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La Science du Bien et du Mal

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Découverte de la non-violence Science et non-violence Le Chemin de sortie





Seconde Conférence du 19 octobre 1977
La Science du Bien et du Mal
Traduction Yann Forget, 1993


Prenons notre proposition d’hier. J’espère que vous vous souvenez ce que nous avons découvert à propos de la révélation de la condition humaine, qui est, d’après la Bible, le péché originel, et dans la tradition hindoue, avidya, l’ignorance. Celle-ci affirme que l’ignorance, avidya, est le point où nous débutons tous. Tant que nous n’entrons pas dans des exercices et dans la conversion, nous restons ignorants. Quelques soient les études que nous pouvons faire et les diplômes que nous pouvons obtenir à l’université nous restons ignorants. La tradition hindoue ne l’explique pas. Le fait est simplement noté. Je ne dis pas que l’histoire biblique est une explication. C’est juste une illustration, mais elle est très intéressante. Il est aussi très remarquable que tant de gens l’ignorent.

Pourquoi les experts de sociologie et d’économie ne résolvent jamais les problèmes sociaux et économiques ? Pourquoi parlent-ils toujours en l’air ? Pourquoi les Utopistes inventent des sociétés qui sont impossibles ? Simplement parce qu’ils ignorent leur propre ignorance. Ils ne connaissent pas le péché originel. Chaque fois que j’en parle, je trouve toujours quelqu’un qui finit par dire : « Mais le péché originel, je ne sais pas ce que ça veut dire et je n’y crois pas. » Je lui dit : « Mon ami, vous êtes comme un poisson. » J’ai un ami parmi les poissons, et c’est un excellent ami. Mais la conversation est difficile avec un poisson, J’ai donc crû avoir trouvé un bon sujet de conversation en parlant de l’eau à ce poisson. Il m’a regardé avec un œil de poisson, il a ouvert sa bouche de poisson, et m’a dit dans son langage de poisson : « L’eau ? Je n’ai jamais vu d’eau. Apporte-moi un peu d’eau. » Et c’est ainsi. Nous sommes si submergés, nous nageons si aisément dans le péché que nous ne remarquons pas que nous sommes dedans. Nous ne savons pas ce que c’est. Voici ce qu’est l’esprit de jouissance, de profit et de pouvoir, qui libère l’avidité pour le pouvoir : la science du bien et du mal. Pas seulement du mal, non ! Non ! Du bien et du mal ! Du mal à travers le bien et du bien à travers le mal ; du mensonge à travers la vérité, et de la vérité au travers du mensonge. C’est la science de la laideur acquise à travers la beauté, et de la beauté à travers la laideur. Je reçois pour moi à travers les autres, et pour les autres à travers moi-même. Ainsi, l’unité est perdue. Ceci étant, la vérité est perdue avant l’unité. L’esprit devient sourd et aveugle. Nous ne pouvons rien voir. Nous avançons dans la dualité. Nous allons touchant à droite et à gauche, Nous essayons d’obtenir quelque chose, et la vision de Dieu est perdue. Nous allons vers Lui avec l’obscure et insouciante connaissance du poisson.

La science du bien et du mal, nous en sommes tous pourvus depuis l’origine. Voyez le bébé dans son berceau, le petit fils d’Adam. Que possède-t-il ? De quels moyens dispose-t-il ? Juste un seul, il hurle. Si vous hurlez un peu, vous obtenez quelque chose. Si vous hurlez un peu plus, vous obtenez plus. Vous hurlez tout le temps, toute la famille est indisposée. Mais d’où tient-il cette science ? Qui l’a instruit ? Elle lui vient d’Adam. Plus tard, bien sûr, sa mère lui a appris quelques éléments de science, de bon et de mauvais, à dire « Bonjour Madame », « Comment allez-vous ? », « Merci beaucoup ». Et quelques bonnes manières qui apportent de bonnes choses et éloignent les mauvaises. Et ensuite le père, les bons parents l’envoient à l’école. Pourquoi à l’école ? Ah ! Pour apprendre toutes sortes de fructueuses sciences, et pour apprendre les éléments de la science du bien et du mal. Car quand vous allez à l’école, vous obtenez un diplôme, et vous pouvez ainsi atteindre une bonne situation dans la vie. Qu’est-ce qu’une bonne situation ? C’est celle où vous travaillez très peu et où vous gagnez beaucoup. Les autres travaillent pour vous. C’est le bon côté de la position. Et bien sûr, personne ne peut le contester. C’est clair et net. Un homme muni de la connaissance du bien et du mal peut faire son profit de tout et de rien s’il est intelligent, s’il a des cheveux frisés, s’il est un beau jeune homme comme je le suis, s’il a une bonne famille et une bonne éducation, morale, religieuse et philosophique. Vous connaissez cela ! Vous vous faites un chemin dans le monde, en société. Vous pouvez vous débrouiller, faire un brillant mariage, faire de la politique Vous pouvez faire n’importe quoi, mais la chose importante est de ne pas travailler, de ne pas se fatiguer, et spécialement de ne pas suer !

Quand on a dit à Adam, qu’à cause du péché, il devait gagner son pain à la sueur de son front, il n’était pas très avancé dans la science du bien et du mal. Il a pris une bêche et a commencé à creuser stupidement comme un sous-développé. Et la pauvre Eve a commencé à filer avec un morceau de bois. Ils n’étaient pas très développés. Mais les descendants d’Adam se sont dits : « Nous gagnerons notre pain à la sueur du front de quelqu’un d’autre. » Ainsi fut fait, et ils fondèrent une société. Vous devez le savoir, vous qui étudiez les sciences sociales, les sciences qui expliquent le fonctionnement de la société, qui est fondée sur le péché originel, commun à tous les hommes, commun au bon et au mauvais, au stupide et à l’intelligent, à tout le monde, à vous et à moi. N’oubliez jamais cela. Ainsi ils se sont installés tous ensemble. Même si vous êtes très jeunes, vous n’êtes pas assez naïfs pour croire que nous nous rassemblons par millions parce que nous nous aimons les uns les autres et parce que nous souhaitons faire du bien à tout le monde. Non, chers amis ! Non, ce n’est pas ainsi ! Nous sommes rassemblés pour jouer ensemble au grand jeu de la société, le grand jeu sur lequel la société est fondée, le jeu du profit mutuel. Et ne croyez pas que vous êtes doués pour la science du bien et du mal si vous volez votre voisin. Vous ne devez pas voler. Vous ne devez pas prendre votre art pour un travail manuel où vous gagnez quelques roupies dans la poche de votre voisin. Non, ne volez pas, mais ouvrez une boutique, un commerce, de préférence international. Installez une industrie : c’est un bon piège où vous pouvez prendre tous les pauvres. Ils tombent dedans comme des mouches. Organisez quelque chose, faites quelque chose, des discours, n’importe quoi, mais essayez de ne pas travailler, et spécialement de ne pas suer !

Comment pouvons-nous définir une personne civilisée ? C’est une personne qui a trouvé le moyen de ne pas travailler et qui a mis les autres au travail. Et bien sûr, la grande affaire d’une nation civilisée est d’en trouver une autre. Aux temps des tribus, l’autre n’était pas difficile à trouver. Vous vous rendiez sur l’autre côté de la rivière avec des armes. Ne tuez personne, ne mettez pas le feu à tout, ce serait simplement de la sauvagerie, pas de la civilisation ! Nous sommes civilisés, nous avons une morale, nous ne tuons personne. Nous emmenons les prisonniers chez nous. Nous les nourrissons, nous les marions, et nous les mettons au travail à notre place. Nous sommes les seigneurs, les vainqueurs, les gens bien-comme-il-faut. Toutes les bonnes choses de la vie viennent facilement à nous. Nous devons aller aux jeux, faire du sport, courir après les autres, les écraser et les mettre en esclavage. Mais ensuite, avec les progrès de la civilisation, nous découvrons qu’il n’est pas utile d’aller chercher des esclaves si loin. Ce n’est pas nécessaire. Vous pouvez faire un esclave de n’importe qui, même d’un frère ou d’un cousin. Il n’a rien ; vous avez tout. Vous avez la terre, vous avez les maisons, mais lui n’a rien. Il n’a rien à vendre et à offrir sauf lui-même. Les anciens esclaves étaient vendus, mais les nouveaux esclaves se vendent eux-mêmes à l’heure et à la journée. Vous les payez juste assez pour qu’ils puissent manger, qu’ils gardent une bonne santé et la force, et vous les mettez au travail. Ils font tout ce que vous voulez qu’ils fassent. De toute façon, vous leur imposez votre volonté. Vous êtes strictement dans la légalité. Vous êtes même leur bienfaiteur. Car si vous ne les employez pas, ils devrons mendier ou ils mourront sur les routes et dans la rue,

Ainsi, si vous êtes un expert dans la science du bien et du mal, vous faites beaucoup de bien aux gens, ... et à vous-même bien sûr ! Une bonne loi est l’art de transformer de mauvaises intentions en bons résultats. Obtenez de bons résultats avec de mauvaises intentions , plutôt mauvaises, à moitié mauvaises, mais des intentions pleines du péché. Vous devez réellement jouer le jeu du profit mutuel. La règle de ce jeu est très claire pour tout le monde : vous devez donner le moins possible et obtenir le plus possible. N’allez pas vous emparer et prendre ! Non, vous donnez et vous prenez. Vous donnez, vous prenez et vous souriez toujours. Vous rencontrez des gens qui vous invitent à de grands dîners quand vous les bernez. Ils pensent que cela montre leur réussite. Vous connaissez le monde des affaires, des aptitudes financières, de l’économie. Quelle belle économie ! Bien sûr, quelques problèmes économiques apparaissent, mais aussitôt qu’ils surgissent, il n’y a plus d’économie. Ces problèmes n’ont pas de solutions, car l’économie signifie étymologiquement la bonne manière de gérer la maison. Si la maison est bien gérée, il n’y a pas de problèmes. Si vous ne pouvez résoudre les problèmes, la maison s’écroule. C’est ainsi. Il vaut mieux faire l’économie du problème. Nous verrons demain comment nous pouvons faire l’économie du problème. N’essayez pas de résoudre les problèmes. Vous ne le pouvez pas. Alors n’ayez pas de problèmes. Ainsi ils seront résolus. Comment animer et garder votre maison en ordre ?

Examinons ces trois plans de la science, ces trois chapitres de la science du bien et du mal. Le premier pas, la première tendance, la première direction du bien est le plaisir. Le mal est mauvais, mais le plaisir est une bonne chose, un don de la nature à tous les animaux et à tous les hommes, car il nous montre le chemin de la vie vers plus de vie. C’est un bon simulateur pour vivre. Mais la douleur est aussi une bonne chose, c’est aussi un don qui nous avertit contre ce qui est mortel, contre ce qui est dangereux et mortel. Si nous ne ressentions pas de douleur, nous laisserions nos pieds dans le feu, et nous ne nous apercevrions pas que nous nous brûlons. La douleur sert à guider tous les animaux dans leur vie, comme l’aiguille de la boussole sert à nous indiquer le nord. Mais la science du bien et du mal a bloqué l’aiguille sur le plaisir. L’homme civilisé essaiera d’aller d’un plaisir à un autre, sautant habilement par dessus la douleur ou la fatigue qui sont liées avec ce plaisir. Nous allons de plaisir en plaisir, vers toujours plus de plaisir, nous nous réjouissons, toujours et encore, sans ressentir aucune douleur. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de préjudice. Cela veut dire que le tort est caché et que la douleur vient sous la forme de la maladie et de la fatigue. Un homme de plaisir se tue lui-même car il ne prend pas en compte la vie. Vous n’obtiendrez que ce résultat, car dans la science du bien et du mal, vous irez toujours vers le bien et vous obtiendrez toujours le mal. Le mal vient, frappant par derrière ; c’est ainsi. Vous voyez d’où vient le plaisir. Vos besoins sont satisfaits. Quand vous avez soif, vous prenez un verre d’eau fraîche. Quelle sensation délicieuse ! Mais quand le verre est vide, c’est fini. Quel dommage Mais nous inventerons une boisson de feu qui nous assoiffe plus qu’avant. Vous serez dans un état de vague extrême. Toute votre tristesse a disparu. Charmant ! Quelle belle invention ! Et les résultats, vous les connaissez.

Vous pensez donc, tous les animaux trouvent leur nourriture, mais pourquoi Dieu a-t-il dit à Adam : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. » Pourquoi ? Car, voyez-vous, mangez-vous de l’herbe ? Non, je n’aime pas ça. Même si je prends quelques herbes, non. Nous prendrons et nous mettrons un peu de sel, un peu de poivre, quelques piments. Et ce serait assez. Mais nous voulons manger des fruits hors saison en toutes saisons. Mais dans notre ferme, nous travaillons dur.

Nous produisons ce dont nous avons besoin, et cela nous suffit. Je ne parle pas d’amour. Non, ne parlons pas de cela, bien que ce soit un sujet à la mode. Ils ont inventé tout et son contraire, et ainsi de suite. Ce ne sont que des instincts naturels. Ils sont tous passionnés par l’artifice et l’enflure, cela devient des affaires énormes et des problèmes insolubles.

Le besoin de dormir est aisément satisfait. Quand un chien est fatigué, il se couche là où il est et il dort. Mais nous sommes plein de science. Nous inventerons donc une machine avec des ressorts, des matelas et des couvertures, et des murs autour, et des fenêtres et des volets, et un mur avec un portail tout autour du jardin, et quelques serviteurs, bien sûr, pour garder tout ça propre. Avec ça, je suis sûr que vous dormirez. Nous inventons toutes les facilités pour dormir, pour éviter toute peine, pour ne pas souffler sur le feu, l’allumer et pour ne pas déplacer notre nourriture et nos genoux, pour aller d’une place à une autre, ou pour grimper à l’étage. Ainsi apparaissent les machines et les objets de toutes sortes. Pendant ce temps, des millions d’esclaves travaillent pour vous, au milieu de la fumée, du bruit et des odeurs. Tandis que vous êtes assis dans votre voiture, appuyant sur la pédale et atteignant les cent kilomètres à l’heure Et les autres sont Oh ! C’est ainsi que, naturellement, l’homme avec la science du bien et du mal, c’est monsieur-tout-le-monde.

Quelques professeurs malicieux vont voir les esclaves et stimulent en eux la science du bien et du mal. Ils apportent des questions pour les autres, mais jamais pour eux-mêmes : pourquoi devons-nous travailler pendant qu’ils en profitent ? Nous sommes les plus nombreux après tout. Si nous nous arrêtons de travailler, ils n’auront plus rien. Nous nous arrêterons juste de travailler, et nous verrons ce qu’ils font. Mais ce n’est pas possible. Nous ne pouvons rester sans travailler. Nous mourrions de faim. Que ferons-nous ? Que faisons nous tout le temps ? Nous, les ouvriers, les pauvres. Nous ne travaillons pas seulement pour tous ceux qui ne travaillent pas. Dans ce système vicieux où le travail du monde entier est sur nos épaules, nous travaillons aussi pour sortir de l’enfer du travail manuel, et pour en faire sortir notre fils. Nous l’enverrons à l’école, puis à l’université. Il deviendra quelqu’un, un gentleman avec un stylo et des lunettes. Et le malicieux grimpera socialement, une ascension sans escalier. Vous avez juste les épaules de l’homme qui est au-dessus, et les pieds de celui qui est en dessous. Vous tirez et vous grimpez jusqu’à ce que quelqu’un vous attrape par le pied et vous fasse tomber de l’autre côté. C’est très bien, très très bien. Voilà ce qu’est l’économie, où tous les vaincus sont en bas, grimpant et tirant, sous haute pression et bonne chaleur. Personne ne peut rester là et y faire son lit. Non, on doit essayer d’en sortir. Tout ça est très bien. La machine sociale fonctionne, la roue tourne, Elle produit. Et même le dernier des derniers obtient quelques petites gouttes. Il garde toujours l’espoir de pouvoir grimper, d’atteindre le sommet. Chacun essaie de profiter de son voisin, pour avoir le meilleur et lui laisser le moins possible. Tous tirent les ficelles. Vous pouvez ainsi croiser les fils de la société pour avoir un bon tissu. Avec ces intentions de profit, vous pouvez faire beaucoup de bien à votre voisin, établissant une société de bénéficiaires car le monde continue à fonctionner malgré tout. Mais une malicieuse personne va exciter ces esclaves. Ainsi, se disent-ils, nous sommes stupides d’essayer de sortir de là un par un. Essayons d’en sortir tous ensemble en un jour. Nous pousserons tous ensemble, ce qui donne kranti, kranti, kranti,... une révolution, et non shanti, shanti, shanti, la paix. Voilà que la roue a tourné. Bien sûr, si elle a tourné une fois, elle tournera à nouveau. C’est pourquoi les révolutionnaires ne comprennent rien.

En Russie ou en Chine, ils rêvent maintenant de la Grande Révolution française du début du siècle dernier. Ils crient « Liberté, liberté, je serai libre, nous le serons ». Car la roue tourne. Voilà comment les guerres civiles viennent du péché originel, et non de la haine, ni des mauvais sentiments, ni du sens de la justice, ni de la défense du pauvre, ni des bonnes intentions. Très morales, bien sûr. Vous tuez beaucoup de gens, mais très moralement, avec d’excellentes intentions et certainement un grand amour de l’humanité. Avez-vous rencontré de grands humanistes ? J’en ai rencontrés. Pour eux, l’humanité est une déesse avec de si belles formes qu’ils sont en adoration devant elle. Mais quand ils trouvent de si misérables exemples d’humanité comme vous et moi, ils ne les aiment pas. Non, non ! Ni l’épouse, ni le serviteur, ni le fils, ni vous, ni moi ! Non, ils n’aiment pas les êtres humains. Ils les haïssent tous. Ils les méprisent tous et ils les tuent très facilement, très très facilement. Avec des sentiments humanitaires, vous pouvez avoir beaucoup de meurtres, des meurtres très moraux bien sûr. C’est le monde des affaires, l’esprit du monde, le cerveau du monde, le deuxième étage de la science du bien et du mal.

Il y a le troisième étage, le pouvoir, le cœur de tous les désirs. Si vous êtes riche, vous avez un droit sur les choses, et bien sûr, indirectement, sur l’homme qui a besoin de ces choses ou qui les convoite, mais seulement indirectement. Ainsi la richesse n’est pas complètement satisfaisante. Mais quand vous avez le pouvoir, vous avez un droit direct sur les gens, et bien sûr, un droit direct sur tout ce que les gens font et sur tout ce qu’ils ont. Si cet homme ne me plaît pas, il est un homme mort. Si cette fille me plaît et qu’elle vient, c’est satisfaisant. Quand vous avez le pouvoir, vous avez aussi le pouvoir d’en abuser. Et vous en abusez même sans vous en apercevoir, avec la complicité de tout le monde, car vous êtes entouré par toutes sortes de gens qui vous disent : « Faites cela. Battez-vous. Ecrasez-les. Enfoncez-les tous. » Ils trouvent toujours que vous êtes trop bon. Et naturellement, si vous avez le pouvoir, vous trouvez toujours devant vous un autre pouvoir aussi grand, ou même plus grand. Pouvoir, oh ! Vous vous sentez intérieurement irrité, Vous voulez l’abattre. Vous trouvez toujours quelqu’un contre vous. Tous ont essayé depuis le temps des Syriens, d’avoir le pouvoir sur le monde. Les Romains, Napoléon, puis Hitler ont essayé de contrôler le monde. Et les Chinois, et les Britanniques ont voulu conquérir le monde. Mais ils n’ont jamais réussi. Es sont toujours deux, parce qu’ils ne sont pas capables d’unité. Les empires s’unissent seulement par la haine ou la peur d’un autre empire. Pour vivre, une nation doit avoir un ennemi qui la rassemble. Que serait l’utilité d’une armée et d’un gouvernement, si vous n’aviez pas d’ennemi ? Contrairement à la logique, l’amour de la patrie n’implique pas l’amour d’un compatriote. Qu’ils vivent juste ensemble en paix et vous verrez comment ils se cognent le nez en toute conscience. Mais vient l’ennemi aux frontières, nous aimons soudainement tous nos compatriotes, pas d’amour, mais par devoir et à cause de la forte nécessité de tuer tous les ennemis de la mère patrie. C’est l’amour tourné sens dessus dessous. Car c’est la science du bien et du mal, et pas seulement du mal. La défense de la patrie est bien sûr une noble tâche. Et toutes sortes de vertus viennent de la guerre : la bravoure, le courage, le sacrifice de soi, ... Magnifique !

Généralement, nous n’allons pas à la guerre pour être tué. Nous essayons de tuer les autres. Je dois reconnaître que nous devenons un héros si nous sommes tués. Nous saluons les héros parce qu’ils sont tués. Vous voyez que nous sommes des animaux un peu sociaux, mais pas autant que les fourmis et les abeilles. Dans les sociétés des animaux réellement sociaux, le chef est le roi ou la reine de cette société. Il est marqué dans son corps par la nature qui ne peut être discutée. La mère est celle qui crée. Vous ne pouvez faire sans elle. Mais aucune marque sur notre corps nous dit que nous sommes rois ou présidents par nature. Le roi est de sang bleu, car le sang rouge est pour le peuple, bien sûr. Le sang bleu vous donne le droit. Tout le monde peut devenir président ou essaie de le devenir. Car il a l’épée et sait comment la manier. Le pouvoir s’obtient toujours par une lutte, Dans les pays où l’on ne rivalise pas pour être plus riche que son voisin, règne la chasse au pouvoir pour passer devant lui. Regardez en Chine ou en Russie. Bien sûr, grâce au pouvoir, vous avez les richesses, c’est clair. Dans une société sans classes, nous serions tous égaux mais personne ne veut être égal. Vous essayez d’égaler les autres, bien sûr. Il y a ceux qui sont égalés, et ceux qui égalent les autres. Et ceux qui égalent les autres ne sont pas égaux aux autres.

Vous pouvez comparer les statuts, le niveau de vie du président de la République Soviétique avec celui du dernier des ouvriers des usines et vous verrez ce que signifie l’égalité. Belle égalité, car le péché est là, Vous tournez de cette façon ou de celle-là, le péché est toujours là. Il produit toujours les mêmes résultats. Il s’introduit lui-même dans son contraire. Contre le péché, qu’avez-vous ? La religion Quelle est l’essence de la religion ? Le sacrifice ! L’adoration de Dieu L’amour de votre voisin ! de votre serviteur et de votre frère ! Mais la religion elle-même vient à la société. Elle requiert de nombreux biens et de belles décorations. Nous voyons ici comment toute notre société est construite sur le péché, et comment aller contre le péché.

Chers amis, je pense que vous êtes très affligés. J’en suis désolé. Je suis moi-même très tourmenté et quelque peu désespéré. Pourquoi cela aurait-il un sens de tourmenter les gens ? En toute conscience, ils trouveront toujours une raison pleine d’excuses, pour passer devant le voisin pour prendre la première place, pour accumuler des biens, pour exploiter leurs frères. Et ainsi va le monde. Le Prince de ce monde, comme dit l’Evangile de Dieu, a deux cornes : les richesses et le pouvoir. La plupart savent ce qu’est le plaisir. Le Prince de ce monde est allé dans le désert offrir au Christ de régner sur le monde s’il s’agenouillait devant lui. « Je te donnerais ces royaumes car il m’appartiennent tous », dit l’Evangile. Bien sûr le Démon est un menteur, mais le Christ ne lui dit pas, « Tu mens ». Non, il refuse le don. Il ne veut pas de cette sorte de pouvoir. Il ne veut pas être sous le pouvoir du Prince de ce monde. Il ne veut pas accumuler de richesses, et il dit : « Même un renard a un trou pour mettre sa petite famille, même les oiseaux ont un nid, mais le Fils de l’homme n’a même pas une pierre pour poser sa tête quand H dort. » Il n’a rien. Et de cette façon, nous avons des gens qui refusent les richesses, refusent le pouvoir, refusent de profiter des autres. Ils se demandent comment ils peuvent prendre le moins et donner le plus.

Bien sûr, le moins, vous devez le prendre. Je dois vivre, je dois manger, je dois m’habiller, j’ai besoin d’un toit, spécialement quand a pleut et quand il fait froid. Mais quand j’ai cela et les outils pour faire toutes ces choses, cela me suffit. Je ne perds pas mon temps à amasser des objets, Je ne me laisse pas écraser par des quantités de choses qui s’entassent. Je ne suis pas contrarié si je perds quelque chose dont je n’ai pas l’usage. Voilà ce qu’on appelle la conversion, qui est un retournement, une permutation entre l’extérieur et l’intérieur. J’ai moi-même tourné tout ceci à l’envers pour sortir du péché originel. Quel est le contraire du péché ? L’amour. Quel est le contraire du péché ? Le sacrifice. Quel est le contraire du péché ? Fais et n’aie aucun regard pour le fruit de l’action. Que dit votre Gîta ? Fais, mais le fruit ne t’appartient pas. Ne t’en soucie pas et il viendra. Ne fais rien pour l’obtenir, il viendra si tu ne le cherche pas. Tout te sera donné si tu es prêt à tout donner. Je suppose que quelques-uns d’entre vous ont, comme moi, fait l’expérience de partir à l’aventure sans rien emporter. Rien ne m’a jamais manqué. J’ai toujours trouvé des gens qui m’ont invité. Allez dans une ferme et demandez un morceau de pain, il ne vous sera pas refusé. Personne ne vous refusera un verre d’eau. Si vous demandez : « N’avez-vous pas du travail ? », on vous dira : « Mais certainement. Nous avons du travail. Nous avons plein de travail. » On vous donnera à manger et vous vivrez comme des oiseaux. Ils ne mettent pas de grains dans leur nid et n’accumulent rien. Ils s’envolent au loin.

Chers amis, nous traiterons demain du moyen d’en sortir. Nous verrons le chemin de sortie des Chrétiens et de Gandhi.