La France Juive (édition populaire)/Livre 4/Chapitre 2

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Victor Palmé (p. 241-256).


CHAPITRE DEUXIÈME


L’insurrection d’Algérie. — Un héros arabe. — Mokrani. — Le décret Crémieux devant l’Assemblée de Versailles. — Fourtou se dérobe. — Les Juifs et la loi française. — Tirman et son projet d’expropriation des Arabes. — La justice est la meilleure des politiques. — L’antisémitisme en Algérie. — La presse algérienne.


I


Ces preuves de dévouement ne firent qu’affermir Crémieux dans son dessein.

Le 24 octobre 1870, le gouvernement de la Défense publia le fameux décret par lequel les Israélites indigènes des départements de l’Algérie étaient déclarés citoyens français.

Ce décret excita en Algérie une unanime indignation. Sur ce point, nous renvoyons nos lecteurs à l’Enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale et à l’admirable rapport de M. de la Sicotière, qui est une véritable page d’histoire.

En écoutant les dépositions des témoins de cette enquête, en lisant tout ce qu’ont écrit sur cette question, ceux qui étaient bien placés pour la juger, il n’est pas possible de douter que Crémieux n’ait été l’auteur principal, le seul responsable de l’insurrection algérienne.


Pour moi, dit l’amiral de Gueydon, le décret d’assimilation a été la cause déterminante de l’insurrection : les Musulmans en ont été extrêmement froissés.

Haines de classes et de races, intérêts froissés, dit le capitaine Villot, jalousies et ressentiments : telles furent les conséquences de ce décret malheureux. Les indigènes musulmans furent écœurés de voir élever à la dignité de citoyens français leurs ennemis séculaires, des gens qu’ils considèrent comme lâches, serviles et méprisables. « Pourquoi donc cette préférence ? dirent-ils : est-ce que les Juifs ont, comme nous, prodigué leur sang en Crimée, en Italie, au Mexique ? est-ce qu’ils ont dix mille des leurs prisonniers en Allemagne ? »


M. de Prébois, chef d’escadron en retraite, ancien représentant de l’Algérie en 1848, était plus sévère encore


Au moment où un comité dit républicain ou de défense obtenait la naturalisation en masse des Juifs, c’est-à-dire, de la partie la moins intéressante de la population algérienne, et à coup sûr la plus dérisoire au point de vue de la défense, l’insurrection des populations arabes et kabyles y répondait.

Quand ils apprirent le décret de M. Crémieux qui naturalisait les Juifs, leur exaspération se transforma en profond mépris pour les Français, qui s’étaient abaissés jusqu’à envoyer des délégués aux Juifs de Bordeaux pour solliciter leur assimilation à une race méprisée. Alors les premiers symptômes de soulèvement se manifestèrent. Pour qui connaît ces races indigènes, fières et belliqueuses, il est de toute évidence que leur orgueil fut révolté de se voir menacées d’être subordonnées aux Juifs. Les Français, à leurs yeux, descendaient au niveau des Juifs.


L’Akhbar disait de son côté, à la date du 25 novembre 1872 :


La naturalisation des Juifs a été une des causes principales de l’insurrection : elle a jeté l’insulte à la face du peuple musulman, en proclamant la suprématie du Juif indigène sur l’Arabe et sur le Kabyle.


L’insurrection éclata quand les populations musulmanes virent, à la fin de janvier 1871, les Israélites faire les fonctions de jurés. Le Kalifa de la Medjana, Sidi-Mokrani, en renvoyant la croix d’officier de la Légion d’honneur, fit savoir qu’il aimerait mieux mourir les armes à la main que de tolérer l’affront fait à sa race en plaçant les Israélites au-dessus d’elle.

En face du Juif oblique comme Crémieux, qui trahit le pays qui s’est confié à lui, il faut placer la noble et loyale figure de notre ennemi Sidi-Mohammed-Ben-Ahmed-el-Mokrani.


II


Mokrani est la plus complète personnification de ces grands seigneurs arabes, tels que Fromentin s’est plu à nous les montrer sous les ciels aux tons fins qu’il peint si bien, à nous les raconter dans ses livres pleins de couleur. Passionnés pour les belles armes et les beaux chevaux, superbes sur leurs étriers dans les brillantes fantasias, graves et dignes au seuil de leurs tentes en souhaitant la bienvenue à leurs hôtes, fastueux quand ils traitaient nos officiers, ces chefs, après de longues résistances, avaient été fascinés et séduits par la bravoure de nos soldats ; ils étaient fiers de porter sur leur burnous la Légion d’honneur, cette fleur aujourd’hui flétrie, cet emblème désormais prostitué, qui jadis signifiait courage, talent ou vertu. Ennemi terrible, ami sincère, Mokrani était digne de vivre au temps de Yousouf-ben-Ayoub-Salah-Eddyn et de combattre avec des chevaliers croisés.

Quand un officier français transmit au Bach-Aga le décret de Crémieux, il cracha dessus et le retourna à l’envoyeur, en disant simplement : « Je n’obéirai jamais à un Juif ! »

Cet homme, qui avait toutes les générosités, ne voulut pas attaquer la France aux prises avec l’Allemagne ; il attendit chevaleresquement que nous pussions disposer de toutes nos forces pour lutter. Ce fut alors qu’il renvoya sa décoration au général Augeraud, et qu’en le remerciant courtoisement des égards qu’il lui avait témoignés, il lui adressa la déclaration de guerre qui se terminait par ces mots : « Si j’ai continué à servir la France, c’est parce qu’elle était en guerre avec la Prusse et que je n’ai pas voulu augmenter les difficultés de la situation. Aujourd’hui, la paix est faite, et j’entends jouir de ma liberté. »

Mokrani tomba en héros ; il se fit tuer, ne voulant ni servir la France déshonorée, ni combattre plus longtemps un pays qu’il avait aimé, un pays dont il avait été l’hôte dans les fêtes de Compiègne et de Fontainebleau.

Sidi-Mokrani n’avait pas obéi à des Juifs. Parmi les officiers français que la fatalité des temps où nous sommes avait réduits à la triste nécessité de mettre leur épée au service de ceux qui vivaient d’usure et de vol, beaucoup pleurèrent et peut-être envièrent le sort du cheik sans faiblesse et sans peur.

Ce furent nos pauvres soldats, nos fils de mères chrétiennes, qui furent obligés de se faire tuer pour assurer les droits de citoyens aux usuriers d’Algérie, qui ne daignaient même pas défendre les privilèges qu’on leur avait accordés.

Sauf des exceptions fort rares, dit M. du Bouzet, l’Israélite indigène ne peut devenir soldat : la guerre n’est point dans ses mœurs. Il lui faut trois mois pour apprendre à tirer un coup de fusil sans tomber à la renverse : combien plus pour entendre siffler les balles sans prendre la fuite Or vous n’ignorez pas, Messieurs, qu’en cas d’insurrection arabe, tous les Français d’Afrique doivent prêter un concours actif à nos soldats. Fera-t-on une exception en faveur des Israélites devenus citoyens ? Ce privilège serait injuste. Marcheront-ils avec les vrais Français ? Leur esprit si peu militaire sera d’un dangereux exemple. Enfin, qu’ils se battent ou qu’ils s’enfuient, leur présence dans nos rangs suffira pour ébranler la fidélité de nos auxiliaires musulmans et pour exaspérer l’ennemi.


L’Exposé des motifs ne permet pas de doutes sur ce point :


Lors de l’insurrection arabe, les Israélites ne se sont prêtés qu'avec une extrême répugnance au service militaire. Il a fallu les renvoyer d’autant plus vite, que les tirailleurs musulmans et les hommes des goums ne pouvaient accepter l’idée de faire le coup de feu contre leurs coreligionnaires arabes, en voyant des Juifs dans nos rangs. Ainsi, pour des raisons qui leur sont propres ou qui tiennent à leurs rapports avec d’autres races, les Israélites sont incapables du service militaire.


III


Les Juifs avaient eu peur : ils furent sans pitié. Les Arabes, qui s’étaient rendus sur la parole formelle, sur la parole écrite de nos officiers ; qui avaient des engagements signés par les généraux Lallemand, Bonvalet, Augeraud, furent exécutés, sans que nos officiers osassent protester contre ces infamies, qui les avilissaient eux-mêmes, qui détruisaient atout jamais le beau renom de loyauté de notre armée.

A Rebval, un malheureux Arabe avait conservé sur lui la lettre d’aman signée par nos généraux, et, naivement obstiné dans cette croyance qu’un soldat français ne manquait jamais à ses engagements, il la tendit à l’officier qui commandait le peloton d’exécution. L’autre, au lieu d’obéir à la voix de l’honneur et de faire exécuter quelques Juifs à la place de ce vaincu, eut le triste courage de commander le feu… Le pauvre Arabe tomba en soulevant au-dessus de sa tête, comme par une sorte de protestation silencieuse, le mensonge écrit d’un Français.

Ce qui est plus saisissant encore, c’est que les Arabes furent soigneusement exclus de l’amnistie : on amnistia des Français qui avaient assassiné, incendié ; on fut impitoyable pour ces hommes qui étaient aussi excusables d’avoir voulu reprendre leur indépendance, que nous le serions de nous révolter contre les Prussiens, si nous étions conquis par eux[1] Ce qui est intéressant, c’est de voir comment cette question se terminera devant l’Assemblée nationale. Vous croyez peut-être que, parmi ces catholiques qui forment la majorité, un homme va se lever, souffleter de son mépris le fanatique vieillard qui, dans l’intérêt des siens, a déchaîné l’épouvantable insurrection qui a coûté la vie à tant de Français ; vous supposez qu’une voix tout au moins s’élèvera pour rendre hommage à tous ces Arabes tués dans la guerre d’Allemagne, pour la défense d’un pays qui leur avait enlevé leur indépendance.

Vous connaissez mal les conservateurs catholiques : ils sont habiles avant tout ; ils n’osent déplaire à Rothschild, proclamer la vérité, montrer les choses telles qu’elles sont. Ils souriaient déjà d’un air malin dès cette époque, et semblaient dire : « Laissez-nous faire ! » Encouragés par le succès de leur habileté, ils sourient encore aujourd’hui, et, différents des braves gens d’autrefois qui sont morts en affirmant leur opinion, ils souriront encore d’un air de plus en plus malin sur la charrette qui les emmènera au supplice. Le « fin sourire » d’un politique conservateur, quel poème !

Le vrai malin, c’est Crémieux. C’est plaisir que de l’entendre expliquer à ses frères de l’Alliance israélite comment il s’y est pris pour empêcher le décret d’être rapporté ; il semble qu’on l’écoute marcher avec ces « chaussures de liège » dont parle Saint-Simon.

Fourtou est circonvenu. On entend, sans y assister, la conversation du chef de la Juiverie cosmopolite, qui déniaise ce petit avocat de Ribérac devenu député influent, qui lui explique ce que c’est que la Haute Ban- que, qui survit à tout, qui distribue les places grassement rétribuées d’administrateur de chemins de fer[2]. On aperçoit les yeux du Périgourdin qui s’allument. « Qu’est-ce que j’allais faire ? mon Dieu ? » s’écrie-t-il et, au lieu de presser la discussion du projet dont il est le rapporteur, il promet de la retarder.

Néanmoins, le décret d’abrogation avait été déposé par M. Lambrecht. ministre de l’Intérieur, et l’urgence déclarée. Quelques jours après, M. Lambrecht mourut subitement ; ce qui arrive parfois à ceux qui gênent Israël.

Fourtou, dont la conversation avec Crémieux avait décidément dessillé les yeux, et qui voyait déjà des milliers de jetons de présence passer dans ses rêves, avait perdu sa belle ardeur de rapporteur. Tout resta dans le statu quo, et l’Algérie fut abandonnée à son malheureux sort.

Pas un membre de la droite, je le répète, n’eut assez de clairvoyance patriotique pour porter de nouveau le débat à la tribune.

Crémieux avait réussi : il avait profité des catastrophes de la Patrie pour octroyer aux siens le privilège d’opprimer ceux qui valaient mieux qu’eux, et, bon gré mal gré, on avait régularisé l’empiétement au nom du fait accompli.

C’est là toute la politique des Juifs depuis 1791 : la guerre, la paix, l’insurrection, la réaction, tout leur rapporte. Ils avancent toujours, nous l’avons dit, à mesure que le pays recule.


IV


Il n’est point sans utilité de montrer maintenant ce qu’est devenue l’Algérie, grâce au décret Crémieux. Comme on devait s’y attendre, les Juifs sont les maîtres absolus du pays. M. du Bouzet prévoyait déjà ce résultat.


Les Juifs, disait-il, doivent inspirer à la population chrétienne, et par cela même au gouvernement, une crainte réelle. En effet, les Juifs ne forment qu’un seul et même parti. Ils sont complètement dévoués et soumis à leur autorité religieuse, et, comme il y a des divisions ailleurs et qu’il y a chez eux la plus parfaite union sous l’influence des chefs religieux qui les dirigent, ils porteront toujours d’un seul côté les forces dont ils disposent, et seront les maîtres des élections[3].


Les Juifs, disposant en souverains du pays, noient incessamment l’élément français sous des flots d’Israélites venus de tous les points de l’Afrique. En 1875, les habitants d’Oran, dans une pétition qui n’eut d’ailleurs aucun succès, constataient qu’il ne devait y avoir que 500 électeurs Israélites inscrits sur les listes électorales du 31 mars 1875, mais qu’au dernier moment on y avait adjoint 1082 Juifs barbaresques, qui n’avaient aucun titre à voter.

On devine ce qu’est cette tyrannie du Juif, se vengeant du mépris qu’il a mérité et subi pendant tant de siècles. Il y a là-bas un potentat, à la fois grotesque et affreux, Kanoui, celui qu’on appelle le Rothschild d’Oran ; il mène tout le département : le préfet est son humble esclave ; tous les agents du gouvernement sont à sa disposition.

Dans la séance du 23 novembre 1885, la discussion de l’élection de Thomson, petit-gendre de Crémieux, un des plus vils parmi les Juifs que Gambetta traînait après lui, fournit à M. Andrieux l’occasion de montrer ce qu’était cette ignoble population.

Les Juifs de Constantine trafiquent de leur vote, ouvertement, en plein jour ; ils se vendent pour deux ou trois francs en moyenne.


Dès que la mairie, disait M. Andrieux, a distribué les cartes électorales, c’est-à-dire, cinq ou six jours avant l’élection, on fait un pointage soigneusement établi d( Israélites qui figurent sur les listes électorales ; on leur adresse des courtiers, qui viennent les trouver et réclament leurs cartes. Les Juifs donnent leurs cartes et reçoivent des arrhes sur le prix convenu. Le courtier emporte les cartes et les empile dans un magasin ; le jour du vote, les Juifs viennent les chercher ; elles leur sont remises ; on forme des groupes de quatre à cinq personnes, que l’on fait accompagner par des surveillants jusqu’à la porte de la mairie, et ce n’est qu’à leur sortie qu’on leur compte le complément du prix. C’est ainsi qu’ont voté presque tous les électeurs israélites de Constantine ; je ne dis pas seulement de la ville de Constantine, mais de la province tout entière.


Les députés ainsi nommés s’appellent des députés cachirs.

De temps en temps la presse divulgue quelques-unes des monstrueuses exactions que le gouvernement républicain commet là-bas, d’accord avec les Juifs.

Le projet Tirman-Waldeck-Rousseau-Kanoui ne visait à rien moins qu’à l’expropriation pure et simple des Arabes au profit des Juifs.

La Chambre, à la grande colère des opportunistes, hésita devant l’énormité d’un tel acte, et refusa les cinquante millions que demandait, avec toutes sortes de paroles insidieuses, Tirman, l’ami des Juifs, qui avait fait le voyage tout exprès afin de décrocher cette riche proie, pour l’exploitation de laquelle un Crédit foncier était déjà constitué.

Le cœur se serre lorsqu’on pense à ce que pourraient faire de ces peuples des hommes qui seraient, pour ces frères cadets de la famille humaine, des aînés compatissants et bons.

On ne sait pas quel sentiment de reconnaissance éveille dans le cœur de l’Arabe tout acte qui est honnête et droit.

J’ai eu quelque temps pour secrétaire un ancien déporté de Lambessa. C’était le portrait parlant d’un des personnages du tableau si philosophique, si spirituellement observé, de Béraud : A la salle Graffard. Ces crânes en cône, qui ont comme une déviation du sens de l’idéal, sont malléables dans la jeunesse et facilement envahis par les vapeurs de tous les systèmes ; ils s’ossifient plus tard, et la vapeur, l’idée fausse, la doctrine erratique, restent là prisonnières. Doux d’apparence, têtus comme des mules, ces êtres-là résistent à tout. La vie épuise sur eux ses rigueurs sans les changer.

La vie, mon pauvre compagnon de travail avait appris à ses dépens ce qu’elle peut contenir d’amertumes. Traîné à travers la France, les menottes aux mains, tandis que les hommes qui ont profité de la République servaient l’Empire ou faisaient de l’opposition à l’eau de rose ; mis au silo, cassant des cailloux sous le soleil, puis courant après un morceau de pain dans les rues de Paris, il n’avait eu qu’un moment heureux, le court moment où, après l’amnistie impériale, il avait été chargé de régir un immense domaine, dont les concessionnaires n’habitaient pas l’Algérie.

Parfois, après lui avoir dicté quelques pages réactionnaires, je lui disais : « Bourrez une pipe et parlez-moi de l’Algérie ! »

Alors la pensée de cette victime de la politique, de ce sectaire si durement traité par la Destinée, aux prises chaque jour avec la misère noire, grelottant l’hiver sous sa redingote râpée qu’il gardait propre quand même, s’en allait vers l’Afrique, vers les souvenirs des nuits claires passées à la belle étoile, vers les parfums des jardins, vers les silences profonds, vers ces grands espaces surtout où, débarrassé de toutes les vexations sociales, l’homme semble revenu à l’état édénique et se promène à travers ces étendues que nul ne songe à lui disputer.

Même à Paris, cet Africain d’adoption avait reçu des témoignages d’affection des Arabes, et, là-bas, il avait été aimé d’eux autant qu’il les aimait lui-même. Pourquoi ? Parce qu’il avait été probe, parce qu’il avait été juste, et que la justice, là plus encore qu’ailleurs, impressionne des gens qui n’y sont pas habitués.


V


Une consolation cependant se dégage du spectacle de tant de tristesse.

C’est par l’Algérie, peut-être, que commencera la campagne antisémitique française.

De sourdes colères s’amassent dans le cœur de ces Arabes si durement foulés aux pieds par les Juifs. Des paroles qui parlent d’une revanche prochaine, s’échangent dans l’ombre, et si l’Alliance antisémitique universelle envoyait des agents de ce côté, nul doute qu’elle n’arrivât à un résultat.

En beaucoup de localités, les Européens refusent d’admettre les Juifs dans leurs lieux de réunion.

Les troubles du mois de juillet 1884, à Alger, eurent une importance exceptionnelle et constituèrent un véritable commencement de soulèvement antisémitique.

Les journaux parisiens, on le comprend, ne parlèrent de ces scènes significatives qu’à mots très vagues, comme ils parlent de tout à ce peuple qui se croit en avance sur l’univers et qui est moins informé de tout ce qui se passe que le dernier bourgeois de Liverpool ou d’Augsbourg.

Effrayé par une émeute de trois jours et par l’assaut donné aux maisons juives, le Consistoire, moins arrogant que de coutume, démentit énergiquement les insultes vomies par les Israélites contre la France.

« Les Français sont des lâches : ils ont capitulé en 1870. »

Tels sont, d’après le Petit Colon lui-même, qui était favorable aux Sémites, les propos qui avaient exaspéré la population.

Il est impossible de comprendre la monomanie qu’ont les Juifs, qui n’étaient pas Français en 1870, de nous reprocher nos malheurs dans la guerre prussienne. Nous avons déjà constaté cette impudence à propos des officiers dits capitulés ; nous la retrouvons dans les journaux radicaux parisiens rédigés par des Juifs, où ce sont des fils d’Allemands et des naturalisés qui injurient le plus violemment nos généraux vaincus.

La manie vaniteuse qui pousse les Juifs à se faire décorer sans aucun droit, excita une nouvelle émeute à Alger, en juillet 1885. Tirman, l’homme des Juifs, avait accordé la croix de la Légion d’honneur à un nommé Jacob Jaïs, adjudant des pompiers, absolument indigne de cette distinction. Les pompiers protestèrent, et, pour ne plus servir avec Jaïs, allèrent solennellement, aux applaudissements de la population, déposer leur fourniment dans la cour de l’Hôtel de Ville.

Tirman n’avait pas craint d’affirmer un fait faux dans un document public, en attribuant vingt ans de services à Jaïs, qui en comptait six à peine. Quelques mois avant sa nomination comme chevalier de la Légion d’honneur, Jaïs avait été l’objet d’une poursuite correctionnelle pour agression contre un vieillard. Voilà des actes que ratifie le Conseil de la Légion d’honneur, où figurent des généraux français !

Il faut ajouter que la presse algérienne n’est point servile envers les Juifs, comme notre presse parisienne. Les journalistes de là-bas, malheureusement dépourvus de ces croyances religieuses qui donnent seules la force d’accomplir les grands desseins, ont, pour la plupart, infiniment plus de talent, de verve, et surtout d’indépendance que les écrivains de Paris ; ils disent ce que tout le monde pense ici et ce que personne n’ose dire. Beaucoup de jeunes gens, désespérant de se faire une place à Paris, où tout ce qui n’est pas enrôlé dans la bande juive est condamné à mourir de faim, ont été chercher sur la terre africaine, un endroit écarté « où d’être homme d’honneur on ait la liberté ».

Le Fanal, le Courrier d’Or an, le Courrier de Bône, le Petit Algérien, le Mont-Atlas, adressent incessamment à la mère patrie des appels, qui, hélas ! ne sont pas entendus.

Le Courrier d’Oran écrit à la date du 8 mai 1882 :


Le plus grand pas dans la voie impolitique qui tend à nous désaffectionner l’indigène musulman, a été fait sous les auspices de la République actuelle, par la Délégation de Tours, qui a décrété la naturalisation en masse des Juifs indigènes, en s’inspirant, d’une façon bien inopportune, des idées d’égalité qui dominent en France depuis 1789.

Cette mesure, nous a fait grand tort dans l’esprit des indigènes, qu’elle a blessés cruellement. Elle n’était justifiée par aucune nécessité, pas plus que par les mérites de ceux qui ont profité de cette faveur exceptionnelle : car, si la race juive a conservé quelque part le caractère qui lui vaut le mépris des autres peuples, c’est bien ici.

On dirait que c’est pour les Juifs que la France a entrepris la conquête de l’Algérie.

Tirés par nous de l’ignorance où, sous la domination arabe, ils étaient maintenus par des préventions séculaires, ils envahissent insensiblement notre société, non pour s’assimiler à elle, mais pour rester une caste à part, qui veut dominer. Ils pénètrent partout, audacieux et arrogants ; la fortune publique passe dans leurs mains usuraires, et, comme si ce n’était déjà trop, ils briguent les fonctions électives avec un succès menaçant. Leur insolence, si prompte à se manifester, n’a déjà plus de bornes, et, dans nos principales villes, ils tiennent le haut du pavé, humiliant sans vergogne notre vieille fierté gauloise. Tel est le maître que notre politique sentimentale nous a donné, et à l’unique profit de qui, jusqu’à présent, le sang français a coulé sur la terre d’Afrique.


C’est rendre un véritable service à la France, à laquelle la presse parisienne cache obstinément la vérité, que de lui montrer l’état réel de la colonie. Lorsque éclatera la plus formidable insurrection dont jamais l’Algérie ait été le théâtre, les Français pourront se dire qu’un écrivain au moins les a prévenus.

  1. La question des Arabes fut la principale cause du rejet de l’amnistie, au mois de février 1886. On sait que Henri Rochefort avait pris l’initiative de cette proposition, que fit échouer le Polonais Krzyzanowski, plus connu à Paris sous le nom de Sigismond Lacroix. Le pamphlétaire profita de l’occasion pour exécuter son collègue de l’extrême gauche, qu’il convainquit, preuves en main, d’être un agent provocateur. Il est rare, lorsque deux républicains s’expliquent ensemble, qu’on n’apprenne pas quelque vérité.
      Rien de curieux comme la colère des députés juifs, qui sont hors d’eux-mêmes à la seule pensée d’amnistier ces Arabes, prisonniers déjà depuis de longues années. Étienne ne sait plus même ce qu’il dit ; « Ignorez-vous, s’écrie-t-il, qu’ils ont incendié des fermes, des femmes et des enfants ? » Thomson déclare qu’on ne peut libérer ces captifs, parce que l’on a profité de la circonstance pour voler leurs biens et qu’il faudrait les leur rendre. Camille Dreyfus se prononce énergiquement contre la proposition.
      Le refus de tout pardon, le droit, affirmé crûment par Thomson, de s’emparer des biens des insurgés, sont des précédents que la Prusse enregistre soigneusement, et qui lui serviraient, à l’occasion, à exercer toutes les violences contre les Alsaciens-Lorrains qui voudraient secouer le joug.
      La Russie tenait également à faire nier par un Polonais ce droit à l’insurrection que la Pologne a si souvent revendiqué contre ses oppresseurs, et elle s’est servie de Krzyzanowski. Tout cela montre bien la fin de la légende de la France révolutionnaire, émancipatrice de nations, généreuse, pardonnant vite à ceux mêmes qu’elle a été obligée de combattre. Il n’y a plus que l’intérêt du Juif qui louche nos Assemblées françaises.
  2. M. de Fourtou fit un rapport dont les conclusions étaient plus mauvai&es encore que la loi proposée. Mais la conversation que j’eus avec lui à Versailles, se termina par la promesse qu’il me fit de ne pas presser la mise à l’ordre du jour de la discussion de ce projet, que je redoutais à ce moment.
  3. Cartier, le secrétaire et l’âme damnée de Crémieux, qui est devenu fameux depuis, voyait lui-même cette situation, et il cherchait ce qu’il appelait ingénument le moyen pratique d’éviter de la mettre en relief.
    23 décembre 1870.
    Justice à commissaire extraordinaire, Alger.

    « On me signale certaines localités où les Israélites naturalisés formeraient à eux seuls la majorité au sein des corps électoraux. Veuillez en établir la liste avec le chiffre, et rechercher pour ces localités quel serait le moyen pratique d’éviter de mettre en relief les inconvénients purement locaux du progrès réalisé.

    « Cartier. »
    {Enquête parlementaire.)