Laurier et son temps/Les accusations de M. Tarte

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
La Compagnie de Publication de "La Patrie" (p. 81-82).


Les accusations de M. Tarte


M. Tarte avait commencé par être notaire à la campagne, mais il était trop remuant, trop ardent pour rester dans une profession si calme. Il était entré dans le journalisme, s’était fait remarquer par la vigueur de sa polémique, et, un jour, trouvant que l’espace lui manquait, il avait pris son vol vers la capitale, et était devenu rédacteur en chef du Canadien. C’était le mouvement fait homme, une machine électrique, un lutteur infatigable, un organisateur plein de ressources et de moyens, un écrivain et un orateur intarissable, à la pensée forte, à l’expression claire, nerveuse, frappante.

Après avoir combattu le mouvement Riel, il s’était rapproché du parti libéral, de Mercier surtout, et de Mercier était passé à Laurier. Pauvre, mais ambitieux, confiant dans sa force et convaincu qu’il n’occupait pas une position digne de son talent et des services qu’il avait rendus à ses amis, il résolut de se faire craindre et désirer par des coups d’éclat.

Avant les élections de 1891, il avait, dans son journal Le Canadien, lancé des fusées qui avaient éveillé l’attention publique. Il disait que le département des Travaux Publics et le ministre de ce département, M. Langevin, étaient à la merci de Thomas McGreevy et d’une compagnie d’entrepreneurs, composée de Robert McGreevy, frère de Thomas et de Laskin, de Connolly et Murphy. Après les élections, M. Tarte lança en plein Parlement la bombe qu’il préparait et chargeait depuis longtemps. Il déclara qu’il était prêt à prouver seize accusations de fraude et de corruption dans l’exécution de certains travaux publics, contre Thomas McGreevy, membre du Parlement, contre la société, Larkin & Cie, contre l’honorable Langevin et le ministère des Travaux Publics.

Une enquête eut lieu et le résultat en fut désastreux pour le gouvernement.

Thomas McGreevy était expulsé de la Chambre, mis en accusation devant la cour d’assises, et condamné à six mois de prison.

L’honorable M. Langevin lui-même était obligé de quitter la vie publique, peu de temps après, quoique le rapport de la majorité du Comité ne lui eût pas été défavorable.

D’autres enquêtes eurent aussi pour effet de compromettre MM. Chapleau et Caron, et de jeter le désarroi dans les rangs du parti conservateur.