La Patrie en danger (Danton)/Préface

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L. Boulanger (p. 2).


Au dessus de la révolution, résurrection de la nation française, que de grandes figures, Mirabeau, Vergniaud, Marat, Danton, Saint-Just, Robespierre. Aujourd’hui que la passion furieuse de la lutte s’est calmée, il convient d’étudier, avec le sang-froid de l’historien, ces hommes qui, avec des génies divers, furent à un titre équivalent, les serviteurs de la patrie et de l’humanité.

Aujourd’hui, c’est de Danton que nous parlons. Nature exubérante, prête à la corruption sinon corrompue, Danton eut en lui l’enthousiasme des grands dévouements et des énergies superbes. Certes, il ne fut pas impeccable, et les panégyristes qui le veulent innocenter tout à fait font œuvre fausse. En temps de lutte, il eut des vices qui sont une force. Danton fut un jouisseur qui mit au service de la patrie ses violences d’appétit. Il voulait la liberté comme il voulait la femme et le luxe. Robespierre qui le tua avait lui d’autres vices, vanité profonde et mépris des autres. Toutes ces surexcitations cérébrales concordèrent à un même but, l’affranchissement des Français et des citoyens. Ces hommes ne réclament pas d’indulgence. Ils furent ce qu’ils furent. Ce qu’ils doivent exiger, c’est d’être compris. Danton était un Mirabeau déplacé.

Nous donnons les principaux discours ― est-ce bien discours qu’il faut appeler ces cris de colère et de revendication ― l’homme est là tout entier et aussi toute entière cette révolution qui nous a faits ce que nous sommes, des citoyens en possession de leur libre volonté, les maîtres du suffrage universel et par conséquent de l’avenir.

Danton (Georges-Jacques), né à Arcis-sur-Aube, en 1759, est mort sur l’échafaud le 5 avril 1794.