Le Christianisme dévoilé/Chapitre X

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CHAPITRE X.

Des livres sacrés des Chrétiens.

La religion chrétienne, pour montrer son origine céleste, fonde ses titres sur des livres qu’elle regarde comme sacrés, et comme inspirés par Dieu lui-même. Voyons donc si ses prétentions sont fondées ; examinons si ces ouvrages portent réellement le caractere de la sagesse, de l’omniscience, de la perfection, que nous attribuons à la Divinité.

La bible, qui fait l’objet de la vénération des chrétiens, dans laquelle il n’y a pas un mot qui ne soit inspiré, est formée par l’assemblage peu compatible des livres sacrés des hébreux, connus sous le nom de l’ ancien testament, combinés avec des ouvrages plus récens, pareillement inspirés aux fondateurs du christianisme, connus sous le nom de nouveau testament . à la tête de ce recueil, qui sert de fondement et de code à la religion chrétienne, se trouvent cinq livres, attribués à Moïse, qui, en les écrivant, ne fut, dit-on, que le secrétaire de la divinité. Il y remonte à l’origine des choses ; il veut nous initier au mystère de la création du monde, tandis qu’il n’en a lui-même que des idées vagues et confuses, qui décélent à chaque instant une ignorance profonde des loix de la physique. Dieu crée soleil, qui est, pour notre système planétaire, la source de la lumiere, plusieurs jours après avoir créé la lumiere. Dieu, qui ne peut être représenté par aucune image, crée l’homme à son image ; il le crée mâle et femelle, et bientôt oubliant ce qu’il a fait, il crée la femme avec une des côtes de l’homme ; en un mot, dès l’entrée de la bible, nous ne voyons que de l’ignorance et des contradictions[1]. Tout nous prouve que la cosmogonie des hébreux n’est qu’un tissu de fables et d’allégories, incapable de nous donner aucune idée des choses, et qui n’est propre qu’à contenter un peuple sauvage, ignorant et grossier, étranger aux sciences, au raisonnement.

Dans le reste des ouvrages, attribués à Moïse, nous verrons une foule d’histoires improbables et merveilleuses, un amas de loix ridicules et arbitraires ; enfin, l’auteur conclut par y rapporter sa propre mort. Les livres postérieurs à Moïse ne sont pas moins remplis d’ignorance ; Josué arrête le soleil, qui ne tourne point ; Samson, l’hercule des juifs, a la force de faire tomber un temple… on ne finiroit point, si on vouloit relever toutes les bévues et les fables, que montrent tous les passages d’un ouvrage qu’on a le front d’attribuer à l’esprit saint. Toute l’histoire des hébreux ne nous présente qu’un amas de contes, indignes de la gravité de l’histoire et de la majesté de la divinité ; ridicule aux yeux du bon sens, elle ne paroît inventée que pour amuser la crédulité d’un peuple enfant et stupide.

Cette compilation informe est entremêlée des oracles obscurs et décousus, dont différens inspirés, ou prophétes, ont successivement repu la superstition des juifs. En un mot, dans l’ancien testament tout respire l’enthousiasme, le fanatisme, le délire, souvent ornés d’un langage pompeux ; tout s’y trouve, à l’exception du bon sens, de la bonne logique, de la raison, qui semblent être exclus opiniâtrément du livre qui sert de guide aux hébreux et aux chrétiens.

On a déjà fait sentir les idées abjectes, et souvent absurdes, que ce livre nous donne de la divinité ; elle y paroît ridicule dans toute sa conduite ; elle y souffle le froid et le chaud ; elle s’y contredit à chaque instant ; elle agit avec imprudence ; elle se repent de ce qu’elle a fait ; elle édifie d’une main, pour détruire de l’autre ; elle rétracte par la voix d’un prophéte, ce qu’elle a fait dire par un autre : si elle punit de mort toute la race humaine, pour le péché d’un seul homme, elle annonce, par ézéchiel, qu’elle est juste, et qu’elle ne rend point les enfans responsables des iniquités de leurs peres. Elle ordonne aux israélites, par la voix de Moïse, de voler les égyptiens ; elle leur défend dans le décalogue, publié par la loi de Moïse, le vol et l’assassinat : en un mot, toujours en contradiction avec lui-même, Jéhovah, dans le livre inspiré par son esprit, change avec les circonstances, ne tient jamais une conduite uniforme, et se peint souvent sous les traits d’un tyran, qui feroient rougir les méchans les plus décidés.

Si nous jettons les yeux sur le nouveau testament, nous ne verrons pareillement rien qui annonce cet esprit de vérité, que l’on suppose avoir dicté cet ouvrage. Quatre historiens, ou fabulistes, ont écrit l’histoire merveilleuse du messie ; peu d’accord sur les circonstances de sa vie, ils se contredisent quelquefois de la façon la plus palpable. La généalogie du Christ, donnée par s Matthieu, ne ressemble point à celle que nous donne s Luc ; un des évangélistes le fait voyager en égypte, un autre ne parle aucunement de cette fuite ; l’un fait durer sa mission trois ans, l’autre ne la suppose que de trois mois. Nous ne les voyons pas plus d’accord sur les circonstances des faits qu’ils rapportent. S. Marc dit que Jésus mourut à la troisiéme heure, c’est-à-dire à neuf heures du matin ; s Jean dit qu’il mourut à la sixieme heure, c’est-à-dire, à midi. Selon s Matthieu et s Marc, les femmes, qui après la mort de Jésus allerent à son sépulchre, ne virent qu’un seul ange ; selon s Luc et S Jean, elles en virent deux. Ces anges étoient, suivant les uns, en dehors ; et suivant d’autres, en-dedans du tombeau. Plusieurs miracles de de Jésus sont encore diversement rapportés par ces évangélistes, témoins, ou inspirés. Il en est de même de ses apparitions après sa résurrection. Toutes ces choses ne semblent-elles pas devoir nous faire douter de l’infaillibilité des évangélistes, et de la réalité de leurs inspirations divines ? Que dirons-nous des prophéties fausses, et non existantes, appliquées, dans l’évangile, à Jésus ? C’est ainsi que s Matthieu prétend que Jérémie a prédit que le Christ seroit trahi pour trente piéces d’argent, tandis que cette prophétie ne se trouve point dans Jérémie. Rien de plus étrange que la façon dont les docteurs chrétiens se tirent de ces difficultés. Leurs solutions ne sont faites que pour contenter des hommes, qui se font un devoir de demeurer dans l’aveuglement[2]. Tout homme raisonnable sentira que toute l’industrie des sophismes ne pourra jamais concilier des contradictions si palpables, et les efforts des interprêtes ne lui prouveront que la foiblesse de leur cause. Est-ce par des subterfuges, des subtilités et des mensonges, que l’on peut servir la Divinité ?

Nous retrouvons les mêmes contradictions, les mêmes erreurs, dans le pompeux galimathias attribué à S. Paul. Cet homme, rempli de l’esprit de Dieu, ne montre dans ses discours, et dans ses épîtres, que l’enthousiasme d’un forcené. Les commentaires les plus étudiés ne peuvent mettre à portée d’entendre, ou de concilier les contradictions, les énigmes, les notions décousues, dont tous ses ouvrages sont remplis, ni les incertitudes de sa conduite, tantôt favorable, tantôt opposée au judaïsme[3]. On ne pourroit tirer plus de lumieres des autres ouvrages attribués aux apôtres. Il sembleroit que ces personnages, inspirés par la divinité, ne sont venus sur la terre, que pour empêcher leurs disciples de rien comprendre à la doctrine qu’ils leur vouloient enseigner.

Enfin, le recueil qui compose le nouveau testament, est terminé par le livre mystique, connu sous le nom d’ apocalypse de s Jean, ouvrage inintelligible, dont l’auteur a voulu renchérir sur toutes les idées lugubres et funestes contenues dans la bible ; il y montre, au genre humain affligé, la perspective prochaine du monde prêt à périr ; il remplit l’imagination des chrétiens d’idées affreuses, très-propres à les faire trembler, à les dégoûter d’une vie périssable, à les rendre inutiles, ou nuisibles à la société. C’est ainsi que le fanatisme termine dignement une compilation, révérée des chrétiens, mais ridicule et méprisable pour l’homme sensé ; indigne d’un dieu plein de sagesse et de bonté ; détestable pour quiconque considérera les maux qu’elle a faits à la terre.

Enfin, les chrétiens ayant pris, pour régle de leur conduite et de leurs opinions, un livre tel que la bible, c’est-à-dire, un ouvrage rempli de fables effrayantes, d’idées affreuses de la divinité, de contradictions frappantes, n’ont jamais pu savoir à quoi s’en tenir ; n’ont jamais pu s’accorder sur la façon d’entendre les volontés d’un dieu changeant et capricieux, et n’ont jamais su précisément ce que ce Dieu exigeoit d’eux : ainsi, ce livre obscur fut pour eux une pomme de discorde, une source intarissable de querelles, un arsenal, dans lequel les partis les plus opposés se pourvûrent également d’armes. Les géometres n’ont aucune dispute sur les principes fondamentaux de leur science ; par quelle fatalité, le livre révélé des chrétiens, qui renferme les fondemens de leur religion divine, d’où dépend leur félicité éternelle, est-il inintelligible, et sujet à des disputes, qui si souvent ont ensanglanté la terre ? à en juger par les effets, un tel livre ne devroit-il pas plutôt être regardé comme l’ouvrage d’un génie malfaisant, de l’esprit de mensonge et de ténébres, que d’un Dieu qui s’intéresse à la conservation et au bonheur des hommes, et qui veut les éclairer ?

  1. S. Augustin avoue qu’il n’y a pas moyen de conserver le vrai sens des trois premiers chapitres de la Genése, sans blesser la piété, sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui, & qu’il faut recourir à l’allégorie. V. S. Aug. de Genesi, contra Manicheos. L. 1. cap. 2. Origene convient aussi, que, si l’on prend à la lettre l’histoire de la création, elle est absurde et contradictoire. V. Philos. p. 12.
  2. Théphilacte dit que rien ne prouve plus sûrement la bonne foi des Evangélistes, que de ne s’être pas accordés dans tous les points ; “car, sans cela, dit-il, on auroit pu les sonçonner d’avoir écrit de concert”. V.Theoph. proemium in Mattheum. S. Jérôme dit lui-même que les citations de S. Matthieu ne s’accordent point avec la version grecque de la bible. Quanta sit inter Matthaum & Septuaginsta, verborum, ordinisque discordia, sic admiraberis, si Hebraïcum videas sensusque contrarius est. V. Hier. de opt. gen. interpret. Erasme est forcé de convenir, que l’esprit divin permettoit aux Apôtres de s’égarer. Spiritus ille divinus, mentium apostolicarum moderator, passus est suos ignorare quadam, & labi, &c. In Matthaum 2. cap. 6. En général, il faut avoir une foi bien robuste, si la lecture de S. Jérôme ne suffit point, pour détromper de l’écriture sainte.
  3. S. Paul nous apprend lui-même, qu’il a été ravi au troisième ciel. Comment ? Pourquoi ? Et qu’y a-t-il appris ? Des choses ineffables, & que l’homme ne peut pas comprendre. A quoi pouvoit donc servir son voyage merveilleux ? Mais comment s’en rapporter à S. Paul, qui, dans les actes des Apôtres, se rend coupable d’un mensonge, lorsqu’il assure, devant le grand prêtre, qu’on le persécute, parce qu’il est pharisien, & à cause de la résurrection des morts ; ce que renferme deux faussetés. 1°. Parce que S. Paul, dans ce tems, étoit l’Apôtre le plus zélé du christianisme, & par conséquent Chrétien. 2°. Parce qu’il ne s’agissoit aucunement de la résurrection dans les griefs dont on l’accusoit. Voyez les Actes des Apôtres, chap. 23. v. 6. Si les Apôtres mentent, comment s’en rapporter à leurs discours ? D’un autre côté, nous voyons ce grand Apôtre changer à chaque instant d’avis & de conduite. Au concile de Jérusalem, il résiste en face à S. Pierre, dont l’avis favorisoit le judaïsme, tandis que, par la fuite, il se conforme lui-même aux rites des Juifs. Enfin, il se prête continuellement aux circonstances, il se fait tout à tous. Il paroît avoir donné l’exemple aux Jésuites, de la conduite qu’on leur reproche de tenir dans les Indes, vis-à-vis des idolâtres, dont ils allient le culte à celui de Jésus-Christ.