La Nuit obscure
Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, , 2 (p. 190-191).
La Nuit obscure de l’Ame.
| I. | I. |
En una noche escura, |
Pendant une nuit obscure, enflammée d’un amour inquiet, ô l’heureuse fortune ! Je suis sortie sans être aperçue, lorsque ma maison était tranquille. |
| II. | II. |
A escuras, y segura, |
Étant assurée et déguisée, je suis sortie par un degré secret, ô l’heureuse fortune ! Et étant bien cachée dans les ténèbres, lorsque ma maison était tranquille. |
| III. | III. |
En la noche dichosa, |
Pendant cette heureuse nuit, je suis sortie en ce lieu secret où personne ne me voyait, sans autre guide et sans autre lumière que celle qui luit dans mon cœur. |
| IV. | IV. |
Aquesta me guiava |
Elle me conduisit plus sûrement que la lumière du midi, au lieu où celui qui me connaît très bien m’attendait, et où personne ne paraissait. |
| V. | V. |
O noche que guiaste |
Ô nuit qui m’a conduite ! ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as uni le bien-aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son bien aimé. |
| VI. | VI. |
En mi pecho florido, |
Il dort tranquille dans mon sein qui est plein de fleurs, et que je garde tout entier pour lui seul : je le chéris et le rafraîchis avec un éventail de cèdre. |
| VII. | VII. |
El ayre del almena, |
Lorsque le vent de l’aurore faisait voler ses cheveux, il m’a frappé le cou avec sa main douce et paisible, et il a suspendu tous mes sens. |
| VIII. | VIII. |
Quedeme y olvideme, |
En me délaissant et en m’oubliant moi-même, j’ai penché mon visage sur mon bien-aimé. Toutes choses étant perdues pour moi, je me suis quittée et abandonnée moi-même, en me délivrant de tout soin entre les lys blancs. |