La Voix de la sagesse/Deuxième cycle/Deuxième partie

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Bibliothèque idéaliste lyonnaise (p. 45-60).


Deuxième Partie




I

Quelle est ta première pensée consciente le matin en t’éveillant ? D’elle dépendra le sort de ta journée.

II

Avant de prétendre faire du bien, sache t’imposer comme règle de ne pas faire de mal. Qu’aucune créature vivante ne reçoive de toi du trouble ou de la souffrance, alors qu’il est en ton pouvoir de le lui éviter.

III

Le plus léger acte de charité, ne fût-il que de sauver la vie d’un insecte par pitié, aura des conséquences bénies pour son auteur.

IV

Laisse les choses vaines aux hommes vains.

V

Ne mets ton plaisir et ton délassement qu’à passer d’une action utile aux hommes à une autre action utile aux hommes, en te souvenant de Dieu.

VI

Les choses que le sort t’a destinées, accommode-toi à elles ; et les hommes avec qui tu dois vivre, aime-les, mais d’un amour véritable.

VII

Ne demande pas à être récompensé à cause de ton indulgence : c’est comme si les yeux demandaient une récompense parce qu’ils voient ou les pieds parce qu’ils marchent.

VIII

Garde ton cœur plus que toute autre chose qu’on garde, car c’est de lui que procèdent les sources de la vie.

IX

Garde ton esprit dans l’humilité ; ceux qui croient pouvoir tenir jusqu’au bout tombent les premiers.

X

Le disciple doit regagner l’état d’enfance qu’il a perdu, avant que le premier son puisse frapper son oreille.

XI

Sois patient, disciple, comme quelqu’un qui ne craint pas l’échec, qui ne courtise pas le succès. Sois persévérant comme quelqu’un qui dure à jamais. Si tu veux moissonner la douce paix et le repos, ensemence avec les graines du mérite les champs des moissons futures. Recule-toi du soleil dans l’ombre pour faire plus de place aux autres.

XII

Courbé, pour être intact ; droit, pour être brisé. Détruit, pour être comblé. Caché, pour être neuf. Avec peu d’avantages on se conserve ; avec beaucoup d’avantages on se perd. L’homme parfait réunit tout en un seul assemblage ; il est le modèle de tous les hommes. Il ne se voit pas, toutefois il brille. Il ne s’agite pas, toutefois il agit. Il n’est pas empressé, toutefois il a des mérites. Il n’est pas excessif, toutefois il dure longtemps. Il n’est pas agité, c’est pourquoi les autres ne s’agitent pas contre lui.

XIII

Soyez pur, soyez simple, et tenez toujours un juste milieu.

XIV

Aime le pauvre métier que tu as appris et t’y tiens. Le reste de ta vie, passe-le en homme qui a remis à la Providence le soin de ses affaires et ne se fait ni le tyran ni l’esclave d’aucun des hommes.

XV

Tout homme qui dit : « Je sais distinguer les mobiles des actions humaines » présume trop de sa science. Entraîné par son orgueil, il tombe bientôt dans mille pièges, dans mille filets qu’il ne sait pas éviter.

XVI

Qui se dresse sur la pointe des pieds ne reste pas debout. Qui se raidit sur les genoux ne marche pas. Qui regarde ne voit pas toujours clair. Qui possède ne peut toujours jouir. Qui fait des reproches n’a pas toujours de mérites. Qui a du superflu ne peut toujours durer.

XVII

Ne sois pas curieux. Ne te charge pas de soins inutiles. Ne juge pas témérairement les actes ou les paroles d’autrui… Que t’importe que celui-ci soit tel ou tel ? Que t’importe que celui-là parle et agisse d’une façon ou d’une autre ? Tu n’es pas chargé de répondre de ce que fait autrui, mais tu auras à rendre compte de toi-même.

XVIII

Mieux vaut être un pauvre paysan qui observe la loi divine qu’un orgueilleux philosophe qui étudie la marche de l’Univers en négligeant le soin de lui-même.

XIX

Nous arriverions à goûter une paix profonde, si nous consentions à ne pas nous occuper des paroles et des actes d’autrui, qui ne nous regardent en rien.

XX

Si tu vois quelqu’un pécher ouvertement et commettre une faute grave, ce n’est pas une raison pour t’estimer meilleur que lui, car tu ignores combien de temps tu persévéreras dans le bien.

XXI

Il vaut mieux se tenir caché en travaillant à son salut que de faire des miracles en se négligeant soi-même.

XXII

Telles seront tes pensées habituelles, telle sera ton âme.

XXIII

Reconnais les bienfaits par d’autres bienfaits, et ne te venge jamais des injures reçues.

XXIV

Si, dans une année entière, nous déracinions seulement un seul de nos défauts, nous serions bientôt des hommes parfaits.

XXV

Exercez-vous dans votre chambre comme les pères du désert dans leur cellule.

XXVI

Considère si tu dis vrai et non si tu parles de manière agréable à la multitude. La rhétorique est la peste des esprits.

XXVII

Chercher à devenir mûr doit être l’effort de celui qui aime la sagesse.

XXVIII

Il est plus aisé de se taire tout à fait que de ne point trop parler. Il est plus aisé de demeurer caché dans une retraite que de se bien garder lorsque l’on est au dehors. Aucun ne peut sûrement se produire s’il n’aime pas à demeurer caché. Aucun ne peut parler sûrement s’il a de la répugnance à se taire. Aucun ne peut être dans l’élévation avec sûreté s’il ne se soumet aux autres. Aucun ne peut sûrement commander s’il n’a bien appris à obéir.

XXIX

Rien ne survit que l’âme : fais-la donc héroïque.

XXX

Sème des actes aimables et tu cueilleras leurs fruits. L’omission d’un acte de pitié devient une commission de péché mortel.

XXXI

Sois semblable à un rocher contre lequel les vagues de la mer viennent sans cesse se briser. Le rocher demeure immobile, malgré les eaux qui bouillonnent autour de lui.

XXXII

À toute heure, songe fortement à faire ce que tu as en mains avec une stricte et simple gravité, avec cœur, avec liberté, avec justice, et à te délivrer toi-même de toutes les autres pensées.

XXXIII

Le plus subtil est plus puissant que le plus dense. Il faut être maître de ses désirs pour être maître de ses actes.

XXXIV

Tue le désir ; mais si tu le tues, prends garde qu’il ne se relève d’entre les morts.

XXXV

Il vaut mieux veiller sur la place publique que de s’endormir dans le temple.

XXXVI

Même si tu as commis cent fois une faute, ne la commets pas une fois de plus.

XXXVII

Si tu subis un outrage immérité, ne t’en indigne pas, mais songe que la justice divine juge chacun suivant ses œuvres.

XXXVIII

N’use point ce qui te reste de ta vie en des pensées qui concernent les autres, à moins que tu ne les rapportes à quelque intérêt général. Sinon, en effet, tu manques à une autre tâche : en te mettant dans l’esprit ce que fait tel ou tel, ou pourquoi il le fait, ou ce qu’il dit, ou ce qu’il médite, ou ce qu’il entreprend, ou tout ce dont il s’occupe, tu te laisses distraire de la surveillance de ton âme à toi.

XXXIX

C’est un grand malheur que de ne pas avoir éprouvé de peines.

XL

Il faut avoir souffert pour savoir consoler.

XLI

L’homme intérieur, comme le fer que l’on forge, doit de temps en temps passer par le feu et être frappé à coups redoublés.

XLII

Sans le sacrifice, aucun effort n’est efficace.

XLIII

Chacun aura à rendre compte des paroles inutiles.

XLIV

Si quelqu’un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait, capable de tenir tout le corps en bride.

XLV

Comme le songe vient de la multitude des occupations, ainsi la folie vient de la multitude des paroles.

XLVI

Celui qui garde sa bouche et sa langue garde son âme de la détresse.

XLVII

Dès que nous exprimons quelque chose, nous le diminuons étrangement. Nous croyons avoir plongé jusqu’aux abîmes et quand nous remontons à la surface, la goutte d’eau qui scintille au bout de nos doigts pâles ne ressemble plus à la mer d’où elle sort.

XLVIII

Renferme-toi en toi-même. L’âme raisonnable a pour nature de se suffire à elle-même.

XLIX

Celui qui n’évite pas les petits défauts tombe dans les grands.

L

Accoutume-toi à être intérieurement attentif aux paroles des autres, et entre le plus possible dans l’âme de celui qui te parle.

LI

Que toute aigreur, toute animosité, toute colère, toute criaillerie, toute médisance et toute malice soient bannies de vous.

LII

S’il y a des personnes qui n’étudient pas, ou qui, si elles étudient, ne profitent pas, qu’elles ne se découragent point, ne s’arrêtent point. S’il y a des personnes qui n’interrogent pas les hommes instruits pour s’éclairer sur les choses douteuses ou qu’elles ignorent, ou si en les interrogeant elles ne peuvent devenir plus instruites, qu’elles ne se découragent point. S’il y a des personnes qui ne méditent pas ou qui, si elles méditent, ne parviennent pas à acquérir une notion claire du principe du bien, qu’elles ne se découragent point. S’il y a des personnes qui ne distinguent pas le bien du mal, ou qui, si elles le distinguent, n’en ont pas cependant une perception claire et nette, qu’elles ne se découragent point. S’il y a des personnes qui ne pratiquent pas le bien, ou qui, si elles le pratiquent, ne peuvent y employer toutes leurs forces, qu’elles ne se découragent point : ce que d’autres feraient en une fois, elles le feront en dix ; ce que d’autres feraient en cent, elles le feront en mille. Celui qui suivra véritablement cette règle de persévérance, quelque ignorant qu’il soit, deviendra nécessairement éclairé ; quelque faible qu’il soit, il deviendra nécessairement fort.

LIII

Celui qui livre son âme aux égarements des sens, voit bientôt son intelligence emportée, comme un navire par le vent sur les eaux.

LIV

Efforce-toi de fuir et de vaincre surtout les défauts qui te déplaisent le plus chez autrui.

LV

Qui se connaît fort et agit clément est le premier de tous les hommes. Qui se connaît éclatant et se garde obscur est le modèle de tous les hommes. Qui se sait savant et garde ses lèvres fermées est le premier de tous les hommes.

LVI

Mieux vaut taire une vérité que de la donner sans douceur et de mauvaise grâce.

LVII

Affectionnez-vous aux choses d’en-haut et non aux choses de la terre.

LVIII

Si celui qui te hait a faim, donne-lui du pain à manger, et s’il a soif, donne-lui de l’eau à boire.

LIX

Ne maudissez jamais des deux mains, afin qu’il vous en reste toujours une pour pardonner et pour bénir.

LX

Sois patient pour supporter les défauts et les faiblesses d’autrui : tu en as, toi-même, beaucoup qu’il faut qu’autrui supporte. Si tu ne peux arriver à te rendre toi-même tel que tu voudrais être, comment pourras-tu modifier les autres suivant ton bon plaisir ? Nous désirons volontiers la perfection chez autrui et nous ne cherchons cependant pas à déraciner nos défauts. Nous voulons voir les autres corrigés parfaitement, mais nous ne nous corrigeons pas nous-mêmes. La trop grande liberté d’autrui nous déplaît, mais nous n’aimons pas qu’on nous refuse l’objet de notre désir. Nous souhaitons voir les agissements d’autrui réglés par des lois : mais, nous-mêmes, ne supportons aucune contrainte. Ce qui prouve clairement que nous n’aimons pas le prochain comme nous-mêmes.

LXI

Il faut semer la douceur par l’exemple, car la méchanceté s’exaspère par la méchanceté.

LXII

Si, dès le commencement, nous nous faisions à nous-mêmes légèrement violence, nous pourrions triompher, par la suite, de toutes les difficultés facilement et joyeusement.

LXIII

Ne cherche pas à devenir quelque chose, mais quelqu’un.

LXIV

Le respect aux dieux, aux brahmanes, au précepteur, aux hommes instruits, la pureté, la droiture, la chasteté, la mansuétude, sont appelés austérités du corps. Un langage modéré, véridique, plein de douceur, l’usage des lectures pieuses sont l’austérité de la parole. La paix du cœur, le calme, le silence, l’empire de soi-même, la purification de son être, telle est l’austérité du cœur.

LXV

Le devoir de celui qui a reçu est de transmettre à son tour.

LXVI

Si tu ne peux être le soleil, sois l’humble planète. Indique la Voie, même indistinctement et perdu dans la foule, comme fait l’étoile du soir à ceux qui suivent leur chemin dans la nuit. Éclaire et réconforte le pélerin en peine et cherche celui qui en sait encore moins que toi.

LXVII

Il n’y a point d’homme si stupide ni de femme si ignorante qui ne soit capable de mettre en pratique les moyens que la Providence nous a donnés pour atteindre notre perfection.

LXVIII

Ne vis ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans le futur, mais dans l’éternel.

LXIX

Si tu te sens endolori et blessé dans ton cœur ou que tu ne sois plus le maître de tes nerfs, évite de rencontrer les hommes tant que tu seras dans cet état. Adresse tes plaintes à Dieu et non pas à eux, et n’affronte leur présence que quand tu auras repris une certaine possession de toi-même.

LXX

Travaille à imiter les sages et ne te rebute jamais quelque ardue que soit la tâche ; le plaisir que tu goûteras si tu parviens à tes fins te dédommagera de toutes tes peines.

LXXI

Combats nuit et jour tes défauts. Si par tes soins et ta vigilance tu remportes sur toi la victoire, attaque hardiment les défauts des autres. Mais ne les attaque point avant cela.

LXXII

Ce que nous prenons chez nous pour le zèle de la vertu n’est souvent qu’un secret amour-propre dominateur, une jalousie dissimulée et un instinct orgueilleux de contradiction.

LXXIII

La plupart des hommes s’efforcent d’acquérir la science au lieu de s’efforcer à mener une vie droite ; aussi s’égarent-ils souvent et ne retirent-ils de leurs travaux qu’un maigre résultat ou même un résultat nul. S’ils mettaient autant de soin à extirper leurs défauts et à acquérir des vertus qu’ils en mettent à soulever des problèmes, on ne verrait pas dans le monde tant de maux et de scandales.

LXXIV

Il faut d’abord connaître le but auquel on doit tendre, ou sa destination définitive, et prendre ensuite une détermination. La détermination étant prise, on peut ensuite avoir l’esprit tranquille et calme. L’esprit étant tranquille et calme, on peut ensuite jouir de ce repos inaltérable que rien ne peut troubler ; on peut ensuite méditer et se former un jugement sur l’essence des choses. Ayant médité et s’étant formé un jugement sur l’essence des choses, on peut ensuite arriver à l’état de perfectionnement désiré.

LXXV

Il vaut mieux suivre sa propre loi, même imparfaite, que la loi d’autrui, même meilleure ; il vaut mieux mourir en pratiquant sa loi : la loi d’autrui a des dangers.

LXXVI

Il ne suffit pas de posséder une vérité, il faut que la vérité nous possède.

LXXVII

Ne jugez pas ; ne parlez guère ; aimez et agissez.

LXXVIII

L’homme supérieur est celui qui d’abord met ses paroles en pratique et ensuite parle conformément à ses actions.

LXXIX

Exerce premièrement ton zèle sur toi-même. Tu pourras ensuite l’exercer sur ton prochain.

LXXX

Établis d’abord la paix en toi-même, et tu pourras ensuite la procurer à autrui. L’homme de paix est plus utile que l’homme savant.

L’homme passionné convertit en mal le bien lui-même et croit volontiers au mal. L’homme de paix et de bonté ramène tout au bien.

Ce sont ceux qui portent la paix en eux qui peuvent vivre en paix avec les autres. L’homme de paix ne soupçonne personne. Le passionné, incapable de contrôler son cœur, est assailli de mille soupçons ; il ne peut ni goûter le repos, ni le laisser goûter à autrui ; il dit ce qu’il devait taire, fait ce qu’il ne devait pas faire, oublie le devoir qui lui incombe ; il s’inquiète des obligations du prochain, et les siennes, il les néglige.

LXXXI

Le sage qui suit la Voie agit et ne s’agite point.

LXXXII

Celui qui connaît l’utilité de la souffrance, celui-là a la paix profonde. Celui-là est le vainqueur de soi-même, le maître du monde, l’ami du Christ et l’héritier du Ciel.

LXXXIII

Rejette l’opinion et tu seras sauvé.

LXXXIV

Pour s’approcher de Dieu il faut marcher, et les actions saintes sont les mouvements de notre âme.

LXXXV

Beaucoup réfléchir sur un petit nombre de livres tout à fait bons : voilà ce qui fait avancer dans la vie intérieure.

LXXXVI

La conscience se révèle et se développe par le recueillement : il faut savoir faire le silence dans son âme pour se développer intellectuellement. La vie morale ne consiste pas à multiplier les impressions, mais à les approfondir.

LXXXVII

Si tu lis pendant quelques minutes, médite pendant quelques heures.

LXXXVIII

Il ne faut jamais regarder en arrière.