La Harpe éolienne (Sainte-Beuve)

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XXVII

À MON AMI VICTOR PAVIE

LA HARPE ÉOLIENNE

traduit de coleridge

Ô pensive Sara, quand ton beau front qui penche,
Léger comme l’oiseau qui s’attache à la branche,
Repose sur mon bras, et que je tiens ta main.
Il m’est doux, sur le banc tapissé de jasmin,
À travers les rosiers, derrière la chaumière.
De suivre dans le ciel les reflets de lumière.
Et tandis que pâlit la pourpre du couchant.
Que les nuages d’or s’écroulent en marchant,

Nuance dans le son et ton dans la lumière ;
Rhythme dans la pensée ; — impalpable matière ;
Oh ! s’il m’était donné, dès cet exil mortel,
De nager au torrent de ton fleuve éternel,
Je ne serais qu’amour, effusion immense ;
Car j’entendrais sans fin tes bruits ou ton silence !

Ainsi, de rêve en rêve et sans suite je vais ;
Ainsi, ma bien-aimée, hier encor je rêvais,
 midi, sur le bord du rivage, à mi-côte,
Couché, les yeux mi-clos, et la mer pleine et haute
À mes pieds, tout voyant trembler les flots dormants
Et les rayons brisés jaillir en diamants ;
Ainsi mille rayons traversent ma pensée ;
Ainsi mon âme ouverte et des vents caressée
Chante, pleure, s’exhale en vaporeux concerts,
Comme ce luth pendant qui flotte au gré des airs.

Et qui sait si nous-même, épars dans la nature.
Ne sommes pas des luths de diverse structure
Qui vibrent en pensers, quand les touche en passant
L’esprit mystérieux, souflle du Tout-Puissant ?

Mais je lis dans tes yeux un long reproche tendre,
Ô femme bien-aimée ; et tu me fais entendre
Qu’il est temps d’apaiser ce délire menteur.
Blanche et douce brebis chère au divin Pasteur.
Tu me dis de marcher humblement dans la voie ;
C’est bien, et je t’y suis ; et loin, loin, je renvoie
Ces vieux songes usés, ces systèmes nouveaux.
Vaine ébullition de malades cerveaux,
Fantômes nuageux, nés d’un orgueil risible ;
Car qui peut le louer, Lui, l’lncompréhensible,
Autrement qu’à genoux, abîmé dans la foi.

Noyé dans la prière ? — Et moi. — moi, — surtout moi,
Pécheur qu’il a tiré d’en bas, âme charnelle
Qu’il a blanchie ; à qui sa bonté paternelle
Permet de posséder en un loisir obscur
La paix, cette chaumière, et toi, femme au cœur pur !


Octobre 1829.