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Le Corset (1905)/01

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A. Maloine (p. 2-10).
Le Corset dans l’Histoire

Les Six Époques du Corset. — Universalité de la Mode du Corset. — Le Corset orthopédique. — Les Corporations du Corset.


CHAPITRE PREMIER


Dans ses Etudes historiques et médicales sur l’usage du corset, ouvrage paru en 1853, le docteur Bouvier, résumant les différentes phases parcourues par l’habillement des femmes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, divise en cinqépoques les transformations subies par les corsets ou par les vêtements qui en ont tenu lieu.

Fig. 1 Figure de Déesse
Fig. 2 Buste d’Horus
Fig. 3 Buste de Moui

« La première époque est celle de l’antiquité, celle des bandes ou fasciœ des dames grecques et romaines. « La deuxième comprend les premiers siècles, de la monarchie française, une grande partie du moyen âge, pendant laquelle le costume des femmes ne présente rien de fixe qui soit comparable aux corsets ; période de transition qui participe de la précédente et de la suivante, par l’abandon, d’abord incomplet, des bandelettes romaines et par l’usage plus tard, commençant des corsages justes au corps.

Fig. 4. - Cléopâtre en parure divine.
« La troisième époque, qui embrasse la fin du moyen âge et le commencement de la Renaissance, est marquée par l’adoption générale des robes à corsage serré tenant lieu de corsets.

« La quatrième, est celle des corps à baleines ; elle s’étend du milieu du xvie siècle à la fin du xviie.

« Enfin la cinquième époque est celle des corsets modernes. »

Fig. 5. — Divinité égyptienne.

Ainsi présentée, cette histoire chronologique du corset, si elle est exacte, n’est plus actuellement complète. Il y a lieu en effet à mon avis, d’ajouter aux cinq premières périodes précitées une sixième époque, que j’appellerai la période médicale, et qui, arbitrairement fixée, s’étendrait pendant ces vingt dernières années, de 1880 environ jusqu’à nos jours. Dans la bibliographie très étendue que j’ai établie sur la question du corset, on voit nettement combien, dans ces derniers temps, le souci des grandes lois de l’hygiène a eu de part à la fabrication de cette partie du vêtement féminin qui nous intéresse.

Fig. 6. - Ainmon-Ra

De tous côtés, les médecins, multipliant les articles et même les livres, ont examiné avec soin le corset, et celui-ci a eu à diverses reprises l’honneur d’être choisi à la faculté de médecine, tant à Paris qu’en province, comme sujet de thèse inaugurale. L’influence de ces travaux s’est fait sentir dans les milieux spéciaux, et un grand nombre de fabricants et d’inventeurs ne se réclament plus, à tort ou à raison, pour prôner leurs modèles, de ce que la forme en est élégante, mais de ce que la coupe leur paraît satisfaire à tous les desiderata de l’anatomie et de la physiologie.

Cette évolution est curieuse, elle mérite qu’on s’y arrête et c’est avec raison, je crois, que je la veux fixer en une sixième époque, époque spéciale — la période médicale — résultante progressive et réelle des différentes périodes que je vais passer en revue.

Fig. 7. - Cneph ou Chnouphis.

Il n’est point, dit Racinet, dans son magnifique ouvrage, Le Costume historique, de renseignements authentiques sur le costume et la parure, qui remontent aussi loin dans le passé, que ceux fournis par les sculptures et les peintures de la vieille Égypte, où la dogmatique de l’image était réglée par la loi, tout au moins par l’usage, de manière à ne laisser aucun arbitraire à l’artiste. L’uniformité constante des reproductions, dans lesquelles tous les détails sont immuables, est une affirmation de la haute antiquité des choses représentées en même temps que l’on s’est aperçu, en observant les dieux de forme humaine pure de l’olympe égyptien, que leur image se présentait non seulement comme celle de l’homme qui a conçu ces divinités mais aussi comme le portrait typique des hommes qui les ont successivement adorées.

C’est en examinant ces images laissées sur leurs monuments que l’on retrouve chez les Égyptiens un vêtement tout analogue au corset.

Fig. 8. - Le Pectoral ou Rational.

Dans le Temple d’Athor Evergète II, apparaît, en parure divine, une des six Cléopâtre qui furent reines dans la famille royale des Lagides, depuis l’épouse de Ptolémée V jusqu’à Cléopâtre VI, la dernière et la plus célèbre, l’amie de César et d’Antoine.

Elle porte un vêtement formé d’une jupe fixée à la taille par une ceinture soutenue elle-même par une paire de bretelles passant sur le buste nu.

Cette ceinture est placée au-dessous du sein qu’elle relève et cette particularité se trouve dans nombre d’autres figures de déesses ou de reines.

Ammon-Ra et Cneph ou Chnouphis — dieux égyptiens — dont les images furent gravées sur les murs du grand Temple de Philœ, ont l’un « le buste serré dans un corselet formant comme une cuirasse imbriquée », tandis que l’autre « est vêtu du corselet serré, soutenu par deux bretelles ».

Les Hébreux, qui habitèrent la terre d’Égypte, en rapportèrent des impressions profondes dont on retrouve la trace dans certaines de leurs lois et de leurs coutumes.

C’est ainsi que l’éphod des Hébreux a son prototype en Égypte. « Selon la Vulgate, l’éphod était fait d’une riche étoffe de lin, brochée de lamelles d’or, elle était composée de fils d’hyacinthe, de pourpre, d’écarlate. Deux pièces séparées qui semblent s’attacher à ce vêtement passaient sur les épaules où elles étaient jointes ».

Fig. 9. - L’Éphod

L’éphod était un corselet, serré par une ceinture et maintenu par deux bandelettes ou épaulettes. Ce corselet qui laissait la poitrine à découvert ainsi que le constatent les Antiquités Judaïques avait besoin des bretelles qui le soutenaient ; il ne remontait pas au-dessus des aisselles, ne descendait pas au-dessous de la ceinture ; enfin la ceinture serrée autour des reins par-dessus l’éphod était de même étoffe et de même couleur que celui-ci.

Les bords des deux pièces de l’éphod se joignaient par des cordons.

Bien que faisant partie du costume des grands prêtres, « l’éphod rappelle les fameux corselets que le roi Amosis envoya à quelques sanctuaires de la Grèce. Hérodote parle de l’admirable corselet de lin offert par Pharaon à la Minerve de Linde, dans l’île de Rhodes et le corselet semblable qu’il avait envoyé à Lacédèmone y était conservé comme un des plus rares trésors de la cité.

C’est à l’éphod que devait être fixé le pectoral ou rational, sorte de plaque carrée ornée de pierreries. J’en donne une figure sans plus m’étendre pour ne pas sortir de mon sujet et j’aborde l’étude des premiers vestiges du corset chez les Grecs et chez les Romains.
Sa taille est ravissante
Et l’on peut déjà voir
Une gorge naissante
Repousser le mouchoir.