Mozilla.svg

La photographie aérienne par cerf-volant/6

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Gauthiers-Villars et fils (p. 62-65).

VI.

Utilité des vues aériennes.

La Photographie aérienne est-elle une simple curiosité ou peut-elle réellement rendre des services ? Aujourd’hui le doute n’est plus permis. Nous voyons la plupart des États créer des compagnies d’aérostiers qui toutes sont munies d’appareils photographiques. Mais nous croyons que les applications de la Photographie aérienne seront bien plus nombreuses grâce au procédé que nous exposons ici et qui, par sa simplicité et le prix insignifiant des appareils qu’il réclame, est mis à la portée de tous.

Les explorateurs n’augmenteront guère leur bagage en emportant un cerf-volant de 2m de long et quelques kilos de ficelle et, dans bien des cas, une vue cavalière obtenue à 100m ou 200m les renseignera sur la direction à prendre ou les dangers à éviter. Dans une chambre rapide, il leur sera possible de lever le plan de points inaccessibles : îles, rocs abrupts, forteresses, ou de rapporter l’image fidèle de ces mounds[1] du Mexique, dont le véritable point de vue se trouve dans les airs.

Nous n’avons point parlé de l’art militaire, et cependant c’est là surtout que l’on pourrait en faire de fréquentes et utiles applications. Avec un bagage aussi réduit, chaque troupe en marche aurait un sûr moyen de s’éclairer.

Enfin, grâce aux épreuves stéréoscopiques, qu’il est aussi facile d’obtenir avec le cerf-volant que des vues ordinaires, chacun pourra se donner l’illusion d’une ascension périlleuse et contempler le monde de haut sans courir aucun risque. Ces épreuves ont l’immense avantage de laisser distinguer avec une netteté surprenante, qu’explique la sensation du relief, les plus petits détails qui, sur une simple photographie, passeraient absolument inaperçus.

Nous citerons, sans y insister, l’usage que l’on peut faire de la Photographie par cerf-volant en agriculture pour conserver le souvenir des dispositions de rigoles d’arrosage et des modifications qui peuvent y être apportées ; pour la constatation des taches phylloxériques et de leurs progrès d’année en année, etc., enfin pour établir d’une manière indiscutable l’état des limites entre les héritages et celui des chemins de service.

Nous ne terminerons pas sans dire un mot d’une méthode à laquelle la Photographie par cerf-volant permettra, croyons-nous, de donner des applications plus nombreuses. Nous voulons parler de la méthode imaginée par M. le colonel Laussedat, pour le lever rapide d’un terrain à l’aide de deux vues photographiques. Ces deux vues, prises de deux stations séparées par une distance connue, permettent de restituer, par recoupements, tous les points du terrain vus de ces deux stations. Mais, si l’on opère en pays plat, où trouver ces deux stations d’où l’objectif embrassera un vaste espace ? Ici, le cerf-volant photographique vient à notre aide et, grâce à lui, nous pourrons prendre deux vues perspectives, qui rempliront parfaitement notre but. Rien ne sera plus simple que de les orienter, puisqu’en opérant simultanément avec deux cerfs-volants, on aura une direction unique due au vent, direction qu’il sera facile de modifier dans la mesure des besoins pour chaque objectif, en inclinant à droite ou à gauche les supports des appareils. Nous n’ignorons pas que pour obtenir des résultats sérieux, les chambres noires doivent être placées rigoureusement de niveau. Cette rigueur mathématique, nous devons reconnaître que nous ne l’avons pas encore réalisée ; mais, sans désespérer de l’atteindre, nous pensons qu’avec l’horizontalité relative qu’on peut dès à présent donner aux chambres noires, il est possible de lever un plan capable de rendre des services. Là se trouve une application importante du procédé que nous venons de décrire et qui, nous le répétons, malgré des difficultés plus apparentes que réelles, peut et doit donner à ceux qui suivront toutes nos indications des résultats sérieux.




  1. Collines artificielles, sortes de tumuli, auxquelles leurs constructeurs ont donné la forme de serpents, de crocodiles, etc., et qui mesurent plusieurs centaines de mètres de longueur.