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Le Bhâgavata Purâna/Livre III/Chapitre 17

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Traduction par Eugène Burnouf.
Imprimerie royale (tome 1p. 241-244).
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CHAPITRE XVII.

NAISSANCE DU CHEF DES DÂITYAS.


1. Mâitrêya dit : Ayant appris du Dieu qui est né de lui-même la cause de leur détresse, les habitants du ciel, délivrés de leur effroi, rentrèrent tous dans le Tridiva.

2. Cependant la vertueuse Diti qui, d’après l’avis de Kaçyapa, craignait à cause du fruit qu’elle portait dans son sein, donna, au bout de cent ans, le jour à deux enfants mâles.

3. Alors parurent, au moment de leur naissance, dans le ciel, sur la terre et dans l’atmosphère, de nombreux prodiges qui inspirèrent au monde une grande terreur.

4. Les terres tremblèrent avec les montagnes ; tous les points de l’horizon parurent enflammés ; des foudres tombèrent avec des globes de feu ; il parut des comètes qui répandaient partout la crainte.

5. Il s’éleva un vent âpre, frémissant, soufflant sans relâche, déracinant les rois des arbres, un vent qui avait pour armée la tempête et pour étendard la poussière.

6. L’obscurité répandue sur le ciel dont les astres étaient éclipsés par la masse des nuages au milieu desquels éclatait le tonnerre, empêchait qu’on ne pût distinguer aucun point.

7. L’océan mugissait comme s’il eût été hors de lui, soulevant ses vagues, ébranlé jusque dans ses entrailles ; les étangs s’agitaient ainsi que les lacs, au fond desquels se desséchaient les lotus.

8. On voyait se répéter plusieurs fois le disque du soleil et de la lune saisis par Rahu ; des bruits souterrains, semblables au roulement des chars, sortaient des cavernes des montagnes.

9. Dans les villages, des chacals de mauvais augure, vomissant par la bouche un feu abondant, hurlaient au milieu des cris des renards et des chouettes.

10. Les chiens, le cou tendu vers le ciel, poussaient, à diverses reprises, des cris de différente nature, tantôt comme des chants, tantôt comme des pleurs.

11. Les ânes, frappant la terre de leurs sabots aigus, se répandaient en troupes de tous côtés, furieux et brayant avec violence.

12. Effrayés par la voix de l’âne, les oiseaux tombaient de leurs nids en criant, et les troupeaux laissaient aller leurs excréments dans le parc et dans la forêt.

13. Les vaches épouvantées donnaient du sang au lieu de lait ; il pleuvait du pus des nuages ; les statues des Dêvas versaient des larmes ; les arbres tombaient, quoiqu’il ne fît pas de vent.

14. On voyait s’avançant contre les planètes et les constellations de bon augure, d’autres astres enflammés, qui, dans leur course rétrograde, les attaquaient et se combattaient les uns les autres.

15. À la vue de ces grands prodiges et d’autres semblables, les créatures qui, excepté les fils de Brahmâ, en ignoraient la cause, effrayées, crurent que la destruction de l’univers était prochaine.

16. Les deux chefs des Dâityas, dont la vigueur se produisit tout d’un coup au dehors, acquirent bientôt un corps aussi dur que la pierre, semblables à deux Rois des montagnes.

17. Touchant au ciel avec leurs aigrettes d’or, remplissant les points, de l’horizon, portant à leurs bras des anneaux étincelants, ébranlant la terre sous leurs pas, ils se tenaient debout, les reins entourés d’une belle ceinture qui surpassait en éclat le soleil.

18. Le Pradjâpati leur imposa ainsi leur nom : le premier des deux jumeaux qui provenait de son corps, fut celui que les hommes nomment Hiraṇyakaçipu ; celui que Diti mit au monde le premier, fut Hiraṇyâkcha.

19. Fier de la vigueur de ses bras, et, grâce à la faveur de Brahmâ, ne redoutant pas la mort, Hiraṇyakaçipu réduisit en esclavage les trois mondes avec leurs Gardiens.

20. Hiraṇyâkcha, son jeune frère, qui l’aimait et qui chaque jour s’efforçait de lui plaire, alla dans le ciel, une massue à la main, avide de combattre, et cherchant la guerre.

21. À la vue de ce géant dont l’impétuosité était irrésistible, aux pieds duquel retentissaient des anneaux d’or, qui était paré d’une guirlande divine, sur l’épaule duquel reposait une grande massue,

22. Qui était orgueilleux de son courage, de sa force et de la faveur d’un Dieu, qui se précipitait intrépide et sans frein, les Dêvas disparurent, comme les serpents effrayés qui fuient devant le fils de Târkcha.

23. Le chef des Dâityas voyant que les troupes des Dêvas, privées de courage, avaient disparu avec Indra devant sa splendeur, se mit à crier de toute sa force en ne les voyant plus.

24. S’arrêtant tout d’un coup, le Dâitya puissant, semblable à un éléphant furieux, plongea, comme pour se jouer, dans l’océan profond qui mugissait d’une manière terrible.

25. Quand il y fut entré, les troupes des monstres marins qui forment l’armée de Varuna, perdant l’esprit, domptées par son éclat, s’enfuirent rapidement au loin, quoiqu’il ne les eût pas attaquées.

26. Faisant tomber sur l’océan des torrents de pluie que poussait son souffle, le Dâitya vigoureux détruisit les grandes vagues avec sa massue de fer, et parvint à Vibhâvarî, demeure de Pratchêtas.

27. Ayant rencontré là le souverain du monde des Asuras, Pratchêtas, le chef de l’armée des monstres marins, il lui dit en riant et en s’inclinant devant lui avec une soumission ironique : Accorde-moi, puissant monarque, le combat avec toi !

28. Tu es le seigneur, chanté au loin, des Gardiens des mondes, le destructeur de la force de ceux qui, dans leur fol orgueil, se croyaient des héros ; tu as vaincu dans le monde les Dâityas et les Dânavas, parce que tu as jadis célébré le sacrifice royal.

29. Ainsi cruellement insulté par un ennemi dont l’orgueil était à son comble, le bienheureux souverain des eaux apaisant avec sa raison la colère qui s’élevait en son cœur, répondit au Dâitya : Nous sommes réfugiés dans le calme de la paix.

30. Je ne vois pas d’autre être que l’antique Purucha, qui puisse te satisfaire, ô toi qui, dans une bataille, connais les voies du combat ; va donc trouver, chef des Dâityas, celui que chantent les braves comme toi.

31. Quand tu auras rencontré ce héros, alors déchu de ton orgueil, tu dormiras bientôt entouré de chiens, sur la couche des braves ; car c’est pour détruire les méchants comme toi, qu’il revêt diverses formes, désireux de témoigner sa bienveillance aux hommes vertueux.


FIN DU DIX-SEPTIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
NAISSANCE DU CHEF DES DÂITYAS,
DANS LE TROISIÈME LIVRE DU GRAND PURÂṆA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.