La France Juive (édition populaire)/Livre 4/Chapitre 1

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Victor Palmé (p. 233-240).


CHAPITRE PREMIER


Le rôle de Crémieux. — L’émancipation des Israélites algériens. — Le Juif en Algérie. — L’usure. — Le patriotisme des Juifs.


I


Crémieux fut l’imprésario véritable de la comédie contemporaine en France. On est trop disposé à ne voir en lui que le fantoche en robe de chambre jaune qui, assis près d’un feu flambant, apparaissait de temps en temps devant les régiments défilant sous son balcon à Tours et à Bordeaux, et s’écriait : « Braves soldats, allez vous faire tuer ! L’exercice est bon en ce temps-ci ; moi, je retourne me chauffer. »

Sous ce grotesque, il y eut un Nazi juif, un prince de la Juiverie, qui exerça l’influence la plus profonde sur l’évolution du peuple prédestiné, et mena de front, comme un premier ministre, la politique extérieure et la politique intérieure ; il y eut un homme de dévouement admirable, qui, laissant à Gambetta la jouissance matérielle du pouvoir, l’assouvissement des grossiers appétits, aux Rothschild la satisfaction des vanités sottes, accomplit son œuvre dans une demi-teinte discrète, comme un Joad qui agirait à demi caché dans les replis du voile du Temple.

Souverain grand maître du Rite écossais, Président de l’Alliance israélite universelle, chef important de la démocratie française, Crémieux incarna la révolution maçonnique en ce qu’elle eut de plus complet. Il a contribué, plus que tout autre, à confisquer la Révolution française au profit de la Juiverie, à donner à un mouvement qui avait été mêlé d’une part d’idéal, d’aspirations généreuses, de rêves d’une organisation meilleure, un caractère strictement juif ; il prépara et il annonça hautement, dans les dernières années de sa vie, le règne messianique, l’époque attendue depuis si longtemps où toutes les nations seront soumises à Israël, où tous les hommes travailleront pour les représentants de la race bénie par Jéhovah.

Dès ses débuts, Crémieux procéda d’une idée unique. Les Juifs devaient renoncer à vivre à part et à se différencier du reste de la nation, se confondre de toutes les façons avec la collectivité, faire abstraction momentanément, au besoin, de coutumes qui leur étaient chères, supporter même la vue des symboles abhorrés de la religion chrétienne. De cette manière seule, ils pourraient agir efficacement, et détruire ce qu’ils haïssaient tant. Rentrer d’abord dans le droit commun pour en faire sortir les autres, telle fut la consigne imposée aux siens par Crémieux.

Il était convaincu qu’avec les Français on pouvait tout oser et qu’ils subiraient tout docilement. Un jour que je causais des décrets avec Dumas, il me dit simplement : « Les catholiques sont des lâches ! » Quelques jours après, mon collaborateur à la Liberté, Joseph Cohen, qui a publié deux ouvrages d’une réelle valeur : les Déicides et les Pharisiens, me répétait : « Les catholiques sont des lâches !… Si on avait voulu nous faire ce qu’on vous a fait, nous nous serions tous couchés devant les chapelles, et la troupe n’aurait pas osé avancer. »

Les catholiques subissent tout. Ceux qui le peuvent, sauvent leurs enfants ; mais ils laissent tranquillement dépraver les autres enfants, sous leurs yeux, sans oser même refuser l’argent qu’on leur demande pour cette œuvre néfaste.


II


Crémieux avait la claire notion de l’affaiblissement de l’énergie et de l’intelligence nationales. Il était certain qu’avec quelques mots on peut jouer du Français actuel comme on veut.

Jamais le Juif, peut-être, ne s’affirma plus odieusement indifférent à tout ce qui touche à la Patrie, plus implacablement préoccupé de lui-même et de sa race, que dans les décrets rendus alors par Crémieux pour l’émancipation des Israélites algériens.

Le gouvernement de la Défense nationale, remarquons-le tout d’abord, n’avait aucun droit à modifier le régime de l’Algérie ; en s’emparant du pouvoir, il avait eu, par un reste de pudeur, le soin de déclarer qu’il ne le prenait que pour une tâche déterminée. Lorsqu’il remaniait profondément l’organisation algérienne, Crémieux commettait donc une usurpation dans une usurpation. Mais ces scrupules ne sont pas de ceux qui arrêtent un Juif.

Crémieux était admirablement informé de la situation ; il connaissait l’hostilité qui régnait entre les Arabes et les Juifs.

En profitant d’un pareil moment pour rendre le décret qui naturalisait les Juifs algériens, il trahissait donc purement et simplement la France, pour servir les intérêts de sa race.

En 1870, cette mesure avait un caractère particulièrement odieux. Les Arabes avaient fait héroïquement leur devoir pendant la guerre. Ces « diables noirs », comme les appelaient les Prussiens, qui bondissaient sous la mitraille, avaient émerveillé l’ennemi à Wissembourg et à Wœrth.

On ne se fût étonné qu’à demi si le gouvernement de la Défense nationale eût accordé quelque récompense éclatante à ces Arabes héroïques, qui, après avoir lutté si longtemps contre nous, nous défendaient à l’heure du péril. Rome émancipa les esclaves qui avaient combattu pour elle pendant la Guerre sociale, et quelque proclamation, honorant du titre de citoyen français ceux qui s’étaient montrés dignes de ce nom, eût produit un effet considérable en Algérie.

Mais les hommes de Tours ne considéraient pas les choses ainsi. A côté de l’Arabe qui se bat, il y a en Algérie une race abjecte qui ne vit que de trafics honteux, qui pressure jusqu’au sang les malheureux qui tombent sous ses grifres, qui s’enrichit de la dépouille d’autrui. C’est à cette race qu’étaient acquises toutes les sympathies du gouvernement de la Défense nationale, et plus particulièrement de Crémieux.

Ce qu’est le Juif en Algérie, rien de ce que nous voyons ici ne peut nous en donner une idée : car l’usure juive, qui a atteint en certains pays, en Alsace notamment, des proportions incroyables, n’est rien à côté de l’usure arabe.

Le Juif jouit en Algérie d’un mépris que l’on comprend. Il peut entrer à toute heure sous la tente et dans la maison d’un Arabe, les femmes ne se couvriront même pas de leurs voiles : pour elles, le Juif n’est pas un homme.

Un Arabe se croirait déshonoré s’il tuait un Juif.


III


Nous ne saurions mieux faire, d’ailleurs, pour montrer quels étaient les intéressants protégés de Crémieux, que de reproduire le portrait plein de couleur et de mouvement que M. de Maupassant, dans Au Soleil, a tracé du Juif arabe.


A Bou-Saada, on les voit accroupis en des tanières immondes, bouffis de graisse, sordides et guettant l’Arabe comme l’araignée guette la mouche. Ils l’appellent, essayent de lui prêter cent sous contre un billet qu’il signera. L’homme sent le danger, hésite, ne veut pas ; mais le désir de boire et d’autres désirs encore le tiraillent ; cent sous représentent pour lui tant de jouissances ! Il cède enfin, prend la pièce d’argent, et signe le papier graisseux. Au bout de six mois, il devra dix francs, vingt francs au bout d’un an, cent francs au bout de trois ans. Alors le Juif fait vendre sa terre, s’il en a une ; ou sinon, son chameau, son cheval, son bourricot, tout ce qu’il possède enfin.

Les chefs, caïds, agas ou bach-agas, tombent également dans les griffes de ces rapaces, qui sont le fléau, la plaie saignante de notre colonie, le grand obstacle à la civilisation et au bien-être de l’Arabe.

Le Juif est maître de tout le Sud de l’Algérie. Il n’est guère d’Arabe, en effet, qui n’ait une dette, car l’Arabe n’aime pas rendre. Il préfère renouveler son billet à cent ou deux cents pour cent. Il se croit toujours sauvé quand il gagne du temps. Il faudrait une loi spéciale pour modifier cette déplorable situation. Le Juif, d’ailleurs, dans tout le Sud, ne pratique guère que l’usure par tous les moyens aussi déloyaux que possible, et les véritables commerçants sont des Mozabites…


On peut compléter le tableau par quelques mots qu’un écrivain qu’en n’accusera certes pas d’être un partisan de l’Inquisition, consacre aux mômes personnages dans l’ouvrage qui a pour titre : France, Algérie, Colonies.


Les Juifs algériens, dit M. Reclus, ont été naturalisées en bloc, par décret, pendant que nous luttions contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. Ils ne l'avaient pas certes mérité, occupés qu’ils étaient uniquement de banque, de commerce, de courtage, de colportage et d’usure : nul d’entre eux ne tient la charrue, n’arrose les jardins ou ne taille les vignes, et il y a très peu d’hommes de métiers parmi ces arrière-neveux du supplanteuur d’Ésaü. Aucun n’avait péri dans nos rangs, sous les boulets du Nord, comme ces Berbères, ces Arabes, ces nègres, qui furent parmi les héros de Reichshoffen ; et s’ils n'ont point défendu l’Algérie contre nous de 1830 à 1871, ils ne la défendront pas non plus contre nos ennemis.


Tandis que les Arabes se battaient pour nous, les Juifs, au contraire, applaudissaient à nos défaites avec le plus indécent cynisme. Le capitaine Villot a raconté les scènes qui se passèrent à Constantine à la nouvelle du désastre de Sedan. Toute cette population cosmopolite, « réellement ivre de joie », trépignait de bonheur et se livrait dans les rues à des danses ignobles. Il y eut cependant un détail touchant. On avait jeté sur le pavé le buste de l’Empereur ; quelques indigènes en ramassèrent les débris et les emportèrent. N’est-ce pas émouvant, ce souverain qui a possédé le plus bel empire de la terre et qui n’a plus pour fidèles que quelques Arabes, qui se souviennent que ce vaincu est venu jadis leur rendre visite dans tout l’éclat de sa puissance, qu’il s’est intéressé à eux, qu’il a empêché leur dépossession ?

Les Juifs ne manifestèrent leur dévouement à la France qu’en se ruant, avec des Espagnols et des Maltais, sur le malheureux général Walsin-Esterhazi, qui, souffrant encore d’une blessure et incapable de se défendre, fut accablé de mauvais traitements, roué de coups et obligé de se rembarquer.

L’Algérie fut alors le théâtre d’épisodes inouïs, auxquels se mêle cet élément d’impudence et de puffisme, ce côté saltimbanque qui est entré dans les mœurs publiques à la suite des Juifs.

Vous savez de quelle écume se composent les villes d’Algérie. Depuis l’ouverture de la campagne, tous les foudres de guerre qui déblatéraient contre nos généraux, avaient passé leur temps à faire l’absinthe dans les cafés, pendant que les autres marchaient sous le soleil ardent, souffraient la soif, la faim, se battaient un contre dix. Quand nos malheureux officiers, accablés de fatigue et la plupart blessés, arrivèrent de Sedan et de Metz, ces farceurs refusèrent de les laisser séjourner en Algérie, sous prétexte que la vue de ces capitulés — c’est le nom qu’on leur donnait — offusquait et souillait la vue des patriotes.

Derrière ce délire patriotique apparent, il y avait tout simplement quelques agents allemands qui distribuaient de l’argent aux meneurs de cette tourbe internationale, pour empêcher que nos officiers, en revenant prendre leur place en Algérie, ne rendissent disponibles d’autres officiers dont on avait grand besoin en France.