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La Tunique de Nessus/2

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 21-37).

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II


Trois jours après ils repartaient et Irène présentait une nouvelle tenue plus sensationnelle.

Une veste et une culotte bouffante de velours bleu, la veste boutonnée au cou par deux boutons et entr’ouverte sur une chemise plastron rouge, des bas rouges, une toque noire.

Il y avait foule dans le faubourg et Stanislas constata avec ennui qu’une demi-douzaine de cyclistes paraissaient les guetter pour les suivre.

Irène lui dit à demi-voix, avec un sourire :

— La meute est lancée, gare le chemin.

— Crois-tu qu’ils auraient le toupet de nous accompagner ?

— Ils en sont bien capables. Pédalons avec calme, nous jugerons l’affaire. Ne t’en préoccupe pas.

— Sacré pays, on n’est pas libre de se **promener avec sa femme.

Ils firent plus d’un kilomètre sans distinguer après eux trace de cyclistes.

— Nous nous sommes trompés, dit avec un soupir de satisfaction Stanislas.

— Je ne crois pas et la défiance nous devient une nécessité.

Elle le regarda du coin de l’œil, le vit désappointé et ajouta avec un sourire :

— C’était donc dans le programme, comme l’autre jour, chéri ?

— Peut-être.

— Tu es un drôle de mari dans ce cas ; que signifie cette manie d’attendre d’être en pleine campagne pour se livrer à ses débordements !

— Drôle, je n’en disconviens pas ; mais chez nous, je ne sais pas pourquoi, ce n’est plus ça. Nous sommes entrés dans la peau bourgeoise de notre rôle et nous n’avons plus la même attitude que sur cette route.

Elle réfléchit et répliqua :

— À quoi cela tient-il, si ce n’est à notre séparation de presque toute la journée, à ton retour du café le soir avec un peu d’énervement, un peu de fatigue et qui te pousse à aller droit au but sans apprécier les hors-d’œuvres.

— T’en plains-tu, mon adorée ?

— Le ciel me garde de me plaindre ! Tu accomplis régulièrement ton devoir conjugal et bien des femmes s’en déclareraient plus que satisfaites.

— Et toi ?

— Moi, je le suis ! Je parie que tu ne sais pas combien de fois tu as été mon mari en cinq mois ?

— Je ne les ai pas noté.

— Moi, je puis te le dire.

— Tu comptes, friponne.

— Dis le chiffre ?

— Par à peu près à quatre fois par semaine, avec quatre semaines et demie dans le mois.

— Sans à peu près, mon chéri, tu m’as honoré cent seize fois. Un batelet pourrait voguer dans la cuvette où nous aurions ramassé ta liqueur. Je l’ai conservée en moi et il n’y a pas trace d’enfant, cet enfant que nous voulions.

— Nous sommes jeunes, il viendra un moment ou l’autre. Quelle idée de marquer le chiffre !

— Marquer, non ! Toutes les fois je mets un louis dans une cassette pour lui faire sa petite bourse de jeune homme, plus tard…, s’il vient. Ah, ah, tourne-toi, vois, la meute court à notre chasse.

— Que le diable…

— Ah, mon pauvre chéri, ah, mon pauvre Stani, tu perds l’habitude de la réflexion ! Si réellement l’aventure du bois exerce de l’attrait sur ton cœur, il y a moyen de se la procurer en faussant compagnie à ces jeunes chiens.

— Indique le moyen.

— En prenant le chemin de traverse qui conduit à Ecofleur, où nous serons chez nous, dans notre petit bois si ça te sourit, dans le parc ou dans l’île, ou même dans le château, si le grand jeu te tente.

— Vivat ! Irène, Léna, tu es ma femme, ma maîtresse, tu as compris mon désir ; vite, en route pour Ecofleur, nous y serons dans une vingtaine de minutes ; le domaine est clos de murs, ils feront un nez.

Dans le délai fixé, ils descendaient devant la grille que leur ouvrait Jacopin, le concierge, en les saluant très bas.

— Vous, Monsieur, Madame, vous n’avez pas prévenu !

— Nous venons nous reposer au château, Jacopin, dit Stanislas en rentrant sa bicyclette et celle d’Irène, passez-moi la clef.

— Voilà, Monsieur, et toujours en bonne santé ? On va vous accompagner et vous préparer quelque chose.

— Rien du tout, rien du tout, nous venons avec Madame examiner les pièces pour des changements de meubles et nous tenons à ce que personne ne nous dérange.

— Soyez tranquilles, personne ne s’en avisera.

— Ensuite, Jacopin, il y a des coureurs qui encombrent la route, vous veillerez à ce qu’ils ne s’introduisent pas dans la propriété.

— Entendu, entendu, on ne viendra pas chipper nos fleurs, ni se ballader par nos allées.

Irène, pendant cet entretien, se dirigeait vers le château que son mari avait désigné comme but de leur promenade.

Stanislas la rejoignit en quelques enjambées et, cinq minutes après, ils pénétraient dans la très confortable habitation, décorée du nom de château, et s’y enfermaient.

— Que veux-tu aujourd’hui, Stani, interrogea Irène ?

— Montons au premier, dans nos appartements réservés.

Ils montèrent en silence et entrèrent dans un salon luxueux, dont Stanislas ouvrit les fenêtres.

— Est-ici que nous stationnons, demanda-t-elle ?

— Pour un instant.

— Que désires-tu, chéri ?

Il lui saisit les deux mains et murmura :

— Que tu me reçoives comme tu as reçu Christoval la fois où je t’ai surprise.

Elle fronça les sourcils et répondit à voix basse :

— Oh, Stani, pas ça, pas ça, où tous nos efforts de vie paisible risquent d’être compromis.

Il s’agenouilla, lui baisa les mains, reprit :

— Cela, eh, une simple comédie où tu te révéleras artiste, ma Léna.

Elle porta les mains à sa tête et s’écria :

— Tu veux remplir le rôle d’un autre, être pour moi le passant que j’assujétirais à mon caprice et à qui je verserais dans le sang la folie d’une ivresse affreuse et terrible ! Stani, nous n’aurons ni l’un ni l’autre la force d’arrêter le jeu et tout le passé ressuscitera, la tunique de Nessus se fera sentir à nos épaules et nous retournerons à l’inconnu, à l’imprévu.

— Je te veux, comme je te vis sur lui, tu es ma femme, ces impressions délirantes je les ai trop peu ressenties avec toi ; nous sommes ici dans ce pays pour nous, que crains-tu de l’inconnu, de l’imprévu ? Je veux être pour toi Christoval et après je redeviendrai Stani. Je veux qu’une frénésie de plaisir altruiste m’entre dans les veines, je veux que tu t’abuses absolument, que tu croies bien voir en moi Christoval et que tu agisses comme tu as agi à son égard.

Les yeux d’Irène brillaient comme du feu, son petit sourire avait repincé ses lèvres : avec des gestes saccadés elle se dépouilla rapidement de tout son costume, se mit entièrement nue, déroula les cheveux sur ses épaules et répondit la voix brève :

— Soit, tu le veux, je serai sincère dans mon rôle, tache de retrouver les répliques de Christoval ou je te les soufflerai impitoyablement, dussent-elles te déchirer l’âme ; Stani, il en est temps encore, fuis ce jeu qui nous mènera plus loin que tu ne le supposes.

— Je suis Christoval.

— Ah, c’est trop, trop d’entêtement, allons-y à une condition, c’est que lorsque tu sentiras l’effet se produire, tu entends, tu entends bien, tu m’arrêteras et me prendras, rentrant dans ton rôle de là-bas, ton rôle à toi. Si tu passes outre, je te le jure, demain je te quitte et rentre à Paris, m’y relance dans la vie de fille, cette fois jusqu’à la vieillesse, jusqu’à la décomposition.

— Je suis Christoval.

— Et bien, sors et rentre dès que j’aurai dit : « Mirette, fais entrer ».

Il s’empressa d’obéir et sortit ; elle se planta devant une glace, ses cheveux sur les épaules, les yeux fixés sur son nombril dans la glace et prononça le : « Mirette, fais entrer ».

Stanislas entra comme un fou, vint sur elle, qui sourit, et dit :

— Tu es dans la parfaite imitation, attends.

Elle lui fit face, une mèche de ses cheveux rejetée par devant sur une de ses épaules, le regarda avec des yeux mourants et dit :

— Te voilà, petit Christoval, tu vois, je t’attendais et j’apprêtais la vue de mon corps pour le régal de tes yeux.

— Régal exquis, dit Stanislas.

— Tu n’y es pas, Stani, Christoval me saisit par les épaules avec les deux mains, attira mon visage près du sien et les yeux féroces, me siffla : « Damnée putain, mortel poison, on meurt de ton amour, on ne s’échappe pas à ta glu ». Allons, mon ami, tu es dans la peau de Christoval, traite-moi comme la fille qu’on a le droit de baiser et d’injurier.

Stanislas posa brutalement les mains sur les épaules et récita la phrase.

Elles approcha les lèvres des siennes, lui jeta les cheveux autour du cou, le baisa lentement de façon à ce que ses paroles s’imprimassent sur ses lèvres et dit :

— Damnée putain, mortel poison, mes cheveux s’enroulent autour de ton cou, mes lèvres mouillent les tiennes : tout à l’heure elles s’abaisseront, je boirai ta force virile et une, deux, trois années de ton existence tomberont dans le gouffre de l’Éternité.

— De suite, de suite, répliqua Stanislas.

Les yeux railleurs d’Irène lui firent signe que non et elle reprit :

— On ne remplace pas aussi facilement que cela les autres. Christoval de ses deux mains m’attrapa les seins comme pour les déchirer, puis me repoussa : je l’enlaçai de mes bras, je me collai contre lui et une de mes mains courut dans sa culotte comme elle court dans la tienne ; il tomba sur les genoux et, presque pleurnichant, murmura : « D’autres, d’autres voluptés pour oublier celle-là ; tu es belle, tu es prêtresse d’amour, deviens la maîtresse adorée et non la goule qui suce le sang ». Vas-y, mon petit Stani.

Elle commençait à s’amuser au jeu ; quand il eut achevé, elle dit :

— Stani, toi, tu as le choix de la volupté, dis, veux-tu arrêter la substitution du personnage ?

— Que tu es belle, ma Léna, marchons, marchons encore dans nos rôles.

Elle le considéra avec grand amour et lui frappant légèrement la culotte avec le pied, continua :

— Sors ta queue, Christoval, je le veux ; je la veux toute dans ma bouche, toute sur mes lèvres ; je veux que son suc coule goutte à goutte à travers mes entrailles, car, tu le devines bien, si je suis la plus belle et la plus jolie de Paris, je le dois au philtre masculin que je pompe à la queue de ceux que j’ai condamnés à servir ma passion. Tu es de ceux-là, mon beau Christoval et, à cette heure-ci, nulle force humaine ne te soustrairait à mon attrait. L’homme que j’aime le plus au monde, s’il survenait, je lui rirais au nez, je lui cracherais mon mépris, il ne te sauverait pas. Allons, mon Christoval aimé, tu me trouves belle dans ma nudité, montre la tienne.

Elle avait posé les mains sur les deux épaules de Stanislas, le dévorant des yeux dans l’évocation de ces paroles du passé, son corps se penchait en avant et tout son buste admirable planait au-dessus du visage de son mari ; de ses chairs, mille fluides lascifs s’élançaient vers le corps mâle, le pénétraient, exaspérant ses ardeurs et elle se trouva saisie par les bras de Stanislas qui luttaient pour la ployer, l’attirer à lui, dans un fol élan d’amour, dans un fougueux désir de possession.

Un sourire ironique plissa ses lèvres, et elle dit :

— Ici, tu n’as pas besoin d’être remis dans le bon chemin de l’imitation, tu agis comme lui, voyons si tu suivras aussi bien le rôle.

Elle recula les jambes, le buste se défendit contre la pression des bras, elle parut comme cassée en deux, le haut du corps courbé presque en ligne droite, le visage face à face avec celui de Stani et un phénomène extraordinaire de magnétisme s’opéra, transformant les traits de l’un et de l’autre dans un jeu de physionomie surhumain où la femme domina l’homme.

Le joli visage d’Irène s’auréolait d’une volonté indomptable, ses yeux se dardaient sur ceux de Stani, la bouche s’entr’ouvrait doucement dans ce sourire lancinant qui enlevait l’énergie virile à ses amants et Stani, prostré d’admiration devant cette femme, la sienne, développant toute la beauté de son corps à ses regards, la condensant dans les traits du visage, saisit haletant l’expression du désir qu’elle voulait satisfaire.

Les yeux ne se quittaient plus, le sourire se figeait sur les lèvres d’Irène, ses seins parurent se soulever, apportant l’élément de leur attirance au visage, le visage s’approcha presque à toucher celui de Stanislas et ce visage eut un long mouvement d’oscillation où, sous les yeux stupéfiés du mâle en rut contenu, celui-ci vit sur le bord des lèvres s’avancer un tout petit bout de langue ; le cou subit l’ondulation serpentine, la langue paraissait à peine et disparaissait ; il sentit sur ses épaules les mains crispées de sa femme, le contraignant à demeurer immobile et la vision s’élargit, la femme se métamorphosa en une statue merveilleuse, où le corps en catalepsie, la tête seule trahissant la vie, une vie d’une force intensive inouie.

Les mains, avec lesquelles il l’enlaçait, retombèrent inertes ; le sourire d’Irène sembla s’étendre sur tout le visage qui se détacha en relief, annihilant le reste de la personne ; la langue, petit point rouge, vint se fixer sur les lèvres dont elle effaça le sourire et alors, le visage avec ses yeux hypnotisants, frôla le visage de Stani, la langue s’agita et le heurta de coups précipités sur le nez, un souffle lui caressa la bouche, il entendit Irène qui disait :

— Ta queue mouille, Christoval, et tu n’es pas encore nu.

Il porta inconsciemment la main à sa culotte ouverte, il bandait, la queue s’humectait ; à ce moment Irène abandonnait ses épaules, s’écroulait la tête en bas sous ses cuisses, le buste en pente inclinée, lui saisissait la queue et vorace, l’engloutissait dans sa bouche.

Elle ne bougeait pas, elle ne suçait pas, gardait la queue entre ses lèvres. Stanislas se perdait dans l’extase d’esprit qui le gagnait, avant qu’il ne fut emporté par l’extase physique, elle murmura, sans lâcher le membre viril :

— Oublies-tu que tu es Christoval ?

— Ah oui, qu’est-ce qu’il a fait, Christoval ?

— Christoval m’a fessée, m’a couchée sur le tapis et, comme j’avais été surprise, il m’a souffletée.

— Malheur, Christoval t’a souffletée !

— Tu es Christoval ; marche donc, puisque tu veux la scène, ou sinon prends-moi, car je jouis déjà, moi, et dans un instant je n’aurai plus la force de me contraindre, je te traiterai comme j’ai traité Christoval, je ne pourrai plus me dominer pour t’empêcher de râler à ton tour.

La main de Stanislas s’abattit sur son cul en claques violentes et retentissantes ; ces coups le secouèrent de sa torpeur ; il repoussa sur le tapis le corps d’Irène et il s’apprêtait à la giffler, lorsqu’elle lui saisit le bras et le mordit au pouce.

— Christoval, dit-elle, on ne bat pas une femme, une femme qui est reine de volupté comme Léna de Mauregard.

— Il n’a pas frappé ?

— Non, chéri : à toi la réplique.

— Ma réplique ! Dame, je t’aurais peut-être étranglée.

— Tu n’es pas lui ! Il m’a apporté sa queue dans la bouche, me plaçant le cou entre ses cuisses et il s’est déshabillé.

— Comme cela ?

— Oui, et maintenant à l’action.

Entre les cuisses de son mari, accroupi par dessus sa tête, elle suçait à larges sucées, à pleine bouche, sans mignardises et sans **fioritures. Stanislas se dévêtissait, s’appliquant à ne pas la déranger dans ses caresses, lesquelles n’agissaient ainsi que relativement, son attention se concentrant à rejeter au loin veste, culotte, chemise.

Quand il fut nu, elle roula sur le dos pour approcher la tête sous les jambes qu’elle commença à baiser, puis se glisser sous le cul qu’elle larda à coups de langue.

— Oh, oh, Irène, tu as fait çà !

Elle sortit de dessous lui, se mit à quatre pattes, comme il l’avait surprise, le poussa sur le dos et le déchaussa. Elle l’étendit alors tout de son long sur le tapis et vint s’asseoir sur sa poitrine, les jambes autour de son corps, faisant face à la queue.

Elle ne remuait plus, mais il sentait ses regards fixés sur la queue, dont une de ses mains finit par s’emparer pour la caresser délicatement dans une demi-masturbation. Peu à peu elle se coula lentement, lui frôlant la poitrine, la ceinture, le ventre avec les fesses ; elle se remit à quatre pattes et ses lèvres happèrent la queue, la tortillant de la langue, des dents, l’excitant de plus en plus.

Tout à coup il se rappela sa recommandation et murmura :

— Irène, Irène, viens, ou je ne réponds plus de moi.

Tel un arc qui se détend, elle s’allongea dans ses bras avec un tressaillement d’indicible volupté, les yeux extatiques, en disant :

— Je meurs, tire, tire-moi donc !

La queue était entre ses cuisses, elle enfilait le conin, l’inondait d’une ondée brûlante ; une fougueuse sensation la tordit sous les violentes secousses de son mari, elle s’évanouit dans un bonheur divin, où tous les deux se rendirent vraiment compte de la puissance de l’amour et des idées imaginatives qu’il suggéra.