La Lanterne (Buies)/La Lanterne N° 6

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(p. 63-76).


LA LANTERNE


No 6




J’adore le merveilleux, mais y a des imites.

La Minerve raconte qu’une jeune fille de Belgique voit apparaître du sang sur ses mains tous les vendredis, que ce sang coûle également de ses pieds et de son côté gauche, que pendant ce temps

« Louise interrompt son travail et reste immobile, les bras et les yeux levés vers le ciel. Elle demeure dans cet état pendant toute la journée, sans prendre aucune nourriture et sans adresser une parole à personne.

« Elle paraît avoir perdu complètement le sentiment de la vie.

« Elle joint les mains, étend ses bras en forme de croix, se prosterne ; on voit sa face se couvrir d’une sueur froide, elle semble sur le point d’expirer.

« Les autres jours elle se livre à ses occupations ordinaires.

« Elle n’a rien conservé des plaies par où le sang a coulé, sauf une sorte d’ampoule blanchâtre.

« Le vendredi 4 septembre, par ordre de Mgr. l’Évêque de Tournay, une information fut commencée dans le presbytère de Bois-d’Haine, en présence de Louise, par M. Ponceau, vicaire-général, et par le P. Huchant, religieux rédemptoriste, avec le concours du docteur Lefebvre, professeur de médecine à l’Université de Louvain. Cette information, interrompue à cause de la multitude qui se pressait aux abords de la salle d’enquête, a été continuée le vendredi 18 septembre. Les mêmes personnes passèrent la nuit auprès de la jeune fille, dont le sang coulait abondamment et qui était constamment en extase. Le docteur Lefebvre essaya de la saigner au bras. Il ne put obtenir de sang ; les divers moyens qu’il employa pour exciter la sensibilité des yeux et des autres organes n’eurent aucun résultat ; mais, à la voix du vicaire général, Louise sortit de son état extatique et répondit aux questions qui lui étaient posés, puis elle revint à son attitude première.

« Dix à douze médecins sont allés à Bois-d’Haine, les uns sans esprit de parti, les autres espérant trouver une hallucinée ; ils ont vu les phénomènes que nous avons racontés, aucun d’eux n’a pu les expliquer.

« L’opinion générale dans le pays est que la jeune extatique est une sainte âme que Dieu a favorisée de dons extraordinaires. »

Je ne sais pas jusqu’à quel point c’est un don que de se voir couler du sang des pieds et des mains pendant toute une journée, ni en quoi cela peut être utile aux hommes.

Quand on invente de jolies petites histoires comme celle-là, pour les idiots et les congréganistes, il faut avoir soin de les rendre inattaquables.

Il faut que les médecins qui ont pris la peine d’aller voir cette jeune fille, sans esprit de parti ni autre, soient de fiers crétins, s’ils existent.

Comment ! ils n’ont pas su expliquer pourquoi ce sang coulait ainsi tous les vendredis abondamment du côté et des pieds de Louise, sans qu’elle en soit morte au bout de deux heures, comme toute personne raisonnable l’aurait fait, suivant les lois de la nature !

Eh bien ! je vais vous l’expliquer, moi qui ne suis ni médecin, ni évêque, et par conséquent ni charlatan ni inspiré ; c’est que cette jeune Louise est… mais c’est qu’elle est… excessivement sanguine !

Faites des miracles maintenant. Je me charge de les expliquer tous.

Le Dr. Lacerte l’a emporté sur Gérin-Lajoie dans l’élection de St-Maurice.

Si j’avais la perspicacité du Nouveau-Monde, je dirais que j’avais parfaitement prévu ce résultat. J’en ai prévu bien d’autres et j’en prévois encore, tant qu’on n’aura pas remis le clergé à sa place.

Voici comment l’Événement, sorti des gonds, s’exprime à ce sujet :

Cette élection s’est résolue en une question d’argent. Le Dr. Lacerte l’a emporté parce qu’il a dépensé dix fois plus que M. Gérin.

Voilà à quel degré d’abaissement moral en est arrivé le corps électoral en Canada. Point d’esprit révolutionnaire, c’est vrai ; mais aussi peu ou point d’intelligence politique, l’amour du gain, la soif du whisky.

Puis, derrière les électeurs qui se saoulent, des journaux, comme le Journal de Trois-Rivières, qui leur versent à boire et bénissent l’orgie.

Qu’il vienne, non pas un ambitieux revêtu de quelque gloire, mais des banquiers étrangers, des spéculateurs qui veulent acheter nos droits et trafiquer de nos libertés, et ce peuple est mûr pour l’encan. On le conduira au comptoir.

Bah ! est-ce que vous ne faites que vous en apercevoir ?

Et la Minerve :

« La défaite de M. Gérin ne doit surprendre personne. Notre ami avait à lutter contre tous les préjugés les plus en vogue en pareille circonstance ; il est même étonnant qu’il ait fallu, pour obtenir contre lui une centaine de voix de majorité, des sommes qui étonneraient, s’il était permis au public d’en faire l’addition.

Mais si le résultat de cette lutte électorale est pour nous un sujet de regret, il nous est encore plus pénible d’avoir à constater que des principes faux, dangereux, très-impolitiques ont égaré des hommes qui ne devraient pas être exposés à de pareils errements.

Les jeunes gens sont les premiers au travail, doit-on les renvoyer au dernier rang quand il s’agit de titres à conférer, de charges à partager ? On leur dit d’attendre. Attendre quoi ? que toutes les nullités soient passées avant eux ? Alors ils ne vivront pas assez vieux pour avoir leur tour.

La jeunesse passe pour être très-confiante ; elle n’est pas souvent de force à lutter d’astuce et d’habileté, mais son courage et sa franchise peuvent être de terribles armes, et le parti qui s’aliénera la jeunesse aura certainement un côté faible. »

Ah, ah ! jeunes gens, vous y voilà donc !

Depuis votre sortie du collége, vous demandez aux prêtres leur appui, vous leur avez offert votre talent, vous leur avez livré tout ce qui était en vous d’ardeur et d’énergie ; votre ambition, vos espérances, vous les avez mises à leur service, et vous vous étonnez qu’ils vous plantent là pour de bonnes vieilles croûtes bien façonnées, bien atrophiées, durcies dans le pétrin, et dont ils pourront faire tout ce qu’ils voudront !

Et vous vous plaignez de ce résultat, après avoir aidé à le préparer ! Depuis dix ans, vous parlez contre Gérin, et vous vous étonnez qu’il soit vaincu, quand vous ne parlez pour lui que depuis un mois ! Vous ne comprenez donc pas l’infaillibilité de la logique ! Vous avez travaillé à l’asservissement de votre pays et au vôtre, et quand vous vous trouvez en face d’une population dégradée, sans idées, sans opinion, sans vertu, cela vous étonne !

Ah ! vous voyez aujourd’hui ce que c’est que d’avoir prêté vos mains jeunes et viriles à l’étouffement des idées. Vous en êtes les premières victimes.

Sachez une chose : on ne veut pas de vous, parce que vous n’êtes pas assez brisés sous le joug, qu’il vous reste encore des années à courir, pendant lesquelles vous pouvez être emportés par les idées libérales, et que le pouvoir clérical, votre maître, sentant aujourd’hui le terrain manquer sous ses pas, a besoin de s’entourer de fidèles aussi aveugles que certains et irrévocablement acquis.

On s’est servi contre vous des mêmes armes que contre les rouges. Ça ne coûte pas plus cher. Là encore, vous avez recueilli ce que vous aviez semé.

Votre grand cheval de bataille dans les luttes électorales était la religion : aujourd’hui ce cheval a pris le mors aux dents, vous n’avez pu le retenir, et il vous a tués dans sa course.

Réfléchissez devant l’évidence.

Je dis ceci à la jeunesse. Tant qu’elle ne sera pas virtuellement et pratiquement affranchie du clergé qui, loin de voir en elle un allié, n’y voit qu’un instrument qu’il brise dès qu’il ne lui sert plus, elle n’a rien à espérer de l’avenir.

Si le courage lui manque, qu’elle continue d’être esclave. La liberté n’est pas le pain des tremblants ; l’avenir n’est pas le prix des faibles.

On m’a raconté une histoire très-drôle.

Depuis que je rédige un journal immoral, (immoral, parce que je consigne les obscénités et les turpitudes de nos saints hommes), il me vient de tous côtés une telle quantité de renseignements et de documents divers, qu’il me faudra en faire une édition spéciale.

Or, un jour, un brave citoyen de la Pointe-aux-Trembles (en bas) qui n’avait jamais commis d’autre crime que de ne pas être le mouton de son curé, vient à mourir subitement pendant qu’il travaillait sur sa terre.

Punition de Dieu ! Exemple manifeste du châtiment qui attend tous ceux qui refusent de se faire tondre.

Le curé consciencieux, infaillible, fait voir à ses bons paroissiens ce qu’il y a d’horrible dans cette mort arrivée tout exprès pour qu’il en parlât (il est bon de noter, en passant, que les curés ne sont plus les représentants ni les serviteurs de Dieu, c’est Dieu qui est leur représentant et leur serviteur ; ils lui font faire tout ce qu’ils veulent). Après une éloquente semonce, le digne curé déclare qu’il ne peut enterrer le mort en terre sainte, mais que, celui-ci ayant été baptisé, il lui mettra seulement la tête dans le cimetière.

Vous voyez que le pauvre diable aurait mieux fait d’être un baptiste, parce que les baptistes se plongent tout le corps dans l’eau en naissant, ce qui lui aurait valu un enterrement in toto corpore.

Mais comme il était catholique, on ne lui mit que la tête dedans.

Maintenant, je me pose cette question. Qu’aurait-on fait à des étudiants en médecine qui, voulant se livrer à une dissection anatomique, — passe-temps utile, sinon agréable — seraient allés prendre le corps de ce malheureux, tout en laissant sa tête dans le cimetière ?

Le corps d’un païen ne saurait être sacré… Encore une preuve de l’embrouillamini qu’apporte la réunion du spirituel et du temporel.

C’est égal. Elle est très-drôle, l’histoire de cet homme qui n’était pas catholique des jambes, ni du ventre ni du dos, mais qui l’était de la tête.

Je le vois arriver devant l’Étemel, au jour du jugement dernier, avec sa tête à la main, la lançant dans le troisième ciel, en faisant avec le reste de son corps une pirouette sublime dans le domaine (Dominion ou Puissance) de Belzébuth, où c’est tout plein de scorpions, de vipères, de serpents venimeux, qui trouvent le moyen de vivre là-dedans, qui y sont sans avoir commis de péché mortel, et de chaudières toutes rouges qui chauffent, depuis la chute de Lucifer, sans pouvoir crever, et de fourches d’un fer encore plus dur que celui de Moisie, parce que le fer de Moisie, chauffé à blanc pendant vingt-quatre heures, se volatilise.

Ce qui me consterne, c’est que les curés de campagne, infaillibles toujours, et éclairés de la lumière d’en haut, n’ont pas prévu qu’il apparaîtrait un jour en Canada, précédant la fin du monde, une Lanterne, rédigée par un antéchrist endiablé, qui se ferait un plaisir diabolique de publier toutes ces jolies petites anecdotes, où il trouve le parfait bonheur.

Le Nouveau-Monde et le Journal de Québec m’invectivent, parce que j’ai écrit au Witness. L’un dit que je fais appel aux protestants et à tous les ennemis du catholicisme ; l’autre que je m’associe, que je m’identifie avec une feuille protestante, célèbre par son fanatisme et par son intolérance.

En faisant un appel aux protestants, j’aurais fait comme le pape, qui vient de leur adresser une longue épître, et n’aurais pu mieux faire ; mais je me permets d’avoir une autre ligne de conduite.

Je ne fais pas d’appel aux protestants plutôt qu’aux juifs, ou aux mahométans, s’il y en a. Je fais appel à tous les hommes libres qui ne veulent pas se laisser fouler aux pieds par le clergé ; et j’ai fait cet appel dans le Witness, parce que c’était mon bon plaisir.

En voulez-vous la raison ? La voici.

En fait de fanatisme, il n’y a rien de si outrageusement et de si stupidement fanatique que la presse canadienne-française. C’est elle qui a réussi à faire en Canada deux populations distinguées entre elles, non pas tant par la langue, par l’esprit, les mœurs et le caractère, que par la religion.

En Canada, il n’y a que des catholiques et des protestants. La religion absorbe tout. Nous avons des institutions libres, mais elles sont nullifiées par le fanatisme et le servilisme de la presse française. Aucune idée indépendante ne peut s’y faire jour.

Est-ce ma faute, à moi, si vous êtes tellement bornés et tellement bigots, qu’il me faille avoir recours à une feuille anglaise pour publier ce que je crois utile et juste ?

Quoi ! voilà un journal qui paraît dans une ville que j’habite, un journal estimé, qui se tire à 8 ou 10, 000 exemplaires, qui est lu par tout le monde, et je n’aurai pas le droit de lui envoyer une lettre, parce qu’il est rédigé par des protestants ! Ah ça ! où vivons-nous donc ? Il est temps que cela finisse, que les cultes ne soient pas ennemis du moins, s’ils ne sont pas semblables, et qu’une intolérance odieuse, fruit de l’ignorance des uns et de la bigoterie intéressée des autres, ne soit pas la règle qui domine tous nos actes.

J’ai prêché d’exemple encore cette fois en écrivant dans le Witness, pour démontrer qu’il est temps de s’affranchir de préjugés et de mœurs barbares qui mettent à couteaux tirés toute une population jouissant des mêmes droits, des mêmes institutions, des mêmes libertés.

Avec ce fanatisme de la presse française, il est impossible que nous formions jamais en Canada une nation une, et c’est vous qui maintenez cette division que le progrès de notre époque aurait dû depuis longtemps effacer.

Vous dites, Journal de Québec, que les persécutions dont je me plains n’existent pas, que je ne ferai croire à personne que l’autorité religieuse s’occupe de moi, qu’elle se contente de me laisser m’agiter dans le vide, et ne veut pas donner à mes attaques une réfutation bien facile, qu’elle les méprise, parce que c’est ce qu’elles méritent.

Eh bien ! mais pourquoi venez-vous donc, vous, organe officieux de cette autorité, me chercher dans ce vide où je me débats ?

Pourquoi, si cette réfutation de mes attaques est si facile, ne la fait-on pas ?

C’est votre devoir impérieux de la faire, et le clergé est coupable de laisser accomplir le mal qu’il pourrait empêcher.

Ah ! vous ne me réfutez pas, parce que vous savez bien que je ne m’arrêterai pas à moitié chemin, que tous vos moyens ordinaires d’intimidation et d’étouffement sont nuls avec moi ; que l’injure et la calomnie, vos seuls arguments, je m’en amuse ; que je vais droit sans m’occuper de ce qui m’arrivera, et qu’avec un passé comme le vôtre, plein de tyrannie révoltante, d’abus d’autorité inouïs, vous ne sauriez raisonner sans vous perdre.

Vous n’avez d’autre ressource que dans le soulèvement des préjugés et des haines sans motifs.

Mais cette réfutation-là, très-facile, il est vrai, n’a qu’un défaut, c’est qu’elle ne réfute rien, et que, pour entendre aboyer des chiens furieux, il n’est pas nécessaire de s’abonner à un journal.

Je vous attends. C’est à vous de mettre un terme à la Lanterne. Réfutez-la et elle cesse de paraître. En attendant, n’y en eût-il que dix exemplaires répandus par semaine, vous êtes coupable de ne pas en empêcher la lecture, si la vérité est de votre côté.

On écrit du Havre à un journal de Paris :

Tout près de l’aquarium, qui attire tant de curieux, se trouvent deux kiosques : l’un protestant, l’autre catholique ; c’est dire qu’ils ne se regardent pas d’un bon œil. Dans l’un de ces kiosques, un brave homme distribue pour rien des Bibles et autres livres pieux ; il en a déjà donné plus de 200,000. Dans l’autre, une charmante jeune fille vend le plus cher possible… devinez quoi ? Je vous le donne en mille ; donnez votre langue aux chiens tout de suite, car vous ne trouverez jamais. Elle vend de l’eau de toilette de l’Immaculée Conception.

Ô mystère ! ô profondeur ! Eau de toilette de l’Immaculée Conception ! À quels usages cette eau peut-elle bien être consacrée ? Je m’y perds.

Je ne m’y perds pas, moi, et je vais expliquer à quoi sert cette eau.

Elle sert à enrichir les congrégations, avec l’argent des vieilles femmes, comme l’huile de Notre-Dame-de-Pitié, à Montréal.

Cette huile miraculeuse est inépuisable, et se débite régulièrement dans l’église St-Joseph. Elle n’a aucune odeur, si ce n’est l’odeur de sainteté qui ne s’évapore pas.

L’argent retiré de la vente de cette huile se dépense en bonnes œuvres, comme celle de procurer du tabac aux zouaves pontificaux, et d’acheter des cordons de St. Thomas, enroulés trois fois autour du corps, pour conserver la chasteté.

L’Ordre demande la liste des actionnaires du Pays quotidien. Je vais satisfaire l’Ordre ; j’ai cette liste, je la connais par cœur, et la lui passerai, à une condition. Pour chaque nom de protestant qu’il y trouvera, je lui donne $100. Pour chaque nom de catholique, il me donnera un écu. Est-ce fait ? Il y a 150 noms.

Ah ! ah ! elle est jolie la demande de l’Ordre. Vous voudriez bien l’avoir, n’est-ce pas, cette liste, afin de persécuter les actionnaires, mettre le désordre dans leurs ménages et, au moyen des femmes, les faire renoncer aux versements obligés en leur faisant retirer leurs noms !

Mais elles sont trop usées, vos ficelles, cher ami. Notre éducation s’est faite, voyez-vous.

Quand je pense toutefois que les libéraux ont été assez…, je ne dirai pas quoi, pour voir dans l’Ordre un allié !… Et quand je leur montrais clair comme le jour cette énorme bêtise, ils me traitaient de…, je ne dirai pas quoi encore.

Enfin, j’espère qu’ils ont ouvert les yeux. L’Ordre, l’Ordre est votre pire ennemi, enfants. Votre meilleur ami, le connaissez-vous ? c’est… le Nouveau-Monde.

C’est lui, c’est ce journal, complètement idiot du reste, qui a plus fait pour le libéralisme depuis un an que tous les actionnaires du Pays imaginables.

Mon Dieu ! s’il pouvait donc y avoir trois Nouveau-Monde dans Montréal, je me ferais élire à l’unanimité représentant de n’importe quel comté.

Si je n’avais pas à écrire pour le public, je ne m’occuperais certainement pas d’un article publié dans la Minerve de la semaine dernière, un des articles les plus sots, les plus vides, les plus saturés d’ineptie qu’on puisse enfanter en délire.

Il y a évidemment deux rédacteurs-en-chef à la Minerve. L’un écrit des articles sensés, du moins par la forme, discutables, saisissables par quelques arguments qui ne rendent pas la discussion oiseuse et lui donnent une raison d’être ; l’autre semble avoir été mis là, comme un bouche-trou, pour dire n’importe quoi, quand il n’y a rien à dire.

Or, le bouche-trou a essayé, la semaine dernière, de démontrer l’excellence des monarchies, et en regard, la faiblesse, le danger, l’instabilité des républiques. Écoutez-moi ça.

« La révolution, dit-il, reçoit dans son sein tous les affamés et tous les ambitieux. Elle paie ses soldats et ses sicaires par les rapines et les places. »

Les affamés et et les ambitieux ne sont pas ceux qui font naître les révolutions, mais ceux qui les étouffent. Les révolutionnaires s’appellent Brutus, Camille Desmoulins, Guillaume Tell, Washington ; les étouffeurs, soldats ambitieux, se nomment Sylla, Cromwell, Bonaparte.

Et quand une révolution est étouffée, c’est alors que surgit et se multiplie la gent des affamés, courtisans avides, valets blasonnés, à quatre pattes devant les rois, n’ayant pour fonction que de mendier des faveurs et des places.

Dans les républiques, tous les hommes étant égaux, il n’y en a pas qui soient les marchepieds des autres, ni esclaves par profession.

« Si les monarchies ont tant à lutter, c’est que la révolution leur rend l’hommage que leur existence est incompatible avec le désordre social. »

Les monarques luttent contre les peuples, parce que les peuples ont des droits à conquérir et que les rois n’ont que le pouvoir à conserver.

Qui a séparé les rois des autres hommes ? Le fait. Quels droits ont-ils à maintenir ? Aucuns. Car ils ne sont rois que pour leurs peuples, et leur autorité ne leur a été que déléguée, loin d’exister de par elle-même et de constituer un droit spécial, d’une origine surhumaine.

La royauté est incompatible avec le désordre. Sans doute, si vous appelez désordre la réclamation constante et répétée des droits que les souverains refusent de reconnaître aux peuples, en rendant par là les révolutions inévitables.

L’ordre règne en Russie. Le peuple n’y demande rien, parce qu’il ne connaît pas ses droits. Ignorant et barbare, il reste courbé sous un joug de fer, sans se douter seulement qu’il existe des nations libres.

L’ordre règne en France avec le concours de six cent mille baïonnettes. Mais les peuples, qui ont une fois connu la liberté, ne peuvent plus être menés comme un troupeau de bétail.

Vous parlez de la tranquillité, de l’ordre des monarchies. Y eut-il jamais empire plus troublé, plus livré à l’anarchie, aux guerres civiles, aux excès sans frein de la soldatesque que l’empire romain ? Est-il un souverain plus inquiet aujourd’hui sur son trône que Napoléon iii ? Comment se maintinrent Ferdinand vii et Isabelle ii ? Par les massacres.

C’est la lutte éternelle de l’autorité contre le droit qui, une fois se connaissant, veut s’affirmer et se voir reconnu.

« Toutes les perturbations sociales sont venues de la révolution. Sans la révolution, la tranquillité publique n’eût jamais été troublée. »

Je voudrais bien savoir où les hommes en seraient aujourd’hui sans les révolutions. Elles troublent la tranquillité, bien sûr, de même que lorsque, pour assainir une ville, vous desséchez un marais, vous en troublez les eaux croupissantes. Il y a tant à faire dans les sociétés corrompues et abâtardies par le despotisme, que les révolutions, pour produire des résultats durables, sont obligées de les bouleverser de fond en comble.

En s’arrêtant à la surface, elles ne créent qu’une agitation inutile, suivie bientôt de la réaction, et tout est à recommencer, comme cela a eu lieu pour toutes les révolutions espagnoles depuis 60 ans. Mais aujourd’hui, la dernière de ces révolutions, consciente de sa mission et de son objet, a accompli des choses sur lesquelles il sera impossible de revenir.

« Il est inouï que les républiques aient été attaquées par le principe monarchique au moyen de la violence, du vol public et des grandes boucheries d’hommes qui ont accompagné la chute des trônes Les républiques n’ayant contre elles aucune des influences indues qui travaillent contre les monarchies, il est surprenant que leur règne ne soit pas perpétuel. »

Vous oubliez sans doute les proscriptions d’Auguste qui noyèrent Rome dans le sang, le coup d’état de Napoléon iii, les boucheries commandées par Ferdinand vii, appelé le Néron moderne, et les fusillades d’Isabelle ii.

Si rien ne travaillait contre les républiques, il est évident qu’elles dureraient toujours. Mais je vais vous dire pourquoi plusieurs d’entre elles n’ont pas duré. C’est que la république est le gouvernement des hommes et que la monarchie est celui des enfants. Les peuples capables de se conduire par eux-mêmes n’ont pas besoin de rois ; aux peuples en tutelle, ceux-ci sont nécessaires.

Les peuples qui ont tour-à-tour proclamé la république dans les temps modernes, n’y étaient pas préparés. Sortis brusquement de longs siècles d’oppression, de misère, et d’une servitude qui les réduisait à l’état de brutes, ils étaient incapables d’exercer judicieusement et longtemps des droits qu’ils avaient conquis sans les comprendre.

Le plus frappant exemple en est donné par le peuple français qui a fait 89, mais qui ne tarda pas à retomber sous le joug, parce que les trois quarts de ses enfants ne savaient pas lire.

La liberté est une école, et sans l’éducation politique, sans la science du droit populaire, les républiques sont impossibles.

L’Espagne retombera encore peut-être sous la monarchie ; il faut s’y attendre. Mais la Suisse y est-elle retombée depuis cinq cents ans ? Les États-Unis y sont-ils retombés ? Non, parce qu’avant de proclamer leur indépendance, ils avaient eu deux siècles d’institutions libres, deux siècles d’une république de fait, si ce n’est de nom.

« Sait-on pourquoi les adversaires de la monarchie ont à citer plus d’exemples de monarchies tombées que nous en avons à citer de républiques déchues ? C’est que le sentiment républicain est si peu naturel à l’humanité qu’il n’a jamais eu la vogue et que les peuples n’en ont pas voulu. De là le nombre restreint des républiques. »

Le sentiment républicain n’est pas naturel à l’humanité, et les peuples n’en veulent pas !

Qu’ont-ils donc fait, les peuples, toutes les fois qu’ils ont brisé un despotisme, chassé des rois ? Ils ont proclamé toujours et invariablement la république.

La république est l’aspiration constante, universelle des hommes. Semblable à un but éloigné, mais qu’on poursuit toujours, tantôt avec des défaillances, tantôt avec une ardeur nouvelle, la république apparaît comme le terme de leurs espérances, comme le seul gouvernement où la liberté ait des garanties inviolables, où le peuple soit maître de ses destinées.

Dira-t-on que les hommes tendent à l’éternisation de leur dépendance plutôt qu’à la jouissance de la liberté ? Dira-t-on qu’ils aiment mieux obéir qu’exercer eux-mêmes leur volonté dans la souveraineté nationale ? Voilà pourtant ce que vous prétendez.

Interrogez l’histoire depuis qu’on l’a écrite pour l’enseignement des générations.

Que fit Rome lorsqu’elle s’affranchit des Tarquins ? Elle fit la république. Cette république dura cinq cents ans ; tant qu’elle fut vertueuse, elle mérita d’être libre. Plus tard elle se corrompit, et c’est alors qu’on vit surgir les maîtres, les despotes, les empereurs en un mot. La corruption des mœurs engendre toujours les tyrans, de même que l’eau stagnante produit la boue.

Le premier de tous fut Sylla. Il fit voir aux Romains qui commençaient à être énervés tout ce que peut faire celui qui ose. Plus tard Auguste montra aux Romains devenus esclaves tout ce qu’on peut faire sans rien oser. Sous Sylla, ils se souvenaient encore d’avoir été libres : sous Auguste, ils n’avaient même plus la force de résister. Ils étaient propres à la monarchie.

Que fit l’Angleterre lorsqu’elle détrôna les Stuarts ? La république. Que fit la Suisse lorsqu’elle s’arracha des serres des Habsbourg ? La république. Que fit la France lorsqu’elle précipita sous la guillotine sa monarchie douze fois séculaire ? La république. Que firent toutes les populations de l’Amérique du Sud, lorsqu’elles brisèrent le joug de l’Espagne ? La république. Que demande aujourd’hui cette Espagne elle-même, affranchie à tout jamais de la camarilla ? La république ; et c’est la république que tous les esprits éclairés de France lui conseillent.

Voilà donc ce gouvernement si peu naturel à l’humanité, et dont l’humanité ne veut pas ! Ah ! si les hommes n’étaient pas si confiants, si, à peine rendus à la liberté, ils n’abandonnaient pas leurs destins aux ambitieux qui les trompent, la terre entière ne serait aujourd’hui qu’une vaste république, et les hommes, au lieu d’être les jouets des despotes qui les font s’entr’égorger, ne seraient plus que des frères s’embrassant sous le ciel satisfait.

La république, ou la liberté, n’est pas aujourd’hui ce que les peuples la croyaient autrefois. La liberté moderne est inséparable de la fraternité. On ne la veut pas seulement pour un peuple, mais pour tous les peuples. On veut effacer les frontières et voir tous les hommes dans la recherche du bien commun.

Voyez ces associations d’ouvriers qui se rencontrent sur un point donné de l’Europe, mais qui viennent de tous les pays à la fois. Ces ouvriers déclarent qu’ils sont frères et que les gouvernements ne les forceront pas à se battre les uns contre les autres. Voyez ces congrès pacifiques qui se réunissent à Genève. C’est le premier pas vers la fusion des races et l’harmonie des droits populaires.

Voyez l’Angleterre elle-même, la constitutionnelle Angleterre. Elle marche à grands pas vers la république. Sa reine n’est plus qu’une femme respectée et aimée ; mais ce n’est pas une reine, c’est un souvenir. Le prince de Galles sera probablement le dernier des rois anglais. Quand on aura renversé l’église établie qui est le principal soutien du trône, et que le suffrage aura atteint ses dernières limites, alors il n’y aura plus de raison pour conserver un fantôme de Majesté.

L’Angleterre a pris exemple des États-Unis, et elle a plus fait pour s’assimiler leurs institutions depuis cinq ans qu’elle n’avait fait de progrès constitutionnels dans les cinquante années précédentes.

C’est qu’aux États-Unis la liberté est une science. La république n’y est pas un système de gouvernement, mais un axiôme, dont toutes les conséquences se déduisent d’elles-mêmes, que l’on applique au fur et à mesure, et qui font l’école du monde.

Qu’était à côté de la liberté américaine la liberté antique ? C’était une marâtre pleine d’égoïsme et de tyrannie. Elle ne dépassait pas les murs de la ville natale, et tel grand homme qui se perçait le sein plutôt que de voir sa patrie asservie, traînait derrière lui des milliers d’esclaves. Cette liberté s’accommodait du despotisme, comme on le vit bien dans la Venise républicaine, sous le Conseil des Dix.

Elle admettait l’oligarchie et l’odieuse distinction des rangs qui nourrit toujours l’injustice ; elle regorgeait de privilégiés. Monstre décoré d’un beau nom, on lui vouait un culte qui étouffait dans le cœur tous les sentiments du juste et du vrai. C’était enfin une courtisane impérieuse dont il fallait caresser les violences, et non pas cette vierge sévère qui, aux États-Unis, convie tous les hommes à l’amour du droit commun, à la recherche de l’égalité, à l’exercice plein et facile des droits de l’individu qui sont le fondement même de la constitution américaine.

« Nommez-nous, continue la Minerve, les républiques qui ont vécu le quart de l’espace de temps qu’a duré la monarchie anglaise, ou même la monarchie espagnole, que l’on croit morte aujourd’hui, mais qui renaîtra sous peu. Combien de temps la république a-t-elle vécu à la place de cette longue et glorieuse monarchie française ? Si le sentiment républicain était si fort, il nous semble que le peuple, tour-à-tour maître de l’Angleterre, de la France, de l’Espagne, eût pu s’y installer à son aise. »

Je nommerai la République Romaine qui a duré cinq cents ans sans interruption, celle de la Suisse qui date de 1389, celle des États-Unis qui remonte réellement à trois cents ans ; j’en nommerai partout enfin où il y a eu des peuples éclairés.

N’est pas libre qui veut, mais qui est digne de l’être.

En Asie, les monarchies se perdent dans la nuit des temps, parce que les hommes n’y furent jamais que des troupeaux d’esclaves.

Qui ne voit que le despotisme ne pourrait subsister, s’il n’éblouissait et s’il n’étreignait les peuples ? Ce respect superstitieux qu’il grave dans les imaginations les rend comme inertes et comme fascinées. Du jour où l’on raisonna le pouvoir en France, on fut effrayé à la vue des abîmes qu’il avait creusés tout autour de lui pour rester seul debout. C’était un monstre, engraissé de l’ignorance de douze siècles, qui apparaissait soudain dans toute son énormité, qui fit voir par là ce qui l’avait toujours soutenu et ce qu’il fallait d’efforts pour l’abattre. Aussi, pour donner la liberté au peuple français, fallut-il le plonger dans des flots de sang

C’est à cela qu’avait abouti cette longue et glorieuse monarchie.

« Ce m’est, s’écriait La Bruyère, une chose toujours nouvelle de contempler avec quelle férocité des hommes traitent d’autres hommes. L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, avides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé. Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères. »

Voilà l’heureux peuple (la majorité des Français) sur lequel régnait le roi-soleil ; sur ce fond sombre et sinistre tranchaient comme des teintes vives et joyeuses, comme des lueurs dorées et sanglantes, la richesse et les privilèges des grands. Le souverain d’abord, pompe énorme et absorbante de tous les sucs vitaux de la nation ; puis, rangées près de lui en tuyaux d’orgues, pompes moindres, mais sans cesse aspirantes, les princes royaux, les princes de l’Église, les favoris et les favorites, les courtisans sans nombre, les financiers et les accapareurs.

Le clergé avait la meilleure et la plus sûre part, car ses bénéfices consistaient en superbes et inaliénables domaines, grossis chaque jour par les dons de riches testateurs, désireux d’acheter par ces dons une place au paradis, aussi belle et aussi privilégiée que celle dont ils avaient joui sur la terre.

« Ce garçon si frais, si fleuri, et d’une si belle santé, dit encore La Bruyère, est seigneur d’une abbaye et de dix autres bénéfices ; tous ensemble lui rapportent six vingt mille livres de revenu, dont il n’est payé qu’en médailles d’or. Il y a ailleurs six-vingt millesix vingts familles indigentes qui ne se chauffent point pendant l’hiver, qui n’ont point d’habits pour se couvrir et qui souvent manquent de pain ; leur pauvreté est extrême et honteuse. »

« Un gouvernement despotique, dit à son tour Raynal, n’est jamais assez puissant pour faire le bien. Il commence par ôter aux sujets ce libre exercice des volontés qui est l’âme, le ressort des nations, et quand il a brisé ce ressort, il ne peut plus le rétablir. »

Je reçois de Toronto la lettre suivante :


À M. A. Buies, rédacteur de la Lanterne,

J’ai lu votre lettre dans les journaux ce matin et j’admire votre ferme et courageuse résolution de résister aux ennemis de la libre parole. Nous sympathisons avec vous dans Ontario et nous souhaitons ardemment votre succès.

Il ressort évidemment des actes du parti ultramontain qu’il est mal à l’aise, qu’il est effrayé de la lumière que répand votre Lanterne.

Brillez, brillez encore, vous disons-nous. Faites ce qui est juste, et résistez fermement à toutes les menaces.

Envoyez-moi votre pamphlet et le compte d’abonnement.

Bien à vous,
Free Speech.

Un autre aussi m’écrit de Lyn (Ontario)

« Envoyez-moi, je vous prie, votre Lanterne pour six mois.

Dites la vérité, dût le ciel tomber sur votre tête : »

Soyez tranquille, je la dirai, la vérité.

Ce sont deux protestants qui m’ont écrit ces deux lettres. Ce n’est pas là le pire ; ce qui est horrible, c’est que je ne m’en cache pas. Oui, mes amis, de l’argent de protestants, monnayé et frappé par Belzébuth, qui va servir à payer mon cordonnier, lequel le prendra sans demander d’où il vient.

C’est un signe des temps.

Un autre correspondant m’écrit de Québec, sous la signature « Historicus. »

Je regrette d’avoir à refuser son article.

Qu’il soit bien entendu, et je désire bannir toute équivoque à ce sujet, que ma Lanterne ne peut servir à aucun genre de personnalités.

J’écris pour instruire, non pour satisfaire des haines. Qu’importent le nom ou les actes de tel ou tel. Tant que ces actes n’ont pas un caractère public et ne peuvent servir d’exemple, je n’ai rien à y voir.

Je veux maintenir ma Lanterne à la hauteur d’un pamphlet, et non l’abaisser au libelle.

Ça ne serait vraiment pas la peine de prendre une plume pour me mettre au niveau de ces petits insulteurs gagés qui mendient l’aumône du scandale et vivent des réputations que leur souffle flétrit.

Je descendrai dans l’arène pour y combattre le vice, le mensonge, l’hypocrisie, toutes les hontes, jamais pour outrager un nom.

Non que ce soit là le rôle que veuille me faire jouer le correspondant « Historicus ; » mais j’y arriverais bientôt et n’aurais plus raison de m’arrêter, ayant entamé la pomme.

On comprendra sans doute maintenant que je ne puis sortir du terrain où je me suis placé, et que, voulant rendre ma Lanterne utile, je ne puis la faire méprisable.

Bon nombre de personnes me demandent encore tous les jours « Où donc trouve-t-on votre Lanterne ? »

Je déclare que je suis exaspéré.

Où trouve-t-on la Lanterne ! Mais partout. Partout les affiches brillent et vous invitent.

Si vous voulez l’avoir, vous n’avez qu’à ouvrir les yeux. Si vous ne la voulez pas, ne venez pas m’en parler.

AUX CORRESPONDANTS

J’ai reçu cette semaine une quantité de correspondances auxquelles il m’est impossible de faire droit, vu le manque d’espace et le désavantage de ne paraître qu’une fois la semaine.

Je ferai remarquer en particulier au correspondant qui signe Ancien procureur en droit que son article, pour être très-piquant et digne à tous égards de la publicité, ne contient néanmoins aucun fait précis que je puisse utiliser.

Or, ce sont des faits, des faits arrivés, qu’il me faut.

Je me servirai avant longtemps des documents qu’il a eu la bonté de me faire parvenir. Ils sont précieux ; je les mettrai en français sous les yeux du public.



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