Le Château aventureux/54

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Plon (3p. 246-247).


LIV


Ainsi Perceval fut admis à la Table ronde. Or, il demeura longtemps à l’hôtel du roi pour diverses raisons que le conte ne dit pas ; et sans doute y fût-il resté davantage, sans une parole malheureuse qu’il entendit.

Un jour, à l’entrée de l’hiver, au château de Cardigan, comme le roi était assis à son haut manger, Mordret dit à Keu :

— Que vous semble de notre nouveau chevalier ? On croirait qu’il aime mieux paix que guerre.

— Cela paraît assez à son écu ! Il n’a jamais coup féru, depuis son adoubement.

Un fou de la cour, qui entendit cela, vint le répéter à Perceval en se moquant de lui. Et celui-ci, qui en eut grand’honte, résolut de se mettre sur-le-champ en quête de Lancelot, et de ne point revenir avant d’en avoir eu des nouvelles. Le soir, quand tout le monde fut couché, il prit ses armes, sella son cheval et partit.

Il chemina durant quelques jours sans rien faire qui mérite d’être conté. Enfin il aperçut une grosse pierre, à laquelle un chevalier sans heaume, ni écu, ni lance, se trouvait attaché par une chaîne qui lui entourait le corps.

— Si tu es chevalier, dit le prisonnier, viens me délivrer, car je le suis comme toi. Mais sache qu’il te faut pour cela rompre cette chaîne d’un seul coup d’épée.

— Je couperai le dernier anneau au ras de votre haubert, répondit Perceval, afin que vous ne demeuriez point enchaîné.

Et, après avoir fait coucher le chevalier sur la borne, il hausse son épée et, d’un seul coup, il tranche la chaîne et les doubles mailles du haubert sans seulement toucher la chair, et aussi la borne comme une motte de terre.

— Sire, dit le chevalier délivré en se signant, il semble, à vous voir frapper de taille, que vous soyez moins homme que diable !

Mais Perceval était déjà parti. Et à présent le conte se tait de lui pour parler de Lancelot du Lac dont il n’a rien dit depuis longtemps.