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La Lanterne sourde/Le Casseur de pierres

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Paul Ollendorff (p. 255-258).


LE CASSEUR DE PIERRES


LE RENSEIGNEMENT


— Pardon, mon ami, combien faut-il de temps pour aller de Corbigny à Saint-Révérien ?

Le casseur de pierres lève la tête et, pesant sur sa masse, m’observe à travers le grillage de ses lunettes, sans répondre.

Je répète la question. Il ne répond pas.

— C’est un sourd-muet, pensé-je, et je continue mon chemin.

J’ai fait à peine une centaine de mètres, que j’entends la voix du casseur de pierres. Il me rappelle et agite sa masse. Je reviens et il me dit :

— Il vous faudra deux heures.

— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit tout de suite ?

— Monsieur, m’explique le casseur de pierres, vous me demandez combien il faut de temps pour aller de Corbigny à Saint-Révérien. Vous avez une mauvaise façon d’interroger les gens. Il faut ce qu’il faut. Ça dépend de l’allure. Est-ce que je connais votre train, moi ? Alors je vous ai laissé aller. Je vous ai regardé marcher un bout de route. Ensuite j’ai compté, et maintenant je suis fixé ; je peux vous renseigner : il vous faudra deux heures.


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LA RETRAITE


Il est heureux. Il vit principalement sur la route et compare, hochant la tête, les cantonniers d’autrefois à ceux d’aujourd’hui. Il marche à tout petits pas, comme s’il cassait encore des cailloux, et ne se déplace jamais plus vite que le soleil.

Il ne rentre que pour la soupe. Il habite alors sa cheminée. Tandis que la marmite bout, il allonge le bras d’un geste régulier, prend du feu avec sa main droite et l’écarte sur le dos de sa main gauche.

Puis, la soupe mangée, jusqu’à l’heure du coucher, il fait cuire des crachats.


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