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La photographie aérienne par cerf-volant/5

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V.

Éléments nécessaires pour l’obtention d’une vue en plan.

Chaque fois que l’on veut obtenir une vue en plan, la connaissance de deux éléments devient indispensable : 1° la hauteur verticale du cerf-volant ; 2° la distance qui sépare l’opérateur de sa projection sur le sol.

Voulons-nous, en effet, prendre une vue en plan d’une enceinte dans laquelle nous ne pouvons pénétrer, mais dont nous connaissons approximativement les dimensions extérieures ? Nous devrons nous préoccuper d’abord de la distance à laquelle l’objectif opérera, pour lui permettre d’embrasser tout ce qui peut nous être utile, ensuite du point au-dessus duquel il fonctionnera et qui devra se rapprocher le plus possible du centre de l’enceinte. Avons-nous obtenu une épreuve ? Par quel moyen prendrons-nous des mesures exactes sur cette épreuve, si nous ignorons la distance qui séparait l’objectif de l’objet reproduit ?

Examinons successivement les moyens pratiques d’arriver à la connaissance de ces données indispensables.


Hauteur verticale du cerf-volant. — Le moyen le plus rigoureux, sinon le plus rapide, consiste à fixer, à côté de l’appareil photographique, un baromètre anéroïde de petite dimension (0m,06 à 0m,07 au plus de diamètre), dont nous avons imaginé la disposition et que nous allons décrire. La glace de ce baromètre doit pouvoir s’enlever facilement. On découpe dans une feuille de papier noir un anneau de 0m,007 de large, qui puisse exactement couvrir le cadran du baromètre en venant se placer sous les aiguilles, et on l’ouvre en supprimant à peu près un tiers de sa circonférence. On découpe un second anneau absolument semblable dans du papier végétal et on l’applique sur le premier, auquel on le réunit en passant légèrement un pinceau enduit de colle sur la moitié seulement de leur pourtour extérieur. On colle alors, de champ, une étroite bande de carton sur le papier végétal ; cette bande, dont les deux extrémités viennent se rejoindre au-dessus de la partie du cercle que nous avons supprimée, donne à l’ensemble l’aspect d’une boîte ronde sans couvercle, dont le fond aurait été percé d’une large ouverture circulaire. Cela fait, on répète sur le papier végétal, avec une couleur opaque (encre de Chine ou vermillon), la graduation qui existe sur le cadran du baromètre, en ne laissant occuper aux traits qui la composent que la moitié de la largeur de l’anneau. Puis on découpe dans du papier au gélatinobromure (cela, bien entendu, à l’abri de la lumière) un anneau pareil à ceux que nous venons de décrire et on l’insère entre les deux, ce qui est possible, puisqu’ils ne sont collés que suivant la moitié de leur circonférence extérieure. Grâce à la portion supprimée, il est facile d’introduire l’anneau ainsi préparé sous l’aiguille du baromètre. On le fait tourner jusqu’à ce que les divisions qu’il porte coïncident avec celles du cadran, et l’on remet le verre qui, venant s’appliquer sur la tranche supérieure de la bande de carton maintiendra l’anneau d’une manière suffisante pour l’empêcher de glisser ou de gêner les mouvements de l’aiguille. Plaçant alors l’aiguille index rigoureusement en face de l’aiguille du baromètre, on fixe le baromètre dans une petite chambre noire munie d’un obturateur et semblable à celle qui nous sert pour l’obtention des vues. Elle n’a pas d’objectif et porte simplement une ouverture de 0m,01 de diamètre. Cette ouverture doit se trouver à 0m,07 ou 0m,08 du baromètre. Le faisceau lumineux pénétrant par ce trou au moment voulu, projettera sur le papier sensible l’ombre des deux aiguilles et celle des divisions. Le déclenchement des deux obturateurs sera obtenu à l’aide du même courant ou de deux mèches de même longueur. En développant l’anneau de papier au gélatinobromure, on obtiendra en blanc sur fond noir les divisions tracées sur le papier végétal et, sur la portion que ces divisions ne couvrent pas, l’image également blanche de l’ombre produite par les deux aiguilles : l’aiguille index indiquant le point de départ, l’aiguille barométrique, la hauteur de l’appareil au moment de l’opération.

Nous n’entrerons pas dans le détail des calculs qui permettent de déduire les hauteurs des indications barométriques. On les trouvera dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes. Disons seulement que, pour obtenir la hauteur, en mètres, du cerf-volant avec une approximation généralement suffisante dans la pratique, on n’aura qu’à multiplier par 12 le nombre de millimètres compris entre les indications des deux aiguilles.

Nous prendrons comme exemple l’épreuve obtenue en même temps que la vue verticale reproduite dans la Nature du 23 mars 1889. L’écart entre les deux aiguilles est de 10mm,25 ; si nous multiplions ce nombre 10,25 par 12, nous obtenons 123m. Nous avons contrôlé ce résultat à l’aide de la formule donnée par le Dr Gustave Le Bon, page 56 de son remarquable Ouvrage les Levers photographiques[1], et nous avons obtenu 127m. Comme on le voit, l’erreur est faible et peut d’ailleurs être attribuée au divisions barométriques qui ne sont pas tracées d’une manière bien rigoureuse.

Une autre méthode infiniment plus simple, mais aussi beaucoup moins précise, consiste à mesurer la corde de manœuvre et prendre les deux tiers de sa longueur. Cette mesure donne à peu près la hauteur du cerf-volant lorsque la corde forme avec la verticale un angle de 45° au dévidoir.

Voici enfin un procédé qui ne nécessite aucun nouvel appareil et qui donne une grande précision, lorsqu’il est exécuté avec soin. Malheureusement, il exige une donnée qu’on ne possède pas toujours. C’est la connaissance de la longueur exacte d’un objet quelconque reproduit sur l’épreuve photographique. Cette longueur est marquée sur un terrain plan à l’aide de deux jalons ; on élève une perpendiculaire sur le milieu de la ligne ainsi obtenue et l’on place sur cette perpendiculaire l’appareil qui a fourni l’image, en ne modifiant en rien sa mise au point. On cherche par tâtonnements le point où les deux jalons ont entre eux sur la glace dépolie une distance égale à la longueur de l’objet mesurée sur l’épreuve. Ce point obtenu, il ne reste qu’à mesurer la perpendiculaire à partir de son pied jusqu’à l’appareil. La longueur trouvée sera la même que la hauteur du cerf-volant au moment de l’opération. Si l’on désire avoir, sans calculs, une échelle pour évaluer diverses dimensions sur l’épreuve obtenue, toutes choses demeurant en place, on plante bien verticalement en terre, sur la ligne qui sépare les deux jalons, des baguettes distantes de 1m l’une de l’autre et l’on en prend une photographie. Le cliché portera le mètre à l’échelle de l’épreuve en expérience[2].

Lorsque la hauteur du cerf-volant est connue, soit au moyen du baromètre, soit autrement, il est facile de se construire par le même procédé des échelles pour diverses distances et de prendre alors sur les épreuves obtenus des mesures qu’il serait impossible de se procurer d’une autre manière. Mais il va sans dire que les échelles seront toujours construites à l’aide de l’objectif qui doit servir aux opérations.


Distance qui sépare l’opérateur de la projection du cerf-volant sur le sol. — Cette donnée est indispensable lorsqu’on veut photographier un point précis. En effet, l’opérateur tenant la corde de son cerf-volant voit très bien s’il est trop à gauche ou trop à droite de l’objet qu’il vise ; mais il ne peut se rendre compte si son instrument se trouve en deçà ou au delà. Il a donc besoin de procédés qui lui permettent d’agir à coup sûr. En voici deux.

Le premier et, sans contredit, le plus précis consiste à envoyer un observateur à une certaine distance dans une direction perpendiculaire à celle du vent. Cet observateur, après avoir choisi une station d’où il puisse voir l’objet à photographier et l’opérateur, indiquera par signe à celui-ci s’il doit avancer ou reculer. Pour plus de précision, il pourra se munir d’un fil à plomb d’un modèle spécial qui nous a rendu des services. Ce petit appareil, que nous avons construit pour nos expériences, se compose d’un cadre de bois léger de 0m,06 de large sur 0m,40 de long. Au centre et dans le sens de la longueur, est suspendu un fil à plomb. Deux lames de verre collées de chaque côté du cadre protègent ce fil à plomb contre l’action du vent. Après avoir amené la partie inférieure du fil entre son œil et l’objet à photographier, l’observateur devra par ses signes faire avancer ou reculer l’opérateur tenant la corde, de telle sorte que le cerf-volant vienne se placer vis-à-vis de la partie supérieure du fil.

Le second de ces moyens, qui peut être utile lorsqu’on n’a personne sous la main ou qu’il n’existe pas de station convenable pour voir le point à photographier, consiste, si la corde au départ du dévidoir forme avec l’horizontale un angle de 45° à 50°, à se placer à une distance du point que l’on vise, égale aux ⅔ de la longueur de la corde. Si l’angle n’était que de 30° à 35°, on devrait se mettre à une distance égale aux ¾ de cette longueur. Inutile d’ajouter que ce procédé n’a rien de rigoureux. Il peut cependant rendre des services. Pour mesurer l’angle que forme la corde avec l’horizontale, nous avons imaginé un petit appareil qui donne des résultats suffisamment précis. Il se compose d’un cadre carré en bois dont les côtés sont garnis de verres. Sur l’un des verres nous collons un quart de cercle en papier gradué de 0° à 90°. Dans l’angle qui forme le centre du quart de cercle, nous fixons un fil de soie à l’extrémité opposée duquel nous attachons un plomb de chasse n° 00. Si nous appliquons sous la corde, au départ du dévidoir, le côté du cadre compris entre le point d’attache du fil et le n° 90 de la graduation, le fil à plomb indiquera sur l’arc de cercle le degré de l’angle formé par la corde avec l’horizontale. Grâce aux deux verres, le vent ne peut gêner le fonctionnement du fil à plomb.




  1. Le Bon (Dr Gustave), les Levers photographiques et la Photographie en voyage. 2 volumes in-18 jésus, avec figures dans le texte ; 1888 (Paris, Gauthier-Villars et fils).
  2. Lorsque nous avons imaginé cette méthode, l’Ouvrage du Dr Gustave Le Bon cité plus haut n’avait pas encore paru. Nous engageons vivement nos lecteurs à le consulter. Ils y trouveront des procédés analogues, mais infiniment plus simples et plus ingénieux, exposés avec une merveilleuse clarté. De plus, cet Ouvrage contient des formules de la plus grande utilité pour les travaux qui nous occupent, notamment aux pages 56 et suivantes.