Le Corset (1908)/11

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A. Maloine (p. 215-231).


CHAPITRE XI


D’une façon générale l’étude que je viens de faire dans les chapitres précédents de l’action du corset sur les viscères visait plus spécialement l’influence de ce vêtement sur les organes de la femme ; avant de pousser plus loin mes recherches et d’examiner si la femme doit ou non porter un corset, de rechercher pourquoi la femme veut porter un corset, de déterminer les règles suivant lesquelles la femme doit faire exécuter un corset, de préciser comment la femme doit placer son corset, je veux dire quelques mots de ce vêtement chez la fillette et chez la jeune fille ce qui me permettra en même temps d’aborder l’étude de l’influence du corset sur les muscles.

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Fig. 111. — Enfant de 9 ans

Il y a lieu en effet d’indiquer quel doit être le corset suivant l’âge de la personne qui le revêt.

Pour le nouveau-né, lorsque devenu plus grand, on renonce à l’emmailloter, le costume de l’enfant, du moins d’après les usages de notre pays comprend parmi les diverses pièces qui le composent un corset fréquemment désigné sous le nom de brassière. Il est constitué par une bande d’étoffe forte et piquée, dont les extrémités sont réunies par un laçage ; des épaulettes fixent le corset, au bord inférieur duquel des cordons et des boutons permettent de fixer les bas et la culotte. Cette brassière, bien qu’elle puisse être employée comme une protection contre le froid, doit surtout être considérée comme un moyen de soutien des autres parties du costume.

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Fig. 112. — Enfant de neuf ans avec un corset abdominal type Gachs-Sarraute

N’est-il pas inutile d’ajouter que non seulement ce corset ne doit jamais être serré, mais que même il ne doit pas être ajusté au plus près ; rien chez le nouveau-né et à quelque degré que ce soit, ne doit apporter une entrave à la libre circulation du sang et à la libre exécution des mouvements ; je l’ai du reste démontré dans diverses communications tant à la Société Française d’Hygiène, qu’à la Société d’Hygiène de l’Enfance.

Chez l’enfant, pour laisser toute latitude au développement du squelette, au fonctionnement des viscères thoraciques et abdominaux et pour prévenir les attitudes vicieuses du tronc, il y a intérêt à dégager la partie supérieure du corps de tout vêtement rigide à forme déterminée, quelle que soit cette forme. L’enfant se développera d’autant plus facilement que son action musculaire sera plus énergique, ses mouvements plus fréquents et plus variés. Il faut donc pour favoriser la variété, et l’amplitude des mouvements, débarrasser le haut du thorax de toute entrave. (Dr Gaches-Sarraute).

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Fig. 1.13. — Enfant de neuf ans avec une brassière ordinaire.

« Il ne semble pas que cette opinion ait prévalu jusqu’à ce jour, et bien des fillettes se tenant mal, ayant les omoplates saillantes, le buste incurvé, manquant en un mot d’énergie et de force, sont munies de corsets dits de maintien. Ces corsets emboîtant la région dorsale tout entière sont complétés par des bretelles qui entourent l’articulation scapulo-humérale dans le dessein de l’attirer en arrière. En avant, ils sont formés d’une surface placée sur le haut du thorax. L’ensemble du système tend à immobiliser le buste pour le redresser. Le moyen me semble illogique, au moins dans tous les cas où il n’existe point de lésions anatomiques. J’estime en principe qu’il est de beaucoup préférable de favoriser la liberté complète des mouvements, c’est ce qu’on cherche d’ailleurs par la pratique des exercices de gymnastique. L’enfant se tient mal parce que ses épaules sont lourdes à porter, parce que l’effort qu’il doit faire pour se redresser le fatigue ; ses muscles n’ont pas l’énergie nécessaire pour le maintenir, sa nutrition suffit à peine à son développement et il se laisse tomber en avant. Ce corset de maintien qui embrasse son dos et ses épaules, l’empêche de se redresser et ne l’ait qu’augmenter le poids dont il est chargé. Les bretelles tirent l’articulation en arrière, mais la colonne vertébrale ne se redresse pas sous leur effort, elle prend une position spéciale, absolument anormale, et qui persiste même après l’enlèvement de l’appareil. En un mot le corset dépassant une certaine hauteur surtout lorsqu’il est muni de bretelles, ne soutient pas la colonne vertébrale, il pèse sur elle ; et si les attitudes vicieuses sont plus fréquentes chez les fillettes que chez les garçons, c’est à ce dispositif mal entendu qu’il faut l’attribuer ».

Il ne faut pas aux jeunes gens de vêtements compresseurs ; chez les jeunes filles, le corset est l’agent de toutes les déviations, parce qu’il détruit l’équilibre musculaire d’une colonne vertébrale particulièrement mobile chez la femme, et riche en substance cartilagineuse, donc relativement molle ; de plus, le bassin, de douze à dix-huit ans, gagne 3 centimètres en largeur, s’il n’est pas comprimé ; et cependant toutes les jeunes filles portent des corsets. (Dr Ch. Maréchal).

Mme Gaches-Sarraute, à l’amabilité de laquelle je dois les fig. 111, 112, 113, 114 et 115 affirme, d’autre part, que pour favoriser le redressement et le maintien du buste chez l’enfant, il faut fournir un appui seulement aux vertèbres lombaires. Sous l’influence de cet appui même très léger, combiné avec une pression s’appliquant très bas, en avant, le haut du corps se redresse immédiatement, le thorax bombe, les épaules s’effacent, l’enfant se trouve allégé de tout le poids de son buste.

J’ai eu maintes fois, ajoute-t-elle, l’occasion de réaliser cette expérience sur des fillettes se présentant dans les conditions décrites, je faisais couper les bretelles et descendre le corset vers le bassin ; aussitôt, la nature reprenant ses droits, le buste se plaçait dans l’extension. C’est ainsi que j’ai pu réunir un certain nombre d’observations dans lesquelles le corset abdominal a certainement favorisé le développement général des enfants et corrigé très rapidement leurs mauvaises attitudes.

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Fig. 114. — Fillette de douze ans avec une brassière

J’ai voulu mettre ces résultats en évidence à l’aide de données précises. Sur des sujets successivement revêtus d’un corset thoracique, puis d’un corset abdominal j’ai pris des mensurations, en avant, de la base du sternum jusqu’à terre et en arrière de la septième vertèbre cervicale jusqu’à terre, et toujours dans le second cas, je constatai une augmentation de 4 centimètres au moins à la région antérieure du corps. C’est-à-dire que si avec leur corset thoracique ou leur corset de maintien des jeunes sujets mesuraient par exemple 1 m. 54 en avant et 1 m. 58 en arrière, en faisant descendre l’appareil sur le bassin, en dégageant les épaules et la cage thoracique, la différence se présentait en sens inverse, je trouvais 1 m. 58 en avant et 1 m. 54 en arrière. Ces chiffres sont pris au hasard, mais les différences constatées atteignent les proportions indiquées. Dans le gens horizontal les mensurations donnent, des indications concordantes : sous l’influence du dégagement complet du buste, les dimensions de la région thoracique antérieure augmentent aux dépens de la région dorsale qui s’efface. Il est donc certain que le corset bien fait, placé au-dessous rie la ligne de flexion ou d’extension générale du corps, favorise l’amplitude des mouvements et permet aux fillettes de se développer aussi vigoureusement que les garçons de même âge.

J’ai, pour ma part, fait souvent des observations analogues, que de fois j’ai vu des corsets à épaulettes mis aux jeunes filles pour les rendre droites et que de fois même j’ai vu à ces corsets s’ajouter des systèmes plus ou moins compliqués dits redresseurs.

Bien plus souvent encore, j’ai, en faisant dévêtir de jeunes clientes, constaté que le bord supérieur de leurs corsets atteignait en arrière le niveau de l’épine de l’omoplate. Et toujours la mère de répondre à mes interrogations que ce corset, monumental pour la fillette ou la jeune fille qui le portait, était ainsi fait volontairement dans le but de repousser la saillie des omoplates et d’éviter le dos rond. J’ajoute que presque toujours le bord inférieur de ces mêmes corsets était situé au-dessus de la crête iliaque des os du bassin.

Dans ce cas, et quand je m’adresse à une maman qui est de bonne foi et veut bien accepter un conseil — car combien souvent un malade vient demander au médecin un avis avec l’intention bien ferme de ne suivre cet avis que s’il lui est agréable — quand donc, dis-je, j’ai à faire à une cliente qui ne demande qu’à être convaincue, je fais avec un crayon un trait sur la partie supérieure du corset, indiquant que tout ce qui est au-dessus de ce trait doit être supprimé, je fais en outre délacer le corset et porter à deux ou trois œillets plus bas le niveau des points où les cordons se tirent pour rapprocher les deux pièce » du corset ; puis celui-ci étant descendu sur le bassin, j’indique qu’il faut ajouter à la partie inférieure du corset, une bande qui le rallonge, et à cette bande alors seront fixées les jarretelles.

Quand je revois ma jeune patiente avec son corset ainsi modifié, avec son corset mal fait antérieurement et ultérieurement retouché à peu près, soit par la corsetière soit par la mère elle-même, bien qu’il s’agisse alors d’un corset qui n’ait pas été fait sur mesure et d’après des données fixées à l’avance, et qui par conséquent ne saurait aller aussi bien qu’un corset court et abdominal fait spécialement pour le sujet à qui il était destiné, malgré cela, dis-je, le résultat est immédiat et démonstratif. L’enfant se tient plus facilement droite. Avec quelques mois d’exercices physiques, on a tôt fait de ramener dans la rectitude ce dos légèrement voûté, d’élargir ce thorax rétréci, en un mot de modifier et d’embellir la partie supérieure du tronc qui ne demandait pour prospérer que d’être laissée libre de toute entrave.

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Fig. 115. — La même avec le corset Gaches-Sarraute

Et il m’apparaît qu’une autre démonstration de ces phénomènes observées chez les jeunes filles portant un corset trop haut et trop serré, puis libérées de leur prison, peut être donnée par un autre exemple. J’estime, ai-je écrit plus haut, que le meilleur redresseur de la colonne vertébrale, ce sont les muscles, j’ajoute que tout muscle qui est comprimé et gêné dans son fonctionnement travaille mal. Dans une série d’articles que j’ai publiés il y a une douzaine d’années sur la physiologie musculaire du cycliste, j’ai étudié la question du dos rond et j’ai réfuté l’argument le plus souvent élevé contre le cyclisme, à savoir que cet exercice sportif déformait la colonne vertébrale et faisait des bossus.

Or, lorsqu’un squelette sain offre aux muscles un point d’appui solide, l’attitude du cycliste courbé momentanément sur sa machine excite la contraction des muscles du dos ; rien ne vient empêcher le travail de ceux-ci ils réagissent vigoureusement et redressent fortement l’épine dorsale quand le cycliste est debout.

À cette occasion, je citais même un mot de mon maître le Dr. J. Lucas-Championnière : Voyez un tel (et il nommait Medinger un des grands champions cyclistes de l’époque) est-il, quand il emballe, coureur plus penché sur son guidon ; mais le poteau est passé, l’homme se relève, descend de machine et les épaules sont parfaitement effacées, le dos admirablement droit, car sa musculature est parfaite. De même chez les fillettes et chez les jeunes filles, provoquez par l’exercice modéré et bien compris le travail de leurs membres, n’apportez en outre aucune entrave à la contraction musculaire et vous verrez le buste de vos enfants se développer d’une façon rationnelle qui sera bien autrement l’expression du beau qu’une poitrine étriquée, qu’un thorax rétréci.

Les plus grands dangers viennent en premier lieu de ce que souvent on fait porter aux jeunes filles un corset beaucoup trop tôt et plus tard beaucoup trop serré.

C’est un non sens ; ce n’est pas au moment où les organes prennent leur essor, qu’on doit les comprimer outre mesure et prêter la main à la chlorose en provoquant des troubles dyspeptiques (Dr Chapotot) et en enfermant le poumon dans une loge trop étroite pour que la capacité respiratoire soit normale. Et il faut ajouter encore, et j’y insiste, que non seulement le corset peut être très dangereux pour la santé des jeunes filles mais encore qu’il peut les empêcher d’atteindre une beauté de formes et une aisance de mouvements qu’une femme doit ambitionner.

Si on examine un buste nu normal, écrit Mme le Dr Gaches Sarraute, on constate qu’il est formé de deux cavités osseuses, cage thoracique et bassin reliées entre elles par la colonne vertébrale en arrière. Ces deux cavités ne sont pas fixes l’une par rapport à l’autre, elles peuvent s’éloigner ou se rapprocher en avant et sur les côtés, en raison de la flexibilité de la colonne vertébrale.

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Fig. 116. — Muscles de la face antérieure du tronc

La position qui correspond à la situation normale de cet axe à l’état de repos est une position d’équilibre inégalement éloignée des positions extrêmes, c’est-à-dire que le mouvement de flexion est très étendu, tandis que le mouvement d’extension ou de redressement est variable suivant les sujets, mais toujours beaucoup plus limité. La souplesse qui résulte de cette mobilité correspond à des besoins physiologiques et constitue de plus un élément de beauté très apprécié.

Les muscles unissant ces deux cavités s’étendent de l’une à l’autre en affectant en avant une direction verticale et parallèle, « muscles droits » ; sur les côtés, ils suivent les inflexions osseuses, sont dirigés obliquement et s’entre-croisent entre eux. Il en résulte que la paroi antérieure du buste, peut être considérée comme une ligne droite, tandis que les parois latérales présentent une ligne sinueuse avec une dépression très marquée au dessus des crêtes iliaques, chez la femme. Enfin la paroi postérieure, à peu près verticale dans les deux tiers de son étendue, forme, au niveau de la région lombaire, un angle ouvert en dehors.

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Fig. 117. — Muscles de la face postérieure du tronc

Examinons en détail cette action du corset sur les muscles. 1° En avant : si on applique sur ce buste le corset que portent les femmes actuellement on constate tout d’abord que la paroi antérieure du corps, forcée de suivre la forme de ce vêtement, se rapproche de la colonne vertébrale à mesure qu’on descend du sternum à la taille, puis s’écarte de nouveau en formant un angle obtus ouvert en avant.

Le corset, dès qu’il est appliqué, produit donc la déformation de cette région ; de plus en substituant à la ligne droite une ligne brisée, en vertu du théorème géométrique qui veut que la ligne droite pour se rendre d’un point à un autre soit le plus court chemin, il détermine l’incurvation du buste en avant, Il se passe là le même fait que celui de l’arc qu’on viendrait à tendre et dont les extrémités se rapprocheraient. L’action du corset à ce niveau est complexe d’ailleurs, car il a également pour effet de gêner le redressement du corps.

Les mouvements d’extension du buste sont rendus possibles par l’extensibilité des muscles droits qui permettent à celui-ci de suivre les mouvements de la colonne vertébrale. Si les muscles ne possédaient pas d’élasticité, l’écartement entre les deux cavités osseuses serait fixe, le renversement en arrière ne pourrait s’effectuer.

Lorsque le corset est appliqué, la compression transversale qu’il exerce au niveau de l’épigastre fixe toute la portion des muscles située au dessous de la taille et diminue leur contractante. L’action des muscles droits se trouve donc réduite à la partie comprise entre la taille et le sternum c’est-à-dire de moitié.

Or, toute cette portion est comprimée concentriquement par le corset.

La portion de ces muscles située au dessous de la taille devient passive et subit les fluctuations que lui impriment les viscères, on peut conclure de ce fait que l’action tout entière des muscles droits est annihilée.

Si donc la femme corsetée veut se redresser elle ne pourra le faire qu’à la condition que son buste suive tout entier le mouvement. Cette expérience est facile à réaliser. Examinons une femme ayant les bras en l’air, une femme qui se peigne avec ou sans corset.

Lorsqu’elle n’a pas de corset vous verrez que le (bassin reste fixe et fournit un point d’appui au thorax qui se redresse sous l’action intégrale de la colonne vertébrale et des muscles dorso-lombaires ; avec le corset au contraire, pour obtenir le même redressement, il faut mobiliser le bassin lui-même qui suit alors les mouvements du thorax.

Le mouvement d’extension du buste, au lieu d’être dû au mouvement d’extension de la portion de la colonne vertébrale située entre les fausses côtes et le sacrum est effectué par l’extension de l’articulation coxo-fémorale. La colonne vertébrale reste rigide, elle n’y participe pas.

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Fig. 118. — Dos d’une Parisienne aplati par l’usage d’un corset trop serré.

Donc le seul fait de changer la forme de la paroi antérieure du corps a pour résultat apparent d’incurver le buste, d’en gêner le redressement, de l’immobiliser et de favoriser la propulsion en avant de la masse intestinale ;

2° En arrière : le corset est généralement formé en arrière par une surface plane, très étendue de haut en bas, destinée à appuyer sur la partie postérieure du thorax pour en diminuer autant que possible la largeur, et atténuer la saillie des omoplates.

Le rétrécissement du thorax n’est pas difficile à obtenir, il n’y a qu’à le comprimer, mais pour obtenir l’effacement ce n’est pas par ce moyen qu’on y peut parvenir. En comprimant les muscles on les atrophie et comme ils ont pour fonction le redressement de la colonne vertébrale et l’accolement de l’omoplate sur le thorax, s’ils sont gênés, c’est-à-dire paralysés artificiellement, les saillies osseuses s’accentuent. Cette loi est connue en physiologie. L’action du corset en arrière s’ajoute donc à l’action précédente. En diminuant l’action des muselles dorsaux, il gêne le redressement du buste. La partie postérieure du dos s’allonge en s’incurvant au détriment de la paroi antérieure qui se raccourcit. Cet allongement se produit en opposition avec ce qui se passe en avant, par l’agrandissement de l’angle sacro-lombaire :

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Fig. 119. — Dos d’une jeune fille de Scheveningen. Configuration normale des fossettes lombaires (Dr Stratz).

3° Sur les côtés : à l’état normal, la cage thoracique sur les côtés, se rapproche facilement de la hanche sous l’influence des mouvements de latéralité de la colonne vertébrale. Avec le corset ce rapprochement est impossible.

Les deux cavités osseuses sont maintenues à une distance fixe l’une de l’autre par les armatures rigides et verticales qui composent le corset. Celui-ci prend un point d’appui sur les côtés et sur les crêtes iliaques et s’étend de l’une à l’autre à la façon d’une attelle qui les fixerait des deux côtés.

Cette disposition qui n’est pas en rapport avec la forme du corps humain, diminue la flexion latérale en même temps que la dépression naturelle qui existe à ce niveau. La taille se trouve donc épaissie artificiellement et c’est pour en retrouver la finesse qu’on cintre le corset en avant et on le cintre à tel point que les femmes peuvent bien l’agrafer en haut et en bas mais éprouvent de la difficulté à l’attacher à l’épigastre, alors même qu’il n’est pas serré, si la combinaison du lacet en arrière ne permet pas un écartement considérable. Si le corset était fixé dans les dimensions qu’il doit conserver une fois ajusté sur le corps il serait impossible de le faire tenir dans sa partie médiane. Le résultat n’est donc pas le même au point de vue physiologique.

Toutes ces actions combinées ont donc pour effet de lier le thorax au bassin dans tous les mouvements que la partie supérieure du corps doit exécuter. Cela donne à la femme une attitude spéciale qu’on caractérise en disant qu’elle se meut tout d’une pièce.

Tout comme les muscles de l’abdomen, dit le Dr Stratz, les muscles du dos sont gênés dans leur développement et leur action par l’abus du corset.

Si les femmes habituées au corset restent quelque temps sans le porter, elles se sentent vite fatiguées et se plaignent de douleurs dans le dos. Leur dos est creux, aplati, sans relief par suite du peu de saillie des muscles (fig. 118).

L’influence du corset est d’autant plus pernicieuse qu’il est plus serré, qu’il monte plus haut et qu’on a commencé plus tôt à le porter.

Il est facile de comprendre que pendant la croissance, lorsque la charpente du corps est encore délicate et flexible, une pression relativement faible suffit à influer sur sa forme. De même le travail des muscles du dos est entravé plus fortement et sur une plus grande étendue par un corset montant haut que par un corset court, prenant seulement la taille comme le ferait une large ceinture. Enfin il est de toute évidence que plus le corset est serré plus la compression qui en résulte est violente.

La peau avec son pannicule adipeux, donne au modelé extérieur du dos son expression définitive, au niveau des reins elle adhère toujours intimement à la charpente osseuse, mais surtout dans la région des épines postérieures, où se forment, quand la couche adipeuse est suffisamment développée les fossettes lombaires qu’on aperçoit distinctement dans l’éclairage latérale et qui sont un signe de belle conformation féminine.

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Fig. 120. — Dos d’une jeune javanaise remarquable par la correction de son modelé (Dr Stratz).

Chez une femme bien conformée, la distance entre les fossettes lombaires ne doit pas être inférieure à 10 cent (largeur du sacrum) ; leur forme ne doit pas être allongée mais ronde (courbure accentuée de l’os iliaque) ; enfin les lignes qui les relient à l’extrémité supérieure de la rainure interfessière doivent former un angle droit (sacrum plus court que chez l’homme).

Muakidja la jeune javanaise de la fig. 120 a le dos exactement conformé de cette manière ; on peut être sûr que le corset n’a jamais exercé ici la moindre influence.

Sans doute le corset déforme moins sensiblement et surtout moins vue le dos que la poitrine ou le ventre, mais il exerce une influence funeste dont l’effet se fait lentement sentir et qui est particulièrement nuisible au développement du muscle grand-dorsal.

On en a un témoignage dans les maux de reins dont se plaignent les femmes habituées à porter le corset quand elles sont momentanément obligées de s’en passer. On reconnaît extérieurement l’influence du corset au développement plus faible des flancs et à l’aplatissement du sillon médian du dos ; plus tard tout entier le dos devient plat, le relief ides muscles s’efface complètement, les omoplates s’écartent et les reins se creusent.

La peau n’adhère pas seulement aux reins mais encore sur toute la longueur de la colonne vertébrale aux apophyses épineuses, de sorte qu’ici encore il peut exceptionnellement se former des fossettes plus profondes. Plus cette adhérence de la peau est égale sur tous les points plus le sillon médian du dos se dessine nettement ; celui-ci dépend donc d’abord de l’adhérence régulière de la peau, puis du développement puissant des muscles, enfin de la convexité normale du thorax.

La fig. 119 montre un dos très beau d’une manière générale ; le sillon médian est remarquablement bien dessiné, les fossettes lombaires sont belles et nettement apparentes.

C’est en raison de ces considérations que les mères devront non seulement choisir avec une minutieuse attention le corset de leurs filles, mais devront encore en surveiller l’emploi judicieux et vérifier souvent si cette pièce du vêtement n’est pas trop serrée. Elles-mêmes devront donner l’exemple, ne pas trop se serrer et ne plus avoir de tendance à croire qu’une taille filiforme est le trait le plus achevé de la beauté féminine. Prêchant d’exemple elles auront l’autorité suffisante pour enseigner à leurs filles qu’elles auraient tort de mettre leur orgueil dans une taille aussi fine que possible. (Dr Butin).

« Quand la jeune fille approche de la puberté, elle devient la victime du corset surtout si la malheureuse n’a pas ce que l’on est convenu d’appeler : une jolie taille.

Plus tôt l’on commence à porter le corset, plus ses effets sont nuisibles, plus il constitue un obstacle à l’entier développement des formes.

Pas plus qu’on ne peut fixer d’une manière générale le moment du plein épanouissement, pas plus on ne peut dire d’une manière générale quel est l’âge où il faut adopter le corset.

Le corset est nuisible avant ce moment, il est recommandable au contraire pendant et après. Mais comme le plein épanouissement survient tantôt dès la quinzième année, tantôt seulement à la trentième ou plus tard encore, il n’est possible de donner une réponse sûre que dans chaque cas particulier.

En tout cas, on peut affirmer qu’il ne faut pas adopter le corset avant que les hanches aient atteint une largeur suffisante pour offrir un appui, sans qu’il soit nécessaire de serrer.

Aussi, Mesdames, ayez pitié de vos filles, je vous en prie, et empêchez-les de déformer leur corps de trop bonne heure. Elles auront le temps de le faire plus tard, mais vous n’aurez alors aucun reproche à vous adresser ». (Dr Stratz).

« Quand les jeunes filles connaîtront bien les méfaits du corset mal compris et trop serré, elles n’en abuseront plus ou tout au moins en abuseront moins. Elles n’en seront plus les premières victimes, elles cesseront d’être les martyres d’une coquetterie néfaste. Elles élèveront leurs enfants dans les mêmes idées. Mais, pour cela, il importe que l’éducation et l’instruction hygiéniques soient faites et que les éducatrices comprennent et mettent en pratique la parole de Fonssagrives : Élever une jeune fille, c’est former une mère. »

En laissant ces organes des jeunes filles se développer sans entraves on leur prépare d’heureuses maternités, n’oublions donc pas que les vierges sont des mères futures : Virgines futuræ virorum matres.