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La Négresse blonde (recueil)/Le vieux saint

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La Négresse blondeA. Messein (p. 53-55).


LE VIEUX SAINT


Non ei species neque decor.
Tertullien.


Dans notre église autrefois,
il était un saint de bois :
l’air bonasse et vénérable
taillé dans un tronc d’érable,
à coups de hache, il avait
écouté plus d’un ave
montant vers lui du pavé ;
tout vermoulu, tout cassé,
le Bon Dieu le connaissait
bien et toujours l’exauçait.
À vêpres quand s’allumaient
les cierges qui tremblotaient,
un peu gourmand, il humait
le bon encens qui fumait

dans l’encensoir parfumé ;
sur toute chose il aimait
aux beaux soirs du mois de Mai
les belles roses de Mai
devant l’autel embaumé ;
et quand Noël ramenait
les petits bergers frisés,
soëf, il amignottait
Jésus le doux nouveau-né.
Puis dans l’église fermée
où les vitraux s’éteignaient,
lentement il s’endormait
priant pour nos trépassés
le Bon Dieu qui l’exauçait !

Mais de Paris est venu,
hideux comme un parvenu,
tout neuf et peinturluré
un saint de plâtre doré,
un affreux saint qu’ils ont mis
dans la niche où tu dormis,
ô vieux saint mon vieil ami,

et les sans-cœur ont brûlé
en disant : Il est trop laid !
ton pauvre corps d’exilé.

Mais, vieux saint, je te promets
que je ne prierai jamais
l’intrus mais toujours à toi
s’en iront mes vœux, à toi,
père qui subis deux fois
(saint de chair et saint de bois)
le martyre pour la foi ;
et quand je mourrai c’est toi
qui porteras dans les cieux
mon âme aux pieds du Bon Dieu…

mission de confiance, je l’ose dire.