La Sœur du Soleil/Chapitre XXII

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DENTU & Cie (p. 293-305).


XXII


LE MIKADO


Kioto échappait donc au danger qu’elle avait couru ; le combat était terminé, les incendies s’éteignaient. La reine, qui avait été emportée par des mains criminelles, au moment où la ville était en proie à la confusion et à l’épouvante, fut ramenée par le prince de Nagato, à travers un peuple ivre de joie. Les maisons, si bien closes quelques heures auparavant, étaient ouvertes toutes grandes ; tout le monde sortait dans les rues ; les habitants causaient avec les soldats ; on roulait dehors des tonneaux de saké, on les effondrait, on chantait, on dansait. On s’était cru mort et l’on se retrouvait vivant. Il y avait de quoi être joyeux : des cris partaient d’une rue ou d’une place ; ils rebondissaient de bouche en bouche et bientôt toute la ville les répétait :

— Gloire au mikado !

— Mort à Hiéyas !

— Malédiction sur sa race !

— Bénédictions au général Yama-Kava !

— Louanges aux cavaliers du ciel !

— Et gloire au prince de Nagato à qui nous devons la victoire ! cria quelqu’un.

— Et qui nous ramène notre divine Kisaki, dit un autre.

Le prince en effet s’avançait, guidant le cheval qui portait la reine. La foule s’écartait, se prosternait devant elle avec un silence subit, qui, dès qu’elle était passée, cessait brusquement.

La reine avait tiré son voile sur son visage, d’une main elle en serrait les plis sur sa poitrine ; le cheval, couvert d’écume, sonfflait en marchant. Nagato le tenait par la bride, et se retournait quelquefois vers la reine, qui lui souriait derrière la gaze de son voile, tandis que tous les fronts touchaient le sol.

Ils atteignirent ainsi la forteresse de Nisio-Nosiro et franchirent ses remparts. Les cavaliers du ciel vinrent recevoir la Kisaki. Ses femmes étaient restées au palais d’été ; on lui demanda s’il fallait les aller quérir.

— Pourquoi ? dit-elle ; n’allons-nous pas retourner au palais ?

On n’osa pas lui répondre que le mikado, mal rassuré, refusait de quitter la forteresse et comptait n’en plus sortir.

Le Fils des dieux était exaspéré, la victoire n’avait calmé ni son épouvante ni sa colère. Lui, attaqué dans son palais ! non par des Mongols, non par des Chinois, par des Japonais ! Son peuple, c’est-à-dire ses esclaves, ceux qui n’étaient pas dignes de prononcer son nom, avaient eu l’audace inouïe de prendre les armes contre lui. Sa personne sacrée avait été contrainte, non seulement de marcher, mais de courir. Le mikado, celui dont un regard devait réduire un homme en cendre, s’était enfui blême de peur ; les plis rigides de ses robes de satin s’étaient dérangés ; il avait trébuché dans les flots des étoffes en courant à travers les rues. Qu’étaient devenus la majesté sacrée, le prestige divin du descendant des dieux, au milieu de cette aventure ?

Go-Mitsou-No, furieux, tremblant et stupéfait, ne fut pas tranquilisé par la victoire. Il ordonna de massacrer tous les soldats qui s’étaient soumis.

— Ils vont revenir contre moi, disait-il, tuez-les jusqu’au dernier.

— Nous les tuerons plus tard, osa lui répondre le ministre de la Main-Droite, l’un des plus hauts dignitaires du Daïri ; pour le moment ces dix mille hommes de renfort nous sont des plus nécessaires.

Alors le mikado s’écria :

— Qu’on m’amène Hiéyas, qu’on lui crève les yeux, qu’on lui arrache les entrailles, qu’on le coupe en morceaux !

— Plus tard, dit à son tour le ministre de la Main Gauche, Hiéyas est aujourd’hui hors de notre atteinte.

— Réunissez tous les guerriers, tous les princes, tous les ministres, s’écria alors le mikado, je veux leur dire ma volonté.

On n’avait rien à objecter. Mais la surprise était grande, le mikado ayant une volonté, manifestant le désir de faire un discours, une pareille chose ne s’était pas vue depuis que le général Yoritomo, sous le règne de Tsoutsi-Mikado, avait repoussé l’invasion des Mongols et reçu pour ce beau fait le titre de siogoun. Depuis ce temps les siogouns avaient régné au nom des mikados, qui jamais n’avaient songé à reprendre le sceptre, confié par eux à d’autres mains. Est-ce que le véritable maître se réveillait enfin de sa longue torpeur ? ? est-ce qu’il songeait à ressaisir le pouvoir et à gouverner lui-même son royaume ? Les ministres se regardaient les uns les autres, vaguement effrayés, quelques-uns d’entre eux favorisaient secrètement Hiéyas, d’autres étaient fidèles à la dynastie des mikados, mais ils manquaient d’énergie et craignaient toute révolte contre ceux qui étaient les maîtres de l’armée.

Mais puisqu’il prenait au fils des dieux la fantaisie de commander, on ne pouvait se dispenser d’obéir. On se hâta de réunir les seigneurs et les guerriers, dans la salle la plus vaste du château fort. Le mikado s’assit les jambes croisées sur une estrade, entourée d’une petite balustrade. On disposa les plis de ses robes autour de lui ; puis les seigneurs s’assirent à terre, tenant devant leur visage un écran étroit et long, afin de mettre un obstacle entre leur regard et la face du souverain.

Le prince de Nagato, Farou-So-Chan, qui était chef des cavaliers du ciel, Simabara, le général Yama-Kava, tous les ministres, tous les seigneurs étaient présents.

Go-Mitsou-No promena sur eux un regard courroucé, il enfla ses joues plus blêmes encore que de coutume, puis souffla bruyamment comme s’il eût voulu disperser des grains de poussière.

Enfin sa parole éclata, brusque, un peu larmoyante.

— Alors, dit-il, je ne suis plus le maître, je ne suis plus le représentant des dieux. On m’assiège, on m’outrage, on veut s’emparer de ma personne ! Je m’étonne que vous soyiez encore vivants. Qu’est-ce que tout cela veut dire ? C’est ainsi que l’on traite un dieu ? Je suis le mikado, c’est-à-dire le seigneur suprême, l’a-t-on oublié ? Je suis sur la terre pour le bien des hommes, quand je pourrais être dans ma famille, au ciel. Si les choses durent ainsi, je vous abandonne. Comment ! vous ne tremblez pas ? À quoi pensez-vous donc ? N’avez-vous pas pris garde aux signes de colère qu’ont donné mes célestes aïeux ? Souvenez-vous donc : il y a peu de temps, une montagne est sortie subitement de la mer, devant l’île de Fatsisio ; n’est-ce pas terrible ? n’est-ce pas là une marque du mécontentement que les hommes inspirent aux dieux ? Le sol s’agitera encore, et tout sera bouleversé. N’est-il pas tombé, quelques jours après que cette montagne était sortie de l’eau, une pluie de cheveux dans les environs d’Osaka ? N’est-ce pas là un signe de malheur ? Vous êtes donc sourds et aveugles ? Vous ne comprenez plus les menaces du ciel ? Vous êtes endurcis dans le crime ? Vous ne craignez rien, puisque vous ne tremblez pas sous le souffle de ma colère ?

— Nous sommes tes serviteurs fidèles, dit le ministre de la Main-Droite.

— Moi, Go-Mitsou-No, le cent dix-neuvième de ma race, reprit le mikado, on m’a insulté, et si la terre ne s’est pas fendue en quatre morceaux c’est uniquement parce que mes pieds posent encore à sa surface, elle a été épargnée à cause de moi. Oui, des hommes, mes sujets, sont venus au daïri, ils en ont forcé les portes, ils voulaient me prendre, faire prisonnier le fils des dieux ! et, pour leur échapper, j’ai dû fuir. Un mikado fuir devant des hommes ! la rage m’étouffe. Je vous plongerai dans l’obscurité, j’éteindrai le soleil, je renverserai les mers, et je ferai éclater la terre en mille pièces.

— Nous sommes tes esclaves soumis, dit le ministre de la Main-Gauche.

— Si vous êtes mes esclaves, obéissez-moi, s’écria le fils des dieux, j’ordonne que tout soit fini, que la guerre cesse, et que toute chose rentre dans l’ordre habituel.

— Seigneur divin ! maître de nos destinées ! dit le prince de Nagato, me permets-tu de parler en ta présence ?

— Parle, dit le mikado.

— Le monstre que l’on nomme Hiéyas, dit le prince, ne redoute rien et insulte les dieux ; pourtant si l’ordre que tu viens de donner, lui était signifié à la face du Japon tout entier, il serait contraint d’obéir et consentirait à la paix.

— Explique-toi, dit Go-Mitsou-No.

— C’est avec douleur que je constate, continua le prince, que, malgré les défaites nombreuses qu’il a essuyées, Hiéyas est encore le plus fort, ses partisans augmentent de jour en jour, mais ils diminueraient rapidement et bientôt tous l’abandonneraient si, ouvertement, il résistait à un ordre universellement connu, émanant du mikado.

— Cela n’est pas douteux, s’écriaient les ministres et les seigneurs.

— Que faut-il faire ? demanda le mikado, en s’adressant au prince de Nagato.

— Maître sublime, dit le prince, je suis d’avis qu’il faudrait envoyer dans toutes les villes, dans tous les bourgs, un héraut qui proclamerait ta volonté ; en même temps, adresser, à Fidé-Yori et à Hiéyas, une députation composée d’un grand nombre d’hommes, qui auraient pour mission de leur signifier qu’ils aient à faire cesser la guerre, que telle est ta volonté.

— On suivra ton conseil, dit le mikado, il est bon. Pour t’en remercier, je te donne le titre de Naï-daï-Tsin.

— Seigneur, s’écria le prince, je ne suis pas digne d’un tel honneur.

— Que l’on fasse partir promptement les envoyés, dit le mikado. Plus de guerre, le repos, la paix comme autrefois. Je me sens épuisé par toutes ces émotions, ajouta-t-il plus bas en s’adressant au premier ministre, je pourrais bien en mourir.

On se sépara bientôt.

En sortant du château, le prince de Nagato rencontra un messager qui le cherchait.

— D’où viens-tu ? demanda Ivakoura.

— De Nagato.

Alors le messager raconta tous les événements qui s’étaient accomplis dans la province : les batailles, la prise d’Hagui, la capture de Fatkoura par le seigneur de Toza.

— Comment ! s’écria Nagato, Fatkoura est entre les mains de ce misérable qui fait décapiter les princes. Je ne puis retarder un instant de plus ma vengeance. Je vais partir sur-le-champ, pour aller la délivrer et faire payer cher à cet infâme ses crimes et son impudence.

Le prince s’informa de sa petite troupe. Il voulait savoir ce que le combat du matin lui en avait laissé. Sur les deux cents matelots, quatre-vingts avait été tués, cinquante étaient blessés, soixante environ en état de se remettre en route.

Raïden avait eu le bras traversé d’une flèche, mais l’os n’avait pas été atteint ; le matelot s’était fait panser et prétendait ne plus rien sentir. Il supplia le prince de l’emmener.

— Le voyage me fera du bien, disait-il, d’ailleurs nous ne sommes plus que soixante, c’est peu pour prendre un royaume, et sur un si petit nombre un homme de plus ou de moins c’est quelque chose.

— Il me faut vingt mille hommes pour marcher contre Toza, dit le prince, je vais les demander au siogoun, tu vois que tu peux te permettre de te reposer.

— Me suis-je mal conduit, que tu veux m’éloigner de ta présence ? dit Raïden.

— Non, brave serviteur, dit le prince en souriant, viens si tu veux, tu t’arrêteras à Osaka si ta blessure te fait souffrir.

— Nous partons tout de suite ? demanda le matelot.

— Es-tu fou ! s’écria le prince, nous avons passé une rude nuit et une journée plus rude encore, tu es blessé et tu ne songes pas à prendre quelque repos ! Je t’avoue que si tu es infatigable, moi, qui suis par nature très-nonchalant, je me sens exténué.

— S’il est permis de dormir je dormirai de bon cœur, dit Raïden en riant, mais s’il avait fallu se remettre en route, j’aurais pu encore me tenir debout.

— Où est Loo ? demanda le prince, je l’ai perdu de vue dans la bataille.

— Il dort dans une maison du rivage, et si profondément que je pourrais le prendre et l’emporter sans qu’il s’en aperçoive. Ce jeune samourai a bien gagné son sommeil, il avait pris le fusil d’un de nos compagnons tombés et on m’a dit qu’il s’est battu comme un démon.

— Il est sans blessure ?

— Par bonheur, il n’a pas une égratignure.

— Eh bien, va le rejoindre et repose-toi ; demain, vers le milieu du jour, nous partirons.

Le lendemain, Nagato alla prendre congé de la Kisaki ; elle était retournée au palais d’été, il la vit au milieu de ses femmes.

— Tu quittes déjà cette ville, qui te doit la victoire, sans prendre le temps de te reposer ? s’écria-t-elle.

— Je m’éloigne le cœur serré, dit le prince, mais un devoir impérieux m’appelle ; il faut, avant que la paix soit signée, que je venge l’outrage fait à mon nom, que je sauve Fatkoura ma fiancée.

— Fatkoura est en danger ?

— Elle est la prisonnière du prince de Toza ; un messager m’a apporté hier cette nouvelle.

— De telles raisons ne souffrent pas de réplique, dit la reine ; hâte-toi d’aller châtier cet infâme, et que le dieu des batailles te soit propice.

Sa voix tremblait un peu en parlant ainsi ; il allait donc encore courir des dangers, exposer sa vie, mourir peut-être.

— Je me crois invincible, dit Nagato, une déesse toute-puissante me protège.

La Kisaki s’efforca de sourire.

— Puisses-tu triompher et revenir promptement dit-elle.

Le prince s’éloigna. Avant de quitter la salle il la regarda encore ; une singulière inquiétude lui glaçait le cœur.

— Chaque fois que je me sépare d’elle, il me semble que je ne dois plus la revoir, murmurait-il.

Elle le regardait aussi, troublée par la même angoisse ; elle appuyait sur ses lèvres le bout de l’éventail que le prince lui avait donné.

Il s’arracha de sa présence.

Le soir même, il arriva à Osaka et se rendit aussitôt chez le siogoun.

— C’est toi ! s’écria Fidé-Yori avec joie. Je n’espérais pas te revoir sitôt ; ta présence m’est un soulagement au milieu des ennuis qui m’accablent.

— Comment ! dit Ivakoura, nous sommes vainqueurs. Pourquoi es-tu triste ?

— Que dis-tu, ami ? Yoké-Moura, il est vrai, a chassé l’ennemi du village qu’il occupait près d’Osaka ; mais Harounaga vient d’être complètement battu en se reployant sur Yamasiro. Les deux tiers du royaume sont au pouvoir de notre ennemi.

— N’importe ! nous avons vaincu à Soumiossi ; nous avons jeté le désordre dans le camp de Hiéyas ; nous avons triomphé à Kioto, et le Fils des dieux, sortant un instant de sa torpeur, va ordonner aux deux partis de se réconcilier.

— Hiéyas refusera.

— Il ne peut pas refuser ; il ne peut pas se révolter ouvertement contre le mikado.

— Lui qui l’attaquait avec cette audace sacrilège !

— Il l’attaquait pour s’en rendre maître et lui dicter ses volontés. Le mikado prisonnier n’était plus rien ; le mikado libre, et ressaisissant pour un instant le pouvoir, est tout-puissant.

— Hiéyas m’imposera des conditions inacceptables. Son intérêt est de continuer la guerre.

— Néanmoins il sera contraint momentanément d’obéir, et ce qu’il nous faut surtout c’est quelques mois de répit.

— Certes, nous pourrions alors réunir toutes nos forces. Les communications ont été coupées, les armées des princes ne sont pas arrivées.

— Signenari et ses vingt mille hommes sont-ils toujours dans l’île d’Avadsi ? demanda le prince.

– Toujours, dit le siogoun, et le jeune général est au désespoir d’avoir été réduit à l’inaction.

— Je veux justement te demander de lui donner l’ordre d’entrer en campagne.

— Comment cela ?

— J’ai une injure personnelle à venger, je te conjure de me prêter cette armée.

— De quoi veux-tu te venger, ami ? dit le siogoun.

— D’un de ceux qui t’ont trahi, du prince de Toza. Il a attaqué mon royaume, saccagé ma forteresse, enlevé ma fiancée, et trompé par une ressemblance, il a cru me tenir, et lui refusant la mort des nobles il a tranché la tête à un de mes serviteurs.

— De telles choses en effet ne peuvent être lavées que par du sang, dit Fidé-Yori, je vais te donner un ordre pour Signenari, et je mets une jonque de guerre à ta disposition. Ne ménage pas cet infâme Toza, ce traître, envieux et lâche, indigne du rang qu’il occupe.

— Je ferai raser ses tours, brûler ses moissons, et je le tuerai comme on égorge un pourceau, dit le prince, en regrettant qu’il n’ait qu’une vie pour payer tous ses crimes.

— Puisses-tu réussir ! dit le siogoun. Hélas ! ajouta-t-il, je me réjouissais de te revoir, et tu arrives pour repartir ! Quelle solitude, quel vide autour de moi ! quelle tristesse ! C’est que j’ai le cœur rongé par un chagrin secret dont je ne puis parler. Un jour je te le confierai, cela me soulagera.

Le prince leva les yeux vers le siogoun ; il se souvenait que plusieurs fois déjà un aveu était monté jusqu’aux lèvres du roi, et qu’une sorte de sauvagerie et de pudeur l’y avait arrêté. Cette fois encore Fidé-Yori se troublait et détournait les yeux.

— Qu’est-ce donc ? se disait Nagato.

Puis il ajouta à haute voix :

— Je te promets de ne plus te quitter, une fois ma vengeance accomplie.

En sortant de l’appartement du siogoun, le prince de Nagato rencontra Yodogimi.

— Ah ! te voilà, beau vainqueur, lui dit-elle avec amertume, tu viens recueillir les louanges méritées par ta belle conduite.

— C’est seulement, tombant de tes lèvres charmantes, qu’une louange me serait douce, dit le prince en s’inclinant avec une politesse un peu outrée, mais elles n’ont pour moi que des paroles rudes et méprisantes.

— Si nous sommes ennemis, c’est que tu l’as voulu, dit Yodogimi.

— J’ai toujours désiré ne pas te déplaire, mais mon peu de mérite m’a trahi. Tu m’as déclaré la guerre, cependant je ne l’ai pas acceptée et je suis resté ton esclave.

— Un esclave très peu humble et qui attire sur lui toute la lumière, ne permettant à personne de briller à côté de lui.

— Suis-je vraiment si resplendissant ? dit le prince. Voici que malgré toi tu laisses échapper les louanges que tu me refusais.

— Cesse de railler ! s’écria Yodogimi, je suis bien aise de te le dire, tandis que tout le monde t’aime et t’acclame, moi, je te hais.

— Elle ne me pardonne pas la défaite de Harounaga, murmura le prince.

Yodogimi s’éloigna en jetant à Nagato un regard plein de colère. Autrefois, la belle princesse avait aimé secrètement Ivakoura ; le prince n’avait pas voulu voir cet amour ; de là la haine dont Yodogimi le poursuivait.

Nagato sortit du palais, quelques heures plus tard il s’embarqua, et fit voile pour l’île d’Avadsi.