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La Tunique de Nessus/1

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 7-20).

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LA TUNIQUE DE NESSUS




I

Il y avait un peu plus d’un an qu’Irène et Stanislas Breffer étaient venus s’installer à S…, leur ville natale, dans une vaste maison achetée de leurs deniers, après leur résolution subite de renoncer, Irène, à la haute courtisannerie où elle brillait sous le nom de Léna de Mauregard, Stanislas à sa maison de coulisse où il commençait à se créer une jolie fortune, pour ne plus vivre que de leur amour en se laissant béatement porter par les années.

Un an et quelques jours, une éternité !

Luxueusement aménagés, pourvus de très bonnes et très solides rentes, abonnés à tous les principaux journaux et revues de Paris, ils avaient sincèrement, loyalement, amoureusement essayé de s’embourgeoiser, de s’assouplir à cette existence de petite ville, où ils pouvaient trôner, entourés de leur famille, évitant de courir les fêtes locales par une prudence instinctive afin qu’un hasard imprévu ne révélât rien de leur passé, s’en tenant aux seules réunions de leurs parents et de quelques intimes.

Cinq mois durant, ils se firent illusion. Pour ne pas succomber à l’inévitable monotonie, ils s’accordèrent licence dans leurs goûts, Irène se bourrant de lecture et de musique ; Stanislas, de parlottes et de manilles au Café de la Comète pour se voir aux repas, se retrouver le soir sur les dix heures, s’aimer en bons époux, conjugalement, dans la stricte ordonnance de la manœuvre visant à la procréation.

Ils s’aimaient, ils le savaient, le sentaient ; ils voulaient noyer hier pour que demain, dégagé de toute compromission, fut bien l’expression de leur seule tendresse.

Une cuisinière, habile et réputée, prise dans le pays, s’occupait de leur confectionner de succulents déjeûners et dîners ; une fillette de seize ans et demi, la nièce du concierge de leur château d’Ecofleur, jolie et fine enfant nommée Annina, était exclusivement réservée au service d’Irène et servait à table ; une troisième fille, une forte gaillarde se voyait chargée des chambres et du gros ouvrage.

Les jours coulaient sans ennuis et sans difficultés, Irène se tenant au courant des évènements par les journaux qu’elle lisait avec attention, s’intéressant au succès de celles qui furent ses rivales ou ses amies dans le beau ciel de la galanterie parisienne. Stanislas n’abandonnant pas l’expérience acquise dans les affaires de bourse et se renseignant sur les moindres mouvements financiers par une correspondance très active avec l’acheteur de sa maison de coulisse.

On avait gardé, à tout évènement, le superbe hôtel d’Irène avec tout son mobilier, en le laissant sous la surveillance de la femme de chambre Mirette, avec un portier et deux domestiques choisis par Mirette, toute dévouée de cœur et d’âme à sa maîtresse.

Cette vie d’insouciance et de calme, après tant d’ambition et d’agitation, convenait-elle aux deux époux ? Cinq mois ils la vécurent religieusement, toujours empressés l’un auprès de l’autre, toujours cantonnés dans leur rôle officiel de riches propriétaires et de rentiers, affables avec tous, généreux avec les malheureux.

Un matin, après le cinquième mois, Stanislas décida de faire de la bicyclette ; Irène eut le même désir et les deux époux éprouvèrent une première fièvre à apprendre, à commander des costumes de genre pour excursionner ensemble dans les environs et au loin.

Une transformation s’opéra dans leurs habitudes : Irène négligea la lecture des romans, Stanislas sa promenade du matin et enfin, par un beau jour de mai, les deux époux résolurent d’effectuer une sortie jusqu’à un bois situé à huit kilomètres de S…

Avec des yeux ahuris, légèrement papillotards, les braves habitants de S… virent partir M. et Mme Breffer ; celle-ci vêtue d’un corsage pinçant la taille, avec une jupette ne descendant guère plus bas que les genoux, exhibant les mollets sous des bas noirs, répondant avec grâce et un fin sourire au salut des admirateurs promptement ramassés sur leur passage.

Irène et Stanislas, traversant la ville, allaient lentement pour s’habituer au roulement de la machine ; il fut donné à tout le pays oisif de se repaître de la vue des beaux mollets de Mme Breffer, de sa jolie tête malicieuse sous le béret qu’elle portait très crânement.

Suivis de la curiosité publique sur leur route, tantôt à côté l’un de l’autre, tantôt Stanislas un peu en arrière de sa femme pour se trouver plus à même de l’assister contre tout accident, ils riaient et s’amusaient comme des enfants et Irène épanouie, se secouant de l’assoupissement qui commençait de voiler sa beauté, s’écria :

— Ah, Stani, avons-nous été nigauds de ne pas penser plus tôt à cette distraction !

— Elle vient à l’heure opportune.

— Vraiment, monsieur le raisonneur, et pour quel motif ?

— Il fallait s’acclimater à la ville, pour ensuite mieux déguster le bonheur des champs, ajoute que le temps est beau depuis très peu de jours.

— Il me semble que toute la vie j’ai couru ainsi, et toi ?

— Pareillement, belle chérie.

Il roulait avec plus d’obstination derrière Irène. Devina-t-elle qu’il l’étudiait, l’examinait dans sa tenue légère, l’admirant et caressant peut-être des idées polissonnes, envolées depuis leur départ de Paris, elle se retourna, lui sourit et dit :

— Es-tu comme tous ces badauds à regarder mes mollets ? On t’en parlera ce soir au café, tu verras.

— Au café, je ne sais pas trop si j’irai.

Elle éclata de rire.

— Pourquoi n’irais-tu pas, Stani : ne change pas tes habitudes, voilà le meilleur moyen de ne jamais soulever un regret, un repentir.

— Bah, une fois par hasard !

— Que te prend-t-il de chercher une exception ?

Elle s’amusa à gaminer, lisant dans son cœur les impressions qui s’y succédaient. Il se rapprocha et murmura :

— Ces badauds, en s’extasiant devant tes mollets, y ont rappelé mon attention un peu trop négligente, depuis notre installation à S…

— Ah bah, toi aussi tu les regardes ! Tu te tiens en arrière à cause de ta contemplation, mauvais sujet de mari ! Avec ça que tu ne les connais pas sur toute leur contournure.

— Dame, mon ange, avec notre amour à la bourgeoise, on oublie les jolies choses qu’on aimait à voir et à embrasser.

— Chut, Monsieur le débauché, voulez-vous bien vous taire et revenir aux sentiments d’un bon, honnête et pudébond citoyen de la très décente et très vertueuse République.

Le chemin fuyait sous les pédales et ils arrivèrent au bois ; après quelques nouveaux tours de bicyclette, Stanislas s’arrêta devant un sentier qui s’enfonçait sous les arbres et dit :

— Si on se reposait quelques minutes et si on rêvait au ciel, au paradis !

Elle sauta à terre, approuvant de la sorte la proposition de son mari et, tenant à la main leur machine, sans mot dire, ils marchèrent dans le sentier une centaine de pas, aperçurent une clairière, la traversèrent pour s’arrêter à une seconde qui suivait, plus petite et plus discrète.

Ils appuyèrent les machines contre des arbres et Irène, remarquant une pelouse inclinée, vint s’asseoir sur un tronc, tandis que Stanislas s’allongeait sur le côté, tout près d’elle, un peu en contre-bas par la pente de la pelouse.

Ils ne parlaient plus et tout-à-coup Stanislas qui avait insensiblement rapproché le buste des pieds de sa femme, souleva une de ses jambes pour la placer de l’autre côté de son cou, sans qu’elle s’y opposât, se trouva sous ses jupes dans une demi-obscurité.

Elle les ramassa prestement à elle et, avec une légère pointe d’ironie lui dit, comme il s’égarait à la jonction du pantalon, constatant avec dépit qu’il était fermé :

— Pourquoi ne pas me prévenir que tu nourrissais des fantaisies, mon chéri, depuis que nous sommes à S… tout cela est bouclé.

Elle le contemplait sous ses jupes, le visage se dressant vers ses cuisses et baisant le pantalon, faute de chair ; elle ressentait elle-même l’excitation de la promenade, elle ajouta à voix basse :

— Ne risquons-nous rien ici ?

Rien, rien, nous sommes en pleine solitude : seul le garde pourrait survenir, nous l’entendrions et, dans tous les cas, il nous est acquis.

— Attends une seconde, je le détache, vilain, je croyais bien que c’était fini et bien fini.

Le pantalon détaché roula sur les mollets, Stanislas appliqua une ardente caresse aux cuisses, puis il imprima une pression pour qu’elle se retournât ; elle comprit, se laissa glisser du tronc d’arbre, se coucha tout de son long sur le ventre, lui offrit son cul sur lequel il se précipita et qu’il happa avec passion.

Les baisers succédaient aux baisers, les lèvres couraient sur toute la raie et s’y enfonçaient, il saisissait les fesses des deux mains, s’abattait le visage sur l’éblouissante sphère ; elle le favorisait, retirait sa jupette lorsque les mouvements la faisait retomber sur sa tête afin qu’il jouit bien à l’aise de ses caresses et elle l’entendit murmurer :

— Léna, Léna.

À ce nom, deux fois doucement répété, un tressaillement lui parcourut tout le corps, elle envoya la main aux lèvres de son mari, qui la baisa, se souleva le cul pour l’exciter à le caresser encore davantage et une troisième fois il dit :

— Léna, ma Léna.

Dans un souffle, la tête enfouie sous les bras, elle répondit :

— Léna, ta Léna ! Ah, mon chéri, tu aimes ta femme et tu aimes aussi la courtisane et la courtisane a du bon, n’est-ce-pas ?

— Elle devine, elle sait, elle s’enflamme, elle emporte la vulgarité, elle tue la décrépitude qui nous rongerait dans la vie bourgeoise.

Il haletait dans ses propos, ses caresses la firent vibrer ; elle le toucha aux cuisses avec ses bottines et lui dit :

— Viens, mon amour, ne lutte plus contre ton désir, prends-moi, prends-moi et rends-moi la félicité que nous éprouvions si souvent !

Il grimpa sur son dos et elle sentit qu’il dirigeait la queue dans son cul ; elle ne remua pas jusqu’à ce qu’elle y fut entrée et puis, bien enculée, se tournant à demi pour chercher ses lèvres, elle murmura la bouche près de la sienne :

— Presque un nouveau pucelage, mon mignon, il y a si longtemps.

Elle se souvint qu’il l’enculât après l’avoir surprise avec Christoval et ce souvenir, revenant en même temps à son mari, il le lui dit en suçant sa bouche.

Elle se trémoussa pour attirer la jouissance, il la tenait par la taille, elle se défit le corsage et lui mit les seins dans les mains.

— Tout, tout, puisque nous fêtons notre première escapade de S…

Ses seins avaient toujours la même perfection de finesse et de fermeté ; les lui pelotant, la jouissance s’accéléra chez Stanislas et il déchargea soudain, tous les deux se traînant convulsivement sur l’herbe et s’affolant dans la sensation.

L’ondée ne cessait pas et elle jouissait de son côté, dans une radieuse expression de visage, balbutiant :

— Mon petit homme, mon petit homme, reste bien dedans, tout entier.

Il répondit, la bouche collée sur sa nuque :

— Tu me serres, mon adorée, à me faire sortir tout ce que j’ai dans le corps.

Le spasme cependant s’arrêta, ils demeurèrent quelques instants immobiles, savourant la possession de la femelle par le mâle, le cul toujours enfilé et ne rendant pas encore la liberté au membre enculeur.

Elle murmura :

— Dis, et de l’eau.

— Il doit bien y avoir un ruisseau par là !

— Va voir, pendant que je reprendrai mon sang froid.

Il retirait la queue ; il fut vite reculotté, disparut derrière la clairière et ne tarda pas à trouver un petit ruisseau qui serpentait sous les arbres ; il accourut la chercher et l’aperçut, le pantalon sur les bras, debout, guettant son retour.

— Par ici, lui cria-t-il.

— Bon, reste à garder les machines, toi.

Ils se croisèrent ; elle avait reboutonné son corsage : il l’embrassa encore au passage et, gloutonnement, leurs lèvres se reprirent dans un long baiser, après lequel elle courut vers l’eau.

Elle demeura absente sept à huit minutes, reparut souriante, cette fois sans le pantalon sur le bras, par la raison qu’elle l’avait remis, mais avec son mouchoir à la main.

— Monsieur mon mari, dit-elle, si dans nos promenades vous devez avoir de telles velléités, vous me préviendrez afin que j’emporte le nécessaire. Vous me comprenez.

— Ne quittons pas encore ce paradis.

— Restons-y tant que tu voudras, mon amour, mais soyons sages.

— Je te le promets.

Elle se réinstalla sur le tronc, il se coucha en travers, la tête appuyée sur ses genoux, les yeux sur ses yeux et elle le câlina gentiment, un brin d’herbe dans la bouche.

— Tu es belle, belle, mon Irène, ma Léna !

— Les deux à la fois, pour toi seul maintenant, cher aimé.

Elle se pencha pour l’embrasser, il saisit de ses lèvres le brin d’herbe qu’elle mordillait, ils le tirèrent chacun de leur côté, tant et si bien qu’il se coupa en deux.

— Ah, s’écria-t-elle, notre part est faite à chacun, elle est égale, vois, mon Stani, nous nous accorderons toujours et l’amour nous transformera pour des délices infinies.

Le soleil montait, il fallait songer au retour. Le déjeûner attendait ; ils revinrent et la même curiosité les suivit à travers la ville.

Satisfait de sa matinée, il alla le soir au café comme d’habitude et, ainsi que sa femme l’avait préjugé, il n’était question que de ses mollets.

— Veinard, lui dit un de ses manilleurs en lui tapant sur l’épaule, nous savions que Mme Breffer était la plus jolie femme de S…, nous ignorions qu’elle en était aussi la mieux faite. Vous ne devez pas vous ennuyer ensemble, hein, mon farceur ! Nom d’une pige, quels mollets et quel galbe ! Rien d’exagéré, mais ce que ça pince les yeux !

— Vous avez regardé, mon vieux salop, tant pis pour vous, vous aurez les yeux troubles et vous perdrez à la manille.

— J’y perdrais bien une quinzaine de soirs, pour voir plus haut que les mollets.

— Qu’est-ce que c’est, père Sénedain, vous ne rougissez pas d’émettre de pareils discours.

— Ne vous fâchez pas, mon vieux Breffer, c’est histoire de reconnaître la beauté et le mérite de votre dame.