La Voix de la sagesse/Deuxième cycle/Première partie

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Bibliothèque idéaliste lyonnaise (p. 37-44).


Première Partie




I

L’initiation exige d’austères épreuves. Êtes-vous courageux ? Consentez-vous au silence et à la solitude ? Consentez-vous, au sein de votre liberté, à un travail plus profond, mais aussi régulier que le travail forcé du collège, ce travail que les hommes imposent aux enfants, mais non pas à eux-mêmes ? Consentez-vous, dans cette voie rude, à voir vos égaux, par une voie facile, vous dépasser dans la carrière et prendre votre place dans le monde ? Pouvez-vous tout sacrifier, sans exception, à la justice et à la vérité ? Alors, écoutez.

II

Efface sur ton calendrier les jours où tu n’as pas conscience d’avoir participé, par un geste quelconque, à la grande œuvre divine sur terre : ils ne comptent pas.

III

La sincérité, une profonde, grande, ingénue sincérité, est le premier caractère de tous les hommes qui sont, d’une façon quelconque, héroïques.

IV

Il est meilleur d’être simple que de connaître beaucoup de mystères.

V

Un homme n’est pas fort qui prend des accès de convulsions, bien que six hommes ne puissent le tenir alors. Celui qui peut avancer sous le poids le plus lourd sans chanceler, voilà l’homme fort.

VI

La vraie grandeur est celle de l’homme qui remplit sa tâche sans se préoccuper de son personnage, ni du bruit, ni des regards, fort du devoir accompli et de sa confiance en la Providence.

VII

Quand tu auras renoncé à te demander : « De quoi vivrai-je et de quoi jouirai-je aujourd’hui », et que tu te préoccuperas uniquement de savoir quel bien tu peux faire dans le moment présent, tu seras plus satisfait de ce monde. Car alors seulement tu sauras ce que c’est que vivre.

VIII

Si on te dit que pour devenir un sage tu dois cesser d’aimer tous les êtres, réponds à ceux-ci qu’ils mentent. Si on te dit que pour gagner la délivrance tu dois haïr ta mère et te détourner de ton fils, désavouer ton père, renoncer à toute pitié pour l’homme et pour la bête, réponds à ceux-ci que leur langue est fausse.

IX

Qui sait ne parle pas. Qui parle ne sait pas. Le sage clôt sa bouche ; il ferme ses yeux ; il ouvre son cœur ; il assemble ses lumières intérieures tout en se mêlant au vulgaire extérieur. Il est alors bien profond. Il ne se soucie ni d’amis ni d’ennemis ; il dédaigne à la fois les avantages et les pertes, les honneurs et les disgrâces. Son exemple fait du bien à tous les hommes.

X

Si, même sur les choses communes, nous exigeons qu’un homme garde ses doutes en silence et n’en bavarde pas, jusqu’à ce qu’en quelque mesure ils deviennent affirmation ou négation, combien plus encore, pour ce qui regarde les plus hautes choses, absolument impossibles à exprimer en paroles ! Qu’un homme fasse parade de son doute et arrive à s’imaginer que le débat et la logique est le triomphe et la vraie œuvre de ce qu’il y a d’intelligence : hélas ! ceci c’est comme si vous retourniez l’arbre, et au lieu des verts rameaux, des feuilles et des fruits, vous nous montriez les vilaines griffes des racines retournées en l’air.

XI

Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts.

XII

L’homme qui rougit de porter de mauvais vêtements et de se nourrir d’aliments grossiers n’est pas encore prêt à entendre la sainte parole de la justice.

XIII

Les sages fuient le siècle.

XIV

L’homme animal ne conçoit pas ce qui est de l’esprit.

XV

L’enfer sur la terre consiste à n’avoir ni force ni envie d’accomplir le bien et à ne pas même voir ce qu’il y aurait à faire autour de nous.

XVI

Toutes les fois que tu veux te donner de la joie, considère les mérites de ceux qui vivent avec toi : l’activité de l’un, la modestie de l’autre, la générosité d’un troisième. Rien n’apporte autant de joie que l’image des vertus qui éclatent dans les mœurs de ceux qui vivent avec nous.

XVII

L’homme qui prend la vie au sérieux et emploie son activité à la poursuite d’une fin généreuse, voilà l’homme religieux. L’homme frivole, superficiel, sans haute moralité, voilà l’impie.

XVIII

La puissance de l’homme sur la nature dépend de sa puissance sur lui-même ; il pourra dans le macrocosme suivant ce qu’il aura pu dans le microcosme. L’art de commander à la matière consiste à s’affranchir de son joug. Le continent, le tempérant, le travailleur et le bienveillant n’ont que faire d’autres conjurations.

XIX

Si l’homme intérieur n’a pas atteint le degré de rectitude nécessaire, l’homme extérieur ne peut produire que des actions déréglées.

XX

Le sage n’a pas d’affections particulières ; l’humanité est son affection. Qui est bon, dit-il, je suis bon avec lui ; qui n’est pas bon, je suis bon quand même : voilà la vraie bonté. Qui est sincère, je suis sincère avec lui ; qui n’est pas sincère, je suis sincère quand même : voilà la vraie sincérité.

XXI

Le sage suit la voie naturelle que le Ciel et la Nature lui enseignent. Il ne faut point se proposer de vertus extraordinaires, sans utilité pratique, aspirer à l’impossible, ni demander plus que la condition humaine ne peut comporter. Il ne faut point rechercher les phénomènes surnaturels et miraculeux, ni vouloir se faire une réputation parmi les hommes au moyen de prestiges.

XXII

L’homme probe agit sans mal faire, parle sans mentir, explique sans exagérer ; tandis que l’homme qui sait fermer, si fort qu’il soit, ne sait pas ouvrir, et que l’homme qui sait attacher ne sait pas délier.

XXIII

Le sage ne craint pas, car rien ne peut lui nuire. Il ne s’attriste point, car la tristesse est inutile, ce qui est une fois ne pouvant pas n’avoir pas été. Tout arrivant par la permission du Ciel, il n’a pas de raison pour désapprouver un événement plutôt qu’un autre, alors qu’il n’en connaît pas les suites et ne saurait juger du bien ou du mal qui en résultent. Il sait enfin que la Providence céleste en juge mieux que lui, et lui destine toujours ce qui lui convient le mieux.

XXIV

L’homme supérieur a trois apparences changeantes. Si on le considère de loin, il paraît grave et austère. Si on approche de lui, il paraît doux et affable. Si on entend ses paroles, il paraît sévère et rigide.

XXV

Le chemin des hommes droits, c’est d’éviter le mal ; celui qui garde son âme veille sur sa voie.

XXVI

L’égoïste dévot vit sans but. L’homme qui n’accomplit pas la tâche à lui échue dans la vie a vécu en vain.

XXVII

Le sage ne se hâte ni dans ses études ni dans ses paroles ; il ne connaît la hâte que pour faire une bonne action.

XXVIII

Dans un instant tu seras mort, et tu n’es encore ni simple, ni calme, ni délivré de l’erreur que les choses du dehors peuvent te nuire, ni bienveillant pour tous, ni convaincu que la sagesse consiste seulement à agir avec justice.

XXIX

Celui-là est vraiment sage qui juge les choses suivant ce qu’elles sont, et non suivant le récit et l’estime que les hommes en font ; et sa science vient plus de Dieu que des hommes.

XXX

Il faut un certain enthousiasme pour traverser dignement la vie et pour ne pas perdre de vue, au milieu des soins ordinaires de sa conservation, le grand but auquel elle doit servir, sous peine d’être une vie manquée.

XXXI

Plus la volonté surmonte d’obstacles, plus elle est forte.

XXXII

On ne peut s’appuyer que sur ce qui résiste.

XXXIII

Un homme vit en croyant quelque chose, non en débattant et argumentant sur beaucoup de choses.

XXXIV

Au moyen du zèle, de la vigilance, de la paix de l’âme et de l’empire sur soi-même, le sage peut se faire une île que les flots n’inondent pas.

XXXV

Quand l’homme renonce à tous les désirs qui pénètrent les cœurs, quand il est heureux avec lui-même, alors il est dit ferme en la sagesse. Quand il est inébranlable dans les revers, exempt de joie dans les succès, quand il a chassé les amours, les terreurs, la colère, il est dit alors solitaire ferme en la sagesse. Si d’aucun point il n’est affecté, ni des biens, ni des maux, s’il ne se réjouit ni ne se fâche, en lui la sagesse est affermie. Si, comme la tortue retire à elle tous ses membres, il soustrait ses sens aux objets sensibles, en lui la sagesse est affermie.

XXXVI

Rien ne résiste à la volonté de l’homme lorsqu’il sait le vrai et veut le bien.

XXXVII

Si tu ne peux atteindre le « sentier secret » aujourd’hui, il sera à ta portée demain.

XXXVIII

Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui avance dans l’intelligence.