Le Centurion/65

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L'Action sociale (p. 451-453).

VIII

L’AVÈNEMENT DE JÉSUS AU TRÔNE DES NATIONS


À quelques jours de là, sur la montagne qu’il leur avait indiquée, apôtres et disciples au nombre de plus de cinq cents se trouvaient réunis pour entendre encore une fois la parole du divin Maître. C’était là que deux ans auparavant il leur avait adressé son merveilleux sermon, sur les bonheurs qui attendent ceux qui souffrent, et sur les malheurs futurs de ceux qui jouissent.

Que d’événements s’étaient accomplis pendant ces deux années ! l’humanité était régénérée, et elle n’en savait rien ! Le monde était racheté, et il l’ignorait ! Le royaume de Dieu était définitivement établi sur la terre, et les rois de la terre n’en avaient pas eu connaissance !

Pour accomplir ce grand œuvre, il avait pourtant fallu la mort d’un Dieu, et la chose n’était connue que par quelques âmes pures et droites.

Et maintenant l’auguste victime était ressuscitée ; elle ne serait plus soumise à la puissance des Ténèbres et à la mort. Du modeste trône de Judas, le Fils de David allait monter sur le trône des nations.

Le jour de son royal avènement était arrivé. Ses disciples fidèles, les regards fixés sur le sommet d’où il leur avait parlé si éloquemment jadis, attendaient son apparition.

Soudain, dans la pleine lumière du jour, la sainte humanité du Fils de Dieu se montra, telle que la foule l’avait vue tant de fois sur tous les chemins de la Galilée. Et quand il parla, elle reconnut bien sa voix qui lui était familière. C’était bien Jésus de Nazareth, dont tous les échos avaient répété le nom pendant trois années. C’était bien Lui que les princes des prêtres et Pilatus avaient mis à mort, et qui était maintenant plein de vie, parlant et gesticulant devant la foule.

Mais qu’elles étaient grandes et souveraines les paroles qu’il prononçait !

Ce n’était plus seulement le Docteur enseignant aux hommes la Vérité, interprétant les Écritures, confondant les pharisiens par sa science merveilleuse. C’était le Triomphateur annonçant à tous les peuples sa victoire définitive sur la mort et sur ses ennemis. C’était le Roi des rois prenant possession de l’univers, et proclamant sa domination universelle sur le monde et dans le ciel !

— « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre », disait sa voix puissante.

« Allez donc ! Parcourez le monde entier ! Prêchez l’Évangile à toute créature ; enseignez toutes les nations ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à observer absolument tout ce que je vous ai commandé… »

« Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles ».

Quelle proclamation surhumaine ! Ô princes des prêtres, ô Pilatus, ô Tiberius, que sont vos lambeaux de puissance, à côté de cette souveraineté universelle dont l’empire embrasse tous les mondes, et la terre et le ciel ?

La voix s’était tue ; la divine apparition avait disparu ; et les disciples restaient immobiles, agenouillés, les mains tendues vers le ciel, dans la contemplation idéale du Maître, qui n’était plus visible à leurs yeux de chair, mais qui leur avait promis d’être toujours avec eux.