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La Montagne

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 45-46).



LA MONTAGNE



À Goupil fils.


Fils de mon hôte, âme rêveuse et franche,
Un homme en vous grandit sous l’écolier.
Vous souvient-il qu’on nous vit un dimanche
Gravir le roc comme un grand escalier ?
Printemps, congé, votre âge et la campagne
Vous font oiseau, je grimpe, vous sautez ;
Pour vous l’étude est une autre montagne !
Montez gaîment, mon jeune ami, montez !

La pierre aiguë obstruait le voyage
Et les buissons dardant leurs ongles secs,
D’autres buissons vous barrent le passage :
Équations, vers latins, thèmes grecs.
Pour enjamber que d’efforts il en coûte ;
Mais regardez la cime aux reflets d’or ;
Un cœur vaillant ne peut rester en route,
Mon jeune ami, montez, montez encor !

Vous accrochant aux pousses du mélèze,
Dans les zigzags que le sentier décrit,
Vous me disiez : Comme on respire à l’aise !
Pour qu’il respire, élevons notre esprit

Loin des bas-fonds où l’erreur se promène ;
La vérité ne se prend qu’à l’assaut ;
C’est le grand air pour la pensée humaine,
Mon jeune ami, montez, montez plus haut !

Voyez ces troncs disposés en arcades,
Ces blocs taillés par un sculpteur brutal :
Au crâne nu d’un rocher, la cascade
Met en tombant des cheveux de cristal.
Par notre soif la source en fut bénie,
Ce filet d’eau sera fleuve en son cours.
Pour aller boire aux sources du génie,
Mon jeune ami, montez, montez toujours !

Autour de vous que d’ici votre œil plonge,
Tout fasciné d’espace et de soleil.
Les eaux, les bois, les lointains, c’est un songe,
As-tu, féerie, un spectacle pareil ?
L’homme grandit pour l’infini qu’il sonde,
Sur ses hauteurs la Science l’admet.
Là, face à face, il contemple le monde,
Mon jeune ami, montez jusqu’au sommet !


Grenoble, 1849.