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La requeste de Villon à la Cour de Parlement

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Œuvres complètes de François Villon, Texte établi par éd. préparée par La Monnoye, mise à jour, avec notes et glossaire par M. Pierre JannetA. Lemerre éd. (p. 103-104).
LA REQUESTE DE VILLON
Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade.


Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
Le nez, et vous, le sensitif, aussi ;
Tous mes membres où il y a reprouche,
En son endroit ung chascun die ainsi :
« Court souverain, par qui sommes icy,
Vous nous avez gardé de desconfire ;
Or, la langue ne eut assez suffire
À vous rendre suffisantes louenges :
Si prions tous, fille au souverain Sire,
Mère des bons, et sœur des benoistz anges ! »

Cueur, fendez-vous, ou percez d’une broche,
Et ne soyez, au moins, plus endurcy
Qu’au desert fut la forte bise roche
Dont le peuple des Juifs fut adoulcy ;
Fondez larmes, et venez à mercy,
Comme humble cueur qui tendrement souspire :
Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
L’heur des Françoys, le confort des estranges,
Procreée la sus au ciel empire,
Mère des bons, et sœur des benoistz anges !

Et vous, mes dentz, chascune si s’esloche ;
Saillez avant, rendez toutes mercy,
Plus haultement qu’orgue, trompe, ne cloche,
Et de mascher n’ayez ores soulcy ;
Considerez que je fusse transy,
Foye, pommon, et rate qui respire ;

Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire
Qu’ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,
Louez la Court, avant qu’il vous empire,
Mère des bons, et sœur des benoistz anges !

ENVOI.

Prince, trois jours ne vueillez m’escondire,
Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire ;
Sans eulx, argent je n’ay, icy n’aux changes.
Court triumphant, fiat, sans me desdire ;
Mère des bons, et sœur des benoistz anges !