La Voix de la sagesse/Deuxième cycle/Troisième partie

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Bibliothèque idéaliste lyonnaise (pp. 61-70).


Troisième Partie




I

Tous les êtres créés, quels qu’ils soient, faibles ou forts, petits ou grands, visibles ou non visibles, ont le droit d’aspirer au bonheur.

II

Aucun homme ne peut en purifier un autre.

III

Il y a beaucoup de choses à faire et peu de choses à savoir.

IV

La lampe brûle brillamment quand la mèche et l’huile sont propres. Mais pour les rendre propres, il faut que quelqu’un les nettoie.

V

Quand un acte de vertu nous coûte, c’est signe que nous ne possédons pas encore cette vertu : ce n’est que lorsqu’elle sera devenue partie intégrante de nous-même que son exercice sera sans effort et spontané.

VI

La vigilance est le chemin qui mène à l’affranchissement de la mort ; la négligence, celui qui mène à la mort.

VII

Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement les haines, mais l’absence de haine.

VIII

Celui qui persécute un homme de bien fait la guerre au Ciel.

IX

Ce n’est point parmi les choses terrestres qu’il faut chercher la véritable paix, mais parmi les choses célestes ; ce n’est point parmi les hommes et les êtres créés, mais en Dieu seul.

X

Si vous avez vécu dans la beauté obscure, ne vous inquiétez pas.

XI

Les deux plus belles choses de l’Univers sont : le ciel étoilé sur nos têtes et le sentiment du devoir dans nos cœurs.

XII

Celui qui est tout rempli de la vérité et de la splendeur célestes ne recherche pas les vanités de la gloire.

XIII

Les objets se retirent devant l’homme abstinent ; les affections de l’âme se retirent en présence de celui qui les a quittées.

XIV

Vouloir le bien avec violence, c’est vouloir le mal ; car la violence produit le désordre, et le désordre le mal.

XV

Ce n’est ni par les pleurs ni par les regrets que se gagne la paix du cœur.

XVI

Le plus mortel péché, ce serait l’orgueilleuse conscience d’être sans péché. Voilà la mort. Le cœur qui a conscience d’être ainsi est divorcé d’avec la sincérité, l’humilité et le fait : est mort. Il est « pur » comme le sable sec et mort est pur.

XVII

Le cœur du sage rend sa bouche sensée et sur ses lèvres accroît la science.

XVIII

Lorsque l’homme éprouve un sentiment de bien-être physique en présence du bon et du vrai, tandis que le mal, le faux et l’impur, même sous leur forme la plus séduisante, provoquent en lui une dépression et un malaise physique également, c’est alors seulement qu’il est parvenu à la conformation normale de tout son être. Jusque-là, fût-il même nourri des meilleurs principes, le mal n’a pas perdu toute influence sur lui.

XIX

La perfection morale suppose la haute lumière de l’intelligence ; la haute lumière de l’intelligence suppose la perfection morale.

XX

Si tu médites constamment sur une question insoluble pour ton esprit, la solution te sera donnée.

XXI

La tristesse vaut mieux que le rire, parce que par la tristesse du visage le cœur devient joyeux.

XXII

Ne cherche pas la paix dans les paroles des hommes. Qu’ils disent de toi du bien ou du mal, es-tu pour cela un autre homme ?

XXIII

Plus et mieux tu sauras, plus tu seras jugé sévèrement, si tu n’as pas pour cela mené une vie plus pure.

XXIV

Qui parle peu agit comme il veut. Il appelle le vent, et ne dit pas de quel côté. Il appelle la pluie, et ne dit pas pour quel jour.

XXV

Rechercher les principes des choses qui sont dérobées à l’intelligence humaine ; faire des actions extraordinaires qui paraissent en dehors de la nature de l’homme ; en un mot opérer des prodiges pour se procurer des admirateurs et des sectateurs dans les siècles à venir : voilà ce que je ne voudrais pas faire.

XXVI

Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ?

XXVII

Tant qu’une opinion est implantée sur les sentiments, c’est en vain qu’on lui oppose les arguments les plus décisifs ; elle en tire de la force au lieu d’être affaiblie.

XXVIII

Tout homme qui croit et veut croire à un Dieu injuste et féroce, peut, à un moment donné, devenir un fou furieux.

XXIX

Deux ailes sont données à l’homme pour s’élever au-dessus des choses de la terre : la simplicité et la pureté.

XXX

La gloire des justes est dans leur conscience, et non dans la bouche des hommes. Si tu es loué, cela ne te rendra pas plus parfait ; si tu es dénigré, cela ne te rendra pas plus vil. Tu es ce que tu es.

XXXI

Si quelqu’un dit : « j’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère, il est menteur.

XXXII

Plus les âmes s’aiment, plus leur langage est court.

XXXIII

Il faut s’aimer beaucoup pour pouvoir se taire.

XXXIV

Apprends à aimer et à faire du bien, voilà la vraie science de la vie.

XXXV

Heureux, même dans les angoisses, celui à qui Dieu a donné une âme digne de l’amour et du malheur. Qui n’a pas vu les choses du monde et le cœur des hommes à cette double lumière n’a rien vu de vrai et ne sait rien.

XXXVI

Nous sommes ouvriers avec Dieu.

XXXVII

Quand ta raison aura franchi les régions obscures de l’erreur, alors tu parviendras au dédain des controverses passées et futures.

XXXVIII

Sans sortir de sa maison, le sage connaît tous les hommes ; il sait qu’ils ne sont pas heureux. Il connaît la Voie du Ciel ; quoique éloigné, il connaît les plus petites choses. Ainsi le sage ne marche pas, mais aboutit ; ne voit pas les choses, mais sait leur nom ; ne travaille pas, mais produit.

XXXIX

La pensée est difficile à contenir, légère, courant où il lui plaît. La dompter est chose salutaire : domptée elle procure le bonheur. La pensée est difficile à découvrir, très adroite, courant où il lui plaît. Que le sage la surveille ; surveillée elle procure le bonheur. Quelque mal réciproque qu’on puisse se faire entre gens qui se haïssent, entre ennemis, une pensée mal dirigée en ferait plus encore. Quelque bien que puissent se faire soit un père, soit une mère, soit d’autres parents, une pensée bien dirigée en ferait plus encore.

XL

Il n’est pas bon d’être trop libre. Il n’est pas bon d’avoir toutes les nécessités.

XLI

Celui-là n’a pas atteint la patience véritable qui ne consent à souffrir qu’autant qu’il lui plaît et de qui il lui plaît.

XLII

Dieu juge nos actes, non nos doctrines.

XLIII

Dieu juge les actes plutôt d’après la manière dont ils sont accomplis que d’après leur nombre :

C’est beaucoup agir qu’agir avec diligence ;

C’est beaucoup agir qu’agir avec soin ;

C’est beaucoup agir que de servir autrui plutôt que de suivre sa volonté propre.

XLIV

Tendez à la perfection et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.

XLV

Même dans la vie la plus vulgaire, la part de ce qu’on fait pour Dieu est énorme. L’homme le plus bas aime mieux être juste qu’injuste. Tous, nous adorons, nous prions bien des fois par jour sans le savoir.

XLVI

N’aimez point le Monde ni les choses qui sont dans le Monde. Si quelqu’un aime le Monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le Monde : convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais vient du Monde. Le Monde et sa convoitise passent, mais celui qui suit la volonté du Père demeure éternellement.

XLVII

Aimer son prochain, ce n’est pas seulement se donner tout à lui, servir, aider et secourir les autres. Il est possible que vous ne soyez ni bon, ni grand, ni noble au milieu des plus grands sacrifices. Aimer son prochain, c’est aimer ce qu’il y a d’éternel dans les autres, car le prochain par excellence c’est ce qui se rapproche le plus de Dieu, c’est-à-dire de ce qu’il y a de pur et de bon dans les hommes.

XLVIII

L’amour est le lien des âmes, et lorsqu’il est pur, ce lien est indestructible.

XLIX

L’amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu’en se donnant tout entier aux autres.

L

L’amour est une puissance immense. L’amour est le premier de tous les biens. Il n’est rien de plus doux que l’amour, rien de plus élevé, rien de plus étendu, rien de plus agréable, rien de plus réel, rien de meilleur dans le Ciel et sur la Terre. L’amour est né de Dieu, et ce n’est que dans la divine perfection, au-dessus de toute création, qu’il peut se reposer pleinement. L’amour vole, court et est toujours joyeux. Il donne tout à tous et il possède tout partout, parce qu’il possède le bien suprême d’où découlent tous les biens particuliers. L’amour ne connaît pas de mesure, mais il s’enflamme au-delà de toute mesure. L’amour ne sent pas les fardeaux, n’évite pas les travaux. Il entreprend plus qu’il ne peut, il ne s’inquiète pas de l’impossible, parce qu’il sait qu’il peut tout et que tout lui est permis. L’amour veille tout en dormant. Fatigué, il ne se lasse pas ; emprisonné, il est libre ; menacé, il ne s’effraie pas. Toujours il s’élance comme une flamme vive ou une torche ardente, et il marche sans nulle crainte.

LI

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

La charité est patiente ; elle est pleine de bonté ; la charité n’est point envieuse ; la charité ne se vante point ; elle ne s’enfle point d’orgueil ; elle ne fait rien de malhonnête ; elle ne cherche point son intérêt ; elle ne s’irrite point ; elle ne soupçonne point le mal ; elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout ; elle croit tout ; elle espère tout ; elle supporte tout.

LII

Alors même que nous croyons avoir fait tout le possible, il reste encore une suprême tentative à essayer.