, l’originalité du point de vue, la perfection de la forme, jouent le principal rôle. La vie pratique, les devoirs quotidiens, les questions sociales, le jeu des passions et l’enchevêtrement des sentiments inspirent l’orateur plutôt que les paraboles, les histoires bibliques, les versets ténébreux des Écritures. Le sermon devient actuel, son intérêt s’accroît d’autant. D’autre part, celui qui le donne en sait davantage, est plus instruit, plus distingué que son prédécesseur d’il y a quinze ans. Parmi les presbytériens, les congrégationalistes, les épiscopaliens et les unitariens, ce sont presque toujours des gradués des universités qui exercent les fonctions de ministre du culte. Il en résulte que l’influence sociale du clergé va en augmentant en même temps que son rôle religieux s’amoindrit, un double motif pour que les Églises soient portées à se rapprocher les unes des autres, et ceux qui s’en étaient tenus écartés à y pénétrer.

On en trouve la preuve chez les étudiants. L’éclectisme de leur foi la rend, semble-t-il, plus sincère et plus ardente. Dans celles des universités où la question de culte est entièrement laissée de côté par les autorités universitaires, où aucune tradition ne favorise officiellement une confession de préférence à une autre, ce sont les étudiants qui organisent eux-mêmes les services religieux ; et ils le font avec une simplicité pleine de grandeur. En 1889, j’ai vu à Charlottesville, siège de la célèbre université de Virginie, fondée par Jefferson, une chapelle ouverte à tous les cultes chrétiens ; les étudiants, qui l’avaient bâtie et l’entretenaient avec leur argent, prenaient plaisir à y entendre tour à tour les prédicateurs les plus distingués de chaque dénomination. En 1893, en examinant les plans d’achèvement de la grandiose université de Palo-Alto (Californie), j’ai noté une Église qui sera dédiée au « dieu universel ». Voilà qu’à bien des siècles de distance se renouvelle le fait qui frappa saint Paul à son entrée dans Athènes. Là aussi il y avait un autel consacré au « dieu inconnu », unique et universel dont on sentait la venue prochaine sans savoir quand ni comment il viendrait.

Le courant d’union est partout : des petits ruisseaux se sont formés de tous côtés qui se cherchent en serpentant dans la plaine. Pas n’est besoin d’être un savant géographe pour voir que la pente du terrain les conduit lentement, mais sûrement, à un point de jonction où leurs eaux se confondront ; là se formera la grande rivière qui commencera de couler vers l’avenir. Que sera son cours ? Uniforme comme celui du Mississipi ou accidenté comme celui du Saint-Laurent ? Ses flots rouleront-ils dans des abîmes comme ceux du Niagara ou glisseront-ils sur des sables comme ceux du Potomac ? Là est le mystère, le grand mystère. Car si l’on peut, jusqu’à un certain point, prévoir ce que le progrès scientifique apportera de modifications à la vie matérielle des peuples, ce que l’évolution des idées et la transformation des mœurs sociales infuseront en eux de nouveau et d’inédit, il est impossible de dire dans quelle direction, de quelle manière, sous quelle forme se manifestera l’éternelle angoisse de l’au delà, la même pour ceux qui viendront et pour ceux qui ont passé, pour hier et pour demain, l’angoisse qui ne connaîtra jamais de remède, car sans elle, l’homme ne pourrait pas vivre, ni en Amérique, ni ailleurs.


Pierre de COUBERTIN.
  1. a et b Voir la Nouvelle Revue du 15 décembre 1896 et 1er, 15 Janvier et 1er Février 1897.
  2. W.-H. Dixon, New America, t. ii.
  3. Il avait encore une arrière-pensée pour l’avenir. Quand les enfants des premiers Mormons, devenus grands, voudront rentrer dans la vie normale, ils s’apercevront qu’aux yeux des autres hommes ils ne sont que des bâtards et que la civilisation place sur leur route des obstacles sans nombre dont la crainte les retiendra dans l’Église mormone… Brigham Young avait vraiment du génie, mais un génie satanique.
  4. Les Shakers, entre eux, se désignaient sous le nom de Believers in Christ’s Second appearing.
  5. Il est très curieux de noter que celles de ces communautés qui furent fondées dans une pensée purement économique et sans bases religieuses ont toutes échoué ; le succès, au contraire, s’attacha à celles qui reposaient sur une conception religieuse, si fantaisiste fût-elle.
  6. Voir Universités transatlantiques. 1 vol. Paris, 1890.
  7. Art. du Dr Washington Gladden dans le Century (1894). L’auteur, qui est protestant, adresse à ses coreligionnaires d’énergiques remontrances contre ces procédés dont s’indigne son libéralisme.