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La Vie nouvelle/Commentaires/Chapitre XXVII

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 183-185).


CHAPITRE XXVII


Vede perfettamente ogni salute

Ce sonnet a trois parties : dans la première, je dis près de quelles personnes cette personne paraissait le plus admirable ; dans la seconde, je dis combien sa compagnie était agréable ; dans la troisième, je dis l’effet qu’elle produisait sur les autres par la vertu de sa présence. La deuxième partie commence à : celles qui vont… la troisième à : et sa beauté…

Cette dernière partie se divise en trois. Dans la première, je dis l’action qu’elle exerçait sur les femmes au sujet d’elle-même ; dans la seconde, je dis l’action qu’elle exerçait sur elles au sujet des autres ; dans la troisième, je dis comment cette action se faisait sentir merveilleusement non seulement sur elles, mais sur tout le monde, non seulement par sa présence mais aussi par son souvenir. La seconde partie commence à : à sa vue… La troisième à : et tout ce qu’elle fait…


Lorsque le Poète nous dit que la noblesse et la beauté de Béatrice répandaient leur reflet « sur les femmes qui allaient avec elle, » et que tous ceux qui l’approchaient se pénétraient de sa perfection au point d’en oublier leurs bassesses et leurs fautes, il ne semble d’abord se livrer qu’à quelque amplification poétique.

Lorsqu’il nous montre les anges du ciel réclamant cette merveille pour qu’elle vienne partager la paix dont ils jouissent, nous n’y apercevons d’abord qu’une figure de rhétorique propre à nous faire pressentir la destinée d’une créature dont « le monde où elle vit n’est pas digne ».

Cependant, n’est-il pas vrai que, dans la vie commune, le commerce assidu d’une grande beauté ou d’un pouvoir insigne nous relève aux yeux des autres et à nos propres yeux, et que l’intimité avec une intelligence supérieure ou une vertu éclatante réagit sur notre propre personnalité, et exerce une influence, consciente ou non, sur nos jugemens et sur nos actes ?

Et qui, présent aux lamentations d’une mère pleurant une fille adorée ne l’a entendue s’écrier, presque dans les mêmes termes que le Poète : elle était trop belle et trop bonne, c’est le ciel qui nous l’a prise et qui en a fait un ange ?

C’est que, sous ces hyperboles familières à la poésie, et surtout à la poésie trécentiste, nous retrouvons toujours une conscience précise de la réalité, et, sous la grandiloquence habituelle du langage, une expression fidèle des sentimens et des sensations humaines. C’est là un des caractères les plus frappans du génie du Poète que, dans ses harmonies les plus éclatantes ou les plus confuses, on ne saisit jamais une note douteuse.