Le Bon Vieux Temps

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AnonymeGerald Griffin

Le Bon Vieux Temps


Es-tu donc bien parti ? … Je croyais ressentir
Cette vibration dont j’aimais à jouir
Quand ta voix s’élevait tranquille, harmonieuse,
Et frappait la paroi de mon oreille heureuse.
Oh ! ce n’était hélas ! que le soupir d’été
À la brise venant parler d’éternité.

Mais es-tu donc parti ?… Cette noble prestance
Qu’avait mûri des ans la nombreuse séquence,
Elle a donc trépassé !… Deux mots – deux seuls [1] font foi
Que dans ta Majesté simple tu gis là – Toi !
Mais tous ces beaux ressorts, ces jeux d’un Esprit Maître
Après ta vie, à Toi, tu les laisses paraître ;
Ils sont chargés de dire à tous comme à chacun,
La langue du Très Haut, du Triple qui n’est qu’Un,
Que chacune des fleurs qui naît sur notre terre,
De ta sainte harmonie est le vocabulaire.

Se tenir sur le point où planait ton regard,
Admirer la beauté des lacs – un monde à part,
Du poëte sentir l’ineffable puissance,
Et de son art divin diviniser l’essence,
Ô Wordsworth ! qui n’est plus ! voilà ce que produit
Ton tant doux souvenir sur chaque noble Esprit !



Le vieux temps ! le vieux temps ! le gai ! le bon vieux Temps !
           Alors que j’étais jeune et libre,
Quand de Pasque entendais les carillons charmants,
Qui de mon cœur ému venaient toucher la fibre.
Mon frais rameau de Pasque à mes côtés placé,
Ma croix en mains, mon cœur en repos, pas glacé,
           L’espérance d’un jour prospère,
           Et du beau soleil sur la terre !
           Le vieux temps ! ô le bon vieux temps !

<poem> Ce n’est pas que le sort m’ait fait des tours sanglants.

          Ni parce que pâle est ma joue,

que quand je pense a toi vallon de mon printemps Je pousse des soupirs quelquefois je l’avoue ! J’ai, ne l’ignore pas, de sagesse un grand fond, Bien plus que quand alors j’y flanais vagabond,

          Mais c’est qu’aussi dans ma sagesse
          Il est un levain de tristesse !
          Le vieux temps ! ô le bon vieux temps !

J’ai vécu pour avoir de bien joyeux moments,

          Et pour avoir ma part de peines,

Pour voir que l’amitié, que ses transports charmants Sont parfois trop sucrés ; — que les amours sont vaines ; Triste, de la gaité pour singer les ébats, Pour me lasser d’errer en de lointains climats,

          Pour aimer mon île natale,
          Et penser que rien ne l’égale :
          Le viens temps ! ô le bon vieux temps !

Et certes le pays n’offre de changements,

          Les gais oiseaux chantent de même,

Les fleurs ouvrent toujours leurs calices charmants, Le soleil éblouit la colline qu’il aime : L’arbre qui m’ombrageait il y a bien longtemps Il m’ombrage toujours comme au premier printemps ;

          Mais de l’enfance mon poème
          N’est plus ; et ne suis plus le même !
          Le vieux temps ! ô le bon vieux temps !

Oh ! bon vieux temps reviens ! oh ! reviens bon vieux temps !

          Si plein de soleil, de jeunesse,

Et que j’entende encor ces cardions charmants Qui de Pasque à mon cœur annonçait la liesse, Mais en vain verserais tous les pleurs de mes yeux. En vain je pousserais des soupirs jusqu’au cieux.

          Il ne reviendra plus je pense
          Le bien aimé de mon enfance,
          Le vieux temps ! ô le bon vieux temps !

  1. In Grasmere Churchyard a simple slab, inscribed : “William Wordsworth” marks the Poet’s grave. – Henry Grazebrook