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Madeleine et Marie

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 47-48).



MADELEINE ET MARIE



À Louise Michel.


Dans un faubourg tout brumeux d’industrie,
Où grouille l’homme, où grondent les métiers,
Deux blondes sœurs, Madeleine et Marie,
Faisaient penser aux fleurs des églantiers.
Elles poussaient dans la ville malsaine,
Pures d’instinct, chants d’oiseaux, rires fous,
L’homme a tué Marie et Madeleine.
Ah ! que la honte en retombe sur nous !

Ce lit d’hospice a les plis d’un suaire :
C’est Madeleine, elle est morte à vingt ans.
Déjà squelette avant qu’un peu de terre
Couvre son corps du linceul du printemps.
Voici sa carte !… Une fille de joie.
Joie ? ah ! voyez !… la ville a des égouts,
Et sous nos yeux, un pauvre enfant s’y noie.
Ah ! que la honte en retombe sur nous !

Marie aussi, chaste comme pas une,
Du travail âpre a bu l’épuisement.
Fleurs d’oranger, sur la fosse commune,
Vos brins fanés sont tout son monument.

L’aiguille est lourde à la main qui la tire ;
Marie, usant ses nuits pour quelques sous,
Est au métier morte vierge et martyre,
« Ah ! que la honte en retombe sur nous ! »

Marie, ô toi, qui filais de la laine,
Repose bien tes jours inachevés.
Dors bien aussi, ma pauvre Madeleine,
Qui de leurs lits tombas sur les pavés.
Et tous les jours, Madeleine et Marie,
Quand des milliers succombent comme vous,
Rien dans nos cœurs ne se révolte et crie :
« Ah ! que la honte en retombe sur nous ! »


1857.