Laurier et son temps/Madame Laurier

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La Compagnie de Publication de "La Patrie" (p. 148-150).


David - Laurier et son temps, 1905, illust p145.png

Lady Laurier


Madame Laurier


Madame Laurier a plus d’un point de ressemblance avec son mari. Comme lui, elle est douce, bienveillante, modeste, bonne pour ses parents, pour ses amis, pour tout le monde, et ne recule devant aucune fatigue pour aider ceux qui s’adressent à elle, à obtenir l’emploi qu’ils sollicitent, la faveur qu’ils demandent. Elle donne alors l’assaut aux places fortes du gouvernement avec une énergie et une impétuosité qui forcent les ministres à capituler.

Elle se plaît à favoriser les musiciens, les artistes, achète et fait acheter leurs compositions, ouvre des souscriptions pour leur permettre d’aller compléter leurs études en Europe, se rend à Montréal ou à Québec pour assister à des soirées organisées à leur profit.

Elle est généreuse sans exagération, économe sans avarice, pieuse sans affectation, gaie et rieuse avec réserve, franche et sincère dans ses affections. Les compliments, les éloges, les hommages et les honneurs ne lui tournent pas la tête, elle les reçoit, les juge et les pèse à leur juste valeur. Comme son mari, elle les reçoit par bienveillance et les accepte sous bénéfice d’inventaire, l’encens ne les grise pas plus l’un que l’autre.

Elle aime les fleurs, les enfants, les oiseaux, toutes les créatures, toutes les bêtes du Bon Dieu, elle les entoure de soins délicats et assidus. Elle a des larmes pour toutes les souffrances, des sympathies pour tous les êtres faibles, malheureux.

« Ma femme est une vraie Madeleine, dit Laurier ; un oiseau qui meurt, un chien qui se fait écraser une patte lui font verser des larmes. »

Et, pourtant, elle ne manque pas d’énergie : forte, vigoureuse et pleine de courage, elle est toujours prête à suivre son mari partout, à l’accompagner jusqu’au bout de la terre. C’est elle qui s’occupe de tous les détails ennuyeux du voyage, qui devient premier ministre pour l’occasion, gouverne et pilote son mari, veille sur sa bourse, son repos et sa santé, le protège contre les importuns et les imposteurs, tient note des visites reçues et des visites à faire, et règle la dépense.

Elle a beaucoup de bon sens, de jugement et de prudence, sait se taire et parler à propos, et ne cherche pas à se donner de l’importance et à se rendre intéressante, en tenant des conversations qui seraient plus ou moins indiscrètes.

C’est en résumé une femme de cœur et de jugement digne de la confiance et de l’estime de tous ceux qui la connaissent, une femme que la vanité, l’orgueil et l’ambition n’ont pas envahie dans la haute position où le talent de son mari l’a portée.