La Légende de Metz/Chapitre XII

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
/Chapitre XI La Légende de Metz /Chapitre XIII



CHAPITRE XII[modifier]

Soixante-dix ans d’affection fraternelle. — Appel à l’Histoire. — Encore la légende. — Armistice pour Paris et Metz. — Sauf-conduit périmé. — Une proclamation infâme. — Un émissaire de Bazaine. — Un faux officier d’ordonnance. — En collaboration. — La France est trompée. — Le rapport d’un coquin. — Hors la loi. — Ordre d’arrestation. — Le chevalier, vicomte de Valcourt. — Un sénateur opportuniste. — Le doigt de Dieu. — États de service.


Voici la lettre que M. Bazaine, ingénieur des ponts et Chaussées, en retraite, et frère du maréchal, a eu l’obligeance de me faire parvenir, en réponse aux questions que j’avais eu l’honneur de lui adresser :


Paris, 15 décembre 1887.


Monsieur le Comte,

Vous pensez avec Massillon que « la vérité est la seule chose ici-bas qui soit digne des soins et des recherches de l’homme ». C’est un sentiment qui vous distingue en ces tristes temps et vous recommande à ma sympathie :

Vous m’avez fait l’honneur de m’adresser diverses questions au sujet du maréchal Bazaine, mon frère. Il me serait facile de vous répondre : voilà plus de soixante-dix ans que je suis le témoin conscient de sa vie.

Je l’encourageais quand il se fit soldat en 1831. J’ai suivi tous ses pas dans sa belle carrière militaire, où, au bout de trente-trois ans de services éclatants, il atteignait le grade de maréchal de France.

Depuis plus de soixante-dix ans, nos âmes ne se sont jamais quittées.

En juillet 1870, je lui faisais la conduite à la gare de Strasbourg, dès qu’il eut reçu du ministère de la Guerre l’ordre d’aller provisoirement à Metz prendre le commandement de l’armée.

Quelles angoisses n’ai-je pas eu à subir depuis le mois d’août 1870 ! Mes fils partageaient les périls de leur oncle. Un de mes neveux, ayant équipé à ses frais une compagnie de francs-tireurs à Neuilly, se faisait tuer héroïquement dans les Vosges. Un autre était gravement blessé à Sedan. Mon patriotisme était connu, mais il devait être mis aux plus rudes épreuves.

Sans que je prolonge ces détails, vous comprenez ce que j’ai dû ressentir en 1870 et dans les années qui suivirent, et comment tout ce que j’ai vu, connu, entendu à cette époque et depuis, m’a préparé à répondre à toutes les questions qui me seraient faites sur le maréchal mon frère : seulement c’est un livre et non une simple lettre qu’il faudrait écrire. Ce livre se fera, car les révolutions et les spéculations politiques qu’elles font naître ont une fin, tandis que la vérité est éternelle.

Le maréchal a fait appel à l’Histoire du jugement du Conseil de guerre de Trianon. Il n’en pouvait faire d’autre dans les circonstances exceptionnelles où ce jugement a été rendu, précédé surtout, comme il l’a été, de trois-années de guerre, — une guerre de sauvages, où, sans respect aucun pour sa qualité de prévenu, et quand de lui-même il était allé au-devant de la justice, une presse hostile de parti pris n’a pas cessé un seul jour d’exciter contre lui l’opinion publique égarée par les injures et les calomnies. Mais ce jugement, qu’on ne peut séparer du recours en grâce dont les juges eux-mêmes l’ont accompagné, ce jugement du moins a vengé l’honneur du maréchal, et il aurait dû réduire au silence les calomniateurs qui l’ont accusé de trahison.

Cependant, que lit-on dans les journaux, dans les étranges compositions hybrides d’écrivains dits militaires ?

Qu’entend-on jusque dans la Chambre des députés, où le respect du peuple, même dans sa crédulité, devrait imposer quelque retenue ? « Bazaine a trahi… Bazaine a vendu Metz… »

Ceux qui disent ou écrivent ces choses faussent, avec la plus franche malhonnêteté, l’esprit et la lettre du procès de Trianon, s’ils l’ont jamais lu dans son entier ; mais qu’importe, semble-t-il ! Pourtant, indépendamment des juges encore vivants de ce procès, on compte par centaines ceux qui pourraient ramener l’opinion égarée par ces mensonges ; mais bien peu l’osent. Il semble que ces mensonges sont une condition de vie pour la troisième République.

On en a fait une légende. Elle est stupide et infâme, et bien que le peuple aime les légendes, celle-ci serait restée dans la boue si trois délégués du gouvernement de la Défense Nationale à Tours, MM. Crémieux, Glais-Bizoin et Gambetta, — ou plutôt M. Gambetta seul, dominant ses collègues, deux vieillards, — n’avait pas cru avoir besoin pour sa politique de l’y ramasser pour la souffler sur tous les horizons de la France.

C’est là, Monsieur, un des épisodes les plus douloureux de mon voyage à Tours en 1870. J’en ai fait en partie le récit dans une déposition que, quoique frère du maréchal, je fus autorisé à faire devant le Conseil de guerre de Trianon. Mais je puis aujourd’hui le reprendre et le compléter.

C’est un point d’histoire qui a été plutôt effleuré qu’approfondi. Je ne redoute pas les démentis. Les rectifications qu’on pourrait trouver à faire à mon récit seraient insignifiantes.

A mon arrivée à Tours, en octobre 1870, je trouvai la maréchale, ma belle-sœur, résolue à se rendre à Versailles afin d’y supplier le roi de Prusse de lui permettre d’aller à Metz auprès de son mari. Je m’associai naturellement et de grand cœur à ce dessein, et je devais accompagner la maréchale aussi loin qu’on me le permettrait. C’était à l’instigation de M. Thiers que la maréchale avait pris, cette résolution.

M. Thiers n’ignorait pas la situation très critique de l’armée de Metz, et prévoyait une catastrophe prochaine. « Si le maréchal pouvait tenir encore huit jours, » me disait-il le 21 octobre, il se flattait d’obtenir pour Paris et Metz un armistice qui pouvait être le préliminaire de la paix.

Je fus mis en rapport avec M. de Chaudordy, qui me recommanda la plus grande discrétion et me prévint toutefois que M. Gambetta était dans la confidence.

Dès le 25, M. le baron de Thann, général de l’infanterie prussienne, écrivit d’Orléans au ministre de la guerre à Tours, que la maréchale et moi nous devions être reçus à Versailles, et qu’un de ses officiers attendrait la maréchale aux avant-postes le 26 au matin.

M. Gambetta, en transmettant ce sauf-conduit le 26 à madame la maréchale Bazaine, l’accompagnait d’un extrait d’une lettre du général Pourcet par l’intermédiaire de qui le sauf-conduit lui était arrivé. II faisait remarquer que le sauf-conduit était périmé, « et cependant, écrivait-il, je le reçois à l’instant. Je dois croire qu’il y a quelque erreur dans les dates, mais j’ai considéré comme de mon devoir d’appeler votre attention sur cette circonstance… »

Le général de Thann récrivit le 27 au ministre de la Guerre à Tours que Madame la maréchale n’étant pas arrivée jusqu’à présent, il fallait croire que sa lettre du 25 ne lui était point parvenue.

« Je vous fais savoir, Monsieur le ministre, ajoutait-il, que dès demain le 28, à midi, un de mes officiers attendra Madame la maréchale… »

Cette lettre du 27 était le jour même entre les mains de la maréchale, qui me fit demander immédiatement au ministre de la Guerre les moyens de partir. Dès le même jour encore, je reçus du cabinet du ministre la réponse ci-après :


MINISTRE

DE LA GUERRE

CABNET

DU MINISTRE


Tours, le 27 octobre 1870.


Monsieur l’Ingénieur en chef,


M. Gambetta, a qui j’ai soumis la demande de Mme la Maréchale, a pensé, comme je l’avais pensé moi-même, qu’il n’était guère praticable de demander un train spécial à la Compagnie d’Orléans, demain, au milieu du mouvement de matériel que nous lui occasionnons. Il prie donc Mme la Maréchale de vouloir bien attendre à après-demain (samedi), convaincu qu’il lui évite ainsi des désagréments de route.

Agréez, Monsieur l’Ingénieur en chef, l’expression de mes sentiments dévoués.

C. DE FREYCINET.


C’était remettre notre départ au 29, et l’on sait aujourd’hui que le 29 la capitulation de Metz était un fait accompli ! Les événements qui se pressaient d’heure en heure nous avertissaient que nous arriverions tro p tard.

Quelques jours encore, et la maréchale et moi nous devions partir à la hâte, mais c’était pour mettre nos familles à l’abri des colères soulevées contre notre nom par la plus injuste, la plus violente, la plus inattendue des proclamations, — celle de la délégation du gouvernement de la Défense Nationale à Tours, à la date du 30 octobre.

Disons de suite, pour être juste, que l’honorable amiral Fourichon a refusé de prendre un rôle dans la pièce insensée qui fut jouée ce jour-là par ses collègues. Disons encore que M. Glais-Bizoin, dans ses Mémoires intitulés Dictature de cinq mois, a eu l’honnêteté d’oublier qu’il avait eu la faiblesse d’y mettre son nom, et laissons à MM. Crémieux et Gambetta, surtout à ce dernier, la responsabilité de cette… comment dire ? Me Lachaud, retenu par son amitié pour M. Gambetta, hésitait à se prononcer à l’audience du 8 décembre 1873 au Conseil de guerre de Trianon ; mais le général commissaire du gouvernement avait appelé cela « des soupçons ».

« Eh bien ! moi qui ne suis pas général, s’écriait Me Lachaud, je dis que ce sont des infamies, et j’aurais été heureux de n’être pas le premier à le dire. »


J’étais venu à Tours offrir mon concours à M. Gambetta.

Les premiers mots qu’il m’adressa en me tendant la main furent : « Nous vous avons cherché à Paris, nous voulions vous avoir au Conseil municipal. » Son accueil particulièrement sympathique, et son patriotisme que je crois, malgré ses égarements, avoir été sincère, l’auraient protégé dans ma mémoire, s’il ne m’eût accablé d’autant d’affliction.

Le premier émissaire qui apporta au délégué du ministre de la Guerre une dépêche chiffrée du maréchal, vint voir la maréchale, et nous dit qu’il avait informé M. Gambetta qu’il n’y avait plus à Metz pour l’armée de vivres que pour peu de jours.

J’allai trouver M. Gambetta, qui me confirma l’arrivée de l’émissaire et sa dépêche, qu’il me montra et qu’il ne pouvait pas lire. Mais il avait reconnu un nom, une signature à côté de la date du départ de Metz de l’émissaire : c’était le nom d’un de ses intimes amis, le capitaine d’état-major Iung. M. Gambetta me dit que l’émissaire était un simple interprète, un subalterne qui ne lui paraissait pas suffisamment renseigné.

« J’attends mieux et je vous en ferai part. »

En disant qu’il attendait mieux, M. Gambetta faisait allusion au second émissaire, un nommé de Valcourt, qui s’était annoncé comme porteur de renseignements particuliers.

M. Gambetta ne me parla point de cet homme ni de ses renseignements, et je m’en suis plus tard expliqué les motifs.

M. de Valcourt n’était pas autre chose qu’un simple interprète comme le premier émissaire ; il était inconnu du maréchal. Il ne faisait point partie de l’armée, mais, tout jeune qu’il fût, c’était déjà un maître imposteur.

Il avait pris sans droit le titre d’officier d’ordonnance du maréchal, il se disait son messager à titre particulier. M. Gambetta le crut ou voulut le croire, et en 1873, quand il fit sa déposition devant le Conseil de guerre de Trianon, il voulut paraître le croire encore.

Pouvait-il ignorer pourtant que le ministère public n’avait pas voulu admettre à Trianon M. de Valcourt, le considérant comme de ces hommes qu’il vaut mieux laisser hors de l’audience ? C’est cependant cet homme qui, le 28 octobre 1870, signe un Rapport à la Délégation inséré comme document officiel, mais tardivement et le 4 novembre seulement, — rapport qui, on ne peut s’y tromper, a été composé sous les yeux de M. Gambetta ou retouché par lui.

Le jour même où ce rapport est adressé au gouvernement, rapport qui conclut que « le maréchal Bazaine a livré sciemment aux Prussiens la ville et la forteresse de Metz ainsi que l’armée française, campée dans l’enceinte retranchée, le tout dans le seul but d’être et rester maître de la situation politique en France », — ce même jour du 28 octobre, qui fut aussi le jour de la capitulation de Metz, M. Gambetta envoyait aux préfets et sous-préfets la dépêche qui suit :


Tours, 28 octobre, soir.


Il m’arrive de plusieurs côtés des nouvelles graves, mais sur l’origine et la véracité desquelles, malgré nos actives recherches, je n’ai aucune espèce de renseignements officiels.

Le bruit de la capitulation de Metz circule. Il est bon que vous ayez la pensée du gouvernement sur l’annonce d’un pareil désastre.

Un tel événement ne pourrait être que le résultat d’un crime dont les auteurs devraient être mis hors la loi.

Je vous tiendrai au courant.


M. Gambetta n’avait jamais tenu le pays au courant de la situation réelle de l’armée de Metz. Il savait, dès le 15 octobre, par le général Bourbaki, que Metz, manquant de vivres, ne pourrait pas tenir plus de dix à quinze jours, mais il n’en avait rien dit au pays. Il savait que l’armée de Metz, ne pouvant être secourue, pouvait être encore sauvée par un armistice, sinon qu’elle serait forcée, par la famine, de capituler du 25 au 30 octobre, et il n’en avait rien dit au pays.

L’Impératrice elle-même avait fait parvenir à la délégation de Tours des nouvelles alarmantes. Dans une lettre écrite à la maréchale Bazaine, à la date du 7 novembre, elle dit textuellement :

« La délégation de Tours savait parfaitement à quoi s’en tenir sur l’état des vivres à Metz. J’ai envoyé Bourbaki, qui ne leur a rien caché. Plus tard même le général Boyer a été envoyé à M. Tissot pour qu’il pût faire savoir la hâte qu’il y avait de presser l’armistice si on voulait sauver l’armée.

« Enfin, j’ai moi-même fait avertir par télégraphe, sans le faire directement, de l’urgence ; mais on n’a rien fait pour les sauver, et on crie à la trahison parce que c’était la seule manière de se mettre à l’abri de l’accusation du public. »

Loin de publier la vérité sur l’armée de Metz, la délégation de Tours ne publiait que des nouvelles erronées, toujours favorables, toujours annonçant des faits glorieux, croyant ainsi sans doute soutenir l’opinion dans la lutte, mais ne la préparant pas à apprendre la douloureuse et inévitable catastrophe.

Dans les derniers jours d’octobre, quand le premier émissaire venu de Metz apporta à Tours la dépêche du maréchal, en informant M. Gambetta que l’armée n’avait plus que six jours de vivres, on se garda bien d’avouer qu’on ne pouvait lire cette dépêche, faute d’avoir emporté de Paris la clé de la correspondance avec les armées de Bazaine et de Mac-Mahon ; mais voici la note que la Délégation faisait télégraphier dans toute la France par l’Agence Havas ; son organe :


Les avis de Metz apportés à Tours par l’envoyé de Bazaine sont excellents, et confirment de la façon la plus péremptoire les informations reçues naguère par une autre voie. L’armée de Bazaine, abondamment pourvue de tout, est animée d’une invincible confiance, et chacune de ses sorties est une victoire infligeant à l’ennemi des pertes considérables.


Je reprends mon récit.

Le rapport signé le 28 octobre par l’émissaire de Valcourt, le prétendu officier de l’état-major général, fut lu le 29, je crois, par M. Gambetta à ses collègues.

M. de Valcourt, avec beaucoup plus de vanité que de compétence, mais surtout avec la plus effrontée malveillance, venait de Metz en avant-coureur des récits et appréciations dont quelques mois plus tard M. d’Andlau devait faire un livre tristement célèbre. Je ne ferai que deux remarques à propos de ce rapport, parce qu’elles n’ont jamais été faites, et qu’elles mettent en évidence la collaboration de M. Gambetta.

Ce rapport, qui avait la prétention de tout savoir et de tout dire sur l’armée de Metz et son commandant en chef, depuis le 10 août jusqu’au 22 octobre, ne dit mot de l’incident Régnier et du départ du général Bourbaki.

Ce silence n’a pu être voulu que par M. Gambetta, qui avait accepté les services du général et l’avait envoyé commander à Lille.

Jugez du rapport tout entier par l’extrait qui suit :

Le 21, le maréchal Bazaine tentait, pour la première fois, de correspondre avec le gouvernement de la Défense Nationale dont il n’avait jusqu’alors jamais reconnu l’existence.

La dépêche chiffrée qui est parvenue au ministère de la Guerre par les mains de deux officiers de l’état-major général, était conçue dans un chiffre inconnu aux divers départements de l’administration publique.

Par un hasard étrange, sinon par une combinaison machiavélique du maréchal, le chiffre qui avait été employé fut reconnu pour être le chiffre dit impérial, dont la clef ne se trouve qu’entre les mains de l’Empereur ou celles de ses anciens ministres…

En entendant ce passage du rapport, M. Crémieux particulièrement a dû ressentir quelque embarras. Je le vois encore se demandant comment on déchiffrera la dépêche du maréchal.

Il se fait conduire chez la maréchale, espérant qu’elle avait la clef qu’il avait oublié de prendre en partant de Paris.

La maréchale, qui ne peut le satisfaire, s’imagine que je trouverai un moyen de le faire. Elle monte dans le coupé de M. Crémieux, et les voilà tous deux à ma recherche. Ils me rencontrent en ville, font arrêter la voiture, et ils m’expliquent l’embarras de la Délégation.

Si M. le général de Noue, ancien chef d’état-major général au Mexique, se fût trouvé à notre portée, il aurait pu reconnaître peut-être que le chiffre était le même que dans l’expédition du Mexique ; mais le général était à Paris.

On ne put donc à Tours déchiffrer la dépêche du maréchal, pour avoir oublié la clef du chiffre. Cette dépêche fut portée à Paris par M. Thiers, je crois, et au ministère de la Guerre on la traduisit immédiatement.

Elle ne revenait à Tours que le 17 décembre suivant, à cause des difficultés de communication.

Quant à prétendre, comme le fait le rapport, que le maréchal tentait le 21 octobre, pour la première fois, de se mettre en rapport avec le gouvernement de la Défense Nationale, ce dire qui fut encore celui de M. Gambetta dans l’instruction, est absolument contredit par l’instruction même, et M. Gambetta mieux renseigné n’aurait pas voulu sans doute méconnaître l’énergie et le dévouement de deux braves cuirassiers dont il faut citer les noms avec respect, Marc et Henry, qui, partis le 15 septembre avec une dépêche du maréchal pour le ministre de la Guerre, tombent deux fois aux mains de l’ennemi, sont deux fois condamnés à mort, et deux fois parviennent à s’échapper.

Ils arrivent le 13 octobre à Montmédy, d’où leur message parvient le 14 à Lille. Pourquoi cette dépêche n’est-elle pas arrivée à Tours ? Je l’ignore.

Je pourrais poursuivre le redressement des erreurs et des mensonges du rapport ; mais je suis obligé de me borner, et je reviens à la séance du 29 octobre, où M. Gambetta donna connaissance à ses trois collègues du rapport fait sur sa commande par le sieur de Valcourt.

A la lecture de cette pièce, l’honorable amiral Fourichon ne put se contenir.

— Mais, s’écrie-t-il, c’est le rapport d’un coquin que vous nous lisez là !

M. Gambetta, conservant son sang-froid, fait signe à l’amiral que Valcourt est dans l’ombre. (Je tiens ces détails de l’amiral Fourichon lui-même.) Il propose ensuite à ses collègues une proclamation dans le sens indiqué dans sa dépêche du 28 octobre au soir aux préfets et sous-préfets, et débutant sans préambule comme il suit :

« Hors la loi le commandant en chef de l’armée du Rhin ;

« Hors la loi les maréchaux et les généraux commandant les corps d’armée ;

« Hors la loi les généraux commandant les troupes ;

« Hors la loi les généraux commandants d’armes spéciales, etc., etc.. »


Cela ne rappelle-t-il pas Danton proclamant « hors la loi tous les aristocrates » ?

Le projet de proclamation de M. Gambetta n’étant pas accepté par MM. Crémieux et Glais-Bizoin, l’amiral Fourichon étant décidé à rester à l’écart, ils en rédigèrent une autre où, dans un accès de folie furieuse, ils n’immolaient plus que le maréchal Bazaine à leurs machiavéliques intentions. Comment douter de ces intentions, quand on constate qu’ils annoncent la capitulation de Metz sans spécifier, quoiqu’ils en fussent intimement persuadés, que l’armée et la place de Metz avaient tenu jusqu’à leur dernier morceau de pain ?

Je protestai immédiatement par écrit.

J’allai voir M. Gambetta.

— Comment avez-vous pu signer cette proclamation ? lui dis-je.

— J’étais si désespéré, me répondit-il, que si j’avais eu un pistolet à côté de moi, je me serais brûlé la cervelle.

— Mais cette armée était une armée isolée et qu’on n’a pas secourue, ajoutai-je.

— Je ne l’ai pas pu, — fut toute la réponse de M. Gambetta.

— Mais que vouliez-vous, qu’attendiez-vous de cette armée qui mourait de faim ?

— J’aurais voulu qu’elle ne quittât le sol de la patrie que jonché de cadavres !

M. Gambetta oubliait que ce sol n’était qu’un vaste charnier.

On savait quelques mois plus tard que l’armée du Rhin avait eu 42 462 tués ou blessés, dont 26 généraux et plus de 2 000 officiers ! Oh ! quel parti un autre patriote que M. Gambetta aurait pu tirer de cette douloureuse capitulation de Metz, des grandes batailles livrées par cette armée du Rhin, vaincue par la famine, mais ayant contraint l’ennemi à immobiliser autour d’elle de grandes armées pendant plus de deux mois, temps suffisant pour permettre à la France de se lever en armes !

La proclamation du 30 octobre était suivie immédiatement de la dépêche suivante, adressée aux préfets et procureurs généraux :

Tours, 30 octobre 1870.

Redoublez de vigilance. Partout où vous rencontrerez Bazaine ou un officier de son état-major, faites-le arrêter et diriger immédiatement sur Tours sous bonne escorte.

LÉON GAMBETTA.


C’était aussi ridicule qu’impuissant, puisque le maréchal et son état-major étaient prisonniers en Allemagne, — mais cela accompagnait bien l’accusation de trahison et devait agiter l’opinion publique.

A défaut des hommes, on voulut arrêter les femmes. La maréchale n’eut que le temps de s’enfuir du couvent des Dames Blanches, où elle habitait, et alla se réfugier à l’ambassade d’Italie.

M. Gambetta avait-il fini, comme on l’a dit, par signer l’ordre d’arrestation de la maréchale ? Je ne puis encore le croire. La maréchale était enceinte de huit mois. Elle était venue, dès le premier jour, se mettre sous la protection de la Délégation de Tours.

Elle fut autorisée à quitter Tours avec sa mère et ses deux petits enfants, et M. l’amiral Fourichon la fit accompagner par un officier de marine, M. Arago.

Ma belle-fille, Mme Adolphe Bazaine, sa mère et ses deux petits enfants furent arrêtés. Mon fils était officier d’ordonnance du maréchal, un vrai, et non un Valcourt.

Ma belle-fille et sa mère furent conduites, par un inspecteur zélé de la compagnie des chemins de fer de l’Ouest, devant M. Gambetta. J’étais présent. M. Gambetta leur témoigna beaucoup d’égards et leur donna un laissez-passer. Il en délivra un autre pour moi le lendemain 31, en me recommandant avec une instance particulière à toutes les autorités civiles et militaires.

J’en profitai sans délai pour aller embrasser mes chers prisonniers en Allemagne.

Sans perdre un moment, M. Gambetta récompensait Valcourt. Pour le dédommager sans doute d’avoir été démasqué par l’honorable amiral Fourichon, il se l’attachait dès le 30 comme secrétaire particulier. Le 31, il le nommait chevalier de la Légion d’honneur.

En 1871, je trouvai ce chevalier à Londres, faisant des conférences publiques sur M. Gambetta : il se faisait nommer le vicomte de Valcourt.

Quels malheurs s’attira-t-il ? J’ai déjà dit qu’en 1873 le ministère public n’osa pas le produire comme témoin au procès de Trianon. Figure-t-il encore dans la Légion d’honneur où l’introduisit M. Gambetta ? Après avoir tenté différents métiers en Amérique, il vint en Belgique échouer sur les bancs de la police correctionnelle, où il fut condamné par défaut, pour escroqueries et faux reconnus, à dix années d’emprisonnement.

Je m’arrête. J’ai voulu vous dire avec quel grand éclat s’est propagée la légende de trahison du maréchal Bazaine mon frère. Cette légende est une honte pour la France, et sera aussi, je le crains, un grand malheur pour elle ; mais elle est légende, et elle devait porter ses détestables fruits. Si j’avançais plus loin dans mes récits, je retrouverais avec elle encore M. Gambetta, non plus avec le même auxiliaire Valcourt, mais avec un autre, M. le général comte d’Andlau, qui fut aussi récompensé plus ou moins directement par M. Gambetta et autres, et leur dut d’être sénateur.

C’est une autre histoire non moins lamentable.

MM. Gambetta et d’Andlau, dans la pression occulte qu’ils ont exercée sur la direction des poursuites contre le maréchal, ne purent parvenir à lui faire appliquer l’article 77 du Code pénal qui s’occupe du crime de trahison. Le jugement rendu fournissait à M. Gambetta une belle occasion de reconnaître publiquement son erreur.

Il n’eût pas ainsi réparé le mal qu’il a fait, il n’eût peut-être pas réussi à déraciner la légende ; mais il eût échappé à l’accusation d’avoir, — inconsciemment, je veux le croire, — mis le poignard aux mains d’un Hillairaud.

Ce n’est pas impunément que dans notre temps, où la politique s’attaque à tous les cerveaux les plus malades comme les plus sains, l’on peut dire, comme M. Gambetta a eu le malheur de le crier à toute la France : Le crime de Bazaine est au-dessus même des sentiments de la justice.

Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que la justice de Dieu a commencé son œuvre 1 ? Puisse-t-elle ne pas trop peser sur notre pays, qui a pour excuse d’avoir été égaré par ceux-là mêmes qu’il avait chargés de le conduire.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

BAZAINE,

Ingénieur en chef des Ponts

et Chaussées, en retraite.


Nous venons de juger la dernière et la plus triste partie de la carrière militaire du maréchal Bazaine. Je crois ne pouvoir mieux faire, afin de donner un aperçu général, aussi succinct que possible, de toute sa vie de soldat depuis ses débuts, que de reproduire ici ses états de service.

Je transcris ceux qui sont enregistrés à la page 3 du seul compte rendu sténographique, in extenso, des séances du premier Conseil de guerre de la première division militaire, séante à Versailles (Trianon) sous la présidence de M. le général de division duc d’Aumale, et contenant les documents officiels et les témoignages authentiques.


MINISTÈRE DE LA GUERRE

1re DIRECTION

———

BUREAU

DES ÉTATS-MAJORS

ET DES

ÉCOLES MILITAIRES

———

ÉTAT DES SERVICES

DE M. BAZAINE (FRANÇOIS ACHILLE).

———

NÉ LE 13 FÉVRIER 1811 A VERSAILLES, DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE, — FILS DE DOMINIQUE ET DE MARIE-MADELEINE VASSEUR, — MARIÉ LE 12 JUIN 1852 A DEMOISELLE MARIA DE LA SOLEDAD INDRIA GREGORIA TORMO (autorisation ministérielle du 15 mai 1852), VEUF LE 18 OCTOBRE 1863, — MARIÉ LE 26 JUIN 1865 A LA DEMOISELLE JOSEPHA DE PENA Y BARRAGAN (autorisation ministérielle du 15 mai 1865).


DÉSIGNATION

DES DIFFÉRENTS CORPS OU IL A SERVI

ET POSITIONS DIVERSES


37e régiment d’infanterie de ligne :

Soldat : 28 mars 1831.

Caporal : 8 juillet 1831.

Caporal-fourrier : 13 janvier 1832.

Sergent-fourrier : 16 juille t 1832.

Légion étrangère, sergent-fourrier : 16 août 1832

Sergent-major : 4 novembre 1832

Sous-lieutenant : 2 novembre 1833

Lieutenant : 22 juillet 1835

En mission en Espagne : 27 juillet 1835

En non-activité par suppression d’emploi : 5 décembre 1837

4e régiment d’infanterie légère : 12 décembre 1837

Légion étrangère : capitaine : 20 octobre 1839

8e bataillon de chasseurs à pied, capitaine : 20 novembre 1840

58e régiment d’infanterie de ligne, chef de bataillon : 10 mars 1844

5e régiment d’infanterie de ligne, chef de bataillon : 12 octobre 1847

19e régiment d’infanterie Iégère, lieutenant-colonel : 11 avril 1848

5e régiment d’infanterie de ligne, lieutenant-colonel : 30 août 1848

55e régiment d’infanterie de ligne, colonel : 4 juin 1850

1er régiment de la légion étrangère, colonel 4 février 1851

Commandant les deux régiments de la légion étrangère à l’armée d’Orient.

Désigné pour faire partie avec sa brigade de la 6e division d’infanterie de l’armée d’Orient, Général de Brigade : 9 février 1855 2

Commandant militaire de Sébastopol : 10 septembre 1855

Général de division : 22 septembre 1855

Commandant provisoirement la 2e division d’infanterie, du 1er corps d’armée de l’armée d’Orient : 9 janvier 1856

Inspecteur général pour 1856 du 18e arrondissement d’infanterie : 28 juin 1856

Inspecteur général pour 1857 du 23e arrondissement d’infanterie : 30 mai 1857

Commandant la 19e division militaire à Bourges : 13 novembre 1857

Commandant la 3ee division du 1er corps de l’armée d’Italie : 24 avril 1859

Division rentrée en France et devenue 2e division d’infanterie du 1er corps à Paris : juin 1860

Inspecteur général pour 1860 du 4e arrondissement d’infanterie : 12 mai 1868 3

Inspecteur général pour 1861 du 5e arrondissement d’infanterie : 11 mai 1861

Inspecteur général pour 1862 du 5e arrondissement d’infanterie : 28 mai 1862

Commandant la 1re division d’infanterie du corps expéditionnaire du Mexique : 1 juillet 1862

Commandant en chef le corps expéditionnaire du Mexique : 16 juillet 1863

A pris ce commandement le : 1er octobre 1863

Maréchal de France : 5 septembre 1864

Rentré en France : 3 mai 1867

Commandant le 3e corps d’armée à Nancy : 12 novembre 1867

A commandé en chef le 1er camp de Châlons en 1869, du 1er mai au 30 juin ;

décision impériale du 23 mars 1869

Commandant en chef la garde impériale : 15 octobre 1869

Commandant le 3e corps de l’armée du Rhin : 16 juillet 1870

Commandant en chef les 2e, 3e et 4e corps de l’armée du Rhin : 9 août 1870

Commandant en chef de l’armée du Rhin : 12 août 1870

Prisonnier de guerre : 28 octobre 1870

Rentré en France : avril 1871

———

DÉTAIL DES CAMPAGNES


———

Afrique.

1833, 1834, 1835, 1840, 1841, 1842, 1843, 1844, 1845, 1846, 1847, 1848, 1849, 1850.

Rentré en France le 6 juillet 1850.

Afrique, du 4 février 1851 au 11 juin 1854.

1851, 1852, 1853, 1854.

Orient, du 11 juin 1854 au 24 juin 1857.

1854, 1855, 1856.

Afrique, du 29 août au 22 octobre.

1857.

Italie

1859, 1860.


Mexique, du 23 août 1862 au 3 mai 1867.

1862, 1863, 1864, 1865, 1866, 1867.

Armée du Rhin.

1870.

BLESSURES ET ACTIONS D’ÉCLAT.

A reçu un coup de feu au poignet droit, à l’affaire d’Abd-el-Sueb, le 26 juin 1835 (Afrique).

Contusion à la tête, au combat de Melegnano (Marignan) (Italie), le 8 juin 1859.


———

CITATIONS ET OBSERVATIONS

———


DÉCORATIONS.


Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur : 22 septembre 1835

Officier de l’Ordre de la Légion d’honneur : 9 novembre 1845

Commandeur de l’Ordre de la Légion d’honneur : 16 août 1856

Grand officier de l’Ordre de la Légion d’honneur : 20 juin 1859

Grand-croix de l’Ordre de la Légion d’honneur : 2 juillet 1863

A reçu la médaille militaire : 28 avril 1865

A reçu la médaille d’Italie : en 1859.

A reçu la médaille du Mexique

Autorisé à accepter et à porter :

1° La décoration de l’Ordre royal de Charles III d’Espagne.

2° La décoration de chevalier de 1re classe de l’Ordre royal et militaire de Saint-Ferdinand d’Espagne 27 février 1838 : 4 janvier 1841.

La décoration de chevalier de l’Ordre royal d’Isabelle-la-Catholique

4° A reçu la médaille de la reine d’Angleterre (Crimée)

5° La décoration de chevalier compagnon de l’Ordre du Bain (Angieterre)

6° A reçu la médaille de la valeur militaire de Sardaigne, autorisation du 4 janvier 1841 en 1855 26 avril 1856 : 10 juin 1857.


Certifié conforme aux registres déposés au bureau et aux pièces du dossier.

Paris, le 11 mai 1872.

Vérifié : Signé : DUBUS Le sous-chef, Signé : F. POLLET. Vu : Le chef de bureau, Signé : E. LAMY. Le chef du 1er service, Signé : DE BOUCHEMAN.

Les états de service que l’on vient de lire, et qui, comme je l’ai dit plus haut, sont enregistrés à la page 3 du compte rendu authentique du procès de Trianon, sont pleins d’erreurs.

Indépendamment des fausses dates que j’ai signalées, de nombreuses mutations n’ont pas été portées.

Ce qui est tout à fait étrange, c’est qu’il n’y est pas dit un mot de la glorieuse expédition de Kinbourn, dont le commandement fut confié au général Bazaine, et qui offrit cette particularité, qu’un général français avait sous ses ordres non seulement un général anglais, mais encore un fort contingent de l’armée anglaise. Il n’y a également pas trace des deux blessures reçues par le capitaine Bazaine, lorsqu’il faisait partie de la division auxiliaire française en Espagne.

La blessure reçue à Borny en 1870 par le maréchal n’y figure pas non plus. Des décorations sont omises, entre autres les grands cordons de la Guadeloupe et de l’Aigle du Mexique. Mais ce qui est plus grave, ce qui est presque inexplicable, c’est que, dans des états de service qui avaient une grande importance, puisque, dans la lettre adressée par M. le duc d’Aumale et les juges au ministre de la Guerre, afin de le prier de s’unir à eux pour solliciter la clémence du Président de la République, il est dit :

« Considérez l’état des services de l’engagé volontaire de 1831 ; comptez les campagnes, les blessures, les actions d’éclat qui lui ont valu le bâton de maréchal, etc. »

Eh bien ! dans ces états de service, on a omis de faire figurer les citations à l’ordre de l’armée qui sont, pour un soldat, ses véritables titres de noblesse. Les voici :

Cité à l’ordre de la division auxiliaire française pour s’être défendu pendant six jours, du 16 au 22 septembre 1835, dans le village de Pons (Catalogne), contre un ennemi bien supérieur en nombre ;

Cité en outre à l’ordre de la division auxiliaire française pour les affaires d’Aronitz Villatuerta et Allo (Navarre) ;

Cité dans le journal du blocus de la place de Miliana (12 juin-8 novembre 1840), comme ayant rendu les plus grands services ;

Cité dans le rapport du gouverneur général de l’Algérie, comme ayant pris une part toute spéciale aux événements qui ont amené la reddition d’Abd-el-Kader (janvier 1848) ;

Cité à l’ordre général de l’armée d’Orient, n° 206. en date du 5 mai 1855, pour sa conduite au combat de nuit du 1er au 2 mai ;

Cité à l’ordre général du corps expéditionnaire du Mexique, n° 119, en date du 31 mars 1863, comme ayant conduit le 29 les troupes à l’assaut de Puebla, avec autant d’intelligence que d’intrépidité.

Ces citations, ces actions d’éclat devaient avoir, je le répète, d’autant plus de valeur que les juges de Bazaine avaient à considérer ses états de service. Comment peut-il se faire qu’une pareille omission ait été commise ?

Je souhaite que les autres pièces du procès soumises au Conseil de guerre de Trianon aient été plus régulières.

Mais je ne puis cependant omettre de signaler que l’ordre du jour de M. le général de Ladmirault, gouverneur de Paris en 1873, enregistré à la première page du compte rendu des débats, qui faisait connaitre la nomination du président et celles des juges, n’est pas daté. Par conséquent, de deux choses l’une : ou ce compte rendu a été fait avec une légèreté coupable pour ne pas dire davantage ; ou réellement l’ordre du jour n’était pas daté, et, dans ce cas, je laisse le lecteur en tirer les conclusions qu’il voudra.

Une dernière remarque.

J’ai sous les yeux trois expéditions des états de service du maréchal Bazaine, signés, paraphés et timbrés selon toutes les formes voulues. La première est en date de septembre 1854 ; la seconde, du 11 mai 1872 ; et la troisième, du 17 décembre 1887. Ces expéditions, — qui toutes trois sont certifiées conformes, — sont différentes !



NOTES DU CHAPITRE XII[modifier]

1. Le capitaine Rossel a été fusillé comme général de la Commune. M. Boyenval s’est suicidé. M. de Valcourt a été condamné à dix ans de prison. Le colonel d’Andlau a été condamné à cinq ans de prison. M. Gambetta est mort, on sait comment ! ou plutôt on ne sait pas encore ; car la vérité n’a pas été dite, jusqu’à ce jour, sur cet événement. Enfin, M. le duc d’Aumale a été exilé.

2. « Faux.

3. Id