Lausanne à travers les âges/Instruction/05

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Collectif
Librairie Rouge (p. 151-155).


V


Établissements privés.

Faculté de théologie de l’Église libre. — Au lendemain de la démission des pasteurs, en novembre 1845, qui avait entraîné celles de plusieurs des professeurs de l’Académie, des « cours libres » furent organisés où professèrent entre autres Vinet, S. Chappuis, Ch.Secrétan, J.-J. Herzog[1].

Faculté de théologie de l’Église libre (1864).

Mais ce ne fut qu’en juin 1847 que fut décidée la création d’une Faculté de théologie dépendant de l’Église libre. L’enseignement y est réparti entre cinq professeurs. Le cycle des études est de 4 ans. Le nombre des étudiants s’est élevé de 15 au début jusqu’à 35-40. Budget annuel, 24 000 francs environ, fournis par des dons et par une allocation de la Caisse centrale de l’Église libre vaudoise. En juillet 1905, la Faculté avait accordé le diplôme à 246 licenciés. Au nombre des professeurs qui ont enseigné dans cette école mentionnons Samuel Chappuis, Louis Vulliemin, Samson Berdez, Rodolphe Clément, J.-F. Astié, C.-O. Viguet, Frédéric Rambert, Lucien Gautier, Jules Bovon, Henri Lecoultre, A.-L. Herminjard, Auguste Bernus.


Le Collège Galliard, qui a cessé d’exister en 1898, avait été fondé en 1847 par Jean-Louis Galliard, ministre et ancien directeur du Collège cantonal [2]. Dans les années 1870 et suivantes, cet établissement atteignit et dépassa le chiffre de 150 élèves. C’est en 1877 que le Collège Galliard s’installa dans le bâtiment de la place Chauderon, actuellement occupé par l’École cantonale de commerce. — Dès 1875, l’entreprise fut constituée sous la forme d’une société anonyme. Jusqu’en 1898, le Collège Galliard a formé 1976 élèves. Institution due à l’initiative privée, ce collège a été pour les établissements officiels, dans une période de crise, un moyen de féconde émulation.


L’École Vinet (École supérieure et gymnase de jeunes filles) a été fondée en 1839 sous les auspices du grand penseur dont elle porte le nom. Ce fut la première école supérieure de jeunes filles de la Suisse romande. Placée sous le patronage de la municipalité, elle se composait de 2 classes et comptait une cinquantaine d’élèves. En 1848, elle devint complètement indépendante ; le comité qui se chargea de son administration en confia la direction à M. Adam Vulliet. Elle fut réorganisée en 1884 sur un plan nouveau comportant 4 classes de l’École proprement dite et un gymnase de 2 classes. En 1898, l’École s’installa dans le vaste bâtiment qu’elle occupe actuellement à la rue du Midi. Dès lors s’ouvrirent successivement 3 nouvelles classes inférieures destinées aux élèves de 8 à 11 ans. Le personnel enseignant se compose d’une quarantaine de professeurs et maîtresses de classes. Pendant le dernier exercice scolaire (semestre d’été 1905), les cours de l’École et du Gymnase ont été suivis par 460 élèves, sans compter les inscriptions aux cours-conférences.


Sous le nom d’École d'art appliqué, Mlle Nora Gross a fondé à Lausanne, en 1903, un institut qui a pour but de relever le niveau des arts manuels exercés par les femmes. Le dessin, l’aquarelle et la composition décorative forment la base de cet enseignement. Au point de vue pratique, il est complété par des cours de broderie, de reliure, de cuir repoussé, de céramique, etc. Les jeunes filles se destinant au métier de brodeuse peuvent y faire un apprentissage complet, et appuyé sur l’étude du dessin, de toutes les branches concernant leur profession. Tout en conservant un caractère privé, l’École d’art appliqué est encouragée par l’État de Vaud, qui lui a fourni des locaux dans le bâtiment des Écoles normales, et assuré un subside, auquel viennent s’ajouter des subsides fédéraux et communaux.


Écoles des Terreaux. — Ces écoles ont été fondées par l’Église évangélique libre de Lausanne. La classe des filles en 1852 et celle des garçons en 1854. Jusqu’en 1895, le chiffre des élèves s’éleva à 100 environ. Le budget était alors de 7000 à 7500 francs, dont 3000 à 3500 francs fournis par les écolages (3 fr. 50 par mois), le surplus provenant d’un subside régulier de l’Église libre, de dons et de legs. Peu à peu, la gratuité des fournitures scolaires dans les écoles de la ville, ainsi que les progrès de celles-ci au point de vue pédagogique, ont fait baisser le chiffre des élèves. En 1904, l’école des filles fut supprimée. La classe des garçons a été maintenue. Elle subsiste avec 30 à 35 élèves.


Écoles catholiques. — Les écoles de la paroisse catholique de Lausanne existent depuis près de 90 ans. La première classe fut ouverte le 4 novembre 1816, dans la maison Coste, rue Mercerie, avec 10 élèves garçons. Le Petit Conseil s’en occupa dans sa séance du 14 juin 1817. Il entendit un énergique appel du landamman Pidou, en faveur de la liberté d’enseignement et reconnut l’école en l’astreignant seulement à une inspection officielle. Plus tard, en septembre 1840, la commission scolaire de la ville de Lausanne proposa de donner un caractère officiel à l’école catholique, mais le projet n’aboutit pas.

A l’école de garçons s’était peu après ajoutée une école de filles. En 1829, chacune de ces deux écoles avait 40 élèves. La paroisse catholique acquit la maison Benvenuta, au Chemin Neuf, où les classes se continuèrent jusqu’en 1852. A ce moment, elles furent transférées dans des locaux situés près de l’église catholique. Aujourd’hui, il y a deux bâtiments distincts : l’un pour les écoles primaires de garçons (reconstruit en 1905 à la suite d’un incendie), l’autre pour les écoles de filles, auxquels ont été annexés un pensionnat externat et une école enfantine. La forte immigration de Français et d’Italiens à Lausanne depuis 15 ans a fait multiplier les classes. En 1889, l’école des garçons comptait deux classes avec 100 élèves. En 1905, il y a 7 classes et 250 élèves. L’école primaire de filles a de son côté 7 classes aussi et 255 élèves, l’école enfantine 160 et le pensionnat externat de jeunes filles 105. L’écolage est gratuit. Les bâtiments d’école, les traitements du personnel enseignant et le matériel scolaire sont à la charge exclusive de l’administration de la paroisse catholique.


L'École de morale laïque dite École libre a été fondée en 1904 sous les auspices de la Société de la Libre-Pensée. Elle se tient le dimanche matin à la Maison du Peuple, elle est ouverte aux enfants de 5 à 15 ans, et compte une quarantaine d’élèves. Le programme de l’enseignement comporte l’histoire des peuples, de leur civilisation, de leurs religions, de leur activité sociale, l’hygiène du corps et de la société, l’antialcoolisme, etc.


Orphelinat de Lausanne. (Anciennes Ecoles de charité.)

Les Écoles de charité, fondées en 1726, furent reconnues comme personne morale en 1864. A l’origine, elles comprenaient des écoliers externes et un institut d’orphelins. En 1871, l’instruction primaire étant devenue gratuite et obligatoire, les écoles externes furent supprimées et toutes les ressources de l’établissement consacrées à l’Institut des orphelins, qui prit le nom d’Orphelinat. Cette institution a pour but « de donner à des jeunes gens nés d’époux vaudois et protestants, pauvres et orphelins de père et de mère, ou de père ou de mère seulement, une éducation chrétienne et une instruction conforme aux prescriptions des lois sur les études publiques ». Pour être admis à l’Orphelinat, il faut être âgé de 7 à 12 ans, posséder une instruction suffisamment développée et une bonne santé. L’orphelin parvenu au terme d’un noviciat de trois mois est admis à séjourner à l’Orphelinat jusqu’à l’âge de 16 ans ou à sa première communion. L’effectif de l’Orphelinat a été ces dernières années d’une trentaine d’élèves.


Institut pour jeunes aveugles. — L’Institut pour jeunes aveugles ouvert en 1845 avec 10 enfants a donné jusqu’ici, à plus de 400 enfants aveugles l’instruction et l’éducation spéciales qui leur sont nécessaires. Les enfants y sont admis dès l’âge de 7 ans et y restent jusqu’à 18 ans. Ils sont logés, nourris, instruits, vêtus pour le prix de 250 francs par an. De 7 à 16 ans, l’enfant aveugle apprend à lire, à écrire, à calculer ; on lui enseigne la géographie, l’histoire, la grammaire et l’orthographe, la musique (solfège, chant, harmonie, piano et orgue) ; on lui donne des notions élémentaires de physique, de zoologie, de cosmographie et géométrie. Le programme scolaire est à peu près celui des écoles primaires du canton de Vaud.

Une grande importance est donnée à l’enseignement des travaux manuels (confection d’ouvrages tricotés, brosses, tissés, cannage de chaises, etc. A partir de 16 ans, l’aveugle commence à l’atelier son apprentissage professionnel, soit de vannerie, soit de brosserie. L’école possède une bibliothèque de livres manuscrits en écriture Braille et une imprimerie, de laquelle sortent les divers manuels nécessaires à l’enseignement. L’école d’aveugles de Lausanne a une vieille et solide réputation, qu’elle tient à conserver en se maintenant au niveau des grandes institutions européennes.


Écoles particulières. — Au printemps 1904, on comptait 29 écoles particulières. On peut estimer à un millier environ le nombre des enfants que reçoivent leur instruction à domicile ou dans les écoles privées, de ce nombre 800 approximativement soumis à l’instruction primaire ont été appelés à subir un examen établissant qu’ils recevaient dans des écoles particulières ou à domicile une instruction suffisante. Il existe une école frœbélienne fondée en 1891.


Pensionnats. — Il est difficile de se représenter la bonne ville de Lausanne sans les longues théories de jeunes pensionnaires sillonnant deux à deux ses rues et ses places. C’est là un des aspects de la vie de notre cité. L’industrie des pensionnats est des plus prospères. Tel institut abrite une soixantaine de jeunes filles ou de jeunes gens de tous pays, dans des constructions somptueuses.

En 1905, Lausanne comptait 13 pensionnats de garçons et 61 de filles, en augmentation de 6 sur l’année précédente. Deux pensionnats sont destinés aux élèves de confession israélite. Ces instituts comptaient en 1905, 971 élèves (198 garçons et 773 filles).

Citons encore un chiffre : 102 professeurs de musique exercent leur artistique profession dans la ville de Lausanne.


Conservatoire de Lausanne, Institut de musique. — Cet établissement, sans aucune attache officielle, a été fondé, en 1861, par M. Georges-Adolphe Koëlla, violoniste virtuose, d’origine zuricoise, fixé à Lausanne depuis 1850. Pour lui donner l’appui nécessaire, on constitua une société anonyme dont le capital fut formé au moyen de parts de 5 francs, non remboursables et ne donnant droit à aucun dividende, souscrites par des amis désintéressés de la musique. On réunit ainsi une somme d’environ 3000 francs qui, augmentée par les économies successives, permit de faire des placements et d’acheter un immeuble. Ce dernier, le Péristyle (Derrière-Bourg), a été vendu dernièrement ; le Conservatoire est actuellement logé dans le bâtiment de Mon-Port (rue du Midi). L’avoir de la Société s’élève à environ 128 000 francs. L’enseignement comprend la théorie de la musique, l’harmonie, le chant, le piano, le violon, le violoncelle, la flûte. Le nombre des élèves, de 53 au début, s’est élevé successivement jusqu’à 250 pour subir ensuite des oscillations. Actuellement il est d’environ 170. Les cours de piano sont les plus fréquentés. G.-A. Koëlla (1822-1905), le fondateur du Conservatoire, en est resté le directeur pendant 44 ans, soit jusqu’au printemps de 1905, époque à laquelle il a donné sa démission en raison de son âge. Il est décédé peu de mois après. M. Emile-R. Blanchet, pianiste virtuose et compositeur a été appelé à lui succéder. La Société est administrée par un Comité de sept membres, dont les fonctions sont entièrement gratuites.


École hôtelière. — Ecole fondée en 1893, à l’hôtel d’Angleterre à Ouchy avec 27 élèves. L’enseignement comprend les langues nationales et étrangères, la comptabilité d’hôtel, l’arithmétique, la calligraphie, la géographie, les voyages, la connaissance des marchandises, en un mot tous les détails importants concernant la création, l’ameublement et la tenue d’un hôtel moderne, plus l’instruction complète du service pratique et les mœurs et coutumes en usage.

Depuis ses débuts très modestes, l’institution a pris un développement réjouissant ; nombreux sont les élèves sortis de l’école qui occupent aujourd’hui des positions très en vue dans l’industrie hôtelière. En 1904, la société a fait l’acquisition de la villa des Figuiers, grand immeuble avec spacieux jardin, situé à Cour sous Lausanne.

Dès le Ier mai 1905, l’école reçoit des pensionnaires à l’année et se fait un devoir de les placer, à la fin des cours, dans de bons hôtels de la Suisse et de l’étranger qui lui adressent des demandes.


École ménagère rurale. — Fondée en 1905, à Chailly sur Lausanne. Internat. Reçoit les jeunes filles qui veulent apprendre la tenue du ménage, la cuisine, le blanchissage et le repassage, la culture du jardin potager, l’aviculture. Reçoit des pensionnaires en séjour.

Il est à prévoir que la Confédération, l’État de Vaud et la Commune de Lausanne accorderont des subsides à cet intéressant établissement.

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Telles sont, présentées dans leurs grandes lignes, les ressources pédagogique de notre cité vaudoise. Ces ressources se développent chaque jour, s’enrichissent de tout progrès, de toute lumière nouvelle, faisant de Lausanne un foyer dont le rayonnement s’étend infiniment au delà de notre petite patrie.

André SCHNETZLER.
  1. J.-J. Herzog, né à Bâle en 1805, fut professeur de théologie historique et systématique à l’Académie de Lausanne de 1835 à 1846. Appelé à une chaire de théologie à Halle il quitta Lausanne en 1847. Il passa en 1854 à l’Université d’Erlangen, où il mourut en 1882. Il est l’auteur d’une Encyclopédie théologique très connue et estimée
  2. Voir Le Collège Galliard et son fondateur, par Ch. Vulliemin, B. van Muyden et W. Cart. Lausanne, Georges Bridel & Cie , 1901.