Le Christianisme dévoilé/Chapitre XIV

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CHAPITRE XIV.

Des effets politiques de la Religion Chrétienne.

Aprés avoir vu l’inutilité, et même le danger des perfections, des vertus et des devoirs, que la religion chrétienne nous propose, voyons si elle a de plus heureuses influences sur la politique, ou si elle procure un bien-être réel aux nations chez qui cette religion est établie, et seroit fidélement observée. D’abord, nous trouvons que par-tout où le christianisme est admis, il s’établit deux législations opposées l’une à l’autre, et qui se combattent réciproquement. La politique est faite pour maintenir l’union et la concorde entre les citoyens. La religion chrétienne, quoiqu’elle leur prêche de s’aimer, et de vivre en paix, anéantit bientôt ce précepte, par les divisions nécessaires qui doivent s’élever parmi ses sectateurs, qui sont forcés d’entendre diversement les oracles ambigus que les livres saints leur annoncent. Dès le commencement du christianisme, nous voyons des disputes très-vives entre ses docteurs[1]. Depuis, nous ne trouvons, dans tous les siécles, que des schismes, des hérésies, suivis de persécutions et de combats, très-propres à détruire cette concorde si vantée, qui devient impossible dans une religion où tout est obscurité. Dans toutes les disputes religieuses, les deux partis croyent avoir Dieu de leur côté, par conséquent ils sont opiniâtres. Comment ne le seroient-ils pas, puisqu’ils confondent la cause de Dieu avec celle de leur vanité ? Ainsi, peu disposés à céder de part et d’autre, ils se combattent, se tourmentent, se déchirent, jusqu’à ce que la force ait décidé de querelles qui jamais ne sont du ressort du bon sens. En effet, dans toutes les dissensions qui se sont élevées parmi les chrétiens, l’autorité politique fut toujours obligée d’intervenir ; les souverains prirent parti dans les disputes frivoles des prêtres, qu’ils regarderent comme des objets de la derniere importance. Dans une religion, établie par un dieu lui-même, il n’est point de minuties ; en conséquence, les Princes s’armerent contre une partie de leurs sujets ; la façon de penser de la cour décida de la croyance et de la foi des sujets ; les opinions qu’elle appuya, furent les seules véritables ; les satellites furent les gardiens de l’orthodoxie, les autres devinrent des hérétiques et des rebelles, que les premiers se firent un devoir d’exterminer[2].

Les préjugés des princes, ou leur fausse politique, leur ont toujours fait regarder ceux de leurs sujets, qui n’avoient point les mêmes opinions qu’eux sur la religion, comme de mauvais citoyens, dangereux pour l’état, comme des ennemis de leur pouvoir. Si laissant aux prêtres le soin de vuider leurs querelles impertinentes, ils n’eussent point persécuté, pour leur donner du poids, ces querelles se seroient assoupies d’elles-mêmes, ou n’eussent point intéressé la tranquillité publique. Si ces rois, impartiaux, eussent récompensé les bons, et puni les méchans, sans avoir égard à leurs spéculations, à leur culte, à des cérémonies, ils n’eussent pas forcé un grand nombre de leurs sujets à devenir les ennemis nés du pouvoir qui les opprimoit. C’est à force d’injustices, de violences et de persécutions, que les princes chrétiens ont cherché de tout tems à ramener les hérétiques. Le bon sens n’eut-il pas dû leur montrer, que cette conduite n’étoit propre qu’à faire des hypocrites, des ennemis cachés, ou même à produire des révoltes[3].

Mais ces réflexions ne sont point faites pour des Princes, que le christianisme travaille dès l’enfance à remplir de fanatisme et de préjugés. Il leur inspire, pour toute vertu, un attachement opiniâtre à des frivolités, une ardeur impétueuse pour des dogmes étrangers au bien de l’état, une colere emportée contre tous ceux qui refusent de plier sous leurs opinions despotiques. Dès-lors, les souverains trouvent plus court de détruire, que de ramener par la douceur : leur despotisme altier ne s’abbaisse point à raisonner. La religion leur persuade que la tyrannie est légitime, que la cruauté est méritoire, quand il s’agit de la cause du ciel.

En effet, le christianisme changea toujours en despotes et en tyrans les Souverains qui le favoriserent ; il les représenta comme des divinités sur la terre ; il fit respecter leurs caprices comme les volontés du ciel même ; il leur livra les peuples comme des troupeaux d’esclaves, dont ils pouvoient disposer à leur gré. En faveur de leur zèle pour la religion, il pardonna souvent aux monarques les plus pervers, les injustices, les violences, les crimes, et sous peine d’irriter le très-haut, il commanda aux nations de gémir, sans murmurer, sous le glaive qui les frappoit, au lieu de les protéger. Ne soyons donc point surpris si, depuis que la religion chrétienne s’est établie, nous voyons tant de nations gémir sous des tyrans dévots, qui n’eurent d’autre mérite qu’un attachement aveugle pour la religion, et qui d’ailleurs se permirent les crimes les plus révoltans, la tyrannie la plus affreuse, les débordemens les plus honteux, la licence la plus effrénée. Quelques fussent les injustices, les oppressions, les rapines des souverains, ou religieux, ou hypocrites, les prêtres eurent soin de contenir leurs sujets. Ne soyons point non plus étonnés de voir tant de princes, incapables ou méchans, soutenir à leur tour les intérêts d’une religion, dont leur fausse politique avoit besoin, pour soutenir leur autorité. Les rois n’auroient aucun besoin de la superstition pour gouverner les peuples, s’ils avoient de l’équité, des lumieres et des vertus, s’ils connoissoient et pratiquoient leurs vrais devoirs, s’ils s’occupoient véritablement du bonheur de leurs sujets ; mais comme il est plus aisé de se conformer à des rites, que d’avoir des talens, ou de pratiquer la vertu, le christianisme trouva trop souvent, dans les princes, des appuis disposés à le soutenir, et même des bourreaux prêts à le servir.

Les ministres de la religion n’eurent pas la même complaisance pour les souverains qui refuserent de faire cause commune avec eux, d’embrasser leurs querelles, de servir leurs passions ; ils se souleverent contre ceux qui voulurent leur résister, les punir de leurs excès, les ramener à la raison, modérer leurs prétentions ambitieuses, toucher à leurs immunités . Les prêtres crierent alors à l’impiété, au sacrilége ; ils prétendirent que le souverain mettoit la main à l’encensoir , usurpoit des droits accordés par Dieu lui-même ; en un mot, ils chercherent à soulever les peuples contre l’autorité la plus légitime ; ils armerent des fanatiques contre les souverains, travestis en tyrans, pour n’avoir point été soumis à l’église. Le ciel fut toujours prêt à venger les injustices faites à ses ministres ; ceux-ci ne furent soumis eux-mêmes, et ne prêcherent la soumission aux autres, que quand il leur fut permis de partager l’autorité, ou quand ils furent trop foibles pour lui résister. Voilà pourquoi, dans la naissance du mis de partager l’autorité, ou quand ils furent trop foibles pour lui résister. Voilà pourquoi, dans la naissance du christianisme, nous voyons ses apôtres sans pouvoir prêcher la subordination ; dès qu’il se vit soutenu, il prêcha la persécution ; dès qu’il se vit puissant, il prêcha la révolte, il déposa des Rrois, il les fit égorger.

Dans toutes les sociétés politiques où le christianisme est établi, il subsiste deux puissances rivales, qui luttent continuellement l’une contre l’autre, et par le combat desquelles l’état est ordinairement déchiré. Les sujets se partagent, les uns combattent pour leur souverain, les autres combattent, ou croyent combattre pour leur dieu. Ces derniers doivent toujours, à la fin, l’emporter, tant qu’il sera permis au sacerdoce d’empoisonner l’esprit des peuples, de fanatisme et de préjugés. C’est en éclairant les sujets, qu’on les empêchera de se livrer au fanatisme ; c’est en les affranchissant peu-à-peu du joug de la superstition, qu’on diminuera le pouvoir sacerdotal, qui sera toujours sans bornes, et plus fort que celui des rois, dans un pays ignorant et couvert de ténébres.

Mais la plûpart des Souverains craignent qu’on n’éclaire les hommes ; complices du sacerdoce, ils se liguent avec lui, pour étouffer la raison, et pour persécuter tous ceux qui ont le courage de l’annoncer. Aveugles sur leurs propres intérêts, et sur ceux de leurs nations, ils ne cherchent à commander qu’à des esclaves, que les prêtres rendront déraisonnables à volonté. Aussi voyons-nous une honteuse ignorance, un découragement total régner dans les pays où le christianisme domine de la façon la plus absolue : les souverains, ligués avec leurs prêtres, semblent y conjurer la ruine de la science, des arts, de l’industrie, qui ne peuvent être que les enfans de la liberté de penser. Parmi les nations Chrétiennes, les moins superstitieuses sont les plus libres, les plus puissantes, les plus heureuses. Dans les pays, où le despotisme spirituel est d’intelligence avec le despotisme temporel, les peuples croupissent dans l’inaction, dans la paresse, dans l’engourdissement. Les peuples de l’Europe, qui se vantent de posséder la foi la plus pure, ne sont pas assurément les plus florissans et les plus puissans ; les souverains, esclaves eux-mêmes de la religion, ne commandent qu’à d’autres esclaves, qui n’ont point assez d’énergie et de courage pour s’enrichir eux-mêmes, et pour travailler au bonheur de l’état. Dans ces sortes de contrées, le prêtre seul est opulent, le reste languit dans la plus profonde indigence. Mais qu’importent la puissance et le bonheur des nations, à une religion qui veut que ses sectateurs ne s’occupent point de leur bonheur en ce monde, qui regarde les richesses comme nuisibles, qui prêche un dieu pauvre, qui recommande l’abjection d’ame et la mortification des sens ? C’est, sans doute, pour obliger les peuples à pratiquer ces maximes, que le sacerdoce, dans plusieurs états Chrétiens, s’est emparé de la plus grande partie des richesses, et vit dans la splendeur, tandis que le reste des citoyens fait son salut dans la misére[4].

Tels sont les avantages que la religion chrétienne procure aux sociétés politiques ; elle forme un état indépendant dans l’état ; elle rend les peuples esclaves ; elle favorise la tyrannie des souverains, quand ils sont complaisans pour elle ; elle rend leurs sujets rebelles et fanatiques, quand ces souverains manquent de complaisance. Quand elle s’accorde avec la politique, elle écrase, elle avilit, elle appauvrit les nations, et les prive de science et d’industrie ; quand elle se sépare d’elle, elle rend les citoyens insociables, turbulens, intolérans et rebelles.

Si nous examinons en détail les préceptes de cette religion, & les maximes qui découlent de ſes principes, nous verrons qu’elle interdit tout ce qui peut rendre un État floriſſant. Nous avons déja vu les idées d’imperfection, que le chriſtianiſme attache au mariage, & l’eſtime qu’il fait du célibat : ces idées ne sont point faites pour favoriſer la population, qui est, ſans contredit, la premiere ſource de puiſſance pour un État.

Le commerce n’eſt pas moins contraire aux vues d’une religion, dont le fondateur prononce l’anathême contre les riches, & les exclut du royaume des cieux. Toute industrie est également interdite à des Chrétiens parfaits, qui mènent une vie proviſoire ſur la terre, & qui ne doivent jamais s’occuper du lendemain[5].

Ne faut-il pas qu’un Chrétien ſoit auſſi téméraire qu’inconſéquent, lorſqu’il conſent à ſervir dans les armées ? Un homme, qui n’eſt jamais en droit de préſumer qu’il ſoit agréable à ſon Dieu, ou en état de grace, n’eſt-il pas un extravagant de s’expoſer à la damnation éternelle ? Un Chrétien, qui a de la charité pour ſon prochain, & qui doit aimer ſes ennemis, ne devient-il pas coupable du plus grand des crimes, lorſqu’il donne la mort à un homme, dont il ignore les diſpoſitions, & qu’il peut tout d’un coup précipiter dans l’enfer[6]. Un ſoldat est un monſtre dans le chriſtianiſme, à moins qu’il ne combatte pour la cauſe de Dieu. S’il meurt alors, il devient un martyr.

Le christianisme déclara toujours la guerre aux sciences et aux connoissances humaines ; elles furent regardées comme un obstacle au salut ; la science enfle, dit un apôtre. Il ne faut, ni raison, ni étude, à des hommes qui doivent soumettre leur raison au joug de la foi. De l’aveu des Chrétiens, les fondateurs de leur religion furent des hommes grossiers et ignorans, il faut que leurs disciples ne soient pas plus éclairés qu’eux, pour admettre les fables et les rêveries que ces ignorans révérés leur ont transmises. On a toujours remarqué, que les hommes les plus éclairés ne sont communément que de mauvais chrétiens. Indépendamment de la foi, que la science peut ébranler, elle détourne le chrétien de l’œuvre du salut, qui est la seule véritablement nécessaire. Si la science est utile à la société politique, l’ignorance est bien plus utile à la religion et à ses ministres. Les siécles, dépourvus de science et d’industrie, furent des siécles d’or pour l’église de Jésus-Christ. Ce fut alors que les rois lui furent les plus soumis ; ce fut alors que ses ministres attirerent dans leurs mains toutes les richesses de la société. Les prêtres d’une secte très-nombreuse veulent que les hommes, qui leur sont soumis, ignorent même les livres saints, qui contiennent les régles qu’ils doivent suivre. Leur conduite est sans doute très-sage ; la lecture de la bible est la plus propre de toutes à désabuser un chrétien de son respect pour la bible[7].

En un mot, en suivant à la rigueur les maximes du christianisme, nulle société politique ne pourroit subsister. Si l’on doutoit de cette assertion, que l’on écoute ce que disent les premiers docteurs de l’église, on verra que leur morale est totalement incompatible avec la conservation et la puissance d’un état. On verra que, selon Lactance, nul homme ne peut être soldat ; que, selon S. Justin, nul homme ne doit se marier ; que, selon Tertullien, nul homme ne peut être magistrat ; que, selon s Chrysostome, nul homme ne doit faire le commerce ; que, suivant un très-grand nombre, nul homme ne doit étudier. Enfin, en joignant ces maximes à celles du sauveur du monde, il en résultera qu’un chrétien, qui, comme il le doit, tend à sa perfection, est le membre le plus inutile à son pays, à sa famille, à tous ceux qui l’entourent ; c’est un contemplateur oisif, qui ne pense qu’à l’autre vie, qui n’a rien de commun avec les intérêts de ce monde, et qui n’a rien de plus pressé que d’en sortir promptement[8].

Ecoutons Eusèbe de Césarée, et voyons si le chrétien n’est pas un vrai fanatique, dont la société ne peut tirer aucun fruit. “le genre de vie, dit-il, de l’église chrétienne surpasse notre nature présente et la vie commune des hommes ; on n’y cherche, ni nôces, ni enfans, ni richesses ; enfin elle est totalement étrangere à la façon humaine de vivre ; elle ne s’attache qu’au culte divin ; elle n’est livrée qu’à un amour immense des choses célestes. Ceux qui la suivent ainsi, presque détachés de la vie mortelle, et n’ayant que leurs corps sur la terre, sont tout en esprit dans le ciel, et l’habitent déja comme des intelligences pures et célestes ; elles méprisent la vie des autres hommes[9]”. Un homme, fortement persuadé des vérités du christianisme, ne peut, en effet, s’attacher à rien ici bas ; tout est pour lui une occasion de chûte ; tout au moins le détourneroit de penser à son salut. Si les chrétiens, par bonheur, n’étoient inconséquens, et ne s’écartoient sans cesse de leurs spéculations sublimes, ne renonçoient à leur perfection fanatique, nulle société chrétienne ne pourroit subsister, et les nations, éclairées par l’evangile, rentreroient dans l’état sauvage. On ne verroit que des êtres farouches, pour qui le lien social seroit entierement brisé, qui ne feroient que prier et gémir dans cette vallée de larmes, et qui s’occuperoient de se rendre eux-mêmes, et les autres, malheureux, afin de mériter le ciel.

Enfin, une religion, dont les maximes tendent à rendre les hommes intolérans, les souverains persécuteurs, les sujets, ou esclaves, ou rebelles ; une religion, dont les dogmes obscurs sont des sujets éternels de disputes ; une religion, dont les principes découragent les hommes, et les détournent de songer à leurs vrais intérêts ; une telle religion, dis-je, est destructive pour toute société.

  1. Dès la premier fois que les Apôtres s’assemblent dans le concile de Jérusalem, nous voyons S. Paul en querelle avec S. Pierre, pour savoir s’il falloit observer les rites judaïques, ou bien y renoncer. Les hommes, qui tenoient la foi de la premiere main, ne purent être d’accord ; ils ne l’ont pas été davantage depuis.
  2. Un homme d’esprit disoit, que la religion orthodoxe étoit, dans chaque état, celle dont étoit le bourreau. En effet, si l’on y fait attention, on conviendra que ce sont les Rois & les soldats qui ont établi tous les dogmes de la religion Chrétienne. Si Louis XIV eut vécu, la constitution Unigenitus seroit devenue un article de foi parmi nous.
  3. Louis XIV, après la révocation de l’édit de Nantes, fit, comme l’on fait, tourmenter les Hughenots, & leur défendit en même tems de sortir de la France. Cette conduite paroît aussi sensée que celle de ces enfans, qui tourmentent des oiseaux qu’ils ont renfermés dans une cage, & qui pleurent ensuite, quand ils les ont tués.
  4. Pour peu qu’on veuille calculer, on verra qu’en Italie, en Espagne, en Portugal, en Allemagne, les revenus ecclésiastiques doivent excéder, non seulement ceux des Souverains, mais encore ceux du reste des citoyens. On prétend que l’Espagne seule renferme plus de cinq cens mille prêtres, qui jouissent de revenus immenses.
    Assurément, le Roi d’Espagne n’a pas le sixième de ces revenus pour défendre l’Etat. Si les moines & les prêtres sont nécessaires à un pays, il faut convenir que le ciel lui fait payer bien chérement des prieres. L’expulsion des Maures a ruiné l’Espagne ; il n’y a que l’ extinction des moines qui puisse la rétablir. Mais cette opération demande beaucoup d’adresse ; un Roi, qui la tenteroit trop brusquement, seroit à coup sûr détrôné, par des peuple qui se sentiroient point le bien qu’il voudroit leur faire. Il faut, avant toutes choses, que l’Espagne soit instruite, & que le peuple soit content de son maître.
  5. S. Jean Chryſoſtome dit, qu’un marchand ne peut jamais plaire à ſon Dieu, qu’un Chrétien ne peut être marchand, & qu’il faut le chaſſer de l’Eglise. Il ſe fonde sur un paſſage du pſeaume 70. Je n’ai point connu le négoce. Si ce principe eſt vrai, toute la rue S. Honoré eſt damnée.
  6. Lactance dit qu’un Chrétien ne peut être, ni ſoldat, ni accuſateur. Voyez tom. I. p. 137. Les Quakers & les Mennonites ne portent point les armes ; ils ſont plus conſéquens que les autres Chrétiens.
  7. Le Pape S. Grégoire fit détruire, de son tems, un grand nombre de livres des payens. Dès le commencement du christianisme, nous voyons que S. Paul se fit apporter des livres, pour les faire brûler ; méthode qui s’est toujours depuis pratiquée dans l’Eglise. Les fondateurs du christianisme auroient dû défendre, sous peine de damnation, de jamais apprendre à lire. L’Eglise Romaine a fait très-sagement d’ôter les livres saints des mains du vulgaire. Dès qu’on eut commencé à les lire, dans le seizième siècle, tout se remplit d’hérésies & de révoltes contre les prêtres. L’heureux tems pour l’Eglise, où les moines seuls savoient lire & écrire, & où ils se faisoient des titres de possession. Si l’on doutoit de la haine ou du mépris des Peres de l’Eglise, pour les sciences, on en trouvera les preuves dans les passages suivans. S. Jérôme dit : Geometria, arithmetica, musica, habent, in fâ scientiâ veirtatem, sed non ex scientiâ illâ scientia pietatis. Scientia pietatis est nosere scripturas, & intelligere prophetas, evangelia credere, prophetas non ignorate. Vide Hier. Ep. ad Titum. S. Ambroise dit : Quid tam absurdum quàm de astronomîa & geometia tractare, & profundaerisscptia metiri, relinquere causas salutis, errores quarere. Vide S. Ambr. de Officiis, l. I. S. Augustin dit : Astrologia & geometria, & alia ejusmodi, idèo despecta sunt a nostris, quia nihil ad salutem pertinent. Vide S. August. de ordinis disciplinâ. La géométrie, pour la justesse qu’elle donne à l’esprit, devroit être défendue dans tout Etat Chrétien.
  8. Tertullien dit : Nil nostra refert in hoc ævo, nisi de eo celeriter recedere. Lactance fait voir, que l’idée de la fin prochaine du monde fut une des principales causes de la propagation du christianisme.
  9. Voyez Eusèbe, Démonst.évang.t.II.p.29.