Le Cerf se voyant dans l’eau

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Claude Barbin & Denys Thierry (pp. 188-190).


IX.

Le Cerf ſe voyant dans l’eau.


Dans le cryſtal d’une fontaine
Un Cerf ſe mirant autrefois,
Loüoit la beauté de ſon bois,
Et ne pouvoit qu’avecque peine
Souffrir ſes jambes de fuſeaux,

Dont il voyoit l’objet ſe perdre dans les eaux.
Quelle proportion de mes pieds à ma teſte !
Diſoit-il en voyant leur ombre avec douleur :
Des taillis les plus hauts mon front atteint le faiſte ;
Mes pieds ne me font point d’honneur.
Tout en parlant de la ſorte,
Un Limier le fait partir ;
Il tâche à ſe garentir ;
Dans les foreſts il s’emporte.
Son bois, dommageable ornement,
L’arreſtant à chaque moment,
Nuit à l’Office que luy rendent
Ses pieds, de qui ſes jours dépendent.
Il ſe dédit alors, & maudit les preſens
Que le Ciel luy fait tous les ans.

Nous faiſons cas du beau, nous mépriſons l’utile ;
Et le beau ſouvent nous détruit.
Ce Cerf blâme ſes pieds qui le rendent agile :
Il eſtime un bois qui luy nuit.