La Veuve à son sablier

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AnonymeRobert Bloomfield

La Veuve à son sablier – The Widow to her Hour-Glass





La Veuve à son Sablier.



     Viens, compagnon de l’heure solitaire,
Viens, ami, viens, je veux te retourner encor !
Trente fois le printemps a reverdi la terre
        Et glissé ses beaux rayons d’or
Sur mon humble berceau, depuis qu’à la fenêtre,
Ou bien sur le bahut, dans ton cadre de bois,
Près de moi tu te tiens prêt à parler sans voix,
        Lorsque l’on te commande en maître :
De chaque nouveau né, toi, tu vis le début,
     Ta vis aussi quand notre homme mourut.

     Mon œil guettant ton sable quand il coule,
L’a vu souventefois grossir, s’amonceler,
De l’Espérance ainsi l’échevau se déroule.
        Et finit par s’annihiler.
L’Espérance, en effet, amoncelle sa joie,
Ses émois, ses plaisirs, ses rêves de bonheur,
Puis un jour, épuisée, enfante la douleur.
        Et dans les pleurs bientôt se noie ;
Comme d’en haut ton sable en descendant fait creux
     Pour engloutir les jours, les ans, eutr’eux.

     Pendant qu’ainsi tout en chantant je file,
(Mon Dieu ! parfois mon cœur s’épanouit encor),
Tu mesures du temps l’aile sans cesse agile,
        Tu me dis quel est son essor :
De midi je connais par toi lorsque vient l’heure,
Car tu roules toujours, toujours, toujours, toujours,
Quoique silencieux, cahin-caha, les jours,
        Rien ne t’émeut, rien ne t’effleure :
Seulement quand, l’été, je glane dans les champs,
     C’est ton congé, – tu dors quand tu m’attends.

     Comme le vrai talent debout te tenant ferme.
Qu’on te tourne deci, qu’on te tourne deçà,
Du bon emploi du temps tu distilles le germe
        Et sans être plus fier pour ça :


La méditation en toi trouve un vrai sage,
Et sans cloche pourtant tu frappes droit au cœur.
Doux Mai, de nouveau viens apporter le bonheur
        À ma chaumine, à mon village,
Et sur mon sablier glisse tes rayons d’or
     Avec plaisir, je le retourne encor !




Les Cloches du Village.



    Doucettement la cloche du Dimanche
    À notre oreille infiltre son appel,
        En nous disant de sa voix franche :
“ La maison du Seigneur est la porte du ciel.
    Enfants de Dieu, venez à votre Père
        Apporter votre humble prière,
        La prière faite au saint lieu
        Est toujours agréable à Dieu ! ”

    Lugubrement oyez ! la cloche tinte,
    Son triste glas vient assombrir nos cœurs,
        Alors qu’une vie est éteinte,
Et qu’un de nos amis part pour aller ailleurs !
    C’est un avis que le ciel nous envoie,
        Pour mater un trop plein de joie ;
        Et dire à notre souvenir
        Homme ! dans peu tu dois mourir !

    Aussi souvent que les voix de la brise
    À notre cœur viendront parler du ciel,
        Ô saintes cloches de l’église
Puissions-nous obéir à votre doux appel !
    Pour que là haut, dans sa miséricorde,
        Le Seigneur Jésus nous accorde
        Quand luira notre dernier jour,
        Tous les trésors de son amour !