La France Juive (édition populaire)/Livre 5/Chapitre 6

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Victor Palmé (p. 330-342).


CHAPITRE SIXIÈME


Le journalisme juif. — Le chantage. — Eugène Mayer. — La Lanterne. — L’affaire Rappaport. — Le grand électeur de Paris. — Anatole de la Forge ou le « galant homme ».


I


La Presse s’est presque entièrement transformée depuis quelques années. Pour comprendre les conditions nouvelles dans lesquelles elle est placée, il convient tout d’abord de séparer le journalisme du journaliste, la besogne faite de celui qui la fait.

Rien n’est plus absolument probe, plus complètement désintéressé, que le journaliste d’origine française et chrétienne ; et ceci, sans acception d’opinion. Il dispose d’un moyen d’action formidable ; il blesse ou caresse à son gré la vanité de chacun, à une époque où ce sentiment a pris des proportions presque morbides, et jamais la tentation ne l’effleure de retirer un bénéfice quelconque des éloges qu’il accorde.

Sont-ils donc d’une impartialité absolue ? Non. N’attachant malheureusement qu’une importance secondaire à ce qu’ils écrivent, ils sont accessibles à la camaraderie, à la flatterie, à la démarche personnelle faite près d’eux ; ils décernent l’épithète d’« éminent » ou de « sympathique », comme s’il s’agissait d’une simple croix du Mérite agricole. Tel qui repousserait avec indignation une somme d’argent, ne résistera pas à un sourire de femme, à un mot gracieux, à l’insistance même d’un inconnu qui semble attacher un prix exceptionnel à ce qu’on dira de lui.

Seuls, les rédacteurs de journaux à informations, des journaux boulevardiers, comme on dit, sont, en quelque manière, obligés par la nature même de leur travail à un certain décousu dans l’existence. Les autres vivent avec une régularité parfaite, le plus à distance du centre qu’ils peuvent, ne se mêlant que d’assez loin à l’existence bruyante de Paris. La plupart sont mariés et fidèles ; beaucoup aussi, je dois le reconnaître, sont concubinaires : ils ont rencontré une femme qui les aime, qui ne dérange point leurs papiers, et ils se sont attachés à elle, sans prendre la peine de faire régulariser leur situation ; ils pratiquent toutes les vertus du mariage, sans en avoir les avantages.

Ce sont précisément ces vertus qui diminuent l’indépendance du journaliste, qui inclinent aux concessions un caractère nativement droit, qui font qu’une presse déconsidérée a, pour rédacteurs, des hommes dignes personnellement de toute considération.

Si la rédaction des journaux, en effet, est composée d’éléments sains, la direction, la propriété, pour être plus exact, est trop souvent aux mains d’êtres absolument méprisables, de financiers véreux, d’actionnaires peu scrupuleux, qui voient dans un journal, non un moyen de répandre des théories justes et fécondes, mais d’appuyer des combinaisons louches, d’obtenir des concessions que des ministres, objets du dégoût et du mépris universels, accordent à ceux qui ont le triste courage de les louer.

La conception que Gambetta se faisait de la presse, était une conception exclusivement juive. Une horde de boursiers cosmopolites se réunissait un matin, s’entendait avec le Génois, et venait chasser d’un journal les Français qui l’avaient réellement créé, fondé, accrédité dans le public par leur intelligence et leur labeur.

Un beau jour, un financier belge, Werbrouck, le directeur de la Banque parisienne, qui a eu des malheurs, intime l’ordre aux rédacteurs du Gaulois d’avoir à changer de convictions en vingt-quatre heures. Quelques mois après, c’est un Juif russe. Elle de Cyon, forcé de descendre de sa chaire, à Saint-Pétersbourg, par les étudiants indignés, et décoré par le gouvernement français, qui vient à la tête de ce journal nous enseigner quelle politique nous devons suivre.

Un autre syndicat essaye de s’emparer de la France de la même manière. Au mois de juin 1882, Waldeck-Rousseau, digne disciple de son maître, fait expulser brutalement, sans même les prévenir la veille, tous les rédacteurs de la Réforme, qui signent une protestation collective contre la grossièreté de ce procédé.

Devant cette intervention éhontée d’un argent malpropre, dans des questions de doctrine, l’écrivain sent son cœur bondir d’indignation, il veut donner sa démission. Mais il est marié souvent, je l’ai dit, père de famille ; il est saisi par la crainte de voir entrer tout à coup la misère dans cet intérieur heureux, tranquille, presque coquet, avec ses livres, ses vieilles assiettes, ses dessins d’amis au mur, ses fleurs l’été : … il réfléchit ; et, presque toujours, en pareil cas, réfléchir, on le sait, c’est fléchir.

Ceci explique que les Juifs aient très facilement mis à la chaîne des hommes qui leur sont absolument supérieurs, et qui, s’ils étaient réunis, auraient eu aisément raison d’eux.


II


Pour le Juif, le journal n’est qu’un outil de chantage.

M. Albert Christophle, gouverneur du Crédit Foncier, a révélé, en pleine Chambre, la façon dont le Juif Eugène Mayer s’était procuré des fonds pour fonder la Lanterne.

Mayer avait commencé par chercher à intimider par des articles dans la Réforme financière ; mais ces articles n’avaient pas produit le résultat attendu.


Que fait-on ? dit Albert Christophie. On réunit ces articles en un volume ; on met ce volume en vente aux vitrines des libraires. Une émotion assez légitime, assez naturelle, s’empare de ceux qui avaient la conduite de cet établissement.

Alors il se passe ceci : l'édition est achetée, le prix en est fixé ; une somme de 30,000 francs est versée à l’auteur du livre[1].

La vente, effectuée par le payement, a été réalisée en même temps par la remise totale des exemplaires. L’édition tout entière a été livrée, puis elle a été détruite par ceux auxquels elle était cédée, et il ne reste plus, vraisemblablement, de ce livre, aucun autre exemplaire que celui que je possède.

Or, quels étaient donc, Messieurs, les auteurs de cette publication ? quels étaient les fabricants de cet opuscule, ceux qui le mettaient en vente, ceux qui faisaient le trafic honteux que je vous dénonce ? Messieurs, ce sont ceux-là mêmes que nous retrouvons dans le débat actuel, ce sont ceux-là mêmes qui ont touché l’argent, et qui ont stipulé cette vente, ce sont ceux-là mêmes, qui se sont ensuite servis de cet argent pour vivifier et faire prospérer le journal la Lanterne !

Voilà ce fait que je puis, sans excès de langage, appeler un acte de chantage financier.


Le fait n’est donc pas douteux ; mais ce qui est mille fois plus intéressant, au point de vue de notre étude, que le fait lui-même, c’est la terreur qu’inspire cet homme. Il suffisait à Mayer de traiter le plus honnête magistrat de faussaire et de voleur, pour que le malheureux fût immédiatement sacrifié par Martin-Feuillée, le docile exécuteur des ordres de la Lanterne.

En dressant ces listes de proscription, Mayer vengeait des injures toutes personnelles, car les siens et lui avaient eu un peu affaire à la magistrature de tous les pays. Il avait particulièrement sur le cœur le jugement du tribunal de Valenciennes, du 20 août 1879, qui avait sévèrement qualifié les moyens dont Mayer s’était servi dans un de ses journaux, la Réforme financière, pour lancer une entreprise véreuse : la Société céramique du Nord ; Le tribunal avait constaté que la Réforme financière avait affirmé que l’usine était libre de toutes charges, dettes et hypothèques, alors que son prix n’avait pas même été payé, et déclaré que « le préjudice causé résulte, non des faits eux-mêmes, mais de la publicité qui leur a été donnée, dans un but intéressé et coupable » ; il avait établi enfin que les manœuvres coupables avaient été commises « par Mayer, publiciste et banquier à Paris, dans un journal, la Réforme financière. »

Nos officiers français eux-mêmes sont tout petits garçons devant ce Juif.

A l’occasion du 14 juillet 1883, la Lanterne publie je ne sais quelle infamie contre M. de Vaulgrenand, colonel du 22e régiment d’artillerie, à Versailles. Le lendemain, le bureau du journal est plein d’officiers ; le colonel de la Valette et Morlière, arrivés les premiers, se rencontrent là avec une escouade d’officiers du 22e régiment d’artillerie. Que viennent faire là tous ces messieurs ? Demander une réparation à Mayer ? Ce serait là une prétention bien naïve. Ils viennent, le journal vous le dit en italiques, porter témoignage en faveur de leur colonel.

N’est-ce pas précieux encore pour l’histoire psychologique de ce temps, ces héros, ces beaux soldats des grandes batailles, ces Français, se dérangeant pour venir plaider la cause de leur colonel devant un immonde Juif de Cologne, moitié chanteur, moitié espion ?

Ce sont là de ces aberrations, de ces faiblesses, de ces gallicismes moraux, qu’il est presque impossible de faire comprendre à un Anglais ou à un Allemand. Les officiers allemands, ces disciples de Hegel en uniforme, qui veulent expliquer tout par des théories philosophiques, vous embarrassent particulièrement par leurs interrogations à perte de vue.

— Enfin vos officiers sont très braves, nous les avons vus au feu ; ils sont superbes, vaillants et pleins d’audace : comment se laissent-ils traiter ainsi ? L’absence de tout courage intellectuel est toujours la seule explication qu’on puisse donner.

On ne peut que faire relire aux étrangers, pour démontrer cette absence de tout ressort pour résister, l’exécution des trente-sept gendarmes et gardes de Paris, comme otages de la Commune. Ces hommes dans toute la force de l’âge, d’une intrépidité incontestable, — ils l’ont prouvé par leur mort, — se laissèrent conduire à l’abattoir par une escorte de 35 hommes qui ne demandaient qu’à les laisser s’évader. Tout le long du parcours, la population, qui était favorable, les encourageait à s’en aller. Dans le haut de la rue de la Roquette, une femme leur cria encore : « Sauvez-vous donc ! » Ils allèrent jusqu’au bout, tranquilles, « marquant le pas, dit Maxime du Camp, comme s’ils se rendaient à l’instruction. »

Au fond, les événements accomplis depuis dix ans en sont la preuve, il n’y a guère plus d’activité cérébrale, de faculté de décision dans un colonel que dans un garde municipal.

Cette activité, cette décision, ce courage intellectuel, Eugène Mayer les possède.

Regardez encore avec moi ce curriculum vitæ de Juif. Étudiez l’homme dans les siens, dans sa formation morale, dans son développement, et vous serez stupéfaits de ce qu’une famille juive, prise en quelque sorte au hasard, peut remuer de choses, déranger de mouvement autour d’elle.


III


Un des oncles de Mayer, protégé par les intendants Wolff et Gaffriot, fut chargé des fournitures militaires en Crimée et au Mexique. Il gagna une fortune énorme, qu’il perdit dans des spéculations. Un autre de ses oncles fut, de 1860 à 1862, directeur du Mont-de-piété de Cologne, y commit d’innombrables détournements, et vint chercher un asile, d’abord en France, puis en Angleterre. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, et épousa, à Londres, une célèbre proxénète établie dans une boutique de Piccadilly, et maintenant installée à Paris.

C’est chez une cousine de Mayer, madame P., que mourut subitement un maréchal du second Empire.

Quant au père de Mayer, il fut enfermé quelques jours à Mazas, sous l’Empire, et mis en liberté grâce à la protection du maréchal ; impliqué de nouveau dans une autre affaire, il y a quelques années, et se voyant perdu, il se pendit dans sa propriété de Jouy-en-Josas.

Notre Mayer, Benjamin-Eugène, eut encore un rôle dans la tragique affaire Rappaport.

L’affaire Rappaport mérite une mention à part. Ce Rappaport est un vrai Juif moderne, une figure comme le Paris actuel en compte par milliers : il habite rue de Richelieu un luxueux appartement, il fréquente les restaurants à la mode, il joue et gagne toujours. Quoiqu’il eût Wilna pour patrie, s’il se fût présenté aux élections municipales, n’importe où, en concurrence avec un brave Chrétien dont la famille aurait été, depuis deux ou trois siècles, la Providence du quartier, il eût été, non pas élu, mais acclamé comme un Camille Dreyfus. Tous les Juifs et tous les Francs-Maçons effectivement auraient marché au scrutin, comme un seul homme, en criant : « Nommons Rappaport ! » tandis que les honnêtes gens seraient restés chez eux, à gémir sur eux-mêmes.

Comment se passa exactement le drame dans lequel il disparut le 12 décembre 1882 ? Voilà ce qui est resté problématique. Citons tout d’abord le récit de la Lanterne, admirablement placée pour être bien informée, mais également intéressée aussi à dissimuler la vérité.


On connaît les faits matériels du crime. Dans la matinée, une fenêtre s’ouvrait brusquement, au quatrième étage, et une jeune fille apparaissait, en poussant des cris désespérés ; puis elle disparut, violemment attirée en arrière, et la fenêtre se referma. Un instant après, on entendit le bruit d’une détonation. Des gardiens de la paix furent requis, et on ouvrit la porte de l’appartement en question. Cet appartement était celui qu’habitait un courtier en diamants, M. Georges Rappaport. Il avait poignardé sa fille, et s’était ensuite brûlé la cervelle. Voilà les faits brutaux, dans leur simple et sanglante horreur. Mais les causes du crime, aucun journal ne les a exactement connues.


Les autres journaux présentent le drame sous un aspect tout différent.


Rappaport, disent les Nouvelles de Paris à la date du 14 décembre, était originaire de la Pologne russe, Israélite de religion… En 1862, un ami commun l’avait présenté à une ravissante jeune fille, Juive comme lui… Il l’épousa et en eut deux enfants. Mais un jour, sa femme, lasse de son prosaïsme, l’abandonna pour suivre un jeune homme… qu’elle quitta pour un autre… si bien qu’elle se trouve aujourd’hui l’amie intime d’un de nos confrères, et que récemment, à l’Odéon, elle a — bien malgré elle du reste, — joué un rôle dans la scène de violence qui interrompit la première du Mariage d’André.


L’opinion la plus répandue dans le quartier était que Rappaport avait été assassiné par un individu au type sémitique, qu’on avait vu s’enfuir précipitamment quelques moments après le crime, et que la jeune fille avait été frappée en essayant de défendre son père.

D’après la conviction générale, l’active intervention d’un magistrat juif aurait arrêté l’enquête au moment où elle allait aboutir. Ce qui est certain, c’est que l’autopsie, vivement réclamée partout le monde, ne fut pas faite ; un rabbin vint prendre le corps de Rappaport, qui, victime ou coupable, s’en alla sans aucun cortège au cimetière Israélite. Cependant l’Affaire de la rue Morgue n’a pas encore trouvé d’Edgard Poë pour la raconter, ni de Dupin pour l’expliquer.


IV


Imaginez un Chrétien traînant après lui tous ces souvenirs, mêlé à tous ces drames, éclaboussé de tout ce sang : sa vie en sera tout assombrie ; il sera en proie à une insurmontable mélancolie, il s’efforcera de ne point se mettre en évidence. Le Juif est là-dedans comme un poisson dans l’eau : il frétille, il est heureux ; cette atmosphère de trouble perpétuel est son naturel élément. Il s’attaque de préférence aux institutions qui sembleraient devoir lui inspirer une crainte salutaire ; il appelle nos officiers des « cléricafards », des « Pierrots d’église », des « Polichinelles de sacristie ».

Examinez bien ce petit youtre de Cologne. Il a tout contre lui, il porte un nom déshonoré, il n’a aucun talent littéraire ; il se retourne quand même sur le pavé de Paris ; il trouve moyen, avec les fonds conquis comme vous savez, d’organiser une grosse affaire comme la Lanterne, de remuer l’opinion.

Contemplez maintenant certains de nos catholiques : leur famille est en France depuis des siècles, ils possèdent deux cent mille livres de rente, ils n’ont ni galériens ni pendus parmi les leurs ; et, même avec de la bonne volonté, ils sont impuissants, anéantis. « Certainement, il faudrait faire quelque chose ; mais quoi ? Quelle époque que la nôtre, mon bon Monsieur ! »

Comment voulez-vous qu’avec des gaillards de la trempe de Mayer, toujours en travail d’une affaire, d’une combinaison, d’un scandale pour agiter les autres, un pays reste à vivre la bonne existence d’autrefois ? Laissez-les libres encore vingt ans, et ils feront sauter Paris, la France, l’Europe.

Si encore on pouvait s’en tenir à ceux qui sont dans la maison ! Hélas ! ils sont plusieurs millions sur la terre qui arrivent successivement, plus affamés, plus remuants, plus ardents que ceux qui sont déjà à moitié repus.

Pour bien voir où en est la démocratie française et même la démocratie cosmopolite, au point de vue de la dignité et du sens moral, pour lui prendre mesure, il convient également de regarder la place que tient Mayer dans le parti républicain. Les Lockroy, les Bradlaugh, les Aurelio Saffî, choisissent la maison de cet homme pour y venir tenir des discours sur les vertus de la démocratie. Comme tu dois rire, mon vieux Lockroy, rire et aussi te mépriser, lorsque tu enfiles tes phrases dans un tel lieu ! Dire que le pauvre peuple croit tout cela !

Aux élections de 1885, c’est Mayer qui est le grand électeur de Paris : c’est la liste de la Lanterne qui triomphe. Au banquet donné par Mayer pour célébrer cette victoire, se pressent des députés : Lockroy, Bourneville, Delattre, Dreyfus, Farcy, Forest, Yves Guyot, de Heredia, Hude, Lafont, de Lanessan, Pichon, Roques de Filhol, Benjamin Raspail, députés de Paris ; Barbe, Colfavru, de Jouvencel, de Mortillet, Remoiville, Vergoin, députés de Seine-et-Oise ; Letellier, député d’Alger ; Brousse, député des Pyrénées-Orientales ; Jullien, député de Loir-et-Cher.

Savez-vous comment Lockroy appelle cet homme convaincu de chantage en pleine Chambre ? — l’éminent directeur de la Lanterne, mon confrère et ami.

Voilà le niveau moral du premier élu de Paris ! Il est nécessaire que tout cela soit relevé, pour qu’on s’explique plus tard comment la France a roulé si rapidement dans la fange.


V


Tous en sont là. Vous connaissez Anatole de la Forge. C’est « un galant homme ». Toutes les gazettes le disent et Ignotus le répète[2]. Qu’est-ce qu’un galant homme à notre époque ? Il y a ainsi, à cette fin de siècle, des mots errants, des mots fantômes, flottant dans l’air sans se fixer nulle part, pareils à ces posthumes dont parlent les Anglais, formes vagues d’une organisation disparue, calques gazéiformes d’êtres qui ont vécu.

Cette expression semble impliquer une délicatesse particulière de conscience, » un raffinement dans les sentiments, une sorte de superflu dans l’honneur. N’est-ce point se moquer du monde que de se laisser décerner, en toute occasion, ce titre de « galant homme », et d’appeler publiquement mon vieil ami un maître chanteur, un Juif de Cologne, qui verse chaque jour sur des officiers français les ignobles injures dont j’ai donné un échantillon ?

Nous sommes loin de ce Tugendbund (Association de la vertu) où les Stein, les Scharnhorst, les Blücher, les Arndt, les jeunes poètes et les vieux généraux se préparaient à délivrer l’Allemagne du joug de Napoléon.

On ne peut faire un pas dans cette société vermoulue, sans que des impostures et des mensonges se mettent à courir sous vos pieds, comme ces rats qui détalent devant vous quand vous vous promenez dans le magasin de décors de quelque vieux théâtre. Tout est faux. Vous croyez avoir devant vous un temple, un palais, une chaumière : c’est un châssis peint avec un balai. Vous croyez être en présence d’un homme représentant une idée, ayant réellement le caractère qu’on lui attribue : scrutez non point seulement la vie privée, mais les actes publics ; et vous découvrez que ce n’est qu’un bouffon qui joue un rôle, qui n’a qu’un désir, être réélu député, et qui se déshonorera mille fois pour arriver à ce résultat.

  1. Journal officiel du 2 juillet 1879.
      Mayer prétendit n’avoir reçu que vingt-cinq mille francs, qui lui auraient été donnés, sur une somme de deux millions dcstinéo à être distribués à la presse pour soutenir les intérêts égyptiens.
      Un jury d’honneur réuni, affirma que cette allégation, peu flatteuse, d’ailleurs, pour la presse, était fausse. Voici sa déclaration : « Il résulte des faits, que les vingt-cinq mille francs que M. Mayer reconnait avoir reçus ont été versés, non par un syndicat financier et pour frais de publicité dans les affaires égyptiennes, mais pour une cause sur laquelle M. Mayer n’a pu donner aucune explication satisfaisante. »
  2. Je crois qu’au fond le vrai modèle d’Anatole de la Forge, c’est le capitaine Bravida : vous savez, ce capitaine qui retroussait sans cesse des moustaches formidables, et qui s’écriait d’une voix tonnante : « Je suis Bravida, capitaine d’habillement ! »