Le Chemin des ombres heureuses/Philénis

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Édition du Mercure de France (p. 57-58).

PHILÉNIS


Philénis mimait sur le théâtre
les comédies des amours divines.
On la vit tour à tour être Antiope, Héra,
Atalante, Europe, Aphrodite ;
on la vit tressaillir sous les ailes du cygne,
recevoir la pluie d’or au creux de son giron,
et, pareille à Phœbé, d’une bouche furtive
caresser le sommeil du jeune Endymion.

Sous ces divers aspects tendant au même terme
elle était l’interprète du geste universel.
Son corps nu se mouvait aux yeux des spectateurs

avec la sereine impudeur
de la nature dont les actes s’étalent
dans leur beauté sincère sous la clarté des astres.
Et, lorsque des gradins en demi-cercle
des désirs ardents par milliers
rayonnaient à la fois vers elle,
il lui semblait remplir un office sacré.
Car soudain, s’élevant au-dessus de son rôle,
elle représentait cette secrète force
qui dans une inlassable ronde emporte,
d’un pôle à l’autre, l’univers tout entier.