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La Vénus des aveugles/Afterglow

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La Vénus des AveuglesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 19-20).

AFTERGLOW



Je poursuis mon chemin vers le havre inconnu.
Les Femmes de Désir ont blessé mon cœur nu.

Obéissant au cri de leurs sourdes colères,
Elles ont arraché mes prunelles trop claires.

Quand je m’épouvantais d’avoir perdu la foi,
Elles ont ri de voir mes grimaces d’effroi.

Des frivoles frissons de leur inquiétude
Elles ont outragé l’ombre et la solitude,


Et, voyant que j’étais debout en mon orgueil,
Elles ont déchiré mes vêtements de deuil.

Sans crainte du Destin muet qui les contemple,
Elles ont fait leur lit sous la voûte du Temple.

Je poursuis mon chemin vers le havre inconnu.
Les Femmes de Désir ont blessé mon cœur nu…

Entrelaçant pour moi les lys de la vallée,
Les Femmes de Douceur m’ont enfin consolée.

Elles m’ont rapporté la ferveur et l’espoir
Dans leur robe, pareille à la robe du soir.

Elles ont délié l’amarre d’une jonque,
Et j’écoute à leurs pieds des murmures de conque.

Nous allons, au hasard de la pagaie, Ailleurs…
Et je sens ruisseler l’azur des jours meilleurs.

Entrelaçant pour moi les lys de la vallée,
Les Femmes de Douceur m’ont enfin consolée.