La Voix de la sagesse/Troisième cycle/Première partie

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Bibliothèque idéaliste lyonnaise (p. 73-83).


Première Partie




I

Le mystère est en nous, et il s’appelle la conscience ; le mystère est autour de nous, et il s’appelle la Nature ou l’ambiance ; le mystère est dans nos semblables, et il s’appelle attraction ou répulsion, domination ou obéissance ; enfin le mystère est au-dessus de nous et il s’appelle théodicée, pneumatologie, théurgie.

II

Celui-là contemple la vie comme une merveille. Celui-ci en parle comme d’une merveille. Un autre en écoute parler comme d’une merveille. Et quand on a bien entendu, nul encore ne la connaît.

III

En face du mystère, l’humanité ressemble au public d’un théâtre ; les intellectuels, les privilégiés voient des nuances, des détails que les places inférieures ne perçoivent pas, mais peut-on dire que ce soient les privilégiés qui jouissent le plus souvent du spectacle et qui en tirent le plus grand profit moral ?

Comprendre une douzaine de lois matérielles de plus ou de moins, savoir comment se fait un miracle, pouvoir le faire, cela ne constitue pas une grande différenciation. La disproportion demeure fatale entre le pouvoir et le vouloir : quel serait l’avantage d’un homme qui, au lieu de percevoir huit kilomètres d’horizon, en percevrait le double ? Il serait extraordinaire, unique ; il n’en serait pas moins sujet aux ophtalmies.

Préparer l’autre vie par celle-ci et devancer par l’effort l’évolution du devenir, voilà la vraie voie.

IV

L’étrangeté des phénomènes ne prouve que notre ignorance devant les lois de la nature. Quand Dieu veut se faire connaître à nous, il éclaire notre raison et ne cherche pas à la confondre ou à l’étonner.

V

Dieu et la Nature n’ont point de mystères pour leurs enfants. Le mystère est seulement dans la faiblesse de notre être qui n’est pas capable de supporter la lumière. Cette faiblesse est la nuée qui couvre le sanctuaire.

VI

Tout ce que nous voyons du monde n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature.

VII

Il faut se représenter continuellement le monde comme un être unique ayant une substance unique et une âme unique ; comment tout se rapporte à une sensation unique, la sienne ; comment tout agit par son unique impulsion ; comment tout coopère à causer ce qui arrive ; et quel est l’enchaînement et la connexion des choses.

VIII

Chaque nature créée en suppose une autre qui lui est surnaturelle. La plante l’emporte sur la pierre, l’animal sur la plante, l’homme sur l’animal, l’ange ou le pur esprit sur l’homme, Dieu sur l’ange.

IX

Tout est vivant dans la nature.

X

La vie divine circule dans tous les êtres et toutes les choses et anime nos plus humbles actions quotidiennes.

XI

Souviens-toi de l’Être total dont tu participes pour une minime partie, et de la Durée totale, dont un court, un infime moment t’est assigné, et de la Destinée, dont tu es quelle faible part !

XII

Tous nous coopérons à une œuvre unique, les uns avec connaissance et pleine intelligence, les autres sans le savoir : ceux mêmes qui dorment travaillent et coopèrent à ce qui se passe dans le monde ; celui-là même y coopère qui s’efforce de remonter le courant et de supprimer ce qui est : car le monde avait besoin d’un homme de ce genre. Celui qui régit le Tout se servira, en tous cas, de toi comme il faut, et il te placera en une certaine place parmi ses coopérateurs et collaborateurs.

XIII

Toutes choses sont liées entre elles, et leur enchaînement est saint, et presque aucune n’est étrangère à l’autre. Car il y a un seul Monde formé de tout, un seul Dieu répandu partout, une seule Substance, une seule Loi, un seul Esprit commun à tous les êtres intelligents, une seule Vérité.

XIV

Tout ce qui arrive à chacun est utile au Tout.

XV

Le progrès est le mouvement universel des êtres qui, incessamment épanchés de Dieu, remontent sans cesse à Dieu sans jamais pouvoir l’atteindre. C’est un perpétuel avènement d’une vie inférieure à une vie supérieure, le lien du fini avec l’infini.

XVI

Tout ce qui est élevé n’est pas saint ; tout ce qui est désirable n’est pas pur ; tout ce qui est doux n’est pas bienfaisant ; tout ce qui nous est cher n’est pas agréable à Dieu.

XVII

L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur.

XVIII

Tout ce qui est, tout ce qui arrive ne vient pas seulement de quelque part, mais va aussi quelque part.

XIX

La science de l’homme ne fait pas la Vérité. La Vérité est éternelle ; la science marche dans le temps, et à mesure qu’elle avance, elle constate de plus en plus la Vérité. Ce qu’elle n’a pas encore vu existe déjà, et bien souvent la conjecture a devancé la science et annoncé de grandes vérités aux hommes.

XX

Nous appelons Destin tout ce qui nous limite. Si nous sommes brutaux et barbares, la fatalité prend une forme brutale et barbare. Quand nous nous raffinons, nos échecs se raffinent aussi. Si nous nous élevons à la culture spirituelle, l’antagonisme prend une forme spirituelle.

XXI

Celui qui sait vouloir est conduit ; celui qui ne sait pas vouloir est traîné.

XXII

Aucune contrariété ne survient que nous ne l’ayons appelée, il y a peut-être une heure, peut-être un siècle. Elle est l’obstacle légitime à l’épanouissement d’une des fleurs de notre égoïsme.

XXIII

Le hasard n’existe pas. Tout événement a une raison d’être et obéit à une cause cachée.

XXIV

Nous ne sommes enchaînés que parce que nous sommes trop égoïstes pour faire bon usage de notre liberté.

XXV

Le mal absolu n’est pas. Le mal est un accident du bien.

XXVI

La matière est de l’esprit éteint ; elle ne vit donc que par l’esprit, pour l’esprit. L’esprit est la vérité de la matière. Dieu est la vérité de l’esprit ; il est l’esprit en soi, l’Esprit absolu.

XXVII

La matière est vraie pour la matière et ne le sera jamais pour l’esprit. Les choses corporelles et sensibles n’étant rien pour l’Être intellectuel de l’homme, on voit comment doit s’apprécier ce que l’on appelle la mort, et quelle impression elle peut produire sur l’homme sensé, qui ne s’est point identifié avec les illusions de ces substances corruptibles. Car le corps de l’homme, quoique vrai pour les autres corps, n’a, comme eux, aucune réalité pour l’intelligence, et à peine doit-elle s’apercevoir qu’elle s’en sépare : en effet, lorsqu’elle le quitte, elle ne quitte, qu’une apparence, ou pour mieux dire elle ne quitte rien.

XXVIII

Les corps qui finissent procèdent d’une âme éternelle, indestructible et immuable. Celui qui croit qu’elle tue ou qu’on la tue se trompe ; elle ne tue pas, elle n’est pas tuée. Elle ne naît, elle ne meurt jamais. Sans naissance, sans fin, éternelle, antique, elle n’est pas tuée quand on tue le corps. Comme l’on quitte des vêtements usés pour en prendre de nouveaux, ainsi l’âme quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps. Ni les flèches ne la percent, ni la flamme ne la brûle, ni les eaux ne l’humectent, ni le vent ne la dessèche. Inaccessible aux coups et aux brûlures, à l’humidité et à la sécheresse, éternelle, répandue en tous lieux, immobile, inébranlable, invisible, ineffable, immuable, voilà ses attributs.

XXIX

De même qu’il faudrait que notre corps éclatât, s’il était soustrait à la pression de l’atmosphère, de même si le poids de la misère, de la peine, des revers et des vains efforts était enlevé à la vie de l’homme, l’excès de son arrogance serait si démesuré, qu’elle le briserait en éclats, ou tout au moins le pousserait à l’insanité la plus désordonnée et jusqu’à la folie furieuse. En tous temps il faut à chacun une certaine quantité de soucis, de douleurs ou de misère, comme il faut du lest au navire pour tenir d’aplomb et marcher droit.

XXX

Ce qui est né doit sûrement mourir et ce qui est mort doit renaître.

XXXI

Ce qui vient de la Terre retourne à la Terre, et ce qui doit la vie au Ciel reprend son vol vers les hauteurs célestes.

XXXII

Nos forces physiques, notre habileté manuelle, notre ingéniosité, nos facultés mentales ne nous appartiennent pas ; ce sont des instruments de travail que nous prête la Nature. Nous avons à les lui rendre à la mort, non pas détériorés, non seulement dans l’état où nous les avons reçus, mais perfectionnés et capables de répondre mieux aux besoins de nos remplaçants à qui ils vont être confiés.

XXXIII

La naissance n’est pas un commencement. C’est une suite.

XXXIV

Comme l’action et la réaction se rapportent réciproquement dans la Nature, ainsi se rapportent la révélation et la foi. Là où il n’y a point de réaction, l’action cesse nécessairement. Là où il n’y a pas de foi, aucune révélation ne peut avoir lieu. Mais plus il y a de foi, plus il y a de révélation ou de développement des vérités qui sont dans l’obscurité et qui ne peuvent être développées que par notre confiance.

XXXV

Aucune génération d’un être quelconque ne va sans la corruption d’un autre. L’avènement d’une forme plus parfaite n’a lieu que par la corruption de la forme précédente ; de telle sorte cependant que toujours la forme qui suit renferme tout ce que possédait la forme précédente, plus un degré supérieur de perfection.

XXXVI

Aide la Nature et travaille avec elle : la Nature te regardera comme un de ses enfants et te fera sa soumission.

XXXVII

Le silence est nécessaire au sage ; ses actions doivent être son langage. Le Ciel parle, mais de quel langage se sert-il pour enseigner aux hommes qu’il existe un souverain principe dont tout dépend, qui les fait vivre et agir ? Le mouvement de la vie est son langage : il ramène les saisons en leur temps, il féconde la Nature et la fait produire. Quelle grandeur en ce silence !

XXXVIII

La Perfection, le Vrai dégagé de tout mélange est la loi du Ciel ; le perfectionnement, qui consiste à employer tous ses efforts pour découvrir la loi céleste, est la loi de l’homme.

XXXIX

Le bien est, pour chaque Être, l’accomplissement de sa propre loi, et le mal, ce qui s’y oppose.

XL

Les œuvres de la chair sont l’adultère, la fornication, l’impureté, la dissolution, l’idolâtrie, l’empoisonnement, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, les envies, les meurtres, l’ivrognerie, les débauches et autres choses semblables. Les fruits de l’Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la fidélité, la bénignité, la tempérance.

XLI

La lumière spirituelle tient à la conformité de notre âme avec les lois divines. Les hommes ne peuvent jamais perdre cette lumière, mais ils peuvent l’obscurcir de tant de nuages qu’elle semble entièrement éteinte.

XLII

Chacun a le même mérite que les objets de son zèle.

XLIII

La vertu n’a pas de modèle déterminé et invariable, mais celui qui fait le bien peut servir de modèle. Les bonnes actions ne sont pas déterminées d’une manière spéciale, mais tout ce qui se fait de bien se réduit à un seul principe.

XLIV

Le beau est la splendeur du vrai.

XLV

La foi est la source de toute force.

XLVI

L’art a le même objet que la religion : faire sentir Dieu aux hommes.

XLVII

Tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde.

XLVIII

Ceux qui ont porté leurs chaînes et aidé les autres à porter les leurs seront admis à la liberté totale.

XLIX

Cherchons autour de nous s’il y a quelqu’un à qui tout le monde prodigue les calomnies : il y aura de bien grandes chances alors pour que ce soit un envoyé de Dieu.