Le Centurion/63

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L'Action sociale (p. 440-444).

VI

LES PREMIERS NÉOPHYTES


Tout différent des hommes, dont l’influence et l’action finissent à la mort, Jésus de Nazareth avait dit : Quand je serai élevé de terre — c’est-à-dire crucifié — j’attirerai tout à moi.

Cette prophétie allait maintenant commencer à s’accomplir, lentement d’abord, et bientôt avec une rapidité qui ferait l’étonnement des siècles.

L’attraction divine du Crucifié s’était manifestée même sur la croix.

Aux côtés de Jésus mourant, deux voleurs allaient aussi mourir. L’un d’eux employait le reste de ses forces à blasphémer, et joignait ses imprécations à celles des ennemis du Messie. L’autre souffrait en silence, et s’efforçait d’imiter, lui coupable, la résignation de l’innocent.

Et, jetant sur Jésus un regard suppliant, le bon larron lui dit : « Seigneur, Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre Royaume. »

Jésus récompense immédiatement sa foi, en lui adressant ces consolantes paroles : « En vérité, je te le déclare : aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis. »

Un moment plus tard, c’était le Centurion que Jésus attirait à lui, et dont l’acte de foi solennel était imité par un grand nombre.

Mais c’était à présent surtout qu’il allait attirer tout à lui, à présent que sa résurrection était venue prouver sa divinité d’une manière si éclatante.

Déjà la nouvelle du grand événement se propageait dans la Judée. Vainement les princes des prêtres s’employaient à faire la conspiration du silence : ils n’avaient réussi à faire taire que Pilatus.

Au palais même du gouverneur, Caïus avait fait des prosélytes. Tous les soldats romains qui avaient assisté avec lui au crucifiement, avaient confessé comme lui la divinité de Jésus, et la nouvelle de sa résurrection les avait confirmés dans leur foi.

Claudia et Camilla ne doutaient plus, et elles s’efforcaient d’inculquer leur croyance dans l’esprit de leur père. Mais le vieux patricien résistait :

— À mon âge, disait-il, on n’abandonne pas les croyances de toute sa vie…

À chaque nouvelle apparition de Jésus, Camilla venait lui faire part des renseignements qu’elle avait recueillis, et des témoignages de plus en plus nombreux qui attestaient la résurrection.

— Non seulement les apôtres et les disciples croyaient, lui disait-elle ; mais un grand nombre de Juifs pieux et sans préjugés avaient pris rang parmi les néophytes. Il y avait même des croyants parmi les scribes et les anciens ; et elle lui nommait Gamaliel, Nicodème et Joseph d’Arimathie.

— Il y avait longtemps que ceux-ci étaient enclins à croire, objectait Claudius.

— C’est vrai, répliquait Camilla. Mais, vous vous en souvenez, ils ne voulaient pus reconnaître la divinité dans Jésus.

— Et comment en ont-ils été convaincus ?

— Écoutez leurs récits, mon père. Au moment où Jésus expirait, Nicodème et Joseph d’Arimathie étaient au Calvaire, mais Gamaliel était dans le Temple. Les deux premiers entendirent donc le grand cri que le Crucifié fit entendre à la terre, en rendant le dernier soupir. Ils sentirent la montagne trembler violemment sous leurs pieds, ils virent les rochers se fendre, les sépulcres s’ouvrir, et les morts se lever vivants. Ils accoururent au Temple, et y trouvèrent Gamaliel dans une agitation extraordinaire. Il avait vu les portes de bronze s’ouvrir d’elles-mêmes, le voile du Temple se déchirer, et des fantômes, ou plutôt des morts ressuscités, passer sous les portiques.

Tous les trois en se retrouvant, avaient prononcé la même parole : Il était vraiment le Fils de Dieu !

Deux jours après, ils ont été confirmés dans leur foi, quand ils ont vu le tombeau vide, et quand ils ont interrogé ceux auxquels Jésus de Nazareth avait daigné se montrer vivant.

Le vieux sénateur se taisait.

Alors Camilla lui parlait de son amour pour Caïus. Elle lui disait combien il avait été noble et généreux, comment sa foi avait été plus forte que son amour, qui était pourtant bien grand.

- Ah ! si vous saviez, mon père, de quel glaive vous avez transpercé son cœur quand vous lui avez déclaré que vous ne consentiriez jamais à notre mariage, s’il devenait un disciple du prophète. Mais cela ne l’a pas empêché de manifester sa foi au grand jour.

Alors, il est venu me faire ses adieux ; et pour me montrer toute l’énergie de ses convictions il m’a dit : Vous savez, Camilla, toute la force de mon amour pour vous ? Eh ! bien, je ne voudrais pas moi-même associer mon sort au vôtre, si vous restez fidèle au culte de Jupiter.

— Est-ce pour cela, interrompit le père, que vous croyez maintenant à la divinité du Prophète ?

— Ô mon père, je vous en prie, jugez mieux votre fille, et n’attribuez pas à sa foi un motif aussi indigne. Je n’épouserai jamais Caïus sans votre consentement. Mais laissez-moi croire en la divinité de Jésus de Nazareth.

Si vous l’aviez connu comme moi !

Si vous aviez entendu sa merveilleuse parole…

Si vous aviez assisté à la résurrection de Lazare…

Si vous interrogiez seulement ceux qui l’ont vu ressuscité ! Vous aussi vous croiriez.

— Où sont maintenant ses apôtres ?

— Ils sont partis pour la Galilée, où leur Maître leur à donné rendez-vous ».

— La Galilée… c’est un pays très intéressant à visiter, m’a dit Caïus qui y a passé deux ans, je crois. Je voudrais y aller, avant de repartir pour Rome. C’est la belle saison, pourquoi n’irions-nous pas ensemble ?

— Oh ! oui, mon père. Claudia et moi en avons déjà parlé.

— C’est bien. Je vais organiser la chose avec Pilatus. Caïus pourrait nous servir de guide, et nous escorter avec quelques légionnaires.

Quelques jours après, la joyeuse caravane descendait au petit galop des chevaux la pente sinueuse qui conduit de Jérusalem aux bords du Jourdain.