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La Tunique de Nessus/6

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 90-103).

Bannière de début de chapitre


VI


Se douta-t-on de quelque chose à Ecofleur ? La seule femme qui eût pu soupçonner la vérité, Annina, était occupée par trop de choses, pour s’immiscer dans les actes de sa maîtresse ou de son maître, qui lui avaient pris avec son corps, son âme.

Elle étudiait pour mériter l’attention qu’on lui témoignait, ne négligeant pas son travail ; elle observait comment se conduisaient à table ces dames près de qui elle s’asseyait au déjeuner ; elle apprenait les nuances de réserve vis-à-vis des servantes, vis-à-vis de son oncle Jacopin qui, étonné de l’affection dont on l’accablait, cherchait à en découvrir les motifs.

De même qu’Irène et Olympe ne pouvaient se rendre tous les jours au kiosque des amours nom donné au lieu de leurs félicités, de même Gabrielle et Stanislas ne pouvaient tous les jours s’accorder une heure de volupté dans leurs excursions équestres.

Cependant Stanislas instruisait peu à peu sa jeune maîtresse dans l’art des caresses, comme Irène instruisait Olympe, et dans cette instruction les deux époux révélaient petit à petit à l’objet de leur tendresse, une partie de l’existence qu’ils menèrent à Paris.

Devenue la maîtresse de son beau-frère, Gabrielle éprouvait un tel charme de cet amour, qu’elle oubliait le rêve de poursuivre les triomphes charnels obtenus par Léna de Mauregard.

Elle appartenait toute à Stanislas et elle pressentait qu’elle serait aussi unie à Irène dont elle apercevait parfois les yeux la caresser, la chatouiller de leur doux fluide.

Irène, avec Olympe, accomplissait des prodiges ; elle la formait, l’affinait, lui enseignait les poses naturelles du corps, l’art de la toilette, des couleurs, des parfums et, adorée par cette sœur de son mari, ne manifestait aucune surprise de sa passion pour les feuilles de roses, dont elle se repaissait toujours un gros moment au début de leurs rencontres.

Elles parlaient du passé et Olympe, sachant comme le savait Gabrielle, la personnalité galante d’Irène, ne s’étonnait plus du succès de son frère.

— Quel malheur d’avoir épousé Desbrouttiers, murmurait-elle, jamais il ne comprendra la beauté et l’utilité d’une telle entente. Je saisis, je saisis, moi ! Nous pouvons beaucoup, nous les femmes, par la cochonnerie des hommes, et quand nous aimons notre mari, que notre mari n’est pas jaloux, s’il est intelligent comme Stanislas, et qu’il ait de la peine à se débrouiller, il nous devient facile de lui ouvrir le chemin par nos galanteries et comme vous en avez profité, sous tous les rapports !

On parlait des maîtresses qu’avait eues Stanislas, on parlait des amants d’Irène et elles s’amusaient à s’étendre sur l’étrangeté de leurs goûts.

Irène qui, dans ses relations saphites, cherchait à transporter sur la femme sa passion de suçage, se livrait à des expériences de toilette et de jeu de physionomie pour agir sur la cérébralité d’Olympe, comme elle agissait sur la cérébralité de ses amants et celle-ci, à qui elle confia la toquade qu’elle avait pour sucer les hommes, s’en émerveilla, lui demandant sans cesse sa théorie sur la chose, s’énamourant lorsqu’elle disait :

— Un homme qu’on suce ou qu’on veut sucer, ma chérie, il faut qu’il sente toute notre personne dans le pli de notre bouche, dans l’expression de nos yeux ; il faut, pour le soumettre à notre charme, faire un poème de ce plaisir. Ça ne m’est venu qu’avec le temps, et j’y étais si passionnée, si maîtresse du mâle que j’y attirais, que je n’eusse jamais cru possible de m’en passer. Il a fallu la crainte de tuer Stani. Vois-tu, quand je sentais ce désir chez l’homme qui me fréquentait, je savais figer mes yeux dans une telle expression d’amour et de volonté, que déjà il était paralysé dans ses facultés. Puis ma bouche se rapetissait, rapetissait et pour eux, elle leur apparaissait, j’en suis certaine, comme l’entrée du paradis. Mon visage se mettait à l’unisson, et si j’avais besoin de l’effet de mes chairs, elles n’en restaient pas moins qu’une chose accessoire.

— T’entendre parler de cela, Irène, donne des frissons.

— Maîtresses de notre bouche, entends-tu, nous sommes les maîtresses des sens de l’homme : et je me suis rendu compte de ce qu’on voulait dire de telle ou telle femme, lorsqu’on avançait qu’elle avait la figure cochonne. Cette femme était née pour être une suceuse, si toutefois elle ne le pratiquait pas.

— Ai-je cette figure ?

— Oui.

— Ah !

Olympe et Gabrielle savaient donc qu’Irène avait été une horizontale et l’une et l’autre en conservaient le secret.

La liaison de Gabrielle et de Stanislas subit un arrêt. Malgré les supplications pour la garder encore quelque temps, M. Lorin, dans le délai fixé, vint chercher sa jeune fille et l’emmena.

Les deux amants éprouvèrent un réel déchirement de cœur ; mais Gabrielle dit à Stanislas :

— Je reviendrai bientôt et pour toujours ! Et si papa hésite à reprendre sa vie d’autrefois, et bien je partirai pour Paris et tu m’y rejoindras avec Irène.

— Pas de coup de tête sans me consulter, ma petite chérie, je t’en conjure. Nos amours ne sont qu’au premier acte.

— Ne t’inquiète pas ; tu connaîtras, avant toute décision, les déterminations que je prendrai. Nous nous écrirons poste restante, eh ?

— Oui, ma minette.

Gabrielle partie, Stanislas se trouva désœuvré.

De temps en temps, Desbrouttiers ne descendait pas en ville : ils faisaient une partie de billard. D’autres fois, il allait écouter la musique de sa belle-sœur Céline. Il demeurait encore dominé par les séductions de Gabrielle.

Il finit néanmoins par s’apercevoir des disparitions de sa femme et de sa sœur, se rendant au kiosque et cette fréquence de promenade l’intrigua.

Une après-midi, mis en éveil par les allures qu’il surprenait chez les deux femmes dans quelques moments d’oubli, il démarra son bateau, quand il les sut au kiosque, débarqua dans l’île, du côté opposé où elles avaient attaché leur canot et, comme il était chaussé d’espadrilles, qu’ensuite l’herbe étouffait le bruit de ses pas, il arriva sans qu’elles l’entendissent.

L’auraient-elles entendu ! Elles étaient dans leurs premières délices. Irène, toute nue, étendue sur le ventre, abandonnait son cul à Olympe, étendue à la suite, toute nue aussi et le cul d’Irène se soulevait, s’abaissait, à mesure que la langue d’Olympe le parcourait de haut en bas, de bas en haut, s’enfonçait dans la raie, s’allongeait sur les parois des fesses.

Immobile devant une fenêtre ouverte, d’où il contemplait ce spectacle, Stanislas ne voyait que la langue de sa sœur aller et venir, promenant sans répit sur les blancheurs dodues de sa femme.

Il banda de suite et, entrant sans bruit dans le kiosque, il attrapa Olympe par le cou, lui releva la tête et la surprit dans l’égarement de ses yeux.

Irène s’agitait tout comme si elle jouissait, et ne se doutait pas de la cause qui suspendait les caresses de sa belle-sœur.

Celle-ci, arrachée à sa volupté, éprouva d’abord de la colère, puis, se touchant le cul, s’écria :

— Prends ta place là-bas et laisse-moi.

Cette exclamation arracha Irène à son émotion, elle tourna la tête, vit Stanislas, et dit :

— Ah, chéri, il y a longtemps que tu aurais pu venir ; tu préférais courir avec Gabrielle, et tu ne l’as plus ! Va, va à la suite, Olympe l’a dit, tu n’as pas à te plaindre.

Déjà la langue d’Olympe était repartie sur les fesses d’Irène et celle-ci reprenait sa posture.

Que se passait-il dans l’esprit de Stanislas ? Sa jeune sœur lui offrait son cul et la surface qu’il contemplait, lui montrait qu’il y avait à caresser.

La volupté ne dirigeait-elle pas toutes ses actions depuis son mariage avec Irène. Les divans s’allongeaient à la suite les uns des autres, les robes des femmes gisaient au milieu, ses vêtements les rejoignirent, et il vint lécher le cul d’Olympe.

Léchant et léchée, celle-ci se contorsionna et balbutia :

— Ah, nous y montons au Paradis, ah, quelle bonne idée, Stani ; ah, Irène, Irène, il me rend les caresses que je te fais !

Elle caressa avec plus de frénésie les fesses d’Irène, qui les tortilla davantage : imitant ce mouvement avec les siennes, Olympe favorisa Stanislas de sa pleine lune et les langues se multiplièrent dans leurs ivresses.

De temps en temps Stanislas, sur un baiser plus fougueux, se soulevait sur un coude, le cul d’Olympe se relevait pour le frapper au menton et il le pelotait de la main, pour qu’il s’abaissât, le laissât jouir de la vue de celui d’Irène.

Il pouvait ainsi comparer, et découvrir dans chacun d’eux leur beauté spéciale.

Irène possédait les formes plus rondes, plus cerclées, plus élégantes, mais Olympe, si elle les avait plus massives, plus étendues, offrait une large surface blanche, coupée par une raie accentuée, où la ligne traçait une large voie à ses exploits. Le type aristocratique caractérisé par les fesses d’Irène, se mariait à merveille au type plébéien soigné que présentaient celles d’Olympe.

L’échauffement s’emparait des sens : l’esprit de chacun des trois jouteurs voltigea loin des préoccupations de ce monde, emporté dans les rêves réalisés de ces chairs bouleversées par la volupté.

On voulut un répit pour coordonner le plaisir dans une entente définitive. À grand regret, on suspendit les feuilles de roses et sur les genoux de Stani, s’assirent les deux femmes, Olympe maintenant un peu embarrassée.

Irène brusqua la situation. Se penchant sur elle, elle lui saisit les deux joues avec les mains et, les yeux dans les yeux, elle joua le jeu des lèvres et de physionomie qu’elle lui avait révélé pour entraîner l’homme à désirer le suçage, murmurant ;

— Essaye sur lui, je verrai si tu m’aimes assez pour tout retenir de moi.

— Oh non, je n’oserai pas.

— Il n’existe plus d’autre lien entre nous que la volupté, tu es femme, et par moi un peu prêtresse d’amour, je voudrais juger l’effet en spectatrice.

Stani ne s’arrêtait pas au langage ; il pelotait à droite, il pelotait à gauche, il baisait les seins il tripotait les poils de chacune, il glissait un doigt fureteur dans leur conin, Olympe reprenait sa nature friponne, elle n’hésita plus, elle se tourna vers lui, lui prit les joues comme Irène venait de le faire aux siennes, le regarda les yeux clignotants, entrouvrit légèrement la bouche, dont les lèvres tremblèrent par défaut d’habitude et entraînée par la surprise que témoigna Stanislas, elle simula une courte aspiration de la bouche, qui le fit s’écrier :

— Elle t’a enseigné cela ! Avec qui ?

— Avec personne, répondit Irène. Tu es le premier homme qui se glisse dans notre intimité, elle ne l’a jamais fait, et tu as compris.

Tout-à-coup Olympe appuya la tête sur l’épaule de Stanislas pour se la cacher, Irène debout, lui retira le bras et dit :

— Quand on propose, on s’exécute, vas-y.

— Oh !

Elle se laissa pousser sur les genoux, entre les cuisses de Stanislas et, pour la première fois de sa vie, contempla aussi près de son visage une queue d’homme.

Irène, agenouillée derrière elle, par dessus ses jambes, le ventre contre ses fesses, saisit la queue de son mari dans ses doigts et la dirigea vers la bouche d’Olympe, en dictant la manœuvre.

— Ouvre les lèvres, reçois ce qui fait notre joie, aspire lentement, essaye de tout engloutir, laisse échapper, reprends du bout des lèvres, serre bien au fur et à mesure que tu réingurgites. Le jeu a peu de variantes dans l’action, il en a d’innombrables dans les nuances. Tiens, recule-toi, vois-moi faire, tu auras une idée.

Irène prit la place d’Olympe, dont le sang bourdonnait aux tempes et la fit mettre sur le côté pour mieux voir ; alors, face-à-face avec la queue de son mari, elle s’accouda une seconde sur ses cuisses, la tête penchée en avant, la bouche juste au-dessus de cette queue droite, en pleine érection et lui envoya sur le gland un furtif coup de langue, se recula comme pour la magnétiser, bomba en avant les seins dont la pointe vinrent la heurter.

Revenant au-dessus, elle se tourna vers Olympe, lui montra sa bouche à peine entr’ouverte, avec le sourire étudié et stéréotypé qui l’ornait, se courba sur la queue, les mains derrière le dos, et la queue peu à peu disparut en entier entre ses lèvres. Elle la laissa échapper, regarda sa belle-sœur et dit :

— Nous n’en abuserons pas, ma chérie, pour une fois on peut faire une exception. Elle a du piment dans le sang, ta sœur, je suis heureuse, Stani, de lui apprendre les plaisirs, surtout avec toi.

Elle appuya une joue sur ses cuisses, prit la queue dans sa main, la fit tourbillonner sur le bord de ses lèvres, la gratifiant de quelques baisers et de quelque suçons.

Se redressant ensuite, elle dit :

— En voilà assez sur ce chapitre : tu as vu, Olympe, il va s’étendre sur le divan, chacune de nous couchera la tête sur une de ses cuisses et nous nous amuserons quelques secondes à le sucer presque ensemble.

Étendu sur le dos, les deux femmes la tête sur ses cuisses, Stanislas vécut une minute inoubliable ; elles lui baisaient la queue, se la repassait de bouche à bouche, se pigeonnaient les lèvres collées au bord du gland, se chatouillaient mutuellement le clitoris, entrecroisaient leurs jambes, unissaient leurs seins.

Irène sentit que le gonflement de la queue annonçait le prochain paroxysme du plaisir, elle arrêta le jeu et s’écria :

— Maintenant, chéris, allez-y du baisage, rompez avec les préjugés, tirez un bon coup et prenez mon cul ou mes cuisses pour oreiller.

Elle les poussa dans les bras l’un de l’autre, Olympe, la tête appuyée sur le gras de ses cuisses, Stanislas attaqua sa sœur.

Les forces décuplées, après une rude chevauchée, où Olympe crut perdre le souffle, tant la sensation fut fougueuse, sans désemparer, il enfila Irène par dessus la tête d’Olympe, reprenant ses sens, et envoyant des coups de langue au con et aux couilles des deux amants.

L’après-midi touchait à son déclin lorsque ces exploits prirent fin. Stanislas prouvait une fois de plus cette vérité, qu’un homme avec une seule femme, peut fournir le service d’amour à peu près tous les jours ; qu’avec deux femmes, il peut faire un service quotidien et qu’avec trois et plus, il parviendrait à assurer un service plus que bi-quotidien. La régénérescence des forces s’accomplit rapidement avec l’élasticité voluptueuse, il ne s’agit que de l’entretenir par une sage alimentation et une hygiène appropriée.