La Pucelle d’Orléans/18

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<La Pucelle d’Orléans

La Pucelle d’Orléans
Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 9 (p. 287-298).

CHANT XVIII[1].





Argument.- Disgrâce de Charles et de sa troupe dorée.






Je ne connais dans l’histoire du monde
Aucun héros, aucun homme de bien,
Aucun prophète, aucun parfait chrétien,
Qui n’ait été la dupe d’un vaurien,
Ou des jaloux, ou de l’esprit immonde.



La Providence en tout temps éprouva
Mon bon roi Charle avec mainte détresse[2] .

Dès son berceau fort mal on l’éleva ;
Le Bourguignon poursuivit sa jeunesse[3] ;
De tous ses droits son père le priva ;
Le parlement de Paris près Gonesse[4],
Tuteur des rois, son pupille ajourna[5] ;
De ses beaux lis un chef anglais s’orna ;
Il fut errant, manqua souvent de messe
Et de dîner ; rarement séjourna
En même lieu. Mère[6], oncle, ami, maîtresse,
Tout le trahit ou tout l’abandonna.
Un page anglais partagea la tendresse
De son Agnès ; et l’enfer déchaîna
Hermaphrodix, qui par magique adresse
Pour quelque temps la tête lui tourna.
Il essuya des traits de toute espèce ;
Il les souffrit, et Dieu lui pardonna.



De nos amants la troupe fière et leste
S’acheminait loin du château funeste
Où Belzébut dérangea le cerveau
Des chevaliers, d’Agnès, et de Bonneau.
Ils côtoyaient la forêt vaste et sombre
Qui d’Orléans porte aujourd’hui le nom.
A peine encor l’épouse de Tithon
En se levant mêlait le jour à l’ombre.
On aperçut de loin des hoquetons,

Au rond bonnet, aux écourtés jupons ;
Leur corselet paraissait mi-partie
De fleurs de lis et de trois léopards[7].
Le roi fit halte, en fixant ses regards
Sur la cohorte en la forêt blottie.
Dunois et Jeanne avancent quelques pas.
La tendre Agnès, étendant ses beaux bras,
Dit à son Charle : " Allons, fuyons, mon maître, "
Jeanne en courant s’approcha, vit paraître
Des malheureux deux à deux enchaînés[8],
Les yeux en terre, et les fronts consternés.



" Hélas ! ce sont des chevaliers, dit-elle,
Qui sont captifs ; et c’est notre devoir
De délivrer cette troupe fidèle.
Allons, bâtard, allons et faisons voir
Ce qu’est Dunois et ce qu’est la Pucelle. "
Lance en arrêt, ils fondent à ces mots
Sur les soldats qui gardaient ces héros.
Au fier aspect de la puissante Jeanne
Et de Dunois, et plus encor de l’âne,
D’un pas léger ces prétendus guerriers
S’en vont au loin comme des lévriers.
Jeanne aussitôt, de plaisir transportée,
Complimenta la troupe garrottée.
" Beaux chevaliers, que l’Anglais mit aux fers,
Remerciez le roi qui vous délivre ;
Baisez sa main, soyez prêts à le suivre,
Et vengeons-nous de ces Anglais pervers. "
Les chevaliers, à cette offre courtoise,
Montraient encore une face sournoise,
Baissaient les yeux… Lecteurs impatients,
Vous demandez qui sont ces personnages
Dont la Pucelle animait les courages.
Ces chevaliers étaient des garnements
Qui, dans Paris payés pour leur mérite,
Allaient ramer sur le dos d’Amphitrite ;
On les connut à leurs accoutrements.
En les voyant le bon Charles soupire :

1.

2.

" Hélas ! dit-il, ces objets dans mon cœur
Ont enfoncé les traits de la douleur.
Quoi ! les Anglais règnent dans mon empire !
C’est en leur nom que l’on rend des arrêts !
C’est pour eux seuls que l’on dit des prières !
C’est de leur part, hélas ! que mes sujets
Sont de Paris envoyés aux galères !… "
Puis le bon prince avec compassion
Daigne approcher du maître compagnon
Qui de la file était mis à la tête.
Nul malandrin n’eut l’air plus malhonnête ;
Sa barbe torse ombrage un long menton ;
Ses yeux tournés, plus menteurs que sa bouche,
Portent en bas un regard double et louche ;
Ses sourcils roux, mélangés et retors,
Semblent loger la fraude et l’imposture ;
Sur son front large est l’audace et l’injure,
L’oubli des lois, le mépris des remords ;
Sa bouche écume, et sa dent toujours grince.



Le sycophante, à l’aspect de son prince,
Affecte un air humble, dévot, contrit,
Baisse les yeux, compose et radoucit
Les traits hagards de son affreux visage.
Tel est un dogue au regard impudent,
Au gosier rauque, affamé de carnage ;
Il voit son maître, il rampe doucement,
Lèche ses mains, le flatte en son langage,
Et pour du pain devient un vrai mouton.
Ou tel encore on nous peint le démon.
Qui, s’échappant des gouffres du Tartare,
Cache sa queue et sa griffe barbare,
Vient parmi nous, prend la mine et le ton,
Le front tondu d’un jeune anachorète,
Pour mieux tenter sœur Rose ou sœur Discrète.



Le roi des Francs, trompé par le félon,
Lui témoigna commisération,
L’encouragea par un discours affable :
" Dis-moi quel est ton métier, pauvre diable,
Ton nom, ta place, et pour quelle action
Le Châtelet, avec tant d’indulgence,
Te fait ramer sur les mers de Provence. "
Le condamné, d’un ton de doléance,

Lui répondit : " O monarque trop bon !
Je suis de Nante, et mon nom est Frélon[9].
J’aime Jésus d’un feu pur et sincère ;
Dans un couvent je fus quelque temps frère ;
J’en ai les mœurs ; et j’eus dans tous les temps
Un très-grand soin du salut des enfants.
A la vertu je consacrai ma vie.
Sous les charniers qu’on dit des Innocents,
Paris m’a vu travailler de génie ;
J’ai vendu cher mes feuilles à Lambert ;
Je suis connu dans la place Maubert ;
C’est là surtout qu’on m’a rendu justice.
Des indévots quelquefois par malice
M’ont reproché les faiblesses du froc,
Celles du monde et quelques tours d’escroc ;
Mais j’ai pour moi ma bonne conscience. "



Ce bon propos toucha le roi de France.
" Console-toi, dit-il, et ne crains rien.
Dis-moi, l’ami, si chaque camarade
Qui vers Marseille allait en ambassade
Ainsi que toi fut un homme de bien.
— Ah ! dit Frélon, sur ma foi de chrétien,
Je réponds d’eux ainsi que de moi-même :
Nous sommes tous en un moule jetés.
L’abbé Coyon[10], qui marche à mes côtés,

Quoi qu’on en dise, est bien digne qu’on l’aime ;
Point étourdi, point brouillon, point menteur,
Jamais méchant ni calomniateur.
Maître Chaumé, dessous sa mine basse[11],
Porte un cœur haut, plein d’une sainte audace ;
Pour sa doctrine il se ferait fesser.
Maître Gauchat[12] pourrait embarrasser
Tous les rabbins sur le texte et la glose.
Voyez plus loin cet avocat sans cause ;
Il a quitté le barreau pour le ciel.
Ce Sabotiers[13] est tout pétri de miel.
Ah ! l’esprit fin ! le bon cœur ! le saint prêtre !
Il est bien vrai qu’il a trahi son maître,
Mais sans malice et pour très-peu d’argent ;
Il s’est vendu, mais c’est au plus offrant.
Il trafiquait comme moi de libelles :
Est-ce un grand mal ? on vit de son talent.
Employez-nous ; nous vous serons fidèles.
En ce temps-ci la gloire et les lauriers
Sont dévolus aux auteurs des charniers.
Nos grands succès ont excité l’envie ;
Tel est le sort des auteurs, des héros,
Des grands esprits, et surtout des dévots :
Car la vertu fut toujours poursuivie.
O mon bon roi ! qui le sait mieux que vous ? "



Comme il parlait sur ce ton tendre et doux,
Charle aperçut deux tristes personnages,
Qui des deux mains cachaient leurs gros visages.
" Qui sont, dit-il, ces deux rameurs honteux ? "
— Vous voyez là, reprit l’homme aux semaines[14],
Les plus discrets et les plus vertueux

De ceux qui vont sur les liquides plaines.
L’un est Fantin[15], prédicateur des grands,



Humble avec eux, aux petits débonnaire :
Sa piété ménagea les vivants ;
Et, pour cacher le bien qu’il savait faire,
Il confessait et volait les mourants.
L’autre est Brizet[16], directeur de nonnettes,
Peu soucieux de leurs faveurs secrètes,
Mais s’appliquant sagement les dépôts,
Le tout pour Dieu. Son âme pure et sainte
Méprisait l’or ; mais il était en crainte
Qu’il ne tombât aux mains des indévots[17].
Pour le dernier de la noble séquelle,
C’est mon soutien, c’est mon cher La Beaumelle[18],

De dix gredins qui m’ont vendu leur voix,
C’est le plus bas, mais c’est le plus fidèle ;
Esprit distrait, on prétend que parfois,
Tout occupé de ses œuvres chrétiennes,
Il prend d’autrui les poches pour les siennes.
Il est d’ailleurs si sage en ses écrits !
Il sait combien, pour les faibles esprits,
La vérité souvent est dangereuse ;
Qu’aux yeux des sots sa lumière est trompeuse,
Qu’on en abuse ; et ce discret auteur,
Qui toujours d’elle eut une sage peur,
A résolu de ne la jamais dire.
Moi, je la dis à Votre Majesté ;
Je vois en vous un héros que j’admire,
Et je l’apprends à la postérité.
Favorisez ceux que la calomnie
Voulut noircir de son souffle empesté ;
Sauvez les bons des filets de l’impie ;
Délivrez-nous, vengez-nous, payez-nous :
Foi de Frélon, nous écrirons pour vous. "



Alors il fit un discours pathétique
Contre l’Anglais et pour la loi salique,
Et démontra que bientôt sans combat
Avec sa plume il défendrait l’État.
Charle admira sa profonde doctrine ;
Il fit à tous une charmante mine,
Les assurant avec compassion
Qu’il les prenait sous sa protection.

La belle Agnès, présente à l’entrevue,
S’attendrissait, se sentait tout émue.
Son cœur est bon : femme qui fait l’amour
A la douceur est toujours plus encline
Que femme prude ou bien femme héroïne.
" Mon roi, dit-elle, avouez que ce jour
Est fortuné pour cette pauvre race.
Puisque ces gens contemplent votre face,
Ils sont heureux, leurs fers seront brisés :
Votre visage est visage de grâce.
Les gens de loi sont des gens bien osés
D’instrumenter au nom d’un autre maître !
C’est mon amant qu’on doit seul reconnaître ;
Ce sont pédants en juges déguisés.
Je les ai tus, ces héros d’écritoire,
De nos bons rois ces tuteurs prétendus,
Bourgeois altiers, tyrans en robe noire,
A leur pupille ôter ses revenus,
Par-devant eux le citer en personne,
Et gravement confisquer sa couronne.
Les gens de bien qui sont à vos genoux
Par leurs arrêts sont traités comme vous ;
Protégez-les, vos causes sont communes :
Proscrit comme eux, vengez leurs infortunes. "



De ce discours le roi fut très-touché :
Vers la clémence il a toujours penché.
Jeanne, dont l’âme est d’espèce moins tendre,
Soutint au roi qu’il les fallait tous pendre ;
Que les Frélons, et gens de ce métier,
N’étaient tous bons qu’à garnir un poirier.
Le grand Dunois, plus profond et plus sage,
En bon guerrier tint un autre langage.
" Souvent, dit-il, nous manquons de soldats ;
Il faut des dos, des jambes, et des bras.
Ces gens en ont ; et dans nos aventures,
Dans les assauts, les marches, les combats,
Nous pouvons bien nous passer d’écritures.
Enrôlons-les ; mettons-leur dès demain,
Au lieu de rame, un mousquet à la main.
Ils barbouillaient du papier dans les villes ;
Qu’aux champs de Mars ils deviennent utiles. "
Du grand Dunois le roi goûta l’avis.

A ses genoux ces bonnes gens tombèrent
En soupirant, et de pleurs les baignèrent.
On les mena sous l’auvent d’un logis
Où Charle, Agnès, et la troupe dorée,
Après dîner passèrent la soirée.
Agnès eut soin que l’intendant Bonneau
Fît bien manger la troupe délivrée ;
On leur donna les restes du serdeau.



Charle et les siens assez gaiement soupèrent.,
Et puis Agnès et Charle se couchèrent.
En s’éveillant chacun fut bien surpris
De se trouver sans manteau, sans habits.
Agnès en vain cherche ses engageantes,
Son beau collier de perles jaunissantes,
Et le portrait de son royal amant.
Le gros Bonneau, qui gardait tout l’argent
Bien enfermé dans une bourse mince,
Ne trouve plus le trésor de son prince.
Linge, vaisselle, habits, tout est troussé,
Tout est parti. La horde griffonnante,
Sous le drapeau du gazetier de Nante,
D’une main prompte et d’un zèle empressé,
Pendant la nuit avait débarrassé
Notre bon roi de son leste équipage.
Ils prétendaient que pour de vrais guerriers,
Selon Platon, le luxe est peu d’usage.
Puis s’esquivant par de petits sentiers,
Au cabaret la proie ils partagèrent.
Là par écrit doctement ils couchèrent
Un beau traité, bien moral, bien chrétien,
Sur le mépris des plaisirs et du bien.
On y prouva que les hommes sont frères,
Nés tous égaux, devant tous partager
Les dons de Dieu, les humaines misères,
Vivre en commun pour se mieux soulager.
Ce livre saint, mis depuis en lumière,
Fut enrichi d’un docte commentaire
Pour diriger et l’esprit et le cœur[19],
Avec préface et l’avis au lecteur.



Du clément roi la maison consternée

Est cependant au trouble abandonnée ;
On court en vain dans les champs, dans les bois.
Ainsi jadis on vit le bon Phinée,
Prince de Thrace, et le pieux Énée[20],
Tout effarés et de frayeur pantois,
Quand à leur nez les gloutonnes harpies,
Juste à midi de leurs antres sorties,
Vinrent manger le dîner de ces rois.
Agnès timide, et Dorothée en larmes,
Ne savent plus comment couvrir leurs charmes ;
Le bon Bonneau, fidèle trésorier,
Les faisait rire à force de crier.
" Ah ! disait-il, jamais pareille perte
Dans nos combats ne fut par nous soufferte.
Ah ! j’en mourrai ; les fripons m’ont tout pris.
Le roi mon maître est trop bon, quand j’y pense ;
Voilà le prix de son trop d’indulgence,.
Et ce qu’on gagne avec les beaux esprits. "
La douce Agnès, Agnès compatissante,
Toujours accorte et toujours bien disante,
Lui répliqua : " Mon cher et gros Bonneau,
Pour Dieu, gardez qu’une telle aventure
Ne vous inspire un dégoût tout nouveau
Pour les auteurs et la littérature.
Car j’ai connu de très-bons écrivains,
Ayant le cœur aussi pur que les mains,
Sans le voler aimant le roi leur maître,
Faisant du bien sans chercher à paraître,
Parlant en prose, en vers mélodieux,
De la vertu, mais la pratiquant mieux ;

Le bien public est le fruit de leurs veilles ;
Le doux plaisir, déguisant leurs leçons,
Touche les cœurs en charmant les oreilles ;
On les chérit ; et, s’il est des frelons
Dans notre siècle, on trouve des abeilles. "



Bonneau reprit : " Eh ! que m’importe, hélas !
Frelon, abeille, et tout ce vain fatras ?
Il faut dîner, et ma bourse est perdue. "
On le console ; et chacun s’évertue,
En vrais héros endurcis aux revers,
A réparer les dommages soufferts.
On s’achemine aussitôt vers la ville,
Vers ce château, le noble et sûr asile
Du grand roi Charle et de ses paladins,
Garni de tout, et fourni de bons vins.
Nos chevaliers à moitié s’équipèrent,
Fort simplement les dames s’ajustèrent.
On arriva mal en point, harassé,
Un pied tout nu, l’autre à demi chaussé.

  1. Ce chant a paru, pour la première fois, avec les Contes de Guillaume Vadé.

    L’auteur l’a, joint aux nouvelles éditions de la Pucelle, avec quelques changements. (K.) — Les Contes de Guillaitme Vadé furent publiés en 1764, deux ans
    après la première édition avouée de la Pucelle. Ils contiennent un Chant détaché d’un poème épique de la composition de Jérôme Carré, trouvé dans ses
    papiers après le décès dudit Jérôme: c’est celui qui forme maintenant le dix-huitième chant de la Pucelle, à laquelle il ne fut réuni qu’en 1773. Voltaire le désigne ordinairement sous ce titre : la Capilotade. La composition en était achevée en 1761. Voltaire l’avait entrepris pour immoler à sa vengeance ses ennemis et ceux de la raison : « Frère Thieriot, écrivait-il à d’Alembert le 6 janvier 1761, frère Thieriot saura que la capilotade est achevée, et qu’elle forme un chant de Jeanne par voie de prophétie, ou à peu près. Dieu m’a fait la grâce de comprendre que, quand on veut rendre les gens ridicules et méprisables à la postérité, il faut les nicher dans quelque ouvrage qui aille à la postérité. »

    Les notes de ce chant, qui portent la date de 1764, sont empruntées au volume des Contes de Vadé. (R.)
  2. Bertin, dans son Voijage de Bourgogne, n’a pas craint d’entrer en concurrence avec Voltaire. Voici en quels termes il rappelle les malheurs de l’amant
    d’Agnès :
    Vous le savez : en naissant rebuté
    Ses chers parents ne l’ont jamais gâté ;
    De tous ses droits dépouillé par sa mère,
    Seul fils, du trône écarté par son père,
    Par gens de loi contre les lois proscrit,
    Exil, affronts, besoins, tout il souffrit,
    L’absence même, en amour si cruelle.
    Beauté touchante, et douce autant que belle, :Ange envoyé pour charmer son malheur,
    Agnès enfin avait rempli son cœur.
    Il l’adorait, et fut trahi par elle. (R.)
  3. Le duc de Bourgogne, qui assassina le duc d’Orléans. Mais le bon Charles le lui rendit bien au pont de Montereau. (Note de Voltaire, 1764.)
  4. Gonesse, village auprès de Paris, célèbre par ses boulangers et par plusieurs combats, (Id., 1764.) — En 1773, Voltaire réduisit à ces mots la note qui, en 1764, se terminait ainsi : « Mais surtout par la meilleure manufacture de draps qu’il y eût alors en France. » (R.)

    M. Louis du Bois fait remarquer que cette plaisanterie (de Paris près Gonesse) est imitée d’un vers de Villon, tiré de son épitaphe
    Né de Paris emprès Pontoise.
  5. Charles VII, ajourné à la table de marbre par l’avocat général Desmarets. (Note de Voltaire, 1764.) — Les quatre derniers mots ont été ajoutés en 1773. Voyez la note sur le vers 173 du premier chant. (R.)
  6. Sa propre mère, Isabelle de Bavière, fut celle qui le persécuta le plus. Elle pressa le traité de Troyes, par lequel son gendre, le roi d’Angleterre Henri V, eut la couronne de France. (Note de Voltaire, 1764.)
  7. Ce sont les armes d'Angleterre. (Note de Voltaire, 1764.)
  8. Palissot fait observer que « l'idée de ce chant appartient en entier à Michel de Cervantes ». Voir Don Quichotte, part. I, ch. xxii.
  9. Selon les chroniques de ce temps-là, il y avait un misérable de ce nom qui écrivait des feuilles sous les charniers Saints-Innocents. Il fit quelques tours de passe-passe pour lesquels il fut enfermé plusieurs fois au Châtelet, à Bicêtre, et au Fort-l'Évêque. Il avait été quelque temps moine, et s'était fait chasser du couvent; il réussit beaucoup dans le nouveau métier qu'il embrassa. Plusieurs célèbres écrivains lui ont rendu justice. Il était originaire de Nantes, et exerçait à Paris la profession de gazetier satirique. Jamais homme ne fut plus méprisé et plus détesté que lui, comme dit la Chronique de Froissard. (Note de Voltaire, 1773.) — La majeure partie de cette note est de 1764. Voltaire avait déjà, dans l'Écossaise, employé le nom de Frelon pour désigner l'auteur de l’Année littéraire. (R.)

    Jeannot l’hébété a désigné avec plus d'exactitude le lieu de la naissance de Fréron :
    C'est notre ami Fréron, de Quimper-Corentin.

    Le Père Nicodème et Jeannot, v. 40.
  10. Coyon ou Guyon, auteur du temps de Charles VII. Il composa une Histoire romaine, détestable à la vérité, mais qui était passable pour le temps. Il fit aussi l'Oracle des philosophes. C'est un tissu ridicule de calomnies. Aussi il s'en repentit sur la fin de sa vie, comme le dit Monstrelet. (Note de Voltaire, 1764.) — Dans l'édition de 1764, le nom de Guyon est travesti en celui de Guignon. En 1773, Voltaire y substitua celui de Coyon. Toutes les éditions antérieures à celle de Kehl en font un auteur du temps de Charles VI. (R.)
  11. Autre calomniateur du temps. (Note de Voltaire, 1764.) — Chaumeix. (R.)
  12. Autre calomniateur. (Note de Voltaire, 1764.) — Gauchat. (R.)
  13. L'abbé Sabotier, ou Sabatier, natif de Castres, auteur de deux espèces de dictionnaires, où il dit le pour et le contre ; calomniateur effronté, et le tout pour de l'argent. Il trahit son maître, M. le comte de L…c, et fut chassé d'une manière un peu rude, dont il s'est ressenti longtemps. (Note de Voltaire, 1773.) — Le nom de Lautrec se lit en entier dans les éditions modernes. (R.)
  14. Frelon donnait alors toutes les semaines une feuille, dans laquelle il hasardait quelquefois de petits mensonges, de petites calomnies, de petites injures, pour lesquels il fut repris de justice, comme on l'a déjà dit. (Note de Voltaire, 1773.)
  15. Il semble que ce chant de l'abbé Trithême soit une prophétie : en effet, nous avons vu un Fantin, docteur et curé à Versailles, qui fut aperçu volant un rouleau de cinquante louis à un malade qu'il confessait. Il fut chassé, mais il ne fut pas pendu. (Note de Voltaire, 1764.)
  16. Autre prophétie. Tout Paris a vu un abbé Brizet, fameux directeur de femmes de qualité, dissiper en débauches sourdes l'argent qu'il extorquait de ses dévotes, et qu'on lui remettait en dépôt pour le soulagement des pauvres. Il y a grande apparence que quelque homme instruit de nos mœurs a inséré une partie de cette tirade dans cette nouvelle édition du divin poëme de l'abbé Trithême. Il aurait bien dû dire un mot de l'abbé Lacoste, condamné à être marqué d'un fer chaud, et aux galères perpétuelles, on l'an de grâce 1759, pour plusieurs crimes de faux. (Id., 1764.) Cet abbé Lacoste avait travaillé avec Frelon à l’Année littéraire. (Id., 1773.) — L'abbé Brizet est le masque de Grizel. Dans l'édition qui fait partie du volume des Contes de Guillaume Vadé, au lieu des mots « divin poëme de l'abbé Trithême », on lisait « divin poëme de Jérôme Carré ». (R.)
  17. Tartuffe avait les mêmes principes de morale :
    ٠٠٠٠٠٠Si je me résous à recevoir du père
    Cette donation qu'il a voulu me faire,
    Ce n'est, à dire vrai, que parce que je crains
    Que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains :
    Qu'il ne trouve des gens qui, l'ayant en partage,
    En fassent dans le monde un criminel usage.
    Et ne s'en servent pas, ainsi que j'ai dessein,
    Pour la gloire du ciel et le bien du prochain.

    (Act. IV, sc. i.)
  18. La Beaumelle, natif d'un village près de Castres, prédicant quelque temps à Genève, précepteur chez M. de Boissy, puis réfugié à Copenhague. Chassé de ce pays, il alla à Gotha, où l'on vola la toilette d'une dame et ses dentelles; il s'enfuit avec la femme de chambre qui avait commis ce vol, ce qui est connu de toute la cour de Gotha. Il a été mis au cachot deux fois à Paris, ensuite en a été banni : et ce malheureux a trouvé enfin de la protection. C'est lui qui est l'auteur d'un mauvais petit ouvrage intitulé Mes Pensées, dans lequel il vomit les plus lâches injures contre presque tous les gens en place. C'est lui qui a falsifié les Lettres de madame de Maintenon, et les a fait imprimer avec les notes les plus scandaleuses et les plus calomnieuses. Il fît imprimer à Francfort, en quatre petits volumes, le Siècle de Louis XIV, qu'il falsifia et qu'il chargea de remarques, non-seulement rebutantes par la plus crasse ignorance, mais punissables pour les calomnies atroces répandues contre la maison royale et contre les plus illustres maisons du royaume. Tous ceux dont il est ici question ont écrit des volumes d'ordures contre celui qui daigne ici les faire connaître. Il y a des gens qui sont bien aises de voir insulter, calomnier, par des gredins, les hommes célèbres dans les arts. Ils leur disent : « N'y faites pas attention, laissez crier ces misérables, afin que nous ayons le plaisir de voir des gueux vous jeter de la boue. » Nous ne pensons pas ainsi; nous croyons qu'il faut punir les gueux quand ils sont insolents et fripons, et surtout quand ils ennuient. Ces anecdotes trop véritables se trouvent en vingt endroits, et doivent s'y trouver, comme des sentences affichées contre les malfaiteurs au coin de toutes les rues : « Oportet cognosci malos. » (Note de Voltaire, 1773.) — Les faits imputés ici à La Beaumelle sont rapportés avec plus de déveleppements dans d'autres écrits de Voltaire, notamment dans la XVIIe des Honnêtetés littéraires, et dans le Supplément au Siècle de Louis XIV, première partie, neuvième alinéa, (R.)
  19. Voyez la note de la page 138.
  20. Les harpies Céléno, Ocypète, et Aello, filles de Neptune et de la Terre, venaient manger tous les mets qu'on servait sur la table du roi de Thrace Phinée, et infectaient toute la maison. Zétès et Calais, fils de Borée, chassèrent ces harpies jusque vers les îles Strophades, près de la Grèce. Elles traitèrent Énée comme Phinée; mais Virgile eu fait des prophétesses : voilà de plaisantes créatures pour être inspirées de Dieu !
    Virginei volucrum vultus, Iredissima ventris
    Proluvies, uncæque manus, et pallida semper
    Ora famé.

    Elles se plaignent à Énée de ce qu'il veut leur faire la guerre pour quelques morceaux de bœuf, et lui prédisent que pour sa peine il sera contraint un jour de manger ses assiettes en Italie. Les amateurs des anciens disent que cette fiction est fort belle. (Note de Voltaire, 1764.) — Voyez Æneid., III, 316-318.