Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome II/Section septième

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DE LA FORMATION ET DE LA COMPOSITION DES TERRAINS VOLCANIQUES.


S’il est quelques phénomènes géologiques qui aient dû effrayer les hommes ; ce sont ces commotions souterraines qui semblent menacer le lieu de leurs habitations d’une destruction totale, et ces flammes dévorantes qui s’élancent du sein de la terre entr’ouverte. À combien d’idées ridicules ces faits n’ont-ils pas donné naissance ?… Ce sont ces grands phénomènes qui ont formé les terrains volcaniques dont nous avons donné ci-devant une description abrégée[1]. On a vu que ces terrains forment une portion assez étendue de la surface de la terre.

Le philosophe doit rechercher les causes de ces phénomènes, qui ont eu une influence si marquée sur un grand nombre de faits géologiques. Mais malgré les travaux des hommes instruits qui se sont occupés de ces recherches, nos connaissances sur ces objets sont encore peu avancées. Nous allons commencer par exposer les faits.

Les terrains volcaniques composent une partie de la Surface du globe, comme nous l’avons dit tome I.

L’Europe compte trois grands volcans en activité.

Le Vésuve, qui paraît brûler depuis plus de trois mille ans, mais dont la première éruption bien constatée arriva en l’an 79 du tems de Pline le naturaliste, qui y périt.

L’Etna, ou mont Gibel, dont on ignore le commencement.

Le mont Hecla, en Islande.

Il y a plusieurs petits volcans en activé aux îles Ponces, tels que Stromboli, Vulcanello…

L’Asie compte un bien plus grand nombre de volcans en activité.

Ils sont très-nombreux dans les îles de l’Afrique, telles que l’île de Bourbon, les Canaries, les Açores, Madère…

. . . . . . . . . . . . . . .

Mais les volcans les plus considérables sont en Amérique, au Mexique, au Pérou… aux Antilles…

Nous allons exposer les phénomènes qui ont lieu lors des éruptions volcaniques.


DES BOUCHES DES VOLCANS.


On appelle cratère la bouche par laquelle le volcan vomit le feu, la flamme, la fumée et les autres substances qu’il rejette de son sein. Il faut supposer que lors de la première explosion des volcans, ils font effort en tous sens : les couches supérieures sont obligées de céder, et elles le font dans l’endroit qui offre le moins de résistance, soit qu’elles y soient moins épaisses, soit qu’il y ait quelque fente, quelque crevasse… et c’est ce dernier cas qui doit avoir lieu le plus souvent. Cette ouverture sera le premier cratère du volcan.

Parmi les matières que vomissent les volcans, la plus grande partie est rejetée à peu près perpendiculairement. Elles retombent dans le cratère ou sur ses bords ; elles s’y amoncèlent et élèvent ce cratère. Mais en même tems elles le rétrécissent par ses bords, de manière que dans l’intérieur il représente un cône tronqué renversé.

Mais lorsque l’accumulation de ces substances est devenue trop considérable, les bases s’en affaissent, et toute la partie supérieure du cratère retombe dans l’intérieur du volcan. Cette bouche se trouve alors trop évasée. Les éruptions continuant, il se forme un nouveau cratère. C’est ce qui est arrivé au Vésuve. Son ancien cratère s’est affaissé, et forme un grand cône tronqué et évasé d’un côté. On l’appelle la somma. Les éruptions postérieurs à cette chute ont formé un nouveau cratère, qui forme la bouche du Vésuve actuel.

Ce nouveau cratère s’est aussi écroulé différentes fois, mais principalement dans l’éruption de 1794, que Hamilton regardait comme une des plus fortes qu’ait éprouvée ce volcan, après celles de l’an 79, dans laquelle périt Pline, et celle de 1631.

Les nouvelles éruptions de ce volcan, en 1804, 1806, ont encore changé la forme du cratère.

Les portions des substances vomies par les volcans, et qui ne retombent pas précisément dans le cratère, s’amoncèlent autour de lui, et forment des montagnes, qui s’exhaussent journellement par de nouvelles éruptions. Il se forme bientôt un cône plus ou moins rapide, composé de diverses laves, et qui s’élève à une hauteur plus ou moins considérable. C’est cette manière que s’élèvent des pics volcaniques dans des lieux où peut-être n’existait-il primitivement aucune élévation remarquable.

L’Etna a aujourd’hui 1672 toises.

Le pic de Teyde, à Ténérife, à 1900 toises.

le Puy-de-Dôme en a plus de 700.

L’Hecla a 834 toises. Le Vésuve à 3700 pieds, ou 616 toises.

Lachimborale a 3270 toises. C’est une des plus hautes montagnes connues…

Les cratères des volcans sousmarins, ainsi que les montagnes volcaniques sousmarinnes, ont été quelquefois recouverts par de nouveaux dépôts, soit calcaires, soit schisteux, soit bitumineux… L’abaissement du niveau de la mer, les a ensuite mis à découvert. C’est ainsi que nous voyons plusieurs montagnes de volcans éteints composées de différentes coulées de laves, alternant avec des couches calcaires, schisteuses, bitumineuses.

Le mont Mesner, dans la Hesse, en présente un exemple frappant.


DES CAVITÉS VOLCANIQUES.


Par une suite nécessaire de l’élévation des cratères, et de l’exhaussement des montagnes volcaniques, il doit s’excaver d’immenses cavernes dans le sein de ces montagnes et dans leurs environs, ainsi que nous l’avons dit : elles sont proportionnées à la masse des matières inflammables consumées, et à celle des matières calcinées rejetées. Il se présente ici deux difficultés considérables.

L’Etna, par exemple, est une montagne presque entièrement composée de produits volcaniques. Sa hauteur est d’environ dix-sept cents toises, et sa base d’environ cent milles, ou trente-quatre lieues. Quelle excavation intérieure ne suppose pas l’éjection d’une si grande masse ? Qu’on y ajoute la quantité de cendres jetées à des distances immenses, celle des matières combustibles qui ont été consumées… et on sera surpris de la prodigieuse étendue que doivent avoir les cavernes intérieures qui sont sous cette montagne.

Les cavités qui sont sous Chimborago, Pitchinca… sont encore bien plus considérables.

La seconde difficulté que présentent ces phénomènes, est de concevoir comment cette montagne de l’Etna peut demeurer assise sur ces cavernes sans s’affaisser.

Ces difficultés sont encore plus saillantes, si on en fait l’application à des montagnes, telles que Chimboraço, Antisana, Cotopaxi, Oribaza, le pic de Teyde, aux Canaries…

On est obligé de supposer deux choses :

1°. Que toutes ces matières rejetées, ou consumées, n’existaient pas immédiatement sous les cônes volcaniques ; mais qu’une partie y avait été apportée d’endroits plus éloignés, par des galeries ou fentes collatérales.

2°. Que l’intérieur de ces voûtes immenses est en partie scorifié, vitrifié, et fait une seule masse ; ce qui leur donne de la solidité. Effectivement, tous les voyageurs qui ont eu le courage. de s’avancer sur les bords des cratères, pour regarder dans l’intérieur, ont aperçu que toutes les parties intérieures de ces cavités immenses sont scorifiées, et comme vitrifiées.

Ces vides forment les cavités volcaniques dont nous avons parle.


DES ÉJECTIONS VOLCANIQUES.


Les substances que rejettent les volcans se présentent sous différentes formes qu’on doit soigneusement distinguer. Les unes sont sous forme solide ; les autres sont sous forme liquide, et constituent les laves coulantes ; d’autres sont sous forme de gaz, de vapeurs aqueuses, acides…

Lorsque le volcan n’est pas agité, il rejette seulement des cendres, des lapillo, et quelquefois des morceaux de laves poreuses d’un volume assez considérable C’est ce que rapportent tous les voyageurs qui ont été à même d’observer les cratères volcaniques dans les momens de tranquillité. Ils voient que la matière fondue dans l’intérieur du cratère est soulevée de tems à autres par des gaz qui s’en dégagent. Ces gaz emportent avec eux des cendres, des lapilio, et quelquefois des pierres scorifiées assez considérables.

Mais si le volcan est violemment agité, on voit les substances contenues dans l’intérieur du volcan bouillonner avec force. Elles s’élèvent peu à peu, et enfin, arrivées à la partie supérieure du cratère, elles s’épanchent et coulent comme un torrent enflammé le plus souvent elles s’épanchent par des bouches collatérales s’ouvrent.

La lave a quelquefois une très-grande liquidité, et coule avec beaucoup de rapidité. Les laves vomies par le Vésuve, dans les éruptions de 1805 et 1806, avaient une grande liquidité, et coulaient rapidement. Hubert dit qu’une lave vomie par le volcan de l’île Bourbon avait une fluidité aqueuse.

La lave a d’autres fois une liquidité pâteuse, et coule très-lentement. Celle de l’Etna de 1614 coula pendant dix ans, et ne parcourut qu’un espace de deux milles.

Les laves forment quelquefois des courans immenses. Il y eut, en 1783, un courant de laves en Islande, qui parcourut quatre-vingt-quatorze milles en longueur, et couvrit un espace de cinquante milles en largeur, dit Spallanzoni (Voyage des deux Siciles, tome 3).

Il est quelques éjections volcaniques qu’on a appelé boueuses, Voici ce qu’en dit Humboldt[2].

« L’immense révolution de Pileo et de Tonguragua de Zuito a couvert le sol, non de laves, mais de boue argileuse, précipitée des eaux hydro-sulfureuses que vomissait la terre… »

On a observé des éjections semblables dans les volcans d’Italie et de Sicile. C’est pourquoi on les a appelé boueuses.

Mais parmi les matières rejetées par les volcans, il en est plusieurs qui ne paraissent pas avoir été altérées par l’action du feu. Le Vésuve, par exemple, rejette des marbres, des substances micacées, des pierres calcaires compactes, contenant des hyacinthes, des sommites, des mélanites, des ceylanites, des mélitites… qui ne paraissent avoir éprouvé aucune altération.


DES DÉGAGEMENS DES VAPEURS DANS LES ÉJECTIONS VOLCANIQUES.


Les éjections volcaniques sont le plus souvent accompagnées de quantités considérables de vapeurs, ou fluides aériformes.

Ces vapeurs sont souvent aqueuses. Salmon attribue à des vapeurs aqueuses les phénomènes que présente le Puy-de-Dôme, la formation de la domite.

Ménard, qui a observé avec soin les éruptions du Vésuve, dit qu’il s’en dégage beaucoup de gaz et des quantités considérables de vapeurs aqueuses…

Ces vapeurs sont souvent imprégnées de l’odeur de l’acide marin, dit-il. Cet acide leur donne une couleur jaunâtre. Vauquelin a retiré de l’acide marin d’une lave jaunâtre du Puy-Sarcouy, proche Clermont, en Auvergne. D’autres vapeurs qui s’élèvent des volcans contiennent aussi de l’acide sulfureux.


DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE SUBSTANCES VOLCANIQUES.


Une des questions les plus intéressante que présentent les volcans, est de connaître les espèces des substances qu’ils rejettent : aussi les minéralogistes s’en sont-ils beaucoup occupés ; et néanmoins leurs opinions ne sont pas encore fixées.

J’ai divisé les substances volcaniques en cinq ordres[3] ;

I. Laves fontiformes, qui ont quelque ressemblance avec les masses de mines de fer fondues qui sont pauvres, connues sous le nom de gueuses.

Leur pesanteur est de trois à quatre fois plus considérable que celle de l’eau.

Leur dureté est assez considérable.

Leur couleur est comme celle des fontes, d’un gris plus ou moins clair, plus ou moins noirâtres.

Elles contiennent depuis un sixième jusqu’à un quart de fer oxidé.

Au chalumeau elles donnent un verre noir.

Elles sont sensibles à l’aimant, et souvent elles ont la polarité.

Cette espèce de laves forme la majeure partie des substances volcaniques.

Elle paraît à peu près de même nature dans tous les volcans connus.

II. Les laves à base de porphyre pétrosiliceux.

On les distingue seulement parce qu’elles couronnent ordinairement des cristaux de feldspath.

Leur pesanteur est de 260 à 270.

Leur couleur est d’un gris plus ou moins clair.

Elles donnent au chalumeau un verre incolore.

III. Les laves téphriniques à base de porphyre téphrinique.

Elles contiennent des cristaux de feldspath.

Leur pesanteur est de 260 à 270.

Au chalumeau elles donnent un verre verdâtre.

IV. Des laves hornblendiques.

Elles contiennent des parties de hornblende cristallisée régulièrement, ou confusément.

Leur couleur est d’un gris plus ou moins sombre.

V. Les laves leucitiques.

Elles contiennent des leucites.

VI. On doit ajouter les laves augitiques.

Les observations. ai-je ajouté, découvriront sans doute des laves de nature encore différente, dont les bases seront ou de serpentine, ou de talc… : on les nominera laves serpentiniques, laves talqueuses

Mais chacun de ces ordres de laves présente un grand nombre de modifications : ce qui établit plusieurs espèces. J’ai distingué dans chacun de ces ordres :

1. Le verre volcanique.
2. Le perlsein.
3. La lave vitreuse.
4. La lave risiniforme.
5. Quelques laves vitreuses, contenant des cristaux de feldspath.
6. Des laves vitreuses fibreuses.
7. Les ponces.
8. La ponce pulvérulente, ou farine volcanique.
9. La lave scoriforme.
10. La lave poreuse.
11. Le lapillo.
12. Le lapillo pulvérulent, ou cendre volcanique.
13. La lave compacte non-prismatique.
14. La lave compacte prismatique.
15. Les laves compactes ou non compactes porphyriques avec cristaux de feldspath.
16. Les laves compactes ou non compactes porphyriques, avec cristaux d’augite, d’olivine…
17. Les laves décomposées.
18. Les pouzzolanes.
19. Les laves amygdaloïdes.
20. Les laves variolites.
21. Les brèches volcaniques.
23. Les pouddings volcaniques
. . . . . . . . . .

Il ne saurait y avoir aucun doute sur la nature de la plupart de ces laves : on reconnaîtra toujours facilement celles à base de porphyre, celles à base de hornblende, celles à base de leucites… On y retrouve tous les caractères des roches dont elles sont composées ; savoir : le pétrosilex, la téphrine, l’hornblende, blende, le feldspath, la leucite, l’augite…

Leur analyse chimique donne également des produits analogues à ceux de ces substances ; savoir de la silice, de l’alumine, de la chaux, du fer oxidé, du natron, de la potasse, de l’acide muriatique…[4]. . . . . . . .

Voici l’analyse d’une obsidienne du Mexique :

Silice 74
Alumine 14 20
Chaux 1 20
Fer et manganèse oxidés 3
Natron 3 50
Potasse
Acide muriatique.
Eau.

Telle est l’analyse du verre volcanique du Mexique, ou de l’obsidienne, qu’a donnée Drapier.

Toutes les analyses des pierres de cette nature, faites par d’autres chimistes, ont donné des produits analogues.

On voit que ce sont, en général, ceux des pierres de cette nature, non altérées par le feu.

La seule différence dans les principes de ces pierres volcaniques, et de celles qui ne le sont pas, est dans le natron et l’acide muriatique, que fournissent les pierres volcaniques. Or, ce natron et cet acide muriatique me paraissent provenir de la décomposition du sel marin, apporté par les eaux de la mer dans les foyers des volcans.

Mais les laves fontiformes présentent plus de difficultés pour en déterminer la nature : elles ont été tellement dénaturées par l’action du feu, qu’on n’y reconnaît presque plus aucun des caractères des substances qui ont pu les fournir. L’analyse qu’on en a faite donne des produits différens de ceux des autres laves. On en a retiré :

Silice 46
Alumine 16
Chaux 9
Fer oxidé 16 à 25
Natron 4
Acide muriatique 1
Eau et matières volatiles 5

Telle est l’analyse que Kennedi a donnée du basalte de staffa : celles faites par d’autres chimistes sont analogues.

Cette analyse approche beaucoup de celle des schistes siliceux (kiekel-schiffer, de Werner), ou trapps : c’est pourquoi je les avais appelé laves à bases trappéennes, cornéennes (dans la seconde édition de ma Théorie de la Terre, tom. 2, pag. 469)

L’analyse d’un de ces trapps des terrains primitifs, faite par Cabal et Chevreul, a confirmé cet aperçu. Ils en ont retiré (Journal de Physique, tom. 63) :

Silice 55
Alumine 15
Chaux 0 5
Fer oxidé 10
Manganèse, un atome
Potasse 10
Eau et matières volatiles 3 5
Charbon 8

Les plus grandes différences qu’on observe dans ces analyses des laves fontiformes, et dans celles des schistes, sont dans le natron, l’acide muriatique et le fer. Mais le natron et l’acide muriatique de ces espèces de laves, comme ceux des autres espèces de laves, proviennent de la décomposition du sel marin, apporté dans ces foyers volcaniques par les eaux des mers.

Quant à la grande quantité de fer oxidé que contiennent les laves fontiformes, on doit l’attribuer, 1°. À celui qui est contenu naturellement dans les schistes ; 2°. une autre portion est fournie par la décomposition des pyrites, dont l’inflammation a été un des alimens des feux volcaniques.

Ceux qui pourraient encore avoir des doutes sur l’origine que j’assigne ici aux laves fontiformes, n’ont qu’à visiter les lieux ou se trouvent les substances appelées pseudo-volcaniques, formées par l’inflammation spontanée des houilles : ils y verront, comme à la Bouiche en Auvergne, les schistes qui recouvraient ces houilles, convertis en substances analogues aux lavés fontiformes. On y trouve des espèces de laves poreuses, scoriformes, compactes, vitreuses ; enfin du vrai verre analogue à celui des laves fontiformes, donnant au chalumeau du verre noir…

Quelques-unes de ces laves sont compactes ; d’autres sont plus ou moins poreuses, plus ou moins scoriformes. L’observation a fait voir que ce dernier état des laves est du au dégagement des fluides élastiques. Il y a un dégagement continuel de ces fluides dans toutes les bouches des volcans : et le plus souvent ces fluides emportent avec eux des lapillo, des cendres…

Mais la matière pâteuse et visqueuse de la lave oppose une espèce de résistance à ce dégagement. Elle se trouve donc boursouflée ; et si elle se refroidit dans ce moment, elle forme les laves poreuses, les laves scoriformes, les lapillo…

Il arrive ici la même chose que dans la cuisson du pain fermenté ou non fermenté. Ce dernier, connu, sous le nom de pain azime, est compacte ; celui qui est formé d’une pâte fermentée, est au contraire plus ou moins poreux, parce que les gaz qui se dégagent par la fermentation sont dilatés par la chaleur, et soulèvent la pâte, qui ensuite, saisie par cette même chaleur, prend de la consistance.

Dans les grands courans de laves, on observe que la partie. supérieure est poreuse, tandis que l’inférieure ne l’est pas. On a fait la même observation dans le résidu des substances métalliques fondues. Les canons de cuivre, de fonte…, les tables de cuivre sur lesquelles on coule les glaces…, sont remplis de chambres, ou de boursouflures, lorsqu’on les coule horizontalement. Pour éviter cet inconvénient, on est obligé de les couler dans une situation verticale, et on a encore soin d’en retrancher toute la partie supérieure.

Spallanzanï a même prétendu que ces boursouflures sont souvent produites par la matière même de la lave réduite en expension. Il a exposé des laves compactes dans des fourneaux, avec un appareil pneumato-chimique. La lave, de compacte qu’elle était, est devenue scoriforme, et il n’y a eu aucun dégagement de fluides aériformes : d’où il a conclu que c’est la substance même de la lave qui a été volatilisée. Peut-être est-ce de l’eau contenue dans la lave.

On sait que tous les schistes exposés à une haute température, donnent des scories très-poreuses.

La conclusion qu’on doit tirer de ces faits, est que les substances volcaniques sont composées de substances de différentes natures.

Les unes sont produites par des substances des terrains primitifs : telles sont les laves porphyriques, téphriniques, hornblendiques…

Les autres le sont par les substances des terrains secondaires : telles sont certaines laves fontiformes, qui viennent de schistes recouvrant les bitumes.

De troisièmes proviennent de substances que nous ne connaissons pas dans nos montagnes ; telles sont les laves leucitiques, oliviniques.

Les volcans projettent avec la masse des laves un grand nombre de substances particulières, donc quelques-unes ne se trouvent pas dans d’autres terrains. Ces substances sont :

1. L’olivine, qui ne se trouve que dans les matières volcaniques.
2. La leucite.
3. La mélanite.
4. Le saphir.
5. La hanyne.
6. La ceylanite,
7. La sommite, et le pseudo-sommite.
8. La semeline.
9. La natrolite.
10. L’analcime.
11. La stilbite se trouve le plus souvent dans les matières volcaniques : cependant on en trouve ailleurs.
12. La zéolite.
13. La mélilite.
14. Le fer spéculaire volcanique.
15. La rubine d’arsenic.
16. L’augite.
17. Le soufre.
18. Le sel ammoniac a été très-abondant dans les dernières éruptions du Vésuve.
19. Le sel marin, ou muriate de natron.
20. Le natron.
21. La meionite.
22. L’hyacinthine.
23. Le grenat.
24. Le feldspath.
. . . . . . . . . . .

25. La domite.

Il est quelques substances volcaniques, dont la nature n’est pas encore déterminée, telle que la domite. Les Allemands ont donné ce nom à la substance volcanique qui paraît faire la base du Puy-de-Dôme.

Je regarde cette domite comme une variété des laves pétro-siliceuses.

Salmon pense que les vapeurs aqueuses ont eu une grande influence dans la formation de la domite.


DES LAVES PRISMATIQUES.


Une des choses qui étonne le plus celui qui voyage pour la première fois dans les contrées volcaniques, est l’aspect de ces grandes colonnades basaltiques ; aussi, dans plusieurs endroits, les a-t-on regardées comme un ouvrage de l’art, et on les attribue aux géans : on leur a donné en conséquence le nom de Chaussée des géans.

Ces colonnes sont des prismes, qui ont un plus ou moins grand nombre d’angles, trois, quatre, cinq, six, sept et huit, et quelquefois neuf… Leur diamètre et leur hauteur varient également. Elles sont ordinairement en grand nombre. Une des plus belles chaussées basaltiques qu’on connaisse, est celle de la grotte Fingal dans l’île de Staffa. Il y a des prismes qui ont jusqu’à quatre pieds et demi de diamètre, et soixante-six pieds de hauteur, et ces prismes sont dans un nombre incalculable ; La plupart des volcans éteints présentent une multitude de colonnes prismatiques, comme on le voit dans les volcans des Cévennes, dans ceux d’Irlande, à Autrin, dans ceux d’Allemagne… Ces prismes ne sont pas d’une seule pièce.

Mais ces colonnes basaltiques sont beaucoup plus rares dans les volcans en activité : et celles qu’on trouve sont en général d’une petite dimension.

Ces prismes basaltiques ont le plus souvent les angles très-vifs, et assez réguliers. J’ai un morceau d’un prisme pentagone, dont le diamètre est de 9 pouces. Chacun de ses angles est sensiblement de 108 degrés comme dans le pantagone régulier. Cependant cette régularité des angles ne se soutient pas constamment tout le long du prisme, et même ils sont irréguliers dans la plupart des prismes.

Quelques-uns de ces prismes sont composés de parties emboitées et articulées, comme ceux de certaines aigues marines : c’est-à-dire qu’une de ces extrémités est arrondie, et s’engraine dans l’autre extrémité qui est concave.

Il s’est élevé parmi les minéralogistes deux grandes questions sur ces prismes basaltiques.

1°. La première est de savoir s’ils sont un produit du feu ou de l’eau.

2°. La seconde est de savoir si la figure de ces prismes est une véritable cristallisation, ou un simple retrait.

Nous allons examiner chacune de ces questions, et d’abord. la première.

La plus grande partie des naturalistes a regardé la lave compacte prismatique, ou non prismatique, comme un produit du feu ; on a donné en conséquence à ces savans le nom de vulcanistes.

Mais plusieurs minéralogistes ont adoptée une opinion différente. Ils distinguent deux espèces de laves ou basaltes : la lave incandescente qui a coulé des volcans, et le basalte, ou la lave qui n’a pas coulé. Cette substance, ajoutent-ils, a été remaniée par les eaux, et s’est ensuite déposée sous forme prismatique, en colonnes plus ou moins élevées. Cette opinion a été embrassée par Bergman, Guethard, et plusieurs célèbres naturalistes Allemands, tels que Werner… On les a, en conséquence appelles neptuniens.

Bergman appuyait son opinion sur la ressemblance qu’il avait observée entre ces basaltes prismatiques, et des trappe, qu’on ne pouvait supposer des produits volcaniques ; L’analyse de ces deux substances lui a d’ailleurs donné les mêmes produits.

Je répondrai à cet illustre chimiste que certaines laves qu’on ne peut nier être volcaniques, puisqu’on les a vu couler, ont une telle ressemblance avec ces espèces de trapps, qu’on ne peut les en distinguer. Dolomieu, si exercé à reconnaître les substances volcaniques, en convenait lui même. On ne peut assurer si elles sont volcaniques ou non, qu’en voyant le lieu ou on les a prises.

Quant à l’analyse de ces deux espèces de substances, qu’avait faite Bergman, on sait que de son tems, la chimie n’était pas assez avancée pour pouvoir aujourd’hui, les regarder comme exactes.

On demanderait encore à Bergman quels seraient les agens qui auraient pu faire dissoudre ces substances dans les eaux, et ensuite les y précipiter sous forme de prismes à peu près réguliers, d’un diamètre de trois à quatre pieds, et d’une hauteur de soixante à soixante-dix pieds.

Werner a ajouté de nouvelles preuves à celles de Bergman. Il les tire principalement de la position géologique des colonnades basaltiques ; quelques-unes de ces colonnes, dit-il sont posées sur des substances qui ne portent aucun indice qu’elles aient été altérées par l’action de la chaleur ; et si on supposait que la matière de ces colonnes a coulé comme une lave incandescente, la chaleur de masses aussi volumineuses aurait été si considérable qu’elle eut certainement altéré ces matières sur lesquelles elles reposent. « L’énorme plateau basaltique de Meisner repose sur une argile imprégnée de beaucoup de bitume. »[5]. Le docteur Beuss dit qu’en Bohème on exploite des houilles qui, sont par couches dans des basaltes. Aux îles Ferroë on voit des exemples d’un pareil gissement. Dans la partie N. E. de l’île de Mulle, dit Jamesson, nous remarquons une couche de bouille de douze pouces d’épaisseur Le toit et le mur étaient une basalte (ibid. p. 91). Enfin on ne remarque aucune altération dans les roches sur lesquelles reposent les basaltes de l’Allemagne…

Nous pouvons donner des réponses satisfaisantes à toutes ces objections. On n’observe également aucune altération sensible dans les matières sur lesquelles reposent les laves que nous voyons couler. C’est un fait incontestable.

L’explication de ce singulier phénomène est fournie par les belles expériences de Hall. Il a exposé de la craie et d’autres substances à un assez haut degré de chaleur, dans des appareils où il pouvait exercer sur elles de fortes compressions ; ces substances ont conservé leur état pierreux ou bitumineux. La même chose a lieu par l’effet des laves coulantes. Elles communiquent, à la vérité, un assez haut degré de chaleur, mais elles exercent en même tems une forte compression. Leur refroidissement est fort lent : elles passent à l’état pierreux. Les substances sur lesquelles elles reposent ont pu de même être altérées dans premiers momens ; mais elles ont recouvré leur premier état.

La seconde difficulté que présentent les colonnades basaltiques, est de savoir si elles sont le produit d’une véritable cristallisation, ou simplement l’effet d’un retrait opéré par le refroidissement de la lave incandescente.

Tout prouve qu’elles ne sont point le produit d’une véritable cristallisation ; car ni les prismes, ni les angles n’ont la régularité que donne une vraie cristallisation. On doit donc les regarder comme l’effet d’un retrait opéré par le refroidissement.

Des couches de plâtre de Montmartre, dans la haute masse de cinquante-deux pieds d’épaisseur, présentent de pareils prismes, lesquels ne sont bien certainement que les effets d’un retrait. Des argiles chauffées présentent aussi quelquefois des formes prismatiques assez régulières… l’on ne doit donc point regarder les prismes basaltiques comme les produits d’une cristallisation régulière, mais comme les effets d’un retrait, qui n’acquère cette espèce de régularité que par la tendance générale qu’a la matière à cristalliser.


DE LA DÉVITRIFICATION DES SUBSTANCES VOLCANIQUES.


À La plus grande partie des substances volcaniques a coulé en torrens plus ou moins étendus, plus ou moins considérables : (il faut en excepter les lapillo, les cendres…). Quelques-uns de ces torrens ont une liquidité presque aqueuse, tel est celui qui eut lieu à l’île de Bourbon.

La lave avait une fluidité aqueuse, dit Huber[6] : d’autres n’ont qu’une liquidité pâteuse, et coulent comme du miel, (ibidem.).

Quelques-unes de ces laves conservent leur caractère vitreux, et forment les verres volcaniques, les laves vitreuses, les laves résiniformes… mais en général elles sont peu abondantes.

La plus grande partie de ces laves change au contraire de nature. Elles reprennent les caractères des vraies pierres, et on ne saurait croire qu’elles aient jamais pu couler, comme du verre. C’est cet état du verre passant a l’état pierreux, qu’on a appelé dévitrification.

On avait observé que le verre qui demeurait au fond des creusets dans les manufactures. de verrerie, devenait, en se refroidissant, opaque : ce qu’on appellait porcelaine de Réaumur.

Kair et Pajet avaient même observé des cristaux qui s’étaient formés dans ces masses vitreuses devenues opaques. Ils ont la figure d’un prisme hexagone[7].

Hall a répété ces observations, et il a fait, à cet égard, des expériences dont les résultats sont du plus grand intérêt. Il a enfermé dans des tubes de porcelaine, dans des canons de fusil, exposés à un grand degré de chaleur… différentes substances, telles que de la craie… et a arrangé son appareil de manière que les gaz ne pouvaient se dégager. ils étaient retenus par la compression. L’appareil refroidi, ces substances qu’on ne peut douter avoir été fondues étaient changées en véritables pierres calcaires.

Ces expériences, répétées par d’autres physiciens, ont donné constamment les mêmes résultats.

D’un autre côté on voit des courans immenses de laves très-fluides, qu’on a vu couler, devenir, par le refroidissement, des laves qui ont entièrement l’apparence des pierres chauffées, mais non-fondues.

On en a conclu qu’elles n’avaient passé à cet état que par une véritable dévitrification ; et on ne saurait se refuser à cette conséquence.

Fleuriau de Bellevue a fait, à cet égard, des observations précieuses qui se trouvent dans le Journal de Physique, tome 60, page 409. Dans une verrerie proche la Rochelle, le verre était en fusion, et pret à faire des bouteilles. Des événemens de la guerre mirent en fuite les ouvriers… Plusieurs mois après le propriétaire revint examiner l’état des choses. Il fut très-surpris de trouver dans les pots, au lieu de verre, des substances pierreuses, fibreuses, et presque analogues à la trémolite… : c’était du verre dévitrifié.

J’ai observé plusieurs fois les mêmes phénomènes dans la la verrerie de bouteilles, à Sèvres, proche Paris. Les résidus du verre qui demeure au fond des pots cassés, et qu’on rejette, sont changés en une matière pierreuse si dure, qu’on a de la peine à les casser avec de gros marteaux.


DE L’0RIGINE DES SUBSTANCES CRISTALLISÉES. QUI SE TROUVENT DANS LES MATIÈRES VOLCANIQUES.


On trouve, dans la plupart des substances volcaniques, plusieurs cristaux ; dont l’origine a été le sujet de discussions assez vives. Les géologues ne sont pas d’accord à cet égard.

1°. Les uns prétendent ces cristaux existaient antérieurement dans les substances, dont ont été formées les laves. Le feldspath, par exemple, paraît avoir préexisté dans les porphyres, dont sont composées les laves porphyriques, les cristaux de hornblende… préexistent dans les roches hornblendiques…

2°. D’autres croient que la plus grande partie de ces cristaux est de formation nouvelle, et qu’ils se sont formés dans la lave, à l’instant où elle a passé de la liquide à la solidité, soit dans l’intérieur du foyer volcanique, soit à l’extérieur.

3°. Quelques uns de ces cristaux paraissent formés par sublimation, comme le fer spéculaire, le soufre, la rubine…

4°. Quelques autres de ces cristaux paraissent formés par infiltration, telles que les zéolites, les stilbites…

5°. Plusieurs de ces cristaux vomis avec les laves paraissent n’avoir pas été altérés par l’action du feu, tels que le spath calcaire, le mica…

Nous allons examiner chacune de ces opinions.


QUELQUES SUBSTANCES CRISTALLISÉES, QUI SE TROUVENT DANS LES LAVES, ONT-ELLES ÉTÉ FORMÉES AVANT CES LAVES ?


Il ne paraît guères qu’on puisse douter que quelques-unes des substances cristallisées qui se trouvent dans les laves, ne préexistassent avant la formation de la lave. Le feldspath, par exemple, des laves porphyriques paraît bien antérieur à la fusion de la lave. Il a lui-même éprouvé une altération assez considérable, pour qu’on le distingue facilement d’un feldspath d’un porphyre qui n’a pas été chauffé : il est fendillé, et a un éclat presque vitreux.

L’hornblende paraît également avoir préexisté dans les laves hornblendiques.

On en peut dire autant de l’augite.


QUELQUES SUBSTANCES CRISTALLISÉES AVEC LES LAVES, PARAISSENT AVOIR ÉTÉ FORMÉES AVEC CES LAVES.


Plusieurs géologues pensent que différentes substances qu’on trouve cristallisées avec les laves, ont cristallisé dans la lave elle-même. « Quoiqu’on ne puisse douter, dit Salmon[8], que les corps réguliers, dont il est question, naissent souvent dans la lave même, on est généralement très-embarrassé pour déterminer l’origine des cristaux que présente le basalte volcanique. Il est évident, dans une infinité de cas, que le feldspath, l’augite, l’hornblende, les zéolites, le mica ne sont que des corps enveloppés accidentellement dans ces basaltes.

« Dans d’autres, tout doit faire soupçonner qu’il y a eu réunion cristalline, formation régulière, au sein de la lave même… La lave, au fond du gouffre du volcan, recouverte par des couches épaisses de sa superficie, protégée par les parois du cône, a dû jouir de quelque liberté pour effectuer des cristallisations. La perte de l’eau et du calorique a été moins rapide. La liquéfaction s’est soutenue plus long-tems, et toutes les circonstances propres à une formation régulière, ont été infiniment plus favorables que lorsque la lave, s’écoulant des abîmes qui la recèlent, reçoit le contact de l’air, et chemine sur un sol froid et inégal. C’est ainsi qu’on peut expliquer, avec une singulière facilité, beaucoup de problèmes jusqu’ici très-obscurs, par la seule considération de la différence des époques »

Il ajoute, pag. 411 : « L’objet de ces mémoires est rempli, si l’inspection, l’analyse extérieure démontrent, comme un fait, la co-existence de la fluidité du ciment avec celle des leucites, dans les basaltes de Borghetto, auprès de Rome. Je me trompe fort, ou le phénomène est hors de toute incertïtude. »

On voit que Salmon pense que les leucites et les laves qui les renferment, ont coulé en même tems, et ont cristallisé ensemble. Les leucites ont pu se former dans l’intérieur des volcans, ou hors du volcan.

Buch a embrassé la même opinion[9]. Il l’appuie sur un fait constant. C’est qu’on observe, au milieu des cristaux de leucite, des portions de la lave qui les contient. Il se trouve même quelquefois des cristaux d’augite, au milieu des cristaux de leucite « La formation de la leucite, ajoute-t-il, devait donc être bien postérieure à celle de l’augite. Il paraît donc évident que les partis constituantes de la leucite se rassemblèrent, et son firent de la lave, pendant qu’elle coulait. Comment concevoir une préexistence de tant de millions de si petits cristaux, qu’à peine on les reconnaît ». Les laves des dernières éruptions du Vésuve, contiennent une quantité prodigieuse de ces petites leucites presque imperceptibles.

On voit que Buch pense 1°. que les augites sont formées avec les laves ;

2°. Il pense également que les leucites sont formées avec les laves, mais postérieurement à l’augite.

Ces opinions de Salmon et de Buch, sur la formation de l’augite et de la leucite, au milieu des laves, me paraît conforme à tous les faits ; car j’ai des cristaux de leucite qui contiennent des fragrnens considérables de lave. Il faut donc que cette lave y ait été renfermée dans l’instant où ces cristaux se sont formés…

L’olivine doit également être regardée, ainsi que la leucite, comme formée dans la lave…


QUELQUES SUBSTANCES, CRISTALLISÉES AVEC LES LAVES, Y ONT ÉTÉ DÉPOSÉES PAR INFILTRATION.


On ne saurait guère douter que quelques-unes des substances cristallisées, qui se trouvent dans les laves, n’y aient été formées par infiltration. De l’eau, tenant ces substances en dissolution, a pénétré la lave poreuse, et les y a déposé dans de petites cavités, telles sont :

1 °. La zéolite.
2°. L’analcime.
3°. La stilbite.
4°. Le calcaire.
. . . . . . .

Les circonstances qui accompagnent ces cristaux, ne laissent. aucun doute sur leur formation par infiltration.


QUELQUES SUBSTANCES CRISTALLISÉES AVEC LES LAVES Y ONT ÉTÉ DÉPOSÉES PAR SUBLIMATION.

Plusieurs faits paraissent prouver que divers cristaux qui se trouvent dans des laves, y ont été sublimés par la chaleur. Tels sont :

1°. Le soufre.
2°. La rubine d’arsenic.
3". Le sel ammoniac.
4°. Du sel marin.
5°. Le fer spéculaire volcanique. Delarbre et Quinquet sont

même parvenus à sublimer du fer dans des fourneaux de chimie[10].

6°. L’augite, dans quelques circonstances.

« Dans des courans de laves, dit Breislak (Voyage dans la Campanie, tom. I, pag. 276), le calorique a une telle intensité, qu’il volatilise les substances les plus dures. Quand celle de 1794 entra dans l’église de la Torre, elle y forma des cristaux de pyroxène (augite) par sublimation ; et Thompson en trouva, quelque tems après, des capillaires sur les débris des murs qu’elle avait enveloppés. »


QUELQUES-UNES DES SUBSTANCES CRISTALLISÉES VOMIES PAR LES VOLCANS, N’EN ONT SUBI AUCUNE ALTÉRATION.


Plusieurs substances cristallisées, rejetées par les volcans, paraissent n’avoir subi aucune altération de la part des feux souterrains. Le Vésuve, par exemple, rejette des pierres calcaires qui n’ont point été altérées par la chaleur. Plusieurs des substances cristallisées qu’il rejette sont également intactes. Telles sont :

1°. L’hyacinthine, ou vésuviène.
2°. Le meionite.
3°. La sommite.
4°. La ceylanite.
5°. Quelques micas.
6°. La mélilite.
7°. La hanyne.
8°. La semeline.
9°. Les saphirs qui se trouvent dans le ruisseau d’Expaili,

dans les sables d’Andernach…, ne paraissent avoir subi aucune altération par le feu…

Les conséquences qu’on doit tirer de tous les faits que nous venons de rapporter, sont les suivantes :

1°. Plusieurs des substances cristallisées qui sont rejetées par les volcans, n’ont point été altérées par l’action des feux souterrains, et par conséquent sont antérieures aux éruptions volcaniques. Telles sont :

a. L’yacinthine et la meionite.

b. La sommite.

2°. Plusieurs des substances cristallisées qui se trouvent dans les laves, y ont été formées par des infiltrations postérieures. Telles sont :

a. La mésotype.

b. L’analcime.

c. Quelques stilbites.

d. La natrolite.

e. Le spath calcaire.

. . . . . . . . . . .

3°. Plusieurs des substances cristallisées qui se trouvent dans les laves, y ont été formées par sublimation. Telles sont :

a. La rubine d’arsenic.

b. Le fer spéculaire volcanique.

c. Le soufre.

d. L’ammoniac.

e. Le sel marin.

f. Quelques cristaux d’augite.

. . . . . . . . .

4°. Plusieurs des substances cristallisées qui se trouvent dans les laves, y ont été formées par cristallisation. Telles sont :

a. Quelques leucites.

b. L’olivine.

c. L’augite.

. . . . . . . . . . . .

5°. Plusieurs des substances cristallisées qui se trouvent dans les laves ; préexistaient dans les matières qui ont formé ces laves. Telles sont :

a. Le feldspath des laves porpbyriques.

b. L’hornblende.

Mais la matière première des substances de ces cristaux formés dans les laves, soit par sublimation, Soit par cristallisation… devait exister dans la lave elle même. Il s’agit de savoir de quelle manière elle y existait. Elle pouvait y être sous trois formes.

1°. On peut dire que les substances dont sont formées les laves, contenaient, avant que d’avoir subi l’action des feux souterrains, des zéolites, des stilbites, du fer spéculaire, du soufre, du sel marin, des leucites, des augites, de l’olivine… Que toutes ces substances ont été fondues ensemble, mélangées, et ensuite se sont séparées de nouveau par les lois des affinités.

Supposons par exemple qu’un chimiste mélanges toutes ces substances, et les lit fondre comme les laves. Ces diverses substances se sépareraient-elles pour cristalliser, lorsque la matière se refroidirait ?

2°. On peut dire que ces laves ont été composées d’une substance quelconque : que cette substance étant fondue, les divers principes qui la composaient ont pu se séparer par la loi des affinités, et former divers cristaux particuliers.

Nous avons vu que la même chose a lieu dans la formation des granite, des porphyres… par la voie aqueuse.

Lorsque toutes les diverses substances, qui forment ces roches, sont mélangées et cristallisent, elles forment des substances homogènes, telles que des lydiennes, des cornéennes.

Si la cristallisation est un peu plus lente, on commence à distinguer dans ces lydiennes, des élémens de feldspath.

La cristallisation est-elle encore plus lente, on a des porphyres et porphyroïdes, dans lesquels les cristaux de feldspath sont plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux. Il s’y trouve aussi quelquefois des cristaux de hornblende, de quartz et de quelques autres substances.

Enfin, lorsque là cristallisation s’opère encore plus tranquillement, on a les granits et granitoïdes, composés de feldspath, de quartz, de mica, de hornblende… cristallisés séparément en cristaux plus ou moins prononcés.

On y trouve quelquefois des cristaux de grenats, des tourmalines… de la stéatite, du mica.

On peut dire également que la matière première qui a formé les laves, quoique homogène en apparence, contenait tous les élémens des divers cristaux qu’on retrouve dans ces laves, comme la matière homogène qui qa forme les porphyres, les granits, les schistes micacés… contenait tous les elémens de ces diverses roches.

3° On peut encore dire que quelques-unes des substances qu’on trouve dans les laves, y existaient primitivement sous forme cristalline, et qu’elles n’ont. été que peu altérées, par l’action du feu.


DE L’ACTIVITÉ DES FEUX VOLCANIQUES.


Les physiciens ne sont point d’accord sur l’ation des feux souterrains ; mais. avant que de prononcer sur cette question, présentons les faits.

Les feux souterrains réduisent en fusion des masses immenses de laves, qui, vomies par les volcans, coulent pendant plusieurs jours comme des torrens enflammés, Quelques-unes conservent, leur chaleur pendant plusieurs années.

Le courant des laves de l’Etna, qui en 1669 renversa Catane, avait une étendue immense.

Il y eut en 1783, un courant de laves en Islande, qui courut quatre-vingt-quatorze milles en longueur, et couvrir un espace de cinquante milles en largeur (Spallanzani, tome 3 de ses voyages). Quel degré de chaleur ne faut-il pas pour réduire en fusion des masses aussi considérables !

Ces laves conservent quelquefois leur chaleur pendant plusieurs années. Celle de l’Etna de 1614, coula pendant dix ans, suivant le rapport des observateurs, et ne parcourut que deux milles.

Il y a de ces courans de laves qui sont liquides comme de l’eau : tel fut le courant de 1786, dans l’île Bourbon, suivant le rapport de Hubert[11].

Tous ces faits, et une multitude d’autres analogues, ne permettent pas de douter qu’il n’y ait de grands degrés de chaleur dans l’intérieur des volcans.

Cependant plusieurs physiciens sont d’un avis contraire, et ils apportent d’autres faits pour appuyer leur opinion.

On trouve au milieu de ces laves si ardentes, dit-on, des substances très-fusibles, telles que des augites, des hornblendes, des zéolites, des stilbites, des analcimes… Comment ces substances n’auraient-elles pas été réduites en fusion, si la chaleur des laves était aussi considérable qu’on le prétend ?

Il me semble qu’on peut fournir des réponses satisfaisantes à cette objection, et expliquer les faits que nous venons de rapporter.

1°. Plusieurs de ces cristaux trouvés dans les laves, sont postérieurs au refroidissement de la lave ; tels sont les zéolites, les analcimes, les stilbites… Ils paraissent avoir été produits par infiltration. Des eaux, tenant en dissolution ces substances, ainsi que des calcaires, filtrent au travers de ces laves, et les déposent dans leurs cavités.

2°. Quelques autres de ces cristaux qu’on trouve dans quelques laves, paraissent y avoir été déposés par sublimation, ainsi que le fer spéculaire volcanique, le soufre…

3". Quand aux olivines, aux leucites… on pourrait peut-être dire également qu’ils sont les produits d’une sublimation, ou d’une infiltration : mais on peut peut-être dire avec plus de vraisemblance, qu’ils ont été formés dans la masse de la lave par cristallisation.

4°. Le feldspath, la hornblende… préexistaient dans les substances qui ont formé ces espèces de laves.

Enfin, il serait possible que quelques-uns de ces cristaux, se trouvant avec la lave au moment de son refroidissement, échapassent à la fusion. Il est prouvé que le Vésuve rejette beaucoup de substances telles que du calcaire, des hyacinthines… qui n’ont point été altérées par la chaleur. Ces substances ont seulement été détachées par la secousse.

Quant au degré de chaleur que des courans de laves conservent un tems plus ou moins considérable, il est dû à plusieurs causes.

a. À la masse énorme du courant.

b. Les laves sont de mauvais conducteurs de la chaleur ; elles la conserveront donc long-tems.

c. La plupart des coulées basaltiques se refroidissent assez promptement ; Il y a donc eu, dans cette lave de 1614, des circonstances particulières qu’il faudrait connaître.

d. Enfin, on doit avouer que la cause de ce phénomène n’est pas encore bien connue… Je suppose qu’elle est un effet de l’action galvanique.


DE LA PROFONDEUR DES FOYERS VOLCANIQUE.


Tous les observateurs rapportent qu’on voit, à une assez petite profondeur dans les cratères des volcans en activité, les matières en fusion bouillonner. Mais celles-ci ne sont que la surface du vaste creuset, si on peut se servir de ce terme, où sont contenues toutes ces substances. Leur foyer doit être sans doute à de plus grandes profondeurs. On n’a aucun fait positif pour déterminer cette profondeur véritable. En conséquence, on a été forcé de s’en rapporter à des analogies.

Les uns ont supposé que le foyer de l’incendie est dans la masse même de la montagne volcanique, par conséquent à une assez petite profondeur.

Les autres n’ont pas craint de le supposer à peu près au centre y de la terre, ou à de grandes profondeurs, tels que Kircher…

Enfin des troisièmes, prenant un terme moyen entre ces deux hypothèses, l’ont placé plus ou moins près de la surface de la terre, plus ou moins près de son centre.

On doit avouer qu’on n’a, sur toutes ces hypothèses, que des analogies.

Mais rapportons les faits avant que de discuter chacune de ces opinions.

Le Vésuve, en 1631, absorba une partie des eaux de la mer du golfe de Naples, et les revomit toutes bouillantes.

Le volcan de la Jamaïque, en 1692, absorba également les eaux de la mer, et les revomit…

Plusieurs autres volcans ont présenté les mêmes phénomènes.

Il est donc certain quelle foyer de ces divers volcans n’est pas dans les montagnes même volcaniques, mais qu’il est au-dessous du niveau des eaux des mers.

On a des observations qui prouvent que les volcans sousmarins sont à une certaine profondeur.

Dans l’éruption de 1720, qui fit sortir auprès de Tercere une île du milieu des eaux de la mer, un capitaine de vaisseau s’approcha de cette nouvelle île : il fila la sonde à soixante brasses sans trouver de fond, ce qui indique qu’il était encore à une plus grande profondeur.

Pennant dit que l’endroit de la mer d’où, en 1784, sortit une petite île auprès de l’Islande, avait cent brasses de profondeur.

Les foyers volcaniques peuvent même être à différentes profondeurs dans le même volcan : et la cause s’en conçoit facilement, parce que ces foyers peuvent être dans différens strates, dont la profondeur variera.

La profondeur des volcans sousmarins doit varier également. Leurs foyers peuvent se trouver à différentes profondeurs dans différens strates superposés les uns au-dessus des autres. Nous ayons vu que Franklin, est descendu à Whitheaven dans des mines de charbon situées à huit cents brasses au-dessous du niveau de la mer : et il assure qu’il y en a encore de plus, profondes.

Il est donc très-possible qu’il y ait des volcans, soit terrestres ; soit sousmarins, dont les foyers soient à plus de huit cents brasses au-dessous du niveau de la mer. Il me paraît assez vraisemblable que quelques-uns sont encore plus profonds. Celui qui, en 1755, produisit de si grands désastres à Lisbonne, et dont les commotions s’étendirent à de si grandes distances, devait avoir une grande profondeur.

D’ailleurs on ne saurait se refuser aux analogies, qui disent ; qu’il y a des pyrites et des substances métalliques jusques dans les parties les plus intérieures du globe. Or, ces pyrites peuvent produire une chaleur suffisante jusqu’à une grande profondeur inconnue.

Mais pourrait-on supposer des volcans dont les foyers seraient à une profondeur de deux cents, de trois cents lieues, et même davantage, et pourraient s’étendre jusqu’au centre de la terre On supposerait, par exemple, à ces grandes profondeurs des masses immenses de pyrites en décomposition. Ces pyrites brûleraient tranquillement ; mais l’eau de la surface du globe, qui pénètre peu à peu dans son intérieur, tomberait quelquefois dans ces amas brûlans. Elle serait réduite en expansion, causerait explosion, secousses, tremblemens de terre… Les matières en fusion seraient soulevées. Il se formerait des cratères le long des fentes qui viennent de la surface du globe, et on aurait ainsi de longues cheminées, qui pourraient avoir jusqu’à douze à quatorze cents lieues.

Beccher a avancé une opinion analogue à celle-ci. « Dans le centre de la terre, dit-il, il y a un grand vide rempli d’un fluide, ou d’une vase sulfureuse et bitumineuse, dont s’échappent des vapeurs, qui coopèrent à la formation des minéraux[12]. »

Cette opinion rentre dans celles des Chaldéens, de Descartes… qui disaient que le centre de la terre était vide.

Elle a été reproduite dans ces derniers tems par plusieurs physiciens, tel que Kircher…

Il y aurait, dans cette hypothèse, un foyer commun de tous les volcans ; différentes issues, qui seraient les cratères des volcans, communiqueraient à la surface de la terre. Les violentes secousses ébranleraient une partie plus ou moins considérable des continens : elles pourraient même ébranler tout le globe ; et, si elles étaient assez fortes, peut-être même le diviser en plusieurs portions, comme on suppose qu’a été divisée la planète. qui était entre Mars et Jupiter, et dont les débris ont formé les quatre petites planètes Cérès, Pallas, Junon et Vesta, nouvellement découvertes.

Enfin la plus grande partie des laves, venant de ce centre commun, seraient à peu près homogènes, et se ressembleraient en général. Elles ne diffèreraient principalement que par les substances étrangères qui s’y seraient jointes.

Tel est à peu près le système de Kesler, auquel on peut donner plus ou moins d’étendue[13].

Cette opinion a été présentée sous de nouvelles faces, et plus ou moins modifiées.

D’autres physiciens, sans supposer qu’il y eût un foyer commun de tous les volcans, situé au centre de la terre, ont supposé que les foyers des volcans existans devait être à de grandes profondeurs, par exemple à deux cents, trois cents lieues… Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas un seul foyer commun, de tous les volcans du globe ; mais il pourrait y avoir des foyers communs aux volcans d’une contrée. Ainsi on pourrait supposer un foyer commun à tous les volcans qui sont sur les bords de la Méditerranée.

Un foyer commun à tous les volcans du nord de l’Europe, l’Irlande, l’Écosse, l’Islande…

Un foyer commun à tous les volcans de l’Océan atlantique, Madère, les Açores, les Canaries, Sainte-Hélène, Bourbon…

Un foyer commun pour les volcans des Antilles et des îles du golfe du Mexique…

Un foyer commun pour les volcans du Mexique.

Un foyer commun pour les volcans du Pérou.

Un foyer commun pour les volcans de l’Archipel indien.

Un foyer commun pour les volcans du Japon.

. . . . . . . . . . . .

1°. Je répondrai que toutes ces hypothèses, qui ne reposent sur aucun fait, ne sauraient être admises par un philosophe sage.

D’ailleurs cette hypothèse est même contraire aux probabilités. Car supposons le foyer d’un volcan, tel que l’Etna, à trois cents lieues de profondeur, il ne serait pas possible que dans de grandes secousses il ne se détache des portions des parois de cette longue cheminée, qui en serait obstruée. Dès lors il s’ouvrirait de nouveaux cratères fort éloignés des premiers.

2°. Il serait impossible que ces nouvelles cheminées, ou cratères, fussent toutes concentrées dans d’aussi petits espaces que la les cratères de l’Etna, du Vésuve… Elles occuperaient des espaces plus ou moins considérables.

3°. Enfin dans des foyers volcaniques aussi profonds, quelle force, pour soulever ces masses immenses de laves, ne faudrait-il pas ?

Quelle pression ces masses fluides de laves n’exerceraient-elles pas sur leurs bases, et contre les parois qui les contiendraient ? puisque la pression des fluides est toujours en raison des multipliées par la hauteur.

4°. Enfin les faits sont contraires à ces suppositions ; car nous voyons que les grands volcans d’Amérique, dont les cratères sont au-dessus de deux mille cinq cents toises d’élévation, ne vomissent plus de laves coulantes : ils rejettent seulement des cendres, et une espèce de terre ou de boue contenant de l’hydrogène sulfuré, suivant Humboldt[14].

Le pic de Ténérife, l’Etna, et tous les volcans dont le grand cratère est élevé, ne vomissent plus de laves coulantes par ces cratères élevés ; ils rejettent seulement des cendres, des lapillo… La lave coulante se fraie un passage dans le flanc de la montagne, par de nouvelles bouches plus basses.

Toutes ces difficultés deviennent encore bien plus saillantes dans l’hypothèse qui place le foyer commun de tous les volcans dans le centre de la terre.

On doit conclure de tous ces faits que les foyers des volcans ne peuvent pas être à une grande profondeur. Je ne pense pas qu’on puisse les supposer à plus de quatre à cinq mille toises au-dessous du niveau des eaux de l’Océan : et même la plupart le sont vraisemblablement beaucoup moins.

D’ailleurs il faut ajouter à toutes ces considérations, que suivant les probabilités, les phénomènes volcaniques paraîssent avoir pour cause principale, l’action galvanique, qui s’exerce entre les divers strates, des différentes substances, dont le globe est composé, comme nous le prouverons. Ainsi le centre principal de quelques-unes de ces commotions pourrait être à d’assez grandes profondeurs.

Mais les foyers des volcans ordinaires ne sont pas aux mêmes profondeurs.


DE L’INTERMITTENCE D’ACTION DE QUELQUES VOLCANS.


Quelques volcans, tels que ceux de Vulcanello, de Stromboli… dans les îles Ponces, Oribasa, jettent continuellement des flammes, et lancent des cendres et des pierres plus ou moins volumineuses.

Mais le très-grand nombre de volcans ne jette des flammes qu’à des intervalles plus ou moins éloignés.

Le Vésuve a eu des intermittences de plusieurs siècles. Il paraît que, lors de l’éruption de 1631, il avait été tranquille depuis de longues années, puisque son cratère était rempli de hautes forêts…

Le volcan de Monte-Nuovo n’a fait aucune éruption, depuis 1538.

Le volcan de Jorullo, qui a fait, en 1759, une éruption si considérable, était tranquille depuis plusieurs siècles…

Il serait inutile d’accumuler un plus grand nombre de faits pour confirmer cette vérité…

Mais on en doit conclure que des volcans, que l’on à croit éteints depuis long-tems, peuvent faire de nouvelles éruptions Ainsi les volcans éteints d’Allemagne, d’Italie, de France, d’Irlande… peuvent recouvrer de l’activité…


DES COMMUNICATIONS DES FOYERS DES VOLCANS.


Tous ces volcans, si nombreux à la surface du globe, ont-ils des communications entr’eux ?

Il paraît qu’il y a réellement, une communication entre plusieurs volcans. Le Vésuve et la Solfatare ont de si grands rapports, qu’on ne saurait guères douter que leurs foyers se communiquent. Toutes les fois que les feux du Vésuve augmentent, les fumées de la Solfatare augmentent également ; car, depuis. un siècle, elle ne jette plus de flammes.

Quelques volcans des îles Ponces sont dans le même cas. On a même cru remarquer que leurs explosions ont quelques rapports avec celles de l’Etna. Mais les observations ne sont pas assez constatées, pour qu’on puisse en conclure que les foyers de l’Etna ont quelques communications avec ceux des îles Lipari.

Le tremblement de terre qui arriva à Lisbonne, le 1er novembre 1755, s’étendit à des distances immenses ; tout le Portugal fut ébranlé : plusieurs montagnes s’entr’ouvrirent, et versèrent des quantités plus ou moins considérables d’eau, qui produisirent des inondations.

Cadix, Gibraltar, Grenade, Séville, Madrid, la Corogne… éprouvèrent des mouvemens plus ou moins violens.

Différentes villes de la Barbarie, telles que Maroc, Méquinez, Tanger… furent agitées. La mer s’éleva beaucoup sur ces côtes.

La même chose eut lieu à Madère. La mer s’y éleva considérablement, et se retira ensuite de manière à découvrir des roches qu’on ignorait.

Toutes les parties méridionales de la France furent agitées. Milan, et plusieurs villes d’Italie, éprouvèrent des secousses le même jour.

Le lac de Genève, et plusieurs lacs de la Suisse, éprouvèrent. des mouvemens considérables. Leurs eaux furent soulevées, agitées…

L’agitation se fit encore sentir en Bavière, en Souabe, en Franconie, en Hollande… On y éprouva différentes secousses.

Des secousses se firent également sentir, le même jour, sur les côtes d’Angleterre, de Norwège, de Suède, en Islande, et jusques dans le Groenland.

On éprouva, dans différentes parties de l’Europe, pendant plus de six mois, des secousses plus ou moins fortes.[15]

Tous ces faits prouvent que, le même jour, il y eut un ébranlement dans toutes les parties de l’Europe, une partie des l’Afrique, et jusqu’à Madère. Mais ce ne sont que des secousses galvaniques, qui s’opèrent à des distances considérables ; même par dessous les mers.

Mais aucun de ces faits ne prouve qu’il y ait de communication réelle entre les foyers des volcans. On peut seulement le soupçonner.


COMMENT LES FEUX VOLCANIQUES BRULENT-ILS SANS COMMUNICATION AVEC L’AIR.


Il est bien reconnu aujourd’hui qu’il ne peut y avoir de combustion sans le concours de l’air pur, ou gaz oxygène. C’est pourquoi les combustions ordinaires n’ont lieu que lorsqu’il y a communication avec l’air atmosphérique. Mais on peut opérer des combustions dans les lieux où l’air atmosphérique ne communique pas, si on fournit des matières desquelles il puisse se dégager de l’air pur, ou gaz oxygène. C’est ainsi qu’on brûle le soufre, dans les chambres de plomb, en le mélangeant avec du nitre, qui fournit l’air pur.

Il paraît difficile qu’il y ait, dans l’intérieur des volcans surtout des volcans sous-marins, la quantité d’air pur suffisante pour entretenir de pareils incendies. Peut-on dire que cet air est fourni par la décomposition de l’eau, ou d’autres substances ?… Ou, peut-on dire qu’il n’y a point d’inflammation ? Telle est la question qui se présente.

De savans naturalistes, frappés de la force de ces difficultés, ont supposé qu’il n’y avait réellement point de combustion dans l’intérieur des volcans. « Je ne sais, dit Bertrand, s’il y a toujours du feu ou de la flamme dans les foyers des volcans, et si une simple effervescence ne peut, dans certaines rencontres, produire quelques-uns de ces effets ». (Mémoires sur les tremblemens de Terre, page 76).

N’est-il pas possible, dit Dolomieu (Journal de physique, tome 45), que, dans l’intérieur du volcan, il y ait seulement effervescence, chaleur et dégagement des fluides élastiques sans combustion, comme dans l’intérieur d’une cornue, lorsqu’on a distille des matières combustibles, sans accès de leur extérieur ? et ces fluides élastiques ne s’enflammeraient que lorsqu’ils ont le contact de l’air extérieur. Il en serait de même du soufre, des bitumes… En sorte qu’il n’y aurait aucune combustion dans l’intérieur des volcans. Les matières qui seraient dans ce foyer, pourraient néanmoins être échauffées jusqu’à l’incandescence et à la fusion… comme elles le sont dans la cornue dont nous parlons ».

La chose, sans doute, serait très-possible, et peut avoir lieu quelquefois. Le violent mouvement de toutes ces matières en effervescence peut produire une chaleur capable de les échauffer jusqu’à l’incandescence, et de les réduire en fusion ; mais il n’est pas certain qu’il puisse y avoir une vraie combustion dans l’intérieur du volcan.

La chimie nous a cependant appris que plusieurs oxides métalliques, qui se trouvent dans l’intérieur de la terre, tels que ceux de maganèse… contiennent une grande quantité d’air pur qui se dégage facilement par la chaleur. Or, cet air serait suffisant dans certaines circonstances pour entretenir la combustion des matières inflammables qui se trouvent dans ces souterrains.

De célèbres physiciens de Hollande, Deman, Paest Vantrooswicte, Bondt, Niewlands, van Lawremburg, viennent de faire une expérience qui prouve que la combustion peut avoir lieu sans le concours de l’air extérieur. Ils ont fait des mélanges analogues à la nature des pyrites, c’est-à-dire qu’ils ont mélangé du soufre en poudre avec des limailles des différens métaux, tantôt avec celle du cuivre, tantôt avec celle du fer, avec celles du cuivre, du zinc, de l’étain, du plomb, de l’argent. Ils ont chauffé légèrement chacun de ces mélanges dans des vaisseaux parfaitement clos, qui n’avaient aucune communication avec l’air extérieur, et chacun d’eux s’est enflammé[16].

L’inflammation a eu lieu également dans des vaisseaux à l’appareil au mercure, sans l’accès d’aucun espèce d’air.

Ils ont eu soin que les matières qu’ils mélangeaient fussent sans humidité.

Or, tous ces mélanges sont des pyrites artificielles.

Les pyrites naturelles que nous avons vu s’enflammer avec tant de facilité, sont composées de soufre et de fer ; elles contiennent quelquefois du cuivre, de la manganèse. Elles pourront donc s’enflammer également dans l’intérieur de la terre, sans l’accès d’aucune espèce d’air. Ces expériences des chimistes Hollandais confirment de plus en plus que dans l’expérience de Lemery, que nous avons rapportée, il y a vraiment inflammation, comme il l’avait avancé.

Nous savons encore que dans la fameuse expérience, où on fait passer de l’eau à travers un tube, de fer incandescent, tel qu’un canon de fusil, il y a réellement les mêmes effets que dans la combustion. Car un charbon mis dans le tube y est consumé : le fer et d’autres métaux qui sont calcinés… Le fait est constant, de quelque manière qu’on l’explique, ou par la décomposition de l’eau, ou par l’air contenu dans cette eau.

Or, dans tous les volcans, il y a de l’eau ; la combustion par conséquent, pourrait s’y opérer sans communication avec l’air extérieur, comme elle s’opère dans le canon de fusil.

Les bitumes même brûlent dans l’eau. Ces feux grégeois, si fameux autrefois, étaient composés d’huiles minérales, combinées avec d’autres substances, peut-être même avec des oxides métalliques, surtout ceux de manganèse, ou avec du nitre. Ces mêmes substances peuvent donc brûler dans l’intérieur des volcans, soit souterrains, soit sousmarins.

Ces causes diverses peuvent donc entretenir l’inflammation des feux volcaniques, sans l’accès de l’air pur. Les sousmarins brûleront jusqu’à l’instant qu’une trop grande quantité d’eau ne les inondera pas entièrement : car il faut supposer que dans l’état ordinaire les eaux des mers n’y pénètrent pas, mais de tems à autres il se fait, dans les parois, des crevasses, par lesquelles les eaux peuvent se rendre dans le foyer de l’incendie : et alors il y a commotion, explosion… si les eaux y arrivent en trop grand volume, certainement elles éteindront le feu.

C’est peut-être cette cause qui a éteint une si grande quantité de volcans : car la plupart de ces volcans paraissent avoir été sousmarins, et ils sont loin des mers.

Néanmoins l’air extérieur doit pénétrer assez souvent dans l’intérieur des volcans qui ne sont pas sous les eaux. Car ordinairement il y a plusieurs soupiraux dans les cratères des volcans, et un grand nombre de fumaroles. La fumée s’échappe par toutes ces issues. Or, on ne peut guère douter, que tandis que les vapeurs sortent par quelques-uns de ces soupiraux, l’air extérieur ne se précipite d’un autre côté dans l’intérieur du volcan. Aussi, dans tous les grands cratères des volcans en activité, observe-t-on, lorsqu’ils sont à peu près tranquilles, une intermittence continuelle dans l’émission des fumées et des vapeurs.

La matière bouillonnante s’entrouve comme une large fente. Les vapeurs et les fumées s’échappent ; souvent elles emportent des cendres, des lapillo, des pierres… La fente se referme : les mêmes effets recommencent un instant après, et se succèdent ainsi alternativement et sans interruption, jusqu’à ce qu’il arrive de grandes éruptions… Ceci ne saurait guère avoir lieu sans que l’air extérieur ne soit absorbé par différens soupiraux, ce qui doit établir des espèces de courans d’air dans l’intérieur du volcan.

On doit conclure de tous ces faits, que quoiqu’il ne soit pas impossible, que quelquefois il y ait de véritable combustion dans l’intérieur des volcans, cependant il ne paraît pas que ordinairement les matières combustibles y soient vraiment enflammées.

Car les observateurs qui ont pu approcher suffisamment des cratères volcaniques, pour voir dans l’intérieur, n’y ont point aperçu de flammes. Les substances y avaient seulement une couleur rouge comme celle du fer incandescent.

D’ailleurs il est certain que la combustion n’y est pas totale : car il se dégage toujours une portion des matières combustibles intactes, tel que le soufre si abondant dans tous les volcans, le pétrole…

Mais la même chose a lieu dans toutes les combustions ordinaires. Celle de l’huile laisse dégager une grande quantité de carbone intacte, et qu’on peut ramasser.

Au reste, il n’est pas nécessaire de supposer qu’il y ait toujours combustion dans l’intérieur des volcans, car nous verrons qu’ils sont ordinairement des effets de l’action galvanique, que les différens strates du globe exercent les uns sur les autres…


DE LA FORCE D’EXPLOSION DES VOLCANS.


La force immense que déploient les feux souterrains dans leurs explosions, doit être attribuée à quatre causes principales

a. À l’eau réduite en vapeurs.

b. Aux autres substances également réduites à l’état aériforme.

c. À l’air dilaté par la chaleur.

d. À l’action galvanique.


DE L’ACTlON DE L’EAU, ET AUTRES SUBSTANCES RÉDUITES À L’ETAT AÉRIFORME.


Il se dégage des volcans beaucoup de vapeurs aqueuses, qui sont une des causes de leurs explosions.

L’eau versée sur un corps incandescent est réduite promptement en vapeurs, et fait une explosion plus ou moins considérable. Ces effets sont produits par sa dilatation subite, qui est très-considérable.

Mais cette vaporisation de l’eau exige le concours de l’air. Car Fontana a fait voir que si on veut distiller de l’eau dans un vase, qui ne communique que par une petite ouverture avec son récipient, qu’on peut supposer très-grand, la distillation n’a lieu qu’autant qu’on peut établir un courant d’air dans l’appareil.

Ceci explique un fait qui a toujours paru très-surprenant. Les verriers s’amusent quelquefois à verser de l’eau sur la surface du creuset qui contient le verre incandescent. Cette eau bouillonne, roule sur la surface du verre, et ne s’évapore que très-lentement, au grand étonnement de tous les spectateurs. Ce phénomène est sans doute dû à la prodigieuse dilatation de l’air contenue dans le fourneau, ce qui le prive de sa faculté de concourir à l’évaporation.

Mais dès qu’il y a une communication libre de l’air, l’eau versée sur un corps incandescent entre en expansion : et il y a une vive explosion qui lance au loin tous les corps environans.

De petits courans d’eau qui arriveraient dans le foyer d’un volcan en activité, où l’air serait extrêmement raréfié, pourraient donc ne pas plus causer d’explosion que l’eau versée sur le pot de verre incandescent.

Mais lorsque la montagne est ouverte, et qu’il y a une libre communication de l’air extérieur par le cratère, l’eau qui arrive dans l’intérieur du volcan est réduite, à l’ordinaire, en un fluide expansif : l’explosion se fait avec impétuosité ; et le volcan vomit d’abord différentes matières connues sous le nom de cendres, de lapillo, et quelquefois des pierres assez grosses. Eggert-Olafsen rapporte que le volcan de Kattelegiaa, en Islande, avait lancé, à la distance de quatre lieues, une pierre pesant deux cent quatre-vingt-dix livres[17].

Si le feu a beaucoup d’activité, tout ce qui se trouve exposé à son action est réduit en fusion plus ou moins complette. La force d’explosion pousse au-dehors cette masse fendue sous forme de laves, qui coulent comme des fleuves de matières enflammées.

Mais si le cratère ne correspond point directement au foyer actuellement en activité, ces vapeurs comprimées font des efforts prodigieux : elles produisent des bruits sourds est assez forts pour qu’on les compare à des décharges d’artillerie du plus, gros calibre. C’est sans doute, en enfilant avec violence des fentes, des crevasses ; les vents violens qui passent par des lieux resserrés produisent des effets analogues. Le terrain est ébranlé : enfin il se forme dans la montagne un nouveau cratère ; la lave coule de cette nouvelle bouche, et les ébranlemens cessent, parce que les vapeurs ont une issue libre.

Un grand nombre de faits prouve que ce sont les eaux qui contribuent le plus à ces terribles, phénomènes.

La plupart des volcans sont auprès des mers : et dans le tems des éruptions, ils en absorbent souvent les eaux. Lors de l’éruption du Vésuve de 1631, une partie des eaux du golfe de Naples fut absorbée : elles furent ensuite rejetées bouillantes, avec des substances du fond de la mer.

Dans un grand tremblement de terre, à la Jamaïque, en 1692, une partie des eaux de la mer fut absorbée, et revomie ensuite tute bouillante.

Eggert-Olafsen rapporte qu’après les éruptions des volcans d’Islande, les eaux qu’ils avaient rejetées avaient laissé sur terre des quantités considérables de sels, ce qui ne permet pas de douter que les eaux ne vinssent de la mer.

Dolomieu a trouvé beaucoup de natron dans les cavités d’une lave de l’Etna, proche Bronte.

Dans les dernières éruptions du Vésuve, on a trouvé beaucoup de sel marin sublimé. Ce sel marin, ce natron… viennent des eaux de la mer.

La plupart des volcans éteints indiquent que lors de leurs éruptions ils étaient proche des mers.

La limagne d’Auvergne, située au pied du Puy-de-Döme, et de tous les volcans de cette chaîne, est remplie de galets de la nature des laves de ces volcans.

On retrouve, dans un grand nombre d’endroits, des laves recouvertes par des couches calcaires coquillières. Il est vrai que ceci indique que ces volcans ont été sous marins.

Les poissons nombreux qu’on trouve au mont Bolca sont des poissons de mer.

Mais ce ne sont pas les seules eaux des mers qui influent dans les éruptions des volcans. Les eaux qui sont à la surface de la terre y concourrent également.

« Le dessèchement soudain des petits lacs d’eau douce, des ruisseaux et des rivières, est encore un signe qui annonce une prochaine éruption » dit Troïl, en parlant des volcans d’Islande ».

La grande quantité de jets d’eaux bouillantes qu’on observe en Islande, comme au Geyer, prouve assez combien l’eau a part à ces grands phénomènes.

On peut supposer avec fondement que ce furent les eaux du Tage qui, en 1755, tombèrent dans le foyer brûlant sous Lisbonne, et causèrent la terrible catastrophe de cette malheureuse cité.

Shaw rapporte que les tremblemens de terre en Barbarie, n’arrivent ordinairement qu’un jour ou deux après les pluies.

Humboldt dit que le volcan de Tonguaragua, au Pérou, rejette des poissons qui se trouvent dans les eaux douces des environs.

Dans la plupart des éruptions des grands volcans, on observe que le cours des rivières est suspendu. Elles se perdent pendant quelque tems. C’est que leurs eaux tombent dans des fentes, des crevasses : elles vont se rendre dans le foyer de l’incendie, et y contribuent à y produire ces terribles commotions.

Enfin les vapeurs qui se dégagent des cratères des volcans sont très-aqueuses.

Les volcans rejettent même de grandes quantités d’eau, ainsi que nous le dirons.


DE L’ACTION DE L’AIR.


Mais l’eau n’est pas la seule cause de ces grands phénomènes. Dans les éruptions ordinaires des volcans, il y a également un dégagement considérable de gaz. Ce dégagement est dû à plusieurs causes.

a. Il se dégage toujours une grande quantité de gaz des pyrites en efflorescence. La majeure partie est du gaz inflammable dont une portion doit être brûlée. Mais une autre portion s’échappe : elle s’enflamme quelquefois dans l’air, et contribue à former ces beaux jets de flamme qu’on aperçoit de tems à autre dans les éruptions volcaniques.

b. Mais indépendamment de cet air inflammable, il y a une portion d’acide carbonique.

c. L’air atmosphérique contenu dans l’intérieur du volcan, éprouve aussi une dilatation prodigieuse.

d. L’eau elle-même, réduite en ébullition et en vapeurs, laisse dégager une certaine quantité d’air.

Toutes ces causes fourniront donc une assez grande quantité de gaz dans les éruptions des volcans.

Ces gaz seront dilatés par la chaleur ; ils produiront une vive.

effervescence dans ces matières fondues et enflammées ; ils contribueront donc à produire tous les phénomènes dont nous venons de faire l’histoire.


DE L’ACTION DES AUTRES SUBSTANCES DE L’INTÉRIEUR DU VOLCAN, RÉDUITES À L’ÉTAT AÉRIFORME.


Les substances qui composent la lave elle-même, peuvent également être réduites à l’état aériforme. Elles se gonflent se boursouflent sans dégagement sensible des fluides aériformes. Spallanzani a mis dans des cornues des laves, des verres volcaniques réduites en poudre, et les a chauffées en appliquant l’appareil pneumato-chimique, pour recueillir les gaz ; la matière a fondu, s’est boursouflée sans dégagement des fluides aériformes. Il a obtenu une matière poreuse semblable à la lave scoriforme, d’où il a conclu que la matière elle-même de la lave a été réduite en vapeurs, ou fluides aériformes…

L’exposé de ces différens faits prouve qu’il y a plusieurs causes qui concourent à la production des grands phénomènes volcaniques.

1°. L’action de l’eau réduite en vapeurs.

2°. L’action des gaz divers qui sont dilatés par la chaleur.

3". Enfin la vaporisation de la substance même de la lave.

4°. L’action galvanique.

Tous ces différens agens souleveront les substances volcaniques en fusion : elles seront élevées jusqu’au haut du cratère, comme l’est le verre qui est dans un creuset. Les cendres, les lapillos… seront rejettés, et enfin la lave s’épanchera, et coulera avec plus ou moins d’impétuosité.

Si on fait attention à la profondeur du foyer de plusieurs volcans, à la hauteur du pic où est situé le cratère principal, tel est celui du pic de ténérife, qui est à 1990 toises, celui de l’Etna, qui est à 1700 toises… On sentira qu’il ne faut pas moins que des agens aussi puissans pour soulever des colonnes liquides de ces matières incandescentes à la hauteur de mille, deux mille… toises.

Aussi, dans les grands volcans, la lave s’échappe rarement par le cratère supérieur. Elle se fait le plus souvent jour dans le flanc de la montagne, et s’ouvre des cratères latéraux moins élevés.

On doit supposer, en général, que les volcans sousmarins exercent une action beaucoup plus puissante que ceux des continens, et on en aperçoit facilement la raison. L’explosion est toujours d’autant plus vive que la résistance est plus considérable : c’est pourquoi nos volcans des continens causent de violentes commotions jusqu’au moment où la lave s’est ouverte une issue : et ceux dont le cratère est très-élevé en causent de plus vives que les autres. Or, les volcans sousmarins sont comprimés par une colonne d’eau plus ou moins considérable à raison de leur profondeur. Ils doivent donc, toutes choses égales d’ailleurs, produire des commotions plus violentes que ceux des continens.

D’ailleurs l’eau peut s’y introduire en une assez grande quantité.


DU SOULÈVEMENT DES MONTAGNES ET DE LEUR AFFAISSEMENT PAR L’EXPLOSION DES VOLCANS.


Les explosions des feux souterrains sont capables de produire des effets beaucoup plus considérables que ceux que nous venons d’exposer. Elles soulèvent quelquefois des montagnes entières et des îles qu’on voit sortir du sein des mers. D’autres fois des terrains assez étendus sont engloutis. Ces phénomènes. sans être bien communs ne sont cependant pas rares.

Pythagore rapporte, qu’auprès de Trésène, il s’était, élevé une montagne au milieu d’une plaine (Ovid. Métamorph. liv. XV).

Platon raconte que dans la mer d’Egée, Rhodes, Delos, et onze autres îles s’élevèrent du sein des mer, après des secousses volcaniques.

Du tems de Senèque, on vit, après, un violent tremblement de terre sortir du sein des ondes l’île de Thérasine, aujourd’hui Santorin.

Pline rapporte que peu de tems après, il sortit, une autre île auprès de Santorin.

Des éruptions postérieures ont encore accru Santorin.

En 1707 cette île fut ébranlée par de nouveau tremblemems de terre, pendant l’espace de deux mois, et il parût de nouvelles terres à quelques distances.

Tercère et les Açores ont présenté souvent les mêmes phénomènes.

En 1720 il y eut de violens tremblemens de terre à Tercère. Pendant cet intervalle de tems on vit à quelques distances sortir du sein des eaux plusieurs rochers couverts de pierres ponces et il s’en élan à des torrens de flammes,

En 1721, les feux sousmarins soulevèrent auprès des Açores une île, d’où il sortait des flammes.

En 1783, après le tremblement de terre arrivé en Calabre, l’Hécla fit aussi sentir de fortes secousses, et on vit sortir du milieu des eaux une nouvelle île sur les côtes d’Islande.

En 1782, il y eut sur les côtes de Formose de violentes commotions sousmarines. Les flots furent soulevés avec tant de violence qu’ils traversèrent presque toute l’île.

En 1538, un tremblement de terre souleva une petite montagne près Pouzzol : on lui a donné le nom de Monto-Dicinere, Montagne de Cendres, parce qu’elle paraissait composée de cendres volcaniques.

Une éruption antérieure avait affaissée dans les mêmes cantons un terrain assez considérable, où s’était formé le lac Lucrin. L’éruption de 1538 comble en partie ce lac avec des cendres, des lapillos, des pierres…

En 1692, un violent tremblement de terre se fit sentir à la Jamaïque dans la partie de Port-Royal. La ville fut emportée, détruite et inondée par les eaux de la mer ; « Du côté de North, plus de mille acres de terre se sont enfoncées avec tout ce qu’il y avait d’effets. Il ne reste pas une maison sûre dans la presqu’île. Les deux grandes montagnes qui étaient à l’entrée du port sont tombées dans un espace de seize milles qui les séparaient, et s’étant jointes, elles ont arrêté le cours de la rivière, qui est demeurée à sec pendant un jour entier du côté de Yellous une autre montagne s’est fendue, et tombant sur les terres voisines, a couvert plusieurs établissemens, et détruit un grand nombre de colons.

« Le reste de l’île souffrit aussi beaucoup.

« Dans le quartier de clavadon, il s’ouvrit des abîmes et de vastes lacs, à douze milles de la mer. Quoique la plupart se soient séchés et fermés, il en demeure encore des traces. Une montagne proche du pont Morant a été tout à fait engloutie, et la place qu’elle occupait n’offre aujourd’hui qu’un grand lac large de quatre à cinq lieues.

« On est persuadé à la Jamaïque, que toutes les montagnes de l’île sont un peu abaissées. (Histoire des Voyages, tome XV).

Nous avons vu qu’en 1695, l’île de Forca disparut, et fut engloutie après un violent tremblement de terre.

Humboldt rapporte, qu’en l’an 1759, le volcan de Jorullo fit une explosion considérable accompagnée de flammes… après une longue intermittence. Une montagne de 500 pieds fut soulevée, et autour de celle-ci plusieurs autres plus petites.

Il serait inutile de rapporter un plus grand nombre de faits qu’on retrouve dans tous les recueils d’observations.

Ces phénomènes sont produits par les mêmes causes dont nous avons déjà parlé ; l’action galvanique, celle de l’eau, réduite en vapeurs, et la dilatation des différens gaz… La force de ces agens est assez considérable pour soulever des montagnes, et en faire affaisser d’autres dans les cavernes volcaniques, ainsi que les terrains environnans. Des îles peuvent également être soulevées ou englouties.

Les commotions peuvent être assez violentes pour ébranler des continens entiers, comme l’a fait le tremblement de terre de 1755, arrivé à Lisbonne.

On conçoit facilement que des cavernes aussi immenses, que celles qui doivent exister sous les grandes montagnes volcaniques, s’affaisseront dans les violentes commotions souterraines : et si on peut être étonné de quelque chose, c’est que ces affaissemens soient aussi rares.


DES PLUIES QUI ACCOMPAGNENT LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES.


Des pluies abondantes accompagnent très-souvent les éruptions des volcans. Il est peu d’éruptions du Vésuve, par exemple, où il n’y ait de ces pluies copieuses que les Italiens ont nommées Nilo d’acqua, comme si c’était le Nil lui-même qui sortit des entrailles du volcan. Nous avons vu que dans l’éruption de 1631, il y eut une inondation prodigieuse.

« L’Etna vomit souvent des torrents d’eau, dit Ferber. Il en sortit un Nilo d’acqua, en 1751. Les volcans d’Amérique en en ont souvent fourni des exemples. Le Vésuve a fréquemment jeté des eaux. Il en sortit beaucoup de la bouche du Monte-Nuovo, en 1538. Celles du Vésuve firent autant de dégât en 1689 qu’en 1631 ». Ferber, Lettres sur l’Italie.

« Le volcan ile l’île de Banda est un des plus terribles de toutes les Indes, et dont les fréquentes éruptions ont été marquées par des effets surprenans, par des tremblemens de terre, par des inondations qui semblaient devoir engloutir la plus part des îles voisines (Hist. des Voyages, tom. XVII, in-4°, page 180).

Les éruptions de l’Hécla et des autres volcans d’Islande, sont presque toujours accompagnées de pluies plus ou moins abondantes.

Cette quantité d’eau, versée par les volcans, reconnaît plusieurs causes.

1°. Il n’est pas douteux qu’elle ne vienne très-souvent du sein de la mer ou des lacs, dont les eaux ont pénétré dans le foyer de l’incendie, et en sont rejettées avec les autres substances que le volcan vomit ; et, ce qui le prouve de plus en plus, est la quantité de sel marin que déposent ces eaux en s’évaporant.

2°. Mais, d’autres fois, ces eaux viennent des fleuves, des ruisseaux, des fontaines, qui, étant fait jour au travers des terres, ont pénétré jusques dans l’intérieur du volcan. Les observateurs ont remarqué que les éruptions des volcans sont très-souvent précédées de pluies abondantes, de la disparition des fleuves, des fontaines…

Humboldt rapporte que le volcan de Tonguaragua rejetta une grande quantité de poissons qui vivent dans la rivière voisine.

3°. Enfin, on a supposé une troisième cause qui peut fournir une partie de ces eaux, La combustion de l’air inflammable donne pour résidu une quantité d’eau à peu près égale au poids de cet air et de celui de l’air pur qui est nécessaire à cette inflammation. Or, on ne peut douter que, dans les explosions volcaniques, il n’y ait combustion d’une grande quantité d’air inflammable.

4°. Les vapeurs qui sortent des volcans contiennent de grandes quantités d’eau. Elles sont condensées par le froid de l’atmosphère, et sont réduites en pluies.


DES JETS D’EAUX CHAUDES QUI ACCOMPAGNENT LES PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES.


Les volcans d’Islande présentent un grand nombre de ces jets d’eau bouillante. Le plus grand de ces jets est celui de Geyser qui élève une colonne d’eau de près de neuf pieds de diamètre, à quatre-vingt douze pieds de hauteur, et quelquefois encore davantage. Ce jet n’est pas continu ; il se fait par intermittence, et n’est pas toujours à la même hauteur.

Il est constamment accompagné d’un bruit considérable, non-seulement près de la source, mais encore dans les montagnes voisines. C’est après ces bruits souterrains, qui sont quelquefois assez violens pour être comparés à de fortes décharges d’artillerie, et qui souvent ébranlent la terre, que le jet s’élance avec force, et retombe un instant après.

On dit qu’à Madagascar, au haut d’une montagne, il y a un jet encore plus élevé ; car on l’aperçoit de plus de vingt lieues en mer.

De pareils jets peuvent se trouver dans d’autres endroits. Les phénomènes qui accompagnent les jets d’eau bouillante d’Islande, en indiquent la cause. Ils sont toujours précédés par un bruit souterrain très-violent, et qui ébranle souvent la terre.

Ce bruit est occasionné par l’explosion des vapeurs ou des gaz, qui, se dégageant, enfilent des fentes souterraines avec une telle violence, qu’elles causent des commotions dans leurs parois, d’où naissent le bruit et la secousse.

Ces vapeurs arrivent sous un réservoir d’eau dont elles refoulent les eaux avec violence.

Ces réservoirs sont vraisemblablement d’anciens cratères de à volcans, resserrés parle haut, qui font l’office du tuyau des jets d’eau ordinaires. L’eau est donc soulevée avec plus ou moins de violence.

Mais ces vapeurs se dissipant aussitôt dans le vague de l’atmosphère, ou se condensant par l’eau, le jet retombe subitement, et recommence bientôt, dès que la cause reparaît ; c’est ce qui produit leur intermittence.

Ces eaux, en retombant sur les bords de leurs bassins, laissent des dépôts considérables d’une substance qu’on a reconnue être de la silice.


DE L’ÉLECTRICITÉ DES VOLCANS.


Ce n’est que dans ces derniers tems qu’on à constaté que les éruptions des volcans sont souvent accompagnées d’une électricité plus ou moins forte. Hamilton a décrit, avec beaucoup d’exactitude, des éclairs brillans qu’il distinguait dans l’éruption du Vésuve, en 1779, et qui étaient suivis de violens coups de tonnerre.

Troïl rapporte aussi que dans l’éruption du Kattlegiaa, un des principaux volcans d’Islande, en 1755, il partit du milieu des flammes un météore, semblable à un éclair, qui perça d’outre en outre les roches qui se trouvaient sur son passage, tua onze chevaux, un paysan, une servante[18].

On a observé les mêmes phénomènes dans plusieurs autres explosions.

La cause de cette électricité est sans doute due aux vapeurs qui s’élèvent. Il est bien prouvé que de l’eau en ébullition, surtout de l’eau jetée sur des matières ardentes, produit une forte électricité.

Il se trouve, dans les volcans, un foyer immense de matières enflammées, de laves en fusion, et une grande quantité d’eau. Un nuage épais enveloppe ordinairement le sommet des volcans ; les vapeurs, qui composent ce nuage, doivent donc être surchargées d’électricité, d’où s’ensuivront des éclairs, des coups de tonnerre… comme dans les orages ordinaires.

Cette électricité abondante ne peut donc être regardée comme la seule cause des commotions, ni des secousses des volcans. Elle en est elle même un effet. Mais elle produit ensuite les phénomènes ordinaires, des éclairs, des coups de tonnerre… Car les commotions souterraines produisent des effets analogues à ceux des commotions électriques.

L’action galvanique, que nous verrons être une des causes principales des phénomènes volcaniques, contribue sans doute N beaucoup à cette électricité


DES VOLCANS D’AIR.


Les observateurs rapportent avoir vu des éruptions considérables analogues à celle des volcans, mais sans aucun signe de combustion. C’est pourquoi on a donné à ces phénomènes le nom de volcans d’air. En Italie, on les appelle salce.

Dolomieu a décrit l’éruption d’un de ces volcans à Maccaluba, en Sicile. La base de la montagne paraît calcaire : elle est couverte d’une argile molle et toujours humectée. Il s’en dégage continuellement des gaz qui soulèvent cette argile, et y produisent une espèce de bouillonnement semblable à celui de l’eau qui est sur le feu.

Mais ce dégagement prend quelquefois le caractère d’un terrible volcan en activité. Le 30 septembre 1777, ce terrain fut violemment agité jusqu’à la distances de trois milles. On entendit des bruits semblables à celui du plus fort tonnerre. Il s’ouvrit un cratère de dix palmes de diamètre, qui lança jusqu’à la hauteur de quatre-vingt dix palmes, une grande quantité de boue et d’eau. Cette éruption dura une demi-heure, et se répéta jusqu’à trois fois. La vase rejetée recouvrit le terrain à la hauteur de six palmes, et applanit les vallées voisines. Elle avait l’odeur du soufre.

Dolomieu attribuait ce phénomène la l’action de l’acide sulfurique sur la pierre calcaire, qui fait la base de cette montagne. Cet acide, dit-il, provient de l’argile, et il dégage une assez grande quantité d’acide carbonique de la pierre calcaire, pour produire tous ces effets.

Moi je pense que ce n’en est pas l’unique cause. L’odeur du soufre qu’on ressent, me paraît indiquer qu’il doit y avoir des pyrites en efflorescence, d’où se dégage du gaz hydrogène sulfuré, qui concoure à produire ces phénomènes.

Mais ces volcans d’air me paraissent principalement produits par l’action volcanique.


DES COMBUSTIONS SOUTERRAINES, SANS APPARENCE DE FEUX SOUTERRAINS.


Les observateurs font mention d’un grand nombre de commotions souterraines, qui ont eu lieu sans aucune apparence de feux souterrains. Différentes contrées ont été agitées par de violentes commotions, et on n’y a jamais vu d’apparence extérieure de feint.

Les vallées de Pignerolles, de Cusson, de Pô… présentent journellement ces phénomènes. Elles sont agitées, presque chaque année, jusqu’au pied du Mont-Visso, de tremblemens de terre plus ou moins violens, principalement au printems, lors de la fonte des neiges… comme nous l’exposerons plus en détail ; et ces commotions ne sont accompagnées d’aucun phénomènes volcaniques.

Les Hautes-Alpes, composées de terrains primitifs, sont exposées fréquemment à de violentes commotions, sans qu’il s’y manifeste aucun phénomène volcanique. La collection académique, Partie étrangère, tome VI, donne un relevé de ces tremblemens de terre arrivés en Suisse. On voit qu’ils y ont été très-fréquens. Bertrand dit que le premier de ces tremblemens de terre, en Suisse, dont l’histoire fasse mention, eut lieu l’an 563 de l’ère vulgaire. Il est rapporté par Marius, évêque, d’Avranches. Depuis cette époque, les historiens sont pleins des événemens plus ou moins désastreux, que ces commotions ont produits dans ces contrées. Nous allons en rapporter quelques-uns des plus récens, parce que les circonstances en sont mieux détaillées.

« Le 9 décembre 1755, dit Bertrand (ibid. pag. 169), environ les deux heures après-midi, la terre fit un mugissement effrayant. Il n’y eut personne qui ne l’ouit dans le département de Briguer et dans celui de Vispo (du côté de Sion) Ce fût un heureux signal, auquel chacun prit la fuite. Bientôt on sentit des secousses redoublées, mais faibles. À deux heures un quart, nouveau mugissement plus terrible encore, suivi de secousses plus violentes aussi. À deux heures et demie, le mugissement fut plus grand, et les secousses si terribles dans les vallées et les montagnes, que tout le Valais semblait devoir en être renversé. Goms, Vispo, Rozagnes, Leuch, Sider, Sion ; tous ces lieux-là, les montagnes du Gemmi, du Saint-Bernard, de la Fourche, tous ces quartiers du Haut-Valais ont été secoués avec plus ou moins de violence. À Martigny et à Saint-Maurice, l’ébranlement n’a pas été si grand ».

On voit ici que les plus hautes montagnes primitives, telles Saint-Bernard, la Fourche, le Gemmi… ont été ébranlées même plus fortement que les parties basses et secondaires, situées à Martigny et à Saint-Maurice.

Ces mêmes commotions s’étendirent dans le Jura, dans la Comté, et jusques du côté de Dijon.

Les Pyrénées éprouvèrent des secousses fréquentes à la même époque. Le 27 décembre 1755, il y eut des tremblemens de terre en divers endroits du Roussillon, et aux environs du Canigou. La secousse se fit sentir sur les trois heures du matin, et se renouvela jusqu’à six fois en deux heures.

Dans le carême de 1755, il y eut des secousses très-sensibles aux environs du Tréguier en Bretagne.

Le 10 août 1759, à dix heures quinze minutes du soir, il eut un tremblement de terre à Bordeaux précédé d’un bruit souterrain, qui dura deux ou trois secondes.

Les Pays-Bas ont aussi éprouvé des secousses fréquentes, qui se sont propagées quelquefois jusqu’à Mayence.

Néanmoins, les Pyrénées, la Gascogne, les environs de Bordeaux…, et toute cette partie de la France, jusqu’en Bretagne, n’offrent aucune trace d’anciens feux souterrains.

On n’en a non plus trouvé d’indice, dans la Suisse, dans le Jura, dans le Dijonois, dans les Pays-Bas…

Toutes ces commotions sont analogues aux commotions électriques. Elles sont instantanées ; elles renversent. tous les obstacles qui se présentent, comme le fait l’étincelle foudroyante, à l’égard des petits châteaux de carton qu’on lui oppose.

Quelques-unes de ces commotions sont accompagnées de phénomènes très-remarquables. Celle qui, en 1783, bouleversa une partie de la Calabre, en présenta plusieurs, qui ont été décrits par des savons distingués, Hamilton, Dolomieu, Fleuriau de Bellevue. Ce dernier donna, sur ce sujet, un beau mémoire inséré dans le Journal de Physique, tom. 62, p. 259. Il fit même graver de belles planches, où il exposa les bouleversemens qu’éprouvèrent ces terrains. On y voit de longues allées d’arbres transportées, sans avoir essuyé aucun dérangement, avec le terrain sur lequel elles étaient plantées.

« Il est arrivé quelquefois, dit Dolomieu, page 39, du mémoire qu’il publia sur les tremblemens de terre de la Calabre, qu’un terrain, à qui sa chûte, et l’inclinaison des terres qui s’étaient formées sous lui, avaient donné une grande force de projection, a rencontré et franchi de petites collines qui étaient sur son passage, les a recouvert, et ne s’est arrêté qu’au-delà.

« Si ce même terrain, rencontrant la côte opposée, frappait violemment contre, il se relevait un peu, et formait une espèce de berceau.

« Lorsque les bords opposés d’une vallée se sont écroulés en même tems, leurs débris se sont rencontrés, leur choc les a soulevé, et ils ont formé des monticules dans le centre de l’espace qu’ils ont comblé ».

« Les effets des éboulemens ont été d’étrangler ou de combler les vallées par la rencontre et la réunion des bords opposés, de manière à obstruer le passage des eaux et à former un grand nombre de lacs.

« Les autres phénomènes produits par la première secousse, et dépendans d’une même cause, furent la suspension dans les cours des eaux, le dessèchement instantané de quelques rivières, et leur accroissement le moment d’après. »

Un croit communément que ces tremblemens de terre, ces commotions souterraines, sont accompagnés de flammes qui s’élancent du sein de la terre. On dit que dans le tremblement de terre qui renversa Lisbonne, en 1755, des flammes sortirent du sein de la terre, et mirent le feu en plusieurs endroits.

Il arriva la même chose, dit-on, à Messine, en 1783, dans le tremblement de terre qui renversa cette ville…

Les mêmes phénomènes ont eu lieu dans toutes les villes bouleversées par des tremblemens de terre, suites d’explosions volcaniques.

Mais ces faits ne sont pas avoués par de savans observateurs. Ils prétendent qu’on n’a jamais vu, dans ces circonstances, sortir de flammes des entrailles de la terre. Ils supposent que les, incendies qui ont pu alors se manifester sont des sautes d’accidens particuliers causés par les feux qu’il y avait dans les maisons particulières, ou que ces feux y ont été mis par des malveillans.

« Dans tous les pays que j’ai parcourus (en Calabre, après le tremblement de terre), dit Dolomieu, page 41, je n’ai trouvé ni indices, ni témoignages qui m’indiquassent un dégagement, ou des courans de vapeurs souterraines, point de vestige de feu ou de flammes… »


DE LA NATURE DES TERRAINS OU SONT SITUÉS LES VOLCANS.


Un des meilleurs moyens pour déterminer la nature des phémomènes et des substances volcaniques, est d’examiner les terrains dans lesquels sont situés les volcans. Or, il est prouvé que leurs cratères s’ouvrent dans toutes sortes de terrains, primitifs ou secondaires.

Un grand nombre de volcans est dans les terrains primitifs, tels sont les volcans d’Auvergne, le Cantal, le Mondor, le Puy-de-Dôme… ceux d’Amérique, Chimboraço…

D’autres volcans ont leurs cratères dans le calcaire, tels que ceux de Coiron, en Vivarais…

De troisièmes volcans paraissent avoir leurs cratères dans des lieux situés entre le primitif et le secondaire.

Mais dans quels terrains se trouve le foyer même du volcan ? Les opinions sont partagées sur cet objet, et la question est difficile à décider, parce que les cratères se trouvent toujours enveloppés de substances rejetées par le volcan, et altérées par l’action du feu.

Les uns croient que le foyer des volcans est toujours dans les terrains primitifs, et ils en donnent pour preuves deux faits principaux.

a. Toutes les substances rejetées par les volcans sont, disent-ils, composées de porphyres, de pétrosilex, de cornéennes, de trapps, de wakes et. autres substances des terrains primitifs.

b. On y trouve des cristaux particuliers, tels que la leucite, la mélanite, l’olivine, l’hornblende… qui ne sont que dans les terrains secondaires.

c. Tous les grands cratères volcaniques sont dans les terrains primitifs. Si on aperçoit quelques laves sortir des terrains secondaires, comme au Coiron, dans le Vivarais, c’est accidentellement. La lave paraît venir d’autres terrains plus profonds, et s’est fait jour au travers des terrains secondaires.

D’autres naturalistes pensent que les feux souterrains sont dans les terrains secondaires. Ils ne sont, disent-ils, entretenus que par les bitumes et les pyrites que ceux-ci contiennent : d’où ils concluent que les foyers volcaniques sont dans les terrains secondaires, puisque les bitumes ne se trouvent jamais dans les terrains primitifs. Voici une partie des raisons sur lesquelles on fonde cette opinion.

1°. La plus grande partie des laves est de la nature de celles, que j’ai appelé fontiformes ; or, ces laves paraissent composées de schistes ferrugineux, tels que ceux qui forment le toit et le mur des couches bitumineuses. On trouve encore parmi ce toit et ce mur, des grès qui contiennent même quelquefois des parties micacées.

2°. Toutes les laves fontiformes paraissent à peu près de la même nature.

Tous les schistes des matières bitumineuses paraissent également de la même nature.

3°. Les produits qu’on trouve dans les terrains pseudo-volcaniques sont analogues aux différentes espèces de laves fontiformes, comme on le voit à la Bouiche, en Auvergne : on y trouve du verre fontiforme, des matières analogues aux laves poreuses, scoriformes…

Or toutes ces substances pseudo-volcaniques sont formées par les schistes qui recouvraient les couches bitumineuses, dont l’inflammation a donné tous ces produits.

4°. La nature de la pouzzolone, qu’on trouve parmi les laves fontiformes, confirme ces aperçus. Car on forme des pouzzolones artificielles, entièrement semblables aux naturelles, en faisant chauffer des argiles et des schistes ferrugineux.

5°. Les laves fontiformes sont beaucoup plus pesantes que les granits, les cornéennes…, des terrains primitifs. Cet excès de pesanteur paraît dû au fer que fournissent les pyrites décomposées…

6°. Les grands cratères volcaniques sont ordinairement entre les terrains primitifs et les terrains secondaires, mais situés de manière qu’on ne saurait dire auquel des deux terrains ils appartiennent.

Quelques courans de laves se sont fait jour à travers les roches primitives, comme au Puy de-Dôme…

D’autres à travers les roches secondaires, comme au Coiron…

7°. Quant aux cristaux particuliers qu’on voit dans les substances volcaniques, tels que les leucites, les augites, les mélanites, les olivines… on ne les a pas plus trouvé dans les terrains primitifs, que dans les terrains secondaires.

8°. Des savans accoutumés à observer, tels que Buch, Humboldt, Gay Lussac, le duc de la Torre… ont observé, dans l’éruption du Vésuve de 1805, une odeur absolument semblable à celle des bitumes. « Cette odeur sent l’asphalte ; elle est exactement celle du pétrole, » dirent-ils unanimement, (Bibliothèque Britannique.)

9°. Spallanzani a fait voir que les laves de Lipari contiennent beaucoup de bitumes.

Denon en a également observé à la base de l’Etna…

. . . . . . . . . . . . . . .

Telles sont les principales raisons qu’apportent les partisans des deux opinions. Nous ne pourrons les discuter que lorsque nous aurons exposé la suite des faits. Mais nous dirons, en attendant, qu’il paraît que les volcans peuvent avoir leurs cratères et dans les terrains primitifs, et dans les terrains secondaires.


LA DÉGRADATION DES TERRAINS VOLCANIQUES DES BRÈCHES, DES POUDDINGS VOLCANIQUES.


Les terrains volcaniques sont sujets aux mêmes dégradations que les autres dont nous avons parlé, et toutes les grandes montagnes volcaniques nous en présentent des exemples remarquables.


Des Brèches volcaniques.


Des substances volcaniques anguleuses ont été agglutinées par un ciment quelconque, et ont formé des brèches.


Des Pouddings volcaniques.


Quelquefois ces substances ont été arrondies, et ont formé des pouddings.


Des tufs volcaniques.


Les tufs volcaniques diffèrent peu des brèches et des pouddings : ils sont une agrégation de cendres, de lapillo.


DE LA NATURE DES SUBSTANCES VOLCANIQUES.


Le géologue, pour parvenir plus surement à connaître les causes des phénomènes que présentent les volcans, doit rechercher d’abord la nature des substances volcaniques. On les croit communément composées. des différentes roches connues ; telles que les pétrosilex, lydiennes, schistes, hornblendes, augites, porphyres… ; mais cette opinion n’est pas généralement admise.

Deluc en a émis une différente. Il suppose que

1°. La masse du globe était primitivement à un état de solidité, de pulvicules[19].

2°. La lumière fut produite postérieurement, et avec elle la chaleur

3°. La masse se liquéfia, et forma une espèce de substance boueuse.

Cette substance molle fournit la matière première des laves. Elle est, dit-il, d’une nature particulière, et entièrement différente de celles des roches ordinaires que nous connaissons.

Il a développé cette opinion dans un Mémoire imprimé dans la Bibliothèque britannique, en juin 1806, page 183. C’est du sein de ces substances en état de fusion dans l’intérieur du volcan, dit-il, que partent toutes les explosions volcaniques…

Cordier vient d’énoncer (Journal de Physique, tome 82, page 329), une opinion analogue, sur la nature des substances volcaniques : il croit également qu’elles diffèrent des roches connues.

Quelques minéraux, dit-il, tels que les leucites, les olivines…, n’ont encore été trouvés que dans les substances volcaniques… On en avait conclu que les terrains qui fournissent ces substances étaient d’une nature particulière, et différente de ceux que nous voyons à la surface de la terre…

Cordier a étendu cette idée à toutes les substances volcaniques : il croit qu’elles offrent toutes une constitution particulière, qu’on ne retrouve dans aucun autre terrain. Elles sont, suivant lui, composées principalement des substances suivantes ;

L’augite, ou pyroxène,
L’olivine,
Le fer titané,
Le feldspath.

Il s’y trouve encore quelquefois

Du leucite, ou amphigène,
De L’hornblende, ou amphibole.

Ces opinions de Deluc, de Cordier, ne me paraissent pas appuyées sur des preuves suffisantes. Il est certain qu’il y a différentes espèces de laves : par conséquent elles sont composées de divers principes. J’ai distingué :

1°. Les laves feldspathiques, dans lesquelles on aperçoit de gros cristaux de feldspath, et dont la pâte paraît souvent pétrosiliceuse.

2°. Les laves hornblendiques, dans lesquelles on distingue des cristaux de hornblendes.

3°. Les laves augitiques, qui contiennent de l’augite.

4°. Les laves leucitiques, qui contiennent des leucites.

5°. Les laves fontiformes, qui ont des rapports avec la fonte sous forme de geuse.

Les analyses chimiques, qui ont été faites de ces diverses laves, confirment qu’elles ne sont point de la même nature de celles que j’ai appelé fontiformes. Ces dernières donnent en général :

Silice 45
Alumine 15
Chaux
Magnésie
Fer oxidé 20
Manganèse
Natron 3
Acide muriatique 1

Les laves pétrosiliceuses donnent en général :

Silice 50
Alumine 15
Chaux 5
Fer oxidé 3
Manganèse
Natron 4
Acide muriatique
Eau 7

Quelques-unes de ces laves pétrosiliceuses, telles que les obsidiennes, donnent de la potasse. Un doit supposer que cette potasse provient du feldspath.

Il est probable que le natron et l’acide muriatique sont, ainsi que je l’ai dit (Leçons de Minéralogie), fournis par les eaux de la mer.

Quant au fer titanné, il se trouve dans d’autres terrains que les volcaniques.

On doit conclure de ces faits, que les laves ne sont point d’une nature particulière, ni ne sont pas homogènes : elles sont composées des différentes substances minérales connues, telle que

Des schistes, contenant des pyrites
Des lydiennes,
Des cornéennes.
Des schistes micacés.
Des pétrosilex.
Des porphyres à bases de pétrosilex.
Des hornblendes.
Des augites.

Quant aux substances particulières, qui ne se trouvent ordinairement que dans les substances volcaniques, telles que l’olivine, le leucite…, nous avons vu ci-devant (page 1S4) que les faits paraissent prouver qu’elles se forment dans la lave en fusion, comme Salmon, Buch… l’ont dit : car on trouve de ces laves au milieu des cristaux de leucite bien prononcés.

Ces faits me paraissent contraires à l’opinion de ceux qui prétendent que les substances volcaniques sont d’une nature différente de celle des roches connues. Il faudrait des faits bien décisifs pour soutenir un pareil système.

Nous dirons donc que tous les faits, dans l’état actuel de la science, prouvent que les substances volcaniques proviennent des différentes roches connues, les lydiennes, les schistes, thon-schiffer, les pétrosilex…


DES CAUSES DES PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES.


Les causes des phénomènes volcaniques ont toujours été les objets des recherches des savans. Les connaissances actuelles mous en donnent des notions plus précises. Nous allons rapporter celles qui me paraissent les plus probables dans l’état actuel de la science.

Les philosophes de Babylone attribuaient les tremblemens de terre aux astres. « Babyliniorum auctores existimant terræ motus hiatus que, et cœtera omnia vi syderum fieri ; sed illorum trium saturni, jovis, et martis quibus fulmina assignant Plin. Lib. 2, cap. LXXIX.

Plusieurs philosophes de la Grèce, tels que Pythagore, Epicure, Aristote… attribuaient les tremblemens de terre à l’action des vents souterrains. Ils assignaient différentes causes à ces vents.

Thalès pensait que les tremblemens de terre étaient produits par un mouvement des eaux, mais il ne dit pas comment il concevait que ce mouvement s’opérait.

Senèque et plusieurs autres savans ont soutenu la même opinion.

Descartes croyait que les tremblemens de terre étaient produits par des exhalaisons de l’intérieur de la terre, qui s’enflammaient.

Les philosophes modernes, depuis Gassendi, pensent que les commotions souterraines sont les effets de la dilatation de l’air et de la vaporisation de l’eau, produite par l’action des feux souterrains. Mais il y a deux opinions principales à cet égard.

Les uns disent qu’une simple efflorescence de pyrites amoncelées, sans être enflammées, produit un degré de chaleur suffisant, et de dilatation de l’eau et de l’air, pour causer ces commotions. C’est le sentiment de Lemery ; car les tremblemens de terre ne sont pas toujours accompagnés d’éruptions de flammes. On a prétendu que dans le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, et dans celui de la Calabre, en 1783, les flammes, que quelques relations disent qu’on a observées, ne sortaient point du sein de la terre, et qu’elles furent une suite de l’incendie des maisons renversées, auxquelles le feu se mit par accident.

Bertrand, dans son ouvrage sur les tremblemens de terre, dit page 207. « Je ne saurais admettre que tout tremblement de terre, suppose toujours et partout, une inflammation intérieure. Une fermentation peut suffire dans bien des cas, et toutes les explications en deviennent plus faciles ».

Mais d’autres savans soutiennent que dans les tremblemens il y a constamment inflammation intérieure. Des eaux arrivant, dans les foyers de ces feux souterrains, sont réduites en vapeurs. Ces vapeurs, ainsi que les gaz qui s’en dégagent, causent des secousses dans le local où sont les foyers.

Une partie de ces gaz s’échappe par des fentes souterraines, et causent des ébranlemens à des distances plus ou moins éloignées, comme on l’a observé dans le tremblement de terre de Lisbonne…

On voit que les partisans de chacune de ces deux opinions s’appuient des faits qui leur paraissent favorables. Mais pour pouvoir nous décider entre ces deux opinions, nous allons continuer à exposer les faits. Je crois qu’il en est de favorables à l’une et à l’autre de ces hypothèses.

Des flammes sont aperçues dans plusieurs éruptions volcaniques. Dans celle du Vésuve, de 1794, Hamilton dit qu’il y eut un jet enflammé, haut de plus de dix mille pieds.

Le Stromboli, le Vulcanello… jettent des flammes continuelles.

Les flammes du volcan d’Oribasa, au Mexique, s’aperçoivent à une grande distance en mer…

Il serait inutile de multiplier les faits qui constatent l’existance de ces flammes des volcans…

Ces flammes extérieures ne sont point révoquées en doute ; mais on prétend qu’elles n’existent point dans l’intérieur du volcan, et qu’elles n’ont lieu qu’au contact de l’air extérieur.

D’un autre côté il est certain qu’on n’a point observé de flammes dans un grand nombre de commotions souterraines. Les Alpes, les Pyrénées… éprouvent de violentes commotions ; et on n’y a jamais aperçu de flammes… Le géologue doit donc rechercher ce qui produit des phénomènes si surprenans.

La physique reconnaît aujourd’hui plusieurs causes des phénomènes volcaniques. Elles peuvent donner des explications satisfaisantes des divers faits qu’on rapporte dans les deux opinions. Exposons les faits, et voyons d’abord quelles peuvent être les diverses substances minérales combustibles.

Nous avons vu qu’il y a plusieurs substances minérales combustibles, telles que :

L’anthracite.
Le soufre.
Les différens sulfures.
Les différens métaux.
Les bois fossiles.
Les tourbes.
Les houilles.

Examinons l’influence que ces diverses substances peuvent avoir dans les phénomènes volcaniques.


L’ANTHRACITE CONTRIBUE-T-IL AUX FEUX VOLCANIQUES ?


Aucun fait positif prouve la présence de l’anthracite dans les foyers des volcans. L’anthracite ne fournit ni huile minérale, ni ammoniac, ni aucun des produits volcaniques, qui pourraient indiquer sa présence dans ces grands incendies. Nous sommes donc obligés de nous en rapporter à l’analogie qui dit, qu’il est possible que l’anthracite se trouve dans les montagnes volcaniques, comme on le trouve dans d’autres terrains.

Cet anthracite pourrait donc contribuer aux phénomènes volcaniques.


LES DIVERS SULFURES MÉTALLIQUES ET PRINCIPALEMENT CEUX DE FER, CONTRIBUENT-ILS AUX PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES ?


Cette opinion est généralement adoptée. Il suffit de rapporter ce qu’en dit Lemery (Mémoire de l’Académie des sciences ; an 1700). Il avait mis en terre des mélanges de limaille de fer et de soufre, qui s’enflammèrent, et il ajoute :

« Cette expérience seule me paraît être capable d’expliquer de quelle manière se font, dans les entrailles de la terre, les fermentations, les remuemens, les embrasemens, comme il arrive au mont Vésuve, au mont Etna, et en plusieurs autres endroits. Car s’il s’y rencontre du soufre et du fer, qui s’unissent et se pénètrent l’un l’autre, il doit s’en suivre, une violente fermentation, qui produira du feu, comme dans notre opération. Or, il est aisé de prouver que dans les montagnes, dont j’ai parlé, il y a du soufre et du fer, car après que les flammes sont finies, on trouve beaucoup de soufre sur la superficie de la terre, et l’on découvre dans les crevasses, où ce feu a passé, des matières semblables à celles qui se séparent du fer dans les forges.

« Il assigne ensuite la cause des tremblemens de terre. Ils sont apparemment causés, dit-il, par une vapeur qui, ayant été produite dans la fermentation du fer et du soufre, s’est convertie en un vent sulfureux, lequel se fait passage, et roule par où il peut, en ébranlant et soulevant les terres sous lesquelles il passe. Si ce vent sulfureux s’y trouve toujours renfermé, sans pouvoir pénétrer aucune issue pour s’échapper, il fait durer le tremblement de terre longtems, et avec de grands efforts, jusqu’à ce qu’il ait perdu son mouvement. Mais s’il trouve quelques ouvertures pour sortir, il s’élance avec impétuosité, et c’est ce qu’on appelle ouragan. Il écarte la terre et fait des abimes… »

Cette opinion de Lemery est assez généralement adoptée, et on croit que les pyrites jouent un très-grand rôle dans les opérations des feux souterrains. Plusieurs faits bien constatés viennent à l’appui de cette opinion.

1°. Les laves et les basaltes fontiformes contiennent beaucoup d’oxide de fer ; depuis 0.16 jusqu’à 0.25. Or, nous ne connaissons aucune pierre qui contienne cette quantité de fer. Il faut donc en conclure que cette espèce de laves, à laquelle j’ai donné le nom de fontiformes, à cause de cette quantité de fer, qui la fait ressembler à la fonte, est un produit nouveau. Une partie de ce fer, qui les distingue, provient des pyrites enflammées. Or, ces laves sont la majeure partie de celles qui composent les coulées volcaniques.

2°. Tous les volcans rejettent une quantité considérable de soufre et d’acide sulfureux. On sait que la plupart des bouffées qui s’exhalent des bouches des volcans, sont composée : d’acide sulfureux. Celles qui s’exhalent des fumaroles contiennent de l’acide sulfureux et du soufre.

La plupart des volcans rejettent une grande quantité de soufre en nature ; On en trouve de grandes quantités dans tous les volcans en activité, comme à la Solfatare, aux îles Lipari, à l’Etna, à l’Hécla, au pic de Ténérife…

Les autres sulfures métalliques peuvent également, comme ceux de fer, servir d’aliment aux feux volcaniques. C’est ce que prouvent plusieurs faits.

Les sulfure d’arsenic sont extrêmement abondans au Vésuve ; ils s’y subliment sous forme de rubine très-bien cristallisée. Or, ces sulfures d’arsenic sont très-combustibles, et s’enflamment avec facililité.

Il paraît que ces sulfures d’arsenic sont également très-abondans dans les volcans du Japon.

Le cuivre se trouve. aussi au Vésuve : il paraît provenir de sulfure de cuivre.

On trouve également au Vésuve du plomb… Il provient également de galène ou sulfure de plomb décomposé…

Mais ces différens sulfures métalliques contribuent-ils aux phénomènes volcaniques ? Il est probable.


LE SOUFRE ENTRETIENT-IL LES FEUX VOLCANIQUES.


D’après ce que nous venons de dire, il n’est pas douteux que le soufre contenu dans les pyrites de fer, ou sulfures de fer, ceux de cuivre, de plomb, d’arsenic… contribuent aux feux souterrains. Effectivement il se rencontre partout dans les volcans : il s’en exhale, sous forme diacide sulfureux ; la plus grande partie des vapeurs qui sortent des cratères des volcans en activité est d’acide sulfureux. Toutes les fumaroles sont du même acide. Le soufre est sublimé dans les parties des cratères les moins échauffées. Enfin quelques laves coulantes exhalent des vapeurs d’acide sulfureux : quelques-unes même contiennent du soufre, telles que celles des volcans de l’île Bourbon, celles du Mondor… Le soufre est en grande quantité à la Solfatare, aux îles Lipari, à l’Hecla, au pic de Teyde, aux Canaries, dans les volcans du Mexique, du Pérou. dans ceux d’Islande…

Il est si abondant au pic de Teyde, qu’on pourrait en ramasser pour la consommation de l’Europe, suivant ce que m’écrivait Lamanon du haut de ce pic.

À la Guadeloupe il y a une soufrière considérable. Le soufre y a été déposé par des feux souterrains.

Mais tout ce soufre vient-il uniquement des pyrites ? ou peut-il se trouver dans l’intérieur du volcan des mines de soufre, telles que celles du val de Mazzara, en Sicile, celles du duché d’Urbin, auprès de Césène, en Italie… ? Nous n’avons aucunes notions précises à cet égard, et nous sommes obligés de nous en rapporter aux analogies, qui nous disent qu’il peut y avoir du soufre pur dans le sein des montagnes volcaniques, comme il y en a dans les autres terrains.

Mais ces analogies ne nous disent pas que le soufre y forme de grandes massess.


LES SUBSTANCES MÉTALLIQUES PEUVENT-ELLES CONTRIBUER À ENTRETENIR LES FEUX VOLCANIQUES ?


Toutes les substances métalliques, ou au moins le plus grand nombre, sont combustibles : elles sont très-abondantes dans le sein de la terre ; elles peuvent donc servir à entretenir les feux souterrains.

L’arsenic est sous forme métallique dans le Réalgar. Or, ce métal, par exemple, brûle avec une flamme vive.

Le fer est très-abondant dans les substances volcaniques, principalement dans les laves fontiformes.

. . . . . . . . . . . .


Mais il est probable que ces métaux contribuent plutôt aux phénomènes volcaniques, comme sulfurés, que comme métaux natifs.


LES BOIS FOSSILES, LES TOURBES ET LES BITUMES CONTRIBUENT-ILS AUX FEUX VOLCANIQUES ?


Il ne paraît pas qu’on puisse révoquer en doute la présence de quelques-unes de ces substances dans plusieurs volcans. Voici quelques faits qui peuvent venir à l’appui de cette opinion.

1°. Dans l’éruption du Vésuve de 1805, le 28 juillet, de très-bons observateurs, tels que Buch, Humboldt, Gay-Lussac, le duc de la Torre… s’approchèrent proche du cratère. Des vapeurs abondantes les enveloppèrent. « Ces vapeurs, dit Buch (Bibliothèque Britannique, N°. 238, p. 231), étaient certainement en grande partie aqueuses. Mais leur odeur nous frappa simultanément. IL SENT L’ASPHALTE, nous dîmes-nous en nous tournant l’un vers l’autre : cette odeur est exactement celle DU PÉTROLE. Cette impression se renouvela chaque fois que nous fûmes enveloppes de ces vapeurs : elles sont aussi acides. Une des crevasses était enveloppée d’une croûte de sel commun de deux à trois pouces d’épaisseur. »

Mais j’ai fait voir que cette odeur bitumineuse, qui n’a été observée que cette seule fois au Vésuve, a pu être produite par l’absorption d’une portion du pétrole qui se dégage dans la baie de Naples, à peu de distance de la base du volcan.

2°. Breislac, dans sa description de la Campanie, tome I, page 241, rapporte qu’auprès du Vésuve il y a dans la mer, non loin de la côte, une source de pétrole, qu’on voit s’élever au milieu des flots.

Il dit encore (tome 1, page 392) qu’il y a dans les terrains qui sont auprès du Vésuve, comme à Stabia, des pierres qui abondent en pétrole.

3°. On trouve beaucoup de sel ammoniac et d’alkali volatil dans les produits volcaniques. La quantité de ce sel rejeté par le Vésuve, dans l’éruption de 1794, fut si considérable, que les habitans des environs en ont ramassé plusieurs quintaux Dans l’éruption de 1805 il y en eut aussi une grande quantité qui fut rejetée avec du sel marin. Or cet alkali volatil paraît provenir de la décomposition, des bitumes et des bois fossiles ; car ils en donnent, beaucoup lorsqu’on les distille. Cet alkali se combine ensuite avec l’acide marin fourni par la décomposition du sel marin, et forme le sel ammoniac.

4°. Spallanzani a retiré une assez grande quantité de bitume liquide des laves de Lipari[20]

5°. Dénon. rapporte que sur toutes les côtes de la Sicile on trouve, sur les bords de la mer, un bitume liquide : il prend quelquefois de la consistance, et forme des espèces de pouddings avec les pierres du rivage[21].

6°. Les environs du Puy-de-Dôme, en Auvergne, sont remplis de pissaphalte, qui s’élève de terre de tout côté.

7°. Dans les environs du volcan du mont Ararath, il y a également beaucoup de pissaphalte.

8°. La mer Morte et tous les environs sont remplis de pissaphalte, et on sait que tout ce pays a été volcanique. « Le midi de la Syrie, c’est-à-dire le bassin du Jourdain, dit Volney, Voyage en Égypte, tome I, page 303, est un pays de volcans. Les sources bitumineuses et soufrées du lac asphaltique, les laves, les pierres ponces jetées sur ses bords, et le bain chaud de Tabarie, prouvent que cette vallée a été le siège d’un feu qui n’est pas encore éteint. On observe qu’il s’échappe souvent du lac des trombous de fumée, et qu’il se fait de nouvelles crevasses sur les rivages. Si les conjectures, en pareille matière, n’étaient pas sujettes à être trop vagues, on pourrait soupçonner que toute la vallée n’est due qu’à l’affaissement violent d’un terrain qui, jadis, versait le Jourdain dans la Méditerranée. Il paraît du moins certain que l’accident des cinq villes foudroyées eut pour cause l’éruption d’un volcan alors embrâsé. Strabon dit expressément (lib. 16, page 764) que la tradition des habitans du pays était que jadis la vallée du lac était peuplée de treize villes florissantes, et qu’elles furent englouties par un volcan.

Toutes ces contrées sont encore agitées fréquemment par des tremblemens de terre.

9°. Le Gorgignano, montagne volcanique du Vicentin, contient une mine de très-bon charbon qu’on exploite.

10°. Troïl a trouvé à l’Hécla des bois fossiles, et des ardoises chargées d’impressions végétales.

11°. Du côté d’Andernach, de Bonn, et dans tous ces cantons où il y a un si grand nombre de volcans éteints, on trouve des quantités immenses d’une espèce de tourbe, qui n’est qu’un bois fossile plus ou moins décomposé. Elle sert au chauffage des. habitans de ces contrées.

12°. Dans la Hesse, dans la Saxe, et les contrées adjacentes, où il y a une si grande quantité de volcans éteints, les matières bitumineuses sont extrêmement abondantes ; la lave repose même souvent sur ces bitumes. Le mont Meisner, dans la Hesse, qui est couronné par de belles colonnades basaltiques, en présente un exemple frappant. Je vais rapporter ce qu’en dit d’Aubuisson, dans son mémoire sur les basaltes de la Saxe, pag. 134.

« Au milieu d’un pays montueux, dit-il, en partie calcaire, à trois myriamètres, à l’est de Cassel, on voit le mont Meisner s’élever comme un colosse, au milieu des montagnes environnantes.

« Le corps du Meisner est de calcaire et de grès rouge. Ces substances en forment la masse jusqu’aux trois quarts, ou aux cinq-sixièmes de la hauteur, à compter du pied occidental. J’ai vu, dans le calcaire, du limon et du gypse. Le corps de la montagne est recouvert d’une couche de ce grès friable dont j’ai parlé, et qui, dans quelques endroits, est imprégné de bitumes. Elle contient aussi quelques masses de sable. Elle est à peu près horizontale. Elle incline un peu vers le sud-est, surtout dans sa partie orientale. Par-dessus, on a une grande couche de substances bitumineuse. Son épaisseur varie considérablement. Elle est, dans quelques endroits de vingt-huit mètres, mais plus ordinairement de six, cinq ou quatre. Je l’ai même vue, en quelques points, s’amincir, et finir par disparaître. Le toit se joignait au mur. Sa partie inférieure consiste en bois bitumineux, d’un brun jaunâtre, qui a entièrement conservé sa texture ligneuse (bituminose-holz), et en terre bitumineuse (ou braunkohle) ; à mesure qu’on s’élève, le degré de bituminosation paraît s’augmenter. On trouve, vers le haut, une substance piciforme (pechkolhe) ou jayet très-gras. Enfin, la partie supérieure est souvent formée par une variété singulière de substances bitumineuses (bacillane stangenkolhe), qui est divisée en petits barreaux prismatiques. Cette couche est recouverte presque partout d’une argile qui est ordinairement noire et imprégnée de beaucoup de bitume. Elle est l’objet de plusieurs exploitations, et, depuis des siècles, plusieurs de ses parties sont en proie au jeu.

« C’est sur cette couche, ou sur l’argile qui l’accompagne, que repose l’énorme plateau basaltique, qui forme la sommité. Son épaisseur varie entre cent et deux cents mètres. Sa longueur et sa largeur sont celles de la plate-forme, qui termine la montagne. Sa surface inférieure suit vraisemblablement la stratification générale, en faisant quelques sinuosités comme toutes les couches. Elle est à peu près horizontale…, cependant elle présente, du côté de l’est, une gorge très-évasée. Les vulcanistes pensent que c’est un vestige de cratère.

« Le plateau présente encore plusieurs échancrures. Dans une d’elles, vers l’ouest, la masse basaltique est divisée en prismes, la plupart hexagones, mais fort irréguliers. Ils ont de un à deux mètres de long, et environ un décimètre d’épaisseur. Les faces latérales présentent une suite continuelle de convexités et de concavités, qui s’emboîtent dans les convexités ou concavités des faces adjacentes des prismes contigus. Ils sont couchés horizontalement.

« Le basalte en est fort noir, très-dur et très-compact. Il contient de loin en loin quelques petits grains. d’olivine d’une couleur très-fraîche. Plus souvent encore, on y voit de petites cavités bulleuses, remplies d’une sorte de stéatites verdâtres…

« Un grand nombre de personnes, regardent le mont Meisner comme un ancien volcan ».

D’Aubuisson lui-même a abandonné l’opinion qu’il soutenait dans cet ouvrage ; il convient que les. basaltes sont des produits du feu des volcans.

Il dit, page 91 du même ouvrage :

13. « Le basalte, au Meisner, repose simplement sur la houille (braunkohl), mais ailleurs on le trouve alternant par couches avec elle. M. Williams nous apprend qu’auprès de Borrow tounness, il y a des couches épaisses de basalte, intercallées entre des couches de houille, qui sont l’objet de grandes exploitations ; que, dans les montagnes de Bathgate, ces deux substances minérales alternent par strates.

14. « En Bohème, d’après le témoignage du docteur Reuss, on exploite également des houilles qui, sont par couches dans des basaltes.

15. « Aux îles Ferroë, on voit des exemples d’un pareil gisement.

16. « Jameson dit avoir observé la même chose dans l’île de Mull. Nous remarquâmes, dit-il, dans la partie nord-est de l’île de Mull, une couche de houille de douze pouces d’épaisseur. Le toît en était un basalte irrégulièrement divisé en prismes. Cette substance en formait encore le mur ». (Outline of the mineralogy of schottischles, Edimburg, 1800).

17. Les Cordilières où se trouvent les volcans les plus considérables du globe, présentent des faits analogues à ceux que mous venons de voir. Voici ce qu’en dit Humboldt (Journal de Physique, tom. 63, pag. 58). Il parle de l’Amérique méridionale.

« Dans un pays, dit-il, dont les malheureux habitans sont exposés aux tremblemens de terre les plus affreux, où de hautes cîmes (les Duida), et depuis peu même des cavernes (le Cueva du Cuchivono) jettent des flammes, où il y a des sources bouillantes (j’ai trouvé celles de la Triachevar jusqu’à 72-3 Réaumur.) depuis le golfe Triste, jusqu’à la Sierra Nevada de la Merida, ou près de Cumacator, sur la côte de Paria, il y a un volcan d’air, dont le bruit s’entend de loin, des soufrières semblables à celles de la Guadeloupe, dans plusieurs endroits… Dans un pays où des terrains de quelques lieues carrées(Tierra hueca de Cariaco) sont creux et minés, où, en 1766, le sol, agité par des secousses qui duraient depuis onze mois, s’est ouvert de tous côtés, pour vomir des eaux sulfureuses, mêlées de BITUMES… où, au milieu des plaines les plus sèches, dans la Mesa de Guanipa et du Cary, on a vu sortir des flammes de la terre, on s’attend que je parle des volcans ; mais ce n’est pas ici le lieu. L’immense révolution de Palileo et de Tonguragua de Zuito a couvert le le sol, non de laves, mais de boue argileuse, précipitée des eaux hydro-sulfureuses que vomissait la terre. Les formations de gypses contenant du soufre, les pyrites mêlées dans toutes les roches, parsemées même dans le granit ; la formation de l’argile bitumineuse muriatifère, que j’ai décrit plus haut ; le petroleum asphalte (Brea. Chapote.), qui nage partout sur les eaux, ou se trouve à leur fond ; une immense quantité d’eau de pluie de mer, qui entre dans une terre échauffée par l’ardeur du soleil et qui s’y décompose ; des vapeurs d’eau, et un grand volume de gaz hydrogène, qui se dégage partout… paraissent le plus contribuer à ces effets volcaniques ».

On voit, dans ce récit abrégé, que l’asphalte et les pétroles se trouvent partout dans ces contrées. Ils sont mélangés avec les boues et les eaux sulfureuses que vomissent ces volcans.

Les pyrites sont également très-abondantes dans toutes les roches de ces cantons, même dans les granits.

Les vapeurs abondantes de gaz hydrogène sulfuré, qui se dégagent de tous ces lieux volcaniques, proviennent de la décomposition de ces pyrites, et peut-être une portion vient-elle de ces bitumes.

Tous ces faits, rapportés par Humboldt, et par les autres voyageurs, ne permettent pas de douter que toutes ces matières combustibles, sulfureuses, bitumineuses, n’aient une grande influence dans les phénomènes que présentent ces volcans.

D’un autre côté il est bien constaté qu’il est peu de mines considérables de bitume, où il n’y en ait quelques portions qui sont dans un état de combustion. C’est ce que confirment toutes les observations.

Dans les riches mines de charbon de Forez, celle de la montagne du Chambon, auprès de Saint-Étienne, est dans un état d’inflammation.

Le feu est également dans une partie des riches mines de houille du Creuzot, dans celles de Creusac, dans le Périgord, dans celles de Saarbruck…

Nous venons de voir que la terre bitumineuse de Meisner est, depuis plusieurs siècles, en proie aux flammes.

Le traducteur français des voyages de Pallas en Sybérie, rapporte l’incendie d’une montagne, lequel est entretenu par des bitumes. « Il existe, dit-il, une montagne de charbon située sur la rive droite du Tom, vingt verstes au-dessus de Kouznetzk. Elle brûle depuis le commencement du siècle… En 1771 l’on apercevait le feu à demi-hauteur à peu près de l’élévation totale de la montagne. Il avait fondu les neiges à dix toises à peu près de diamètre ; le feu avait pris beaucoup au-dessous de la plaine qu’il occupait alors, et gagnait à peu près dans la hauteur de la montagne, qui a vingt-cinq à trente toises d’élévation, au-dessus du niveau du Tom. À mesure que les places brûlent, elles se couvrent d’une argile rouge, qui s’endurcit par l’action du feu. La chaleur n’est pas assez considérable, pour que l’on ne puisse marcher sur ce sol. Il est plein de fentes, d’où il sort des vapeurs ardentes qui répandent un odeur de bitume, et mettent le feu aux bâtons qu’on y enfonce » (Voyage de Pallas, trad. française in-4°., tome 2, pag. 110)…

Des Tourbes pyriteuses, peuvent produire des effets analogues, et également s’enflammer. Celle du Baurin, auprès de Laon, lorsqu’elles sont exposées à l’air, s’enflamment[22].

Des bois fossiles servent pareillement d’alimens aux feux des volcans. Pallas parle d’une montagne brûlante située dans pays des Baschkirs, laquelle paraît ne contenir que des bois fossiles. « Le feu y était, dit-il, depuis douze ans. La montagne, et surtout des portions incendiaires, est en partie composée d’un grès rougeâtre, que le feu a rendu compacte et solide, qui a conservé une partie de sa nature calcaire, et une partie d’une pierre tendre et brulée, qui se sépare par lamelles… Par un tems orageux, ou dans une nuit obscure, on voit une flamme légère, rouge, s’élever à travers les crevasses ardentes, ou une vapeur enflammée, qui est poussée à quelques archines de hauteur. On n’y remarque cependant point d’odeur de soufre ni de houille. La vapeur n’a pas plus de consistance, ni d’odeur que là vapeur étouffée d’un poële, un où le bois est entièrement brûilé. »

Il paraît par ce récit, que l’incendie de cette montagne est entretenu par des bois fossiles.

Des mines d’Anthracites pourraient aussi s’enflammer et servir d’alimens aux feux souterrains. Mais nous n’en connaissons aucune.

Toutes ces substances fossiles, combustibles, sont mélangées avec des pyrites. Ce sont elles qui s’enflamment les premières seules et sans accès de l’air. Elles communiqueront leur inflammation aux bois fossiles, aux tourbes, aux houilles, à l’anthracite.

Des substances peuvent brûler tranquillement pendant des siècles, comme le fait le Meisner, si elles sont abandonnées elles-mêmes.

Mais s’il y arrive des eaux, soit par les fleuves souterrains, soit par des crevasses qui communiquent au sein des mers, cette eau donne de l’activité au feu. Elle est réduite en vapeurs et cause les commotions, et tout le fracas des éruptions volcaniques.


LA DÉCOMPOSITION DES ALKALIS PEUT-ELLE CONTRIBUER À L’ENTRETIEN DES FEUX VOLCANIQUES ?


H. Davy vient de prouver par de belles expériences que les alkalis de la potasse et de la soude peuvent, par l’action de la pile voltaïque, être convertis en substances métalloïdes, et que ces substances s’enflamment promptement par le simple contact de l’eau.

Nous avons vu que ces alkalis sont assez abondans dans les substances minérales. Un grand nombre de minéraux contiennent des quantités plus ou moins considérables de ces alkalis, tels que les feldspaths, les leucites.

La soude ou natron existe combiné avec l’acide carbonique dans plusieurs coulées de substances volcaniques :

Cette potasse et cette soude peuvent donc être décomposées dans le sein de la terre par l’action galvanique, comme nous venons de prouver que l’eau est souvent décomposée par la même action galvanique.

Le contact de enflammera ces substances métalloïdes ; et cette inflammation sera accompagnée d’explosion.

Cette inflammation se communiquera aux substances bitumineuses, et sulfureuses.

L’inflammation de toutes ces substances minérales combustibles, est encore souvent produite par l’action galvanique des différens strates du globe. Comme je l’ai dit.


DE L’ACTION DE LA PILE VOLTAÏQUE DANS LES PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES.


Mais l’action de la pile voltaïque me paraît être le principal, agent des phénomènes volcaniques ; c’est ce que j’ai prouvé dans un mémoire inséré dans le Journal de Physique, en 1815 tome 80, page 222.

En parlant des commotions souterraines qui, en 1814, se sont fait sentir dans une partie des Alpes, depuis Turin jusqu’à Lyon, j’ai dit, page 43 de mon discours préliminaire du Cahier de janvier de la même année : « Il est probable que celles de ces commotions souterraines qui ne sont pas contemporaines avec les éruptions volcaniques, sont des effets de l’état galvanique des différentes parties intérieures du globe, de ses différens strates. »

J’ai rapporté les faits sur lesquels j’ai appuyé mon opinion.

Les commotions souterraines sont extrêmement fréquentes dans cette partie des Alpes, qui comprend les vallées de Pignérol, et lieux circonvoisins, jusqu’au mont Visso : et il n’y a dans ces lieux aucun indice de phénomènes volcaniques.

Elles se propagent, d’un côté, à Turin, à Milan…, et de l’autre côté, à Grenoble, à Lyon, à Marseille… Ces commotions sont analogues aux commotions électriques.

En 1808 elles furent si considérables, que l’académie de Turin envoya sur les lieux des commissaires pris dans son sein pour en avoir des détails certains. Le rapport qu’ils en firent à leur compagnie, me fut communiqué par l’un d’entre eux, le physicien Vassali-Eandi (Journal de Physique, t. 67, p. 285).

« Chargé, dit Vassali, de parcourir, avec MM. Caréna et Borson, les communes de l’arrondissement de Pignérol, ou les secousses du tremblement de terre, qui a commencé le 2 avril 1808 dans les vallées de Polis, de Clusson, de Pô, etc., se sont fait sentir avec plus de violence, afin de faire des observations physiques sur les causes et les effets de ce phénomène, et de recueillir des renseignemens propres à fixer l’opinion du gouvernement sur l’étendue des malheurs que les habitans ont éprouvés, j’ai l’honneur de présenter à la classe des sciences physiques et mathématiques de l’académie, les principaux faits que nous avons observés, ainsi que les conséquences que j’ai cru pouvoir en tirer

« Aucune lézarde, dans les maisons, ne s’est présentée à nos regards au village de Riva, qui se trouve à une petite lieue de Pignerol.

« Mais à l’entrée de Pignerol nous vîmes des baraques et des cabanes sur la place… de forts bâtimens fêlés, des murs lézardés, des voûtes crevassées…

« À Briquerasque, nous commençâmes à voir des effets horribles des tremblemens de terre… La moitié d’une belle maison donnant sur la rue, écroulée, un grand nombre de murs lézardés…

« De Briquerasque nous passâmes à Saint-Jean, où les dommages sont encore plus grands ; à Angrogne, à la Tour, à Lucerne, ils sont encore plus forts…

« Depuis Lucerne ils ont diminué…

« La direction des secousses a paru être de l’ouest à l’est, et souvent, aussi du nord au sud.

« À Fenestrelles il y a eu des secousses, mais elles n’ont causé aucun dommage.

« Ainsi que le tremblements de terre les plus terribles, les secousses répétées depuis le 4 avril ont déplacé et fait écrouler des roches avec un bruit épouvantable. Elles ont fait tarir plusieurs fontaines et la source de divers puits… Elles ont augmenté du double l’eau dans quelques puits, et fait naître des sources nouvelles. Les eaux de plusieurs fontaines ont charrié, du sable et de la terre. mais ces eaux éprouvées par les réactifs n’ont présenté aucuns phénomènes particuliers.

« Ces physiciens ont établi l’état électrique de l’atmosphère pendant ces secousses. Dans le moment des secousses, dit Vassoli, l’électricité était si forte, qu’elle ne pouvait plus être mesurée par les électromètres.

« Vingt minutes après une secousse assez forte, les bandelettes de mon électomètre, mis en contact de l’appareil électrique permanent que j’avais établi, restaient encore à 30° de divergence toujours positive.

« L’aiguille aimantée ne nous a point présenté de phénomènes qu’on pût attribuer au tremblement de terre.

« Les secousses étaient multipliées : dans une seule nuit j’en ai compté jusqu’à onze, les unes petites, les autres assez fortes.

« Par nos observations, il me paraît pouvoir en distinguer neuf variétés, toutes ressenties dans le même local, à la Tour.

« 1°. Sans bruit sensible, et sans direction marquée.

« 2°. Sans bruit sensible, et avec direction marquée.

« 3°. Avec bruit sourd, et sans direction marquée.

« 4°. Avec bruit sourd et avec direction marquée.

« 5°. Avec bruit comme d’un coup de canon, et avec secousse presque dans le même tems d’oscillation ou de balancement dans une direction marquée.

« 6°. Même bruit et secousse presque dans le même tems de pulsation ou de soulèvement.

« 7°. Même bruit et secousse de trémoussement, je dirais de tourbillon, dans lequel il y a pulsation, et oscillation dans des différentes directions en même tems.

« 8°. Même bruit avec retentissement et secousse d’oscillation, de pulsation, ou de trémoussement vers la fin du retentissement…

« 9°. Même bruit avec retentissement et écho, la secousse d’oscillation, de pulsation, ou de trémoussement au moment de l’écho.

« Je dois aussi observer que bien souvent on entendait le bruit sans qu’il fût accompagné ni suivi de secousse, et que le bruit avec retentissement se répétait quelquefois comme le choc des vagues de la mer contre des rochers.

« Pendant notre séjour dans les vallées, le nombre des secousses que nous avons ressenties excède cinquante.

« Plusieurs météores lumineux et ignés, qui ont eu lieu, prouvent encore l’abondance des vapeurs et de l’électricité atmosphérique, ainsi que son jaillissement de la terre.

« L’abondance de l’électricité est aussi confirmée par les altérations qu’on a observées, dans plusieurs liqueurs. »

L’auteur donne ensuite des considérations générales sur les tremblemens de terre.

« Quelle qu’en soit la cause, dit-il, il n’y a pas de doute qu’en certaines années, les circonstances leur sont plus ou moins favorables. L’année courante paraît en être une. Vers la fin de mars dernier, Strasbourg a souffert des secousses : Belgrade et plusieurs autres pays n’en n’ont pas été exempts.

« Nous avons entendu dire à plusieurs personnes, soit dans la vallée de Pélis, soit dans la vallée de Cluson, que les tremblemens de terre, dans ces pays, sont assez réguliers tous les ans, et que les habitans les prennent pour un indice de la séparation des saisons, comme le font ceux de la Plaine, à l’égard du tonnerre.

« Les secousses de ces tremblemens de terre qui ont fait tant de ravages dans ces vallées, depuis le 2 avril 1808, se sont fait ressentir dans plusieurs autres endroits éloignés.

À Ivrée,
À Casal,
À Milan,
À Barges,
À Saluces,
À Asti,
À Nice,
À Gênes,
À Gap,
À Embrun,
À Grenoble,
À Lyon,
À Montbrisson,
À Genève,
À Chambéry,
Au Montcénis,
Et dans différens endroits proches des Hautes-Alpes,
À Crissolo, au pied du pic du Visso, à Bobbi…
À Marseille,
À Toulon.

On n’a aperçu pendant toutes ces commotions aucun indice de feux-souterrains.

Et il n’y a point de trace volcanique.

Après cette exposition des faits, examinons la constitution physique de ces montagnes.

Elles sont composées en partie de gneis, de schistes micacés, de serpentines, de pierres magnésiennes… formant différens strates. J’ai fait voir que ces pierres magnésiennes transmettent la commotion électrique (Leçons de Minéralogie, tom. 2, page 202, et ailleurs).

Il se trouve au milieu de ces matières pierreuses… d’assez grandes quantités de substances métalliques, de mines de fer oxidé, de mines de cuivre, de mines de plomb sulfuré ou galène… qui forment différens strates alternant avec les strates pierreux.

La célèbre mine de fer de Cogne, dans la vallé d’Aoste, est peut-être la plus riche mine de fer de l’univers, m’écrivait d’Aubuisson, Journal de Physique, tome 65, page 402. Elle a jusqu’à 70 à 80 pieds d’épaisseur ; elle forme des strates, qui alternent avec des strates de serpentines.

Saussure (Voyages dans les Alpes, §. 921), dit que les mines de fer sont si abondantes dans ces montagnes, que la direction de l’aiguille aimantée en est dérangée. C’est ce qu’il constata par des observations qu’il fit sur le Mont-Cramont, et à Courmayeur…

Toutes ces montagnes de la vallée d’Aoste, du Cramonn… se communiquent, et sont des chaînes des hautes Alpes, du Mont-Blanc, du Mont-Cervin, du Mont-Rose… lesquelles sont composées des mêmes substances, des mêmes strates…

Mais revenons à nos vallées de Pignerol, de Pelis, de Clusson, de Pô, pour tâcher de découvrir les causes des fréquentes commotions souterraines, qu’elles éprouvent. Rapprochons les faits.

1". Nous avons vu que ces commotions y ont lieu presque tous les ans, et que les habitans les prennent pour un indice de la séparation des saisons, c’est-à-dire qu’elles se font ressentir ordinairement au printems, à la fonte des neiges…

2°. Elles ne sont accompagnées d’aucun phénomène volcanique, point de soufre, d’acide sulfureux, de flamme…

3°. Elles s’étendent à de grandes distances : leur centre paraît être dans ces montagnes élevées… situées au haut de ces vallées, et elles s’étendent d’un côté jusqu’à Milan… et de l’autre jusqu’à Lyon, Marseille…

4°. Ces montagnes sont en général composées de schistes micacés, de gneis… qui contiennent de grandes quantités de substances métalliques, de schistes, de pierre magnésiennes…

5°. Ces substances font différens strates superposés, et alternant les uns avec les autres…

6°. Les commotions arrivent principalement au printems, lors de la fonte des neiges, dont les eaux pénètrent dans l’intérieur, et vont former des fontaines…

a. Il me paraît donc probable que ces montagnes composées de strates alternatifs, de substances métalliques, de pierres magnésiennes, telles que les micas, les serpentines, les talcs… forment des espèces de piles galvanigues, plus ou moins actives, dont les unes sont positives, les autres négatives.

b. L’électricité plus ou moins considérable, qui se manifeste lors des secousses, ne permet pas de douter de toute l’influence de l’électricité, ou du galvanisme dans ces phénomènes.

c. Leur action se fait ressentir principalement au printems lors de la fonte des neiges, parce que l’eau provenant de cette fonte pénètre entre les strates de cette pile et en augmente l’activité.

d. Les secousses sont souvent sans bruit, sans directions… analogues aux secousses électriques.

e. Mais elles sont d’autrefois accompagnées d’un bruit sourd, et quelquefois d’un bruit considérable : comme l’étincelle électrique, comme le bruit du tonnerre…

On peut encore supposer, qu’alors il se dégage de ces piles quelques gaz provenant de la décomposition de quelques-unes de ces substances.

Des phénomènes particuliers qu’offrent les commotions de ces montagnes, passons à ceux que présentent les commotions, qui ont lieu si souvent dans les hautes Alpes. Ces montagnes sont composées, comme celles dont nous venons de parler, de différens strates.

L’histoire fait mention d’un grand nombre de pareilles motions souterraines, qui ont eu lieu dans les Hautes-Alpes. La Collection académique, partie étrangère, tome 6, donne le détail de plusieurs de ces commotions, qui ont eu lieu depuis l’an 565 de l’ère vulgaire.

Bertrand rapporte la grande commotion qui ébranla, en 1755, tout le Valais, le Saint-Bernard, la Fouche, le Gemmi… t tout le haut Valais…

Les Pyrénées éprouvent également des commotions très-violentes. J’en ai rapporté plusieurs (Théorie de la Terre, tome 4)

Ces montagnes sont composées comme les Alpes : elles contiennent un grand nombre de filons métalliques, de mines de fer…, qui forment différens strates, soit entr’eux, soit avec les strates pierreux…

Ces montagnes des Pyrénées ne présentent aucun indice de substances volcaniques.

Les phénomènes qui accompagnèrent, en 1783, le tremblement de terre qui fit tant de mal en Calabre, et dont nous avons parlé ci-devant, page 194, ne présentent également aucun indice volcanique. Il n’y parut ni feu, ni flamme, dit Dolomieu… ; et cependant les commotions produisirent des effets prodigieux.

De pareilles commotions ont lieu sur une échelle bien plus considérable dans les hautes montagnes du Pérou, du Mexique, ainsi que nous l’avons rapporté.

Il faut observer que ces montagnes contiennent les plus puissans filons métalliques qu’on connaisse, qui font également des strates avec les strates pierreux. Ces différens strates forment donc des piles galvaniques de la plus grande énergie.

Mais les commotions qui ont lieu dans toutes ces grandes montagnes, sont accompagnées de tous les phénomènes volcaniques, feux, flammes, éjections volcaniques, laves… Ces feux sont produits par l’action des piles galvaniques, les unes positives, les autres négatives… On sait que H. Davy a fondu avec sa grande pile le quartz, et les substances qu’on regardait comme les plus réfractaires.

Toutes ces hautes montagnes, où se déploient ces volcans désastreux, sont également composées de différens strates de filons métalliques, de filons d’anthracite…, de strates de gneis, de schistes, de granit, de porphyre, de pierres magnésiennes… de couches de houille…, qui alternent les uns avec les autres.

On peut donc supposer que les foyers de ces terribles volcans, sont dans ces différens strates, dont les uns sont positifs, les autres négatifs. Quelques interruptions, quelques fentes se trouvent entre ces piles positives et négatives, et la décharge ou la détonation arrive comme dans les piles ordinaires.

Ces foyers sont à des profondeurs plus ou moins considérables.

Il faut ajouter qu’en général, la plus grande partie des volcans est dans le voisinage des mers ; d’où on doit conclure que les eaux de ces mers pénètrent le plus souvent dans leurs foyers.

Dans la fameuse éruption du Vésuve, en 1631, les eaux du golfe de Naples furent en partie absorbées, et ensuite rejetées par le volcan.

Humboldt rapporte que dans l’éruption d’un volcan du Mexique, plusieurs poissons d’une rivière voisine furent trouvés avec les matières vomies par le volcans.

Les commotions qu’on attribue à des explosions d’air, comme dans les salses, sont accompagnées d’éjections considérables d’eau, sans aucun indice volcanique.

Les volcans sousmarins, dont les explosions sont si terribles, reçoivent sans doute des eaux du sein des mers qui recouvrent.

Ces eaux des mers contiennent de grandes quantités de sel marin, et d’autres sels. Elles doivent donc augmenter l’activité des piles : c’est ce qu’on observe dans les piles volcaniques faites par l’art.

Ces sels sont quelquefois volatilisés par l’action de la chaleur, On a observé dans plusieurs éruptions du Vésuve, de l’Etna…, des quantités plus ou moins considérables de ces sels qui avaient été volatilisés, particulièrement dans l’éruption de 1806, qu’observèrent plusieurs physiciens, Buch, Humboldt…

Ce sel marin ainsi volatilise est souvent décomposé, et fournit, d’un côté, de la soude ou natron, comme on en a observé dans les laves de l’Etna…

Et de l’autre côté, de l’acide marin… Dans les dernières éruptions du Vésuve, on a observé d’assez grandes quantités de muriate de cuivre…, formé par ces vapeurs d’acide marin combinées avec le cuivre.

Ces faits prouvent que les foyers des substances qui produisent les commotions souterraines, sont le plus souvent dans les terrains primitifs, et à des profondeurs plus ou moins considérables,

Mais au-dessus de ces foyers des terrains primitifs, peuvent se trouver différens sulfures, soit de fer, soit de cuivre, soit de plomb, soit d’arsenic… Il s’en dégage du soufre, de l’acide 8ulfureux…

Au Vésuve, par exemple, on trouve de la rubine d’arsenic, du muriate de cuivre, du plomb natif, du fer… On ne saurait donc douter que dans le foyer de ce vole an, ou au-dessus, il n’y ait des mines de ces métaux.

Il peut encore, au-dessus de ces foyers, se trouver des terrains secondaires, des couches de houilles… qui auront pu fournir le bitume des laves de Lipari, de Stabia…

Ces foyers pourraient même être dans ces terrains secondaires…

Ces sulfures, ces houilles… seront enflammées souvent par l’action de ces piles, et produiront ces flammes plus ou moins vives qui accompagnent ces phénomènes.

La chaleur qui est produite sera capable de fondre les laves…

H. Davy a fondu avec sa grande pile le quartz…, et les substances les plus difficiles à fondre.

Ces laves conservent leur chaleur pendant un tems considérable. Celle de l’Etna, en 1614, conserva sa chaleur pendant dix ans…

On n’a encore pu entrevoir la cause de ce phénomène. Ne serait-ce pas parce que l’action galvanique s’y conserve long-tems, ainsi que je l’ai dit ?…

Cette explication des commotions souterraines et des phénomènes volcaniques, par l’action des piles voltaïques, est beaucoup plus satisfaisante qu’aucune de celles qu’on a données jusques ici. Nous avons vu que,

1°. Ces commotions sont instantanées, et produisent des effets analogues à ceux qui sont produits par les commotions électriques.

2°. Les détonations qui ont lieu dans les volcans, sont analogues aux détonations des fortes batteries électriques, à celles du tonnerre.

3°. On n’aperçoit point de flammes dans l’intérieur des volcans. Il y a seulement dans ces substances une chaleur rouge ; comme dans celles qui sont exposées à l’action d’une puissante pile…

4°. Tout le globe terrestre est dans un état habituel d’électricité…

On avait dit que ces feux souterrains étaient toujours entretenues par des houilles, des bitumes… mais on a trop généralisé des faits particuliers.

Effectivement on observe souvent des bitumes dans ces grands phénomènes.

Breslac a décrit une source de pétrole auprès du Vésuve, dans les mers de Naples.

Spallanzani a observés des quantités considérables de bitumes dans les laves de Lipari…

Mais il est certain qu’on n’observe aucun indice de bitume dans le plus grand nombre des volcans, qui paraissent avoir leurs foyers dans les terrains primitifs.

L’odeur bitumineuse qu’éprouvèrent au Vésuve Buch la Torré, Humboldt… paraît accidentelle. Je crois qu’elle fut produite par le pétrole absorbe avec les eaux de la mer… car c’est la seule fois que s’est manifestée une pareille odeur…

D’autres avaient avancé que ces feux commencent par l’inflammation des pyrites, ou fers sulfurés. La belle expérience de Lemery, qui, avec un mélange de la limaille de fer, de soufre à pulvérisé, et humecté et mis en terre à une certaine profondeur, produisit une espèce de volcan, donne beaucoup de poids à cette opinion. Elle était confirmée par la quantité de soufre et d’acide sulfureux qu’on observe dans toutes les éruptions volcaniques…

J’ai prouvé que cette inflammation des pyrites était effectivement un phénomène galvanique.

Toutes ces causes contribuent sans doute aux phénomènes volcaniques. Des pyrites s’enflamment, et fournissent du soufre et de l’acide sulfureux.

Il s’y trouve aussi quelquefois des substances charbonneuses de l’anthracite, des bitumes, des bouilles, de l’asphalte, du pétrole… qui peuvent également être enflammées par les pyirites.

Mais l’agent principal de tous ces phénomènes est l’action galvanique, qui s’exerce entre les diverses substances minérales, soit métalliques, soit charbonneuses, soit pierreuses, surtout les magnésiennes. Elles forment différens strates analogues aux disques des piles galvaniques. Quelques-uns de ces strates ont une électricité positive, les autres l’ont négative : ils se communiquent… ; mais il y a dans ces strates des interruptions produites par des fentes… Dès lors la décharge arrive comme les deux portions positive et négative des piles voltaïques.

Tous ces faits confirment ce que j’ai dit dans le Journal de Physique, tome 76, page 463, que le globe terrestre est dans un état continuel de galvanisme ou d’électricité : c’est pourquoi on l’appelle le magasin général d’électricité, parce qu’il en fournit continuellement à l’atmosphère et aux corps qui y sont contenus.

Mais examinons plus particulièrement la nature du globe terrestre.

Les observations minéralogiques prouvent que le globe terrestre est composé à sa surface, et à sa croûte extérieure ou nous avons pénétré, de diverses substances hétérogènes, qui forment différens strates.

J’ai prouvé, Théorie de la Terre (tome 4, page 12), et ci-devant tome 1, page 7, que les différentes substances qui composent cette surface du globe, sa croûte extérieure, ont une densité qui est à peu près trois fois plus considérable que celle de l’eau. J’ai rapporté les faits qui m’ont servi de preuves.

Mais la densité des couches intérieures du globe est environ cinq à six fois plus considérable que celle de l’eau.

Il est très-probable que ces différentes substances dont le globe est composé, soit à sa surface, soit dans son intérieur, forment différens strates. Mais les substances métalliques sont plus abondantes dans son intérieur.

Ces diverses substances situées les unes avec les autres, comme les plaques des piles galvaniques, se galvanisent mutuellement, et forment des espèces de piles voltaïques minérales.

On doit attribuer l’électricité habituelle du globe à cette action galvanique du globe.

La probabilité de cette composition du globe terrestre doit donc en faire regarder la masse entière comme une réunion d’un grand nombre de piles galvaniques.

Chacune de ces piles est formée de différens strates, de diverses substances, pierreuses, métalliques, charbonneuses… alternant les unes avec les autres, et se galvanisant comme les plaques qui composent les piles voltaïques.

Quelques-unes de ces piles minérales auront une électricité positive, les autres une électricité négative. Il est prouvé que diverses substances minérales s’électrisent positivement, d’autres négativement, comme dans les piles.

Cette électricité aura différens degrés d’intensité dans ces diverses couches minérales. Quelques-unes de ces couches en auront de très-faibles degrés, d’autres, les métalliques, de très-forts.

Toutes ces piles se communiqueront d’une manière plus ou moins directe ; mais elles sont souvent séparées, ou interrompues, par des fentes, des scissures, des substances d’une nature différente…

Lorsque, l’électricité de quelques-unes de ces piles aura une trop grande intensité, il y aura décharge, éclat, détonation… comme dans une bouteille de Leyde trop chargée.

Mais, le plus souvent, l’électricité y est plus faible : des interruptions locales et accidentelles, produites par des fentes, entre des piles positives et négatives, y détermineront alors des décharges, comme entre les deux portions positives et négative d’une pile voltaïque, entre lesquelles on établit une communication.

Ces décharges produisent commotion, détonation, inflammation des substances combustibles, fusion des autres, et tous les phénomènes ordinaires qui ont lieu dans les plus fortes piles, telles que celle de l’institution royale de Londres, dont Davy a fait connaître les effets prodigieux.

Ces piles terrestres sont quelquefois humectées par les eaux, qui pénètrent dans l’intérieur du globe. Leur activité en est alors augmentée. C’est pourquoi les commotions, qui ont lieu dans les vallées de Pignerol, de Pô… arrivent ordinairement dans la saison de la fonte des neiges…

Mais lorsque ces eaux contiennent des substances salines, telles que les eaux des mers, elles communiquent encore plus d’intensité aux piles terrestres, comme on l’observe dans les piles ordinaires. C’est la cause de la grande action des volcans sousmarins. C’est également la cause que la plus grande partie des volcans se trouve dans le voisinage des mers…

Néanmoins, l’action de l’eau n’est pas toujours nécessaire ; car nous avons vu que les piles galvaniques construites par Deluc, Zamboni… et dont j’ai donné la description dans le Journal de Physique, tom. 79, pag. 456, agissent sans l’intermède de l’eau.

J’ai une pile de cette nature, construite par Dumetiez. Depuis plusieurs mois, son action est continuelle, et le balancier ou aiguille va continuellement d’une colonne à l’autre.

Cependant son action se ralentit quelquefois, surtout dans les tems humides. Le mouvement du balancier est même quelquefois suspendu pendant un tems plus ou moins considérable. Mais il se ranime bientôt de lui-même. D’autres fois, on est obligé de donner quelques secousses à la cage de verre qui renferme l’appareil.

On sait que des effets analogues ont lieu avec les grenouilles préparées pour les expériences galvaniques. Leur action, se ralentit, se suspend quelques momens… et elle recommence peu de tems après.

On conçoit, d’après cette structure supposée du globe, que les foyers des commotions souterraines doivent se trouver à DIFFÉRENTES PROFONDEURS, et dans DIFFÉRENS TERRAINS, Les uns seront dans les premières couches de sa surface ; les autres seront plus ou moins profonds… Les commotions qui naîtront de ces derniers, pourront ébranler des contrées très-éloignées. Celle, par exemple, qui, en 1755, renversa Lisbonne, se fit ressentir dans différentes parties de l’Europe, en Afrique, aux Açores.

Ces même causes produiront des intermittences dans des volcans Car des volcans, tels que le Vésuve, ont des intermittences plus ou moins longues. Les commotions qui produisirent Monte-Nuovo ne se sont pas fait ressentir depuis cette époque. Le Volcan de Jorullo était tranquille depuis de longues années…

Il faut supposer que l’action de ces piles terrestres, qui produisait ces commotions, était suspendue. Elle s’est ranimée par des causes locales qu’on conçoit facilement. Elles seront les effets de quelques mouvemens dans les terrains de ces volcans, comme des affaissemens de terrains, de nouvelles fentes, de l’introduction d’une quantité d’eau…

Les probabilités, sur lesquelles sont fondées ces hypothèses de la structure du globe, et des causes des commotions souterraines, me paraissent très-grandes.

Je les estime à = 8 = 50,000,000.

On doit observer qu’on ne peut avoir que des probabilités fondées sur les analogies, pour entrevoir les causes de tous ces phénomènes. Il est impossible d’avoir à cet égard des faits directs, puisqu’on ne peut pénétrer qu’à une très-petite profondeur dans le sein du globe. Nous devons donc nous en rapporter aux analogies.

Les planètes doivent, suivant les analogies, être supposées construites à peu près comme le globe terrestre. Elles sont composées de substances diverses, qui font différens strates… Les mêmes phénomènes doivent donc y avoir lieu… Elles sont donc dans un état habituel d’électricité.

Cette hypothèse fait concevoir comment la grosse planète, qu’on suppose avoir existé entre Mars et Jupiter, a pu être brisée, pour former Pallas, Vesta, Junon et Cérès ; car, avec de puissantes batteries électriques, Nelis est parvenu à briser de forts cylindres d’acier. Si nous supposons donc qu’il existe au centre de cette planète, ou proche de ce centre, de grands foyers de ces piles galvaniques intérieures, et qu’elles fussent mises en action par des causes locales, il aura pu en résulter des détonations capables de la briser…

Enfin, les soleils eux-mêmes doivent être regardés comme des immenses piles galvaniques, toujours en activité, ainsi que je j’ai fait voir, dans le Journal de Physique, tom. 76, pag. 463, et tom. 80, p. 63. Ils sont, suivant les analogies, également composés de diverses substances, qui font différens strates… et dans un état continuel d’électricité…

Cette action galvanique est la cause de leur vive lumière et de leur grande chaleur. H. Davy a obtenu des effets analogues avec la pile de l’institution royale.

Cette hypothèse est appuyée sur de grandes probabilités, qu’on peut estimer 1/2 8 = 50,000,000.

Elle satisfait beaucoup mieux aux phénomènes que présentent ces globes, que l’hypothèse de les regarder comme des amas de combustibles, qui seraient dans un état permanent de conflagration.

Car, de quelle nature seraient ces combustibles ?

Quelle immense quantité d’air pur faudrait-il, pour entretenir cette combustion ?

Et quelles déperditions n’éprouveraient pas les masses de ces soleils ?

La probabilité que les soleils ne sont pas des masses de combustibles en conflagration, peut être estimée 9/10 8 = 90,000,000

Attendons de nouveaux faits, pour fortifier ou affaiblir ces probabilités.


RÉSUMÉ.


Nous devons conclure de tous ces faits que :

1°. Le globe terrestre est un magasin d’électricité, c’est-à-dire, est dans un état continuel d’électricité ou de galvanisme, produit par l’action galvanique de ses différens strates.

2°. Les commotions souterraines sont des effets de l’action galvanique des différens strates.

3°. Ces commotions souterraines sont instantanées, et sont analogues aux commotions électriques.

4°. Cette action galvanique produit tous les phénomènes que présentent les volcans.

5°. Elle enflamme les divers combustibles de l’intérieur du globe :

a. Les sulfures métalliques, principalement ceux de fer, ainsi que de soufre.

b. Toutes les substances métalliques

c. L’anthracite.

d. Les substances bitumineuses…

6°. L’inflammation de toutes ces substances n’a vraiseinblablement lieu qu’à l’air extérieur. Mais dans l’intérieur du volcan, elle n’a lieu qu’aux endroits où cet air communique.

7°. L’eau à une grande influence dans les phénomènes volcaniques.

8°. Les foyers des volcans peuvent donc se trouver dans toutes sortes de terrains, si leur strates composent des piles voltaïques.

9°. Ces foyers peuvent également être à différentes profondeurs.


DES ÉPOQUES DES VOLCANS.


Différens auteurs ont cherché à fixer les, époques des éruptions des volcans éteints, et même de ceux qui sont en activité.

Pallas distingue les volcans des tems primitifs de ceux des tems modernes. Il pense que l’explosion des premiers a produit des effets beaucoup plus considérables que ne le fait celle des seconds.

Desmarets a fixé trois époques différentes dans les volcans éteints du Vivarais et du Velai.

1°. Les plus récents sont ceux dont le cratère est encore bien conservé, et dont la lave a coulé dans des vallées déjà existantes, tels sont le Puy-de-Dôme, et deux autres volcans au-dessous, le Puy-de-la-Nugere et celui qui a fourni les laves de Volvic.

2°. La seconde époque qu’il assigne est celle des volcans dont les laves ont coulé sur des terrains à peu-près unis, et qui ensuite ont été excavés par des courans qui y ont creusé des vallées. Ces volcans ont dû être le plus souvent sousmarins.

3°. La troisième époque est celle des volcans les plus anciens. Les cratères et les laves en sont recouvertes par de nouvelles couches calcaires, qui ont été par conséquent déposées par les eaux des mers ou des lacs, depuis les éruptions de ces volcans.

Il faut supposer que la plus grande partie de ces derniers volcans ont été des volcans sousmarins. Leurs éruptions se sont faites au milieu des flots, et leurs laves ont couvert les bassins des mers.

De nouvelles couches calcaires se sont déposées sur ces laves.

Peut-être de secondes éruptions volcaniques ont-elles encore eu lieu, et il se sera formé de cette manière plusieurs couches alternatives de substances volcaniques, et de substances calcaires schisteuses… tels sont plusieurs montagnes volcaniques.

Le mont Bolèa, auprès de Véronne, est composé de couches alternatives de pierres calcaires, de marne schisteuses, dans laquelle est déposée cette quantité étonnante de poissons fossiles, et des couches de matières volcaniques. Son sommet est composé de laves prismatiques. Toutes ces couches ont été produites alternativement dans le sein des eaux.

Mais il serait possible que des volcans des continens eussent projeté des fleuves de laves, qui s’étant rendus directement à la mer, auraient ensuite été recouverts par des dépôts calcaires. Il est un grand nombre de courans de laves de l’Etna, du pic de Ténérife, du Vésuve… qui se sont ainsi rendus à la mer. Ils ont pu être recouverts par de nouveaux dépôts marins, ensuite par de nouvelles coulées basaltiques…

Ces époques qu’on voudrait assigner aux divers volcans ont donc toujours quelque chose de vague et d’incertain, parce qu’on ignore si tels volcans ont été sousmarins, ou ont appartenu à des continens.

On a ensuite cherché à fixer la date où tels et tels volcans ont été en activité. Mais on n’a à cet égard que des analogies très-faibles. Le chanoine Recupero est parti de la décomposition de certains courans de laves dont la date est certaine, pour en conclure la date des éruptions de l’Etna. Il a observé que tel courant, dont la date était bien connue, était plus ou moins altéré : d’où il a calculé qu’il faudrait tel nombre d’années pour amener cette lave à une entière décomposition. Il a ensuite fait l’application de ce principe aux laves les plus anciennes : et il a trouvé qu’il faudrait environ quatorze mille ans pour cette décomposition. Mais ces aperçus sont assez inexacts.

a. Des causes accidentelles peuvent avoir accéléré ou retardé cette décomposition de la lave. Celle qui est exposée à une forte vapeur d’acide sulfureux, ou marin, sera bien plutôt décomposée que celle qui n’y est pas exposée.

b. Les laves ne sont pas toutes également dures, également compactes, et se décomposent plus ou moins facilement.

c. Enfin, souvent des éruptions. postérieures couvrent de cendres des courans antérieurs. Ces cendres s’altèrent, se décomposent plus promptement que les laves compactes : et on pourra attribuer cette décomposition à celle de la lave…

On ne peut donc avoir aucune données certaines sur les diverses époques des volcans.


DE LA FORMATION DES TERRAINS PSEUDO-VOLCANIQUES.


Ces terrains pseudo-volcaniques sont produits par la combustion des matières bitumineuses[23]. On sait que dans toutes les grandes exploitations de ces substances, le feu se met dans quelques galeries, et brûle avec plus ou moins de vivacité. Tous les minéraux qui sont aux environs éprouvent donc l’action de cette chaleur, et en sont plus ou moins altérés, suivant leur nature, et suivant leur voisinage de ces foyers ardens. Elles forment des terrains particuliers, qu’on a appelé pseudo-volcaniques, parce qu’ils ont les plus grands rapports avec les vrais terrains volcaniques.

On y trouve effectivement à peu près les mêmes substances que dans les terrains volcaniques. C’est ce qu’on observe à la Bouiche en Auvergne. Des matières bitumineuses y ont brûlé pendant un tems assez considérable. Les schistes qui les recouvraient ont été chauffés, et ont été convertis,

1°. En vrai verre noir, analogue au verre des laves fontiformes, et qui, au chalumeau, donne également un verre noir.

2°. En une fritte poreuse, scorifiée, qui ressemble aux laves poreuses, scoriformes…

3°. En une lave qui a les plus grands rapports avec la véritable lave fontiforme compacte.

4°. En porcélanites. Werner a donné ce nom à des substances pseudo-volcaniques, parce qu’il leur a trouvé quelque analogie avec la porcelaine.

5°. Le tripoli paraît une substance pseudo-volcanique. On doit le regarder comme un schiste (thon-schiffer) qui a été chauffé, mais qui n’a pas été vitrifié.


DE LA FORMATION ET DE LÀ COMPOSITION DES METÉOROLITES.


On a long-tems contesté l’existence de ces substances singulières [24]. Comment croire, disait-on, qu’il puisse tomber de l’atmosphre des masses composées de pierres et de métaux, pesant quelquefois plusieurs quintaux ? La masse tombée le 4 novembre 1492. À Ensisheim, proche Colmar ; pesait plus de trois cents livres.

Mais le physicien sage commence à examiner les faits, et lorsqu’ils sont appuyés sur des preuves suffisantes, il les admet, quelqu’extraordinaires qu’ils puissent lui paraître. C’est ce qui est arrivé au sujet des météorolites. Des faits incontestables en ont prouvé l’existence, et personne n’ose plus la révoquer en doute.

Le docteur Chladni de Wittemberg en Saxe, est un des premiers qui ait bien constaté l’existence de ces météorolites, auxquels il a donné le nom de bolides, ou globes de feu. Ce fut à l’occasion d’un de ces météorolites tombé à Sienne, en juillet 1794, qu’il publia ses observations. Il regarda même comme une substance de cette nature la masse de fer trouvée en Sibérie, et décrite par Pallas, dans ses voyages, tome troisième. Il prétend que cette masse de fer, ainsi que celle décrite par Rubin de Célis, et trouvée au Paraguay, celles décrites par Buchols, par le docteur Robert, par Nauweck et d’autres, sont de la même nature que les bolides…

J’ai donné à ces substances le nom de météorolites, ou pierres météoriques, parce qu’on a toujours regardé ce phénomène comme météorologique.

Howard constata également la chute d’un de ces météorolites tombé en Angleterre, dans le Yorkflire.

Dès le moment que l’existence de ces substances a été constatée, on a fouillé les recueils des observations, et on a reconnu l’existence de plusieurs de ces météorolites tombés en différens tems et en différens lieux.

Un des plus extraordinaires est celui qui, en 1492, tomba à Ensisheim, proche Colmar. Son poids était de plus de trois cents livres.

John-Loyd William rapporte que, près de Bénarès, dans les Grandes-Indes, le 19 décembre 1798, on vit un météore très-lumineux, comme un globe de feu. Cette apparition fut accompagnée d’un grand bruit ressemblant au tonnerre, et il tomba plusieurs pierres qui furent ramassées.

Mais un des phénomènes les plus extraordinaires à cet égard, est celui qui arriva en 1803, le 26 avril, à Aigle, en Normandie, à une heure après midi. On entendit dans l’atmosphère des bruits plus forts que ceux du tonnerre : succéda bientôt après la chute d’un grand nombre de ces pierres, dont la description fut donnée dans le Journal de Physique.

Ces météorolites étaient au nombre de plus de deux ou trois milliers. Quelques-uns pesaient jusqu’à dix-sept livres…

Depuis cette époque il est peu d’années où on n’en ait observé.

La chute de ces pierres présente des circonstances particulières.

Les faits principaux qui accompagnent la chute de ces météorolites sont,

1°. Un bruit plus ou moins violent, semblable à un violent coup de tonnerre, ou à une décharge d’artillerie.

2°. Une lumière assez vive, lorsque cette chute a lieu pendant la nuit.

3°. La chaleur considérable qu’ont ces corps au moment de leur chute.

4°. Leur couleur noire, qui indique une combustion, ou oxidation.

5°. Leur chute très-précipitée, puisque ces corps s’enfoncent toujours profondément en terre.

6°. Leur pesanteur, qui est trois à quatre fois plus considérable que celle de l’eau…

L’analyse chimique de ces substances peut encore fournir quelques lumières sur ce phénomène.

Howard a retiré du météorolite tombé à Bénarès, dans l’Inde :

Silice. 46
Magnésie 21
Fer oxidé 33
Nickel 2

Laugier a retiré de celui tombé à Aigle :

Silice 49
Magnésie 12
Fer oxidê 35
Soufre 7

Manganèse 0 50
Nickel 0 25
Chrome X
Eau et perte 2

Prout a retiré de celui tombé en Espagne :

Silice 66
Magnésie 20
Fer oxidé noir 5
Fer sulfuré au minimum 12
Chaux et manganèse… des atômes.

On sent qu’un phénomène aussi extraordinaire a dû faire naître différentes opinions pour en rechercher la cause. On peut rapporter ces opinions à quatre principales.

I. Chladni a supposé que ces substances étaient étrangères à notre globe. Voici ses motifs :

a. Des substances aussi denses, aussi pesantes, et tombant de l’atmosphère, ne peuvent y avoir été soutenues.

b. Ces substances ne peuvent avoir été lancées de dessus la terre avec une vîtesse de projection aussi considérable, et dans une direction presque parallèle à l’horizon.

c. On en doit conclure que ces substances viennent des régions au-delà des limites de notre atmosphère.

Il suppose, en conséquence, que, dans l’instant de la formation des grands globes, des planètes. des comètes, quelques portions solides de matières ne s’unirent point à ces grandes masses. Elles demeurèrent isolées dans l’espace, et continuent d’y circuler. Lorsque, dans leurs courses, elles approchent assez des grands globes, pour se trouver dans leur sphère d’activité, elles en sont attirées, et forcées de tomber sur ces globes. C’est ce qui leur arrive quelquefois, en passant dans la sphère d’activité de la terre…
La vîtesse que ce corps acquerrait en tombant sur la terre, serait assez considérable pour lui donner une grande chaleur, et en oxider la surface…

Cette opinion ne me paraît pas pouvoir se concilier avec les faits connus.

II. La seconde opinion est celle de quelques Anglais, qui ont dit que ces pierres avaient pu être lancées, sur notre globe, par les volcans de la Lune.

Des géomètres français, Laplace, Biot et Poisson, ont calculé si la chose était possible. Le résultat de leur calcul a été qu’un corps lancé de la Lune, avec une force six fois plus considérable que celle qui chasse un boulet de vingt-quatre, pourrait arriver sur la terre, en supposant que la direction de cette force se trouvât dans la ligne qui passerait par le centre de la terre et de la lune.

Cette opinion présente plusieurs difficultés :

a. La cause de cette force de projection.

b. La rencontre des deux globes, la terre et la lune.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .


Je ne crois donc pas cette explication satisfaisante.

III. Pline avait supposé que ces substances pouvaient venir du soleil (lib. 2, cap. 60)… Quibus diebus saxum casurum esset e sole… Anaxagore, dit-il, avait prédit qu’une pierre tomberait du soleil.

On sent que cette opinion n’est nullement fondée.

IV. Mais l’opinion, qui me paraît la plus vraisemblable, est de regarder ces météorolites, comme provenans de corps réduits en vapeurs, et tenus en suspension dans l’atmosphère, par de grandes masses de gaz inflammable. Ce gaz est enflammé, dans les parties supérieures de l’atmosphère, par des étincelles électriques, ce qui produit les détonations, les éclairs… Toutes ces substances se réunissent par les lois des affinités, ; les métaux sont oxidés… et il se forme des masses plus ou moins considérables… qui ont encore une grande chaleur au moment de leur chute.

Cette opinion est appuyée par tous les faits que nous avons rapportés sur la formation des grands globes, par des substances aériformes.



  1. Voir mon Mémoire sur la classification des substances volcaniques. Journal de Physique, tom. 62, pag. 192.
  2. Journal de Physique, tom. 53, pag. 58.
  3. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  4. Leçons de Minéralogie.
  5. Daubuisson, Mémoires sur les basaltes de la Saxe, pag. 134.
  6. Journal de Physique, tom. 59, pag. 224.
  7. Journal de Physique, tom. 20
  8. Journal de Physique, tom. 48, pag. 434.
  9. Journal de Physique, tome 49, pag. 262.
  10. Journ de Phys., année 1786.
  11. Borry de Saint-Vincent.
  12. De arte et causis sub terraneorum
  13. Kesler, Recherches sur l’origine de la surface de le terre, surtout des montagnes ; à Leipsick, 1787.
  14. Journal de Physique.
  15. Collection académique, tom. 6.
  16. Journal de Physique, année 1794.
  17. Troïl, Histoire d’Islande.
  18. Histoire d’Islande.
  19. Les pulvicules (petites poussières), formaient originellement la masse du globe. Abrégé de Géologie, page 77, imprimé en 1816.
  20. Voyage.
  21. Voyage en Sicile.
  22. Leçons de Minéralogie, tom. I
  23. Leçon de Minéralogie, tom. 2, pag. 547.
  24. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 551.