La Jeunesse blanche (1913)/Choses fatales

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La Jeunesse blancheEugène Fasquelle - Bibliothèque Charpentier (p. 75-76).


CHOSES FATALES


 
L’ai-je jamais aimée ou n’est-ce qu’un léger
Caprice qui m’a fait un moment fleurir l’âme ?
Ainsi dans les jardins, sous le soleil en flamme,
Les floraisons d’avril que le vent fait neiger.

Est-ce elle que j’aimais ou l’amour ? Que m’importe,
Si j’ai senti mon cœur pavoisé d’un drapeau,
Si j’ai pendant un jour trouvé le ciel plus beau
Et joui des chansons qu’on chantait à ma porte !


L’Âme est un palais noir où l’on va tâtonnant,
Où, sans rien pénétrer, on s’ignore soi-même ;
Est-ce qu’on sait qu’on croit ? Est-ce qu’on sait qu’on aime ?

Sur le plateau sans fleurs où je suis maintenant,
Je songe en revoyant la montagne gravie :
Est-ce qu’on vit son rêve, ou rêve-t-on sa vie ?